Les prénoms de la Révolution

Le calendrier révolutionnaire de Fabre d’Églantine, qui attribuait à chaque jour une production de la terre ou un outil agricole, a bien sûr apporté son lot de prénoms épicés. Le second jour de l’année républicaine (qui commence, rappelons-le, le 22 septembre) présente par exemple Safran (23 septembre). Comme certains officiers de l’état civil nouvellement créé ont obligé des parents à choisir pour leur enfant le mot du jour, on peut supposer qu’il y a eu en France, sous la Révolution, quelques petits Safran… On pouvait sans doute trouver aussi, pour la même raison, quelques garçons prénommés Cumin (10 juillet) ou Piment (18 octobre)… Mais ces prénoms agricoles ou parfumés sont toujours restés très rares et ont totalement cessé d’être attribués dès la fin de la Terreur.

De l'anisé au sucré

Tout commence avec l’anis…

C’est dans les années 1970 que certaines épices passent véritablement de l’univers culinaire à celui des prénoms. Tout commence avec l’anis. En 1969, quatre petites filles sont prénommées Anis. Ce prénom parfumé va connaître ensuite un fort engouement : c’est aujourd’hui plus de 350 fillettes par an qui le reçoivent.

 

… la cannelle…

Près de dix ans plus tard, c’est au tour de la cannelle parfumée et sucrée de changer d’univers : pourquoi ne pas donner ce joli mot comme prénom à un bébé ? Une petite Canelle (avec un seul n ) naît en 1977 et une Cannelle (avec la même orthographe que l’épice) en 1978. Depuis cette époque, les deux variantes se maintiennent : on recense aujourd’hui toujours une trentaine de naissances de Canelle et une soixantaine de naissances de Cannelle par an.

 

… et la vanille

Décidément, ce sont les épices douces, au goût sucré, qui semblent prioritairement récupérées pour les noms des enfants. Comme si un bébé était une gourmandise… En effet, une dizaine d’année après les Cannelle, ce sont les Vanille qui apparaissent dans les faire-part de naissance : 5 nouveau-nés prennent pour la première fois ce nom en 1985. Ce nouveau prénom féminin va lui aussi connaître un bel essor (jusqu’à 70 naissances en 1997) et reste encore attribué à une quarantaine de fillettes par an aujourd’hui.

Et les autres épices ?

Et les autres épices ?

Les autres épices sont quasiment toutes absentes de nos prénoms : on ne trouve ni Poivre, ni Piment, ni Safran, ni Gingembre, ni Moutarde, même à Dijon. Signalons simplement quelques Carry (l’autre forme orthographique du mot curry), avec des résurgences rares mais régulières : trois naissances en 1985, en 1992, en 1997 et en 2004, et quelques Paprika : trois fillettes en 1982, trois en 1983.

À signaler : le transfert du mot vers un prénom se fait exclusivement dans l’univers féminin. On donne ces « prénoms épicés », de préférence sucrés, aux petites filles, jamais aux petits garçons…

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