Quelle est l’influence des prénoms sur un enfant ?

le 12/11/2020 09h35 - Lecture en 3 min
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L’Officiel des prénoms 2018 confirme le succès des prénoms anciens (Louise, Jules) et l’émergence de ceux qui ont une inspiration religieuse (Gabriel, Raphaël). Les prénoms sont bien souvent des indicateurs des tendances de chaque génération en la matière. Mais peuvent-ils avoir un impact sur le caractère et la réussite d'un enfant ? Entretien avec le professeur Nicolas Guéguen, chercheur en sciences du comportement à Université de Bretagne-Sud et auteur de « Psychologie des prénoms » (Ed. Dunod)
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Prénom et caractère de l'enfant

Le prénom peut-il influencer le caractère de l’enfant ?

Nicolas Guéguen  : Les Américains ont beaucoup étudié le sujet, mais les résultats des différentes études montrent que le prénom n’influence pas le caractère. Tous les Gabriel ou toutes les Louise ne se ressemblent pas. En revanche, la personnalité de l’enfant peut changer son regard sur son prénom. S’il a une faible estime de soi, il ne s’aime pas et n’aime pas non plus son prénom. Mais s’il a une bonne image de lui, il l’appréciera encore d’avantage.

Le choix des parents peut avoir un impact lorsque le prénom est vraiment ridicule (comme Térébenthine, par exemple) ou quand il est très connoté d’un point de vue social ou générationnel, mais, même dans ces cas, il n’y a rien de systématique. Un enfant bien dans sa peau, à l’aise dans les relations sociales et qui a de l’humour, n’en souffrira pas.

Le prénom peut en revanche peser lorsqu’il est donné en référence à un membre de la famille (père, grands-parents ou enfant décédé), soit parce que l’histoire de cette personne est difficile, soit, au contraire, parce qu’elle a très bien réussi dans la vie et que « l’héritier » ne se sent pas à la hauteur.

Qu’en est-il pour les prénoms de « l’autre sexe » ?

Nicolas Guéguen : Selon une étude américaine menée dans les années 1980, les jeunes filles ayant un prénom plutôt masculin présentent moins d’anxiété, moins de dépendance à l’égard de la famille, plus de potentiel de leadership et plus de raffinement culturel que des jeunes filles ayant un prénom neutre ou typiquement féminin. En réalité, ce n’est pas le prénom qui détermine ces traits de caractère, mais l’éducation des parents. Si ces derniers décident de donner un prénom masculin à leur fille c’est peut-être parce qu’ils rêvaient d’avoir un garçon.

Le prénom n’influence pas le caractère, mais il a un poids sociologique…

Nicolas Guéguen : Oui, clairement. Le prénom est un révélateur du milieu social : dis-moi comment tu t’appelles et je te dirai d’où tu viens. Le prénom Argante, par exemple, passe très bien dans les milieux favorisés, alors qu’il est perçu comme ridicule chez les ouvriers ou les paysans. De même, les prénoms anglicisés (inspirés des séries américaines) à la mode dans les milieux populaires, dans les années 1980-1990, n’ont pas du tout séduit les classes aisées.

Baptiste Coulmont a étudié cette sociologie des prénoms à travers les mentions au baccalauréat : en 2015, sur 982 candidats prénommés « Dylan », seuls 2,6 % ont obtenu une mention « très bien » contre 21,9 % de « Joséphine ». Et parmi ceux qui ont eu des notes entre 18 et 20, il y avait majoritairement des « Éloïse », « Constance » ou « Théophile ». Ceux qui ont eu des mauvaises notes, s’appelaient plutôt « Kylian », « Christopher » ou « Allison ». Ce n’est évidemment pas le prénom qui fait réussir ou échouer, mais il révèle l’origine sociale des candidats et cette sociologie explique la réussite au bac.

Mieux vaut un prénom « rare » ou un prénom la mode ?

Nicolas Guéguen : Les recherches sont un peu contradictoires sur le prénom « rare ». Il peut présenter un avantage s’il n’est pas trop difficile à prononcer et si les sonorités sont agréables ou chantantes. Pour être bien perçu, il faut aussi qu’il corresponde au milieu social de celui ou celle qui le porte.

Le prénom à la mode, lui, est souvent satisfaisant parce qu’il est normatif et que la plupart des gens aiment être dans la norme.

Paula Pinto Gomes - Une interview du journal La Croix - octobre 2017

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