Le prénom Pierre-Louis Masculin

Origine :

Fête :

29 Juin

Signification de Pierre-Louis

Pierre-Louis est un prénom assez courant. Il résulte de l’association de deux prénoms très courants en France. D’origine germanique et belge, il est attribué dans l’Hexagone depuis plusieurs siècles. A ce jour, les statistiques comptent 6578 garçons prénommés ainsi. De prime abord, Pierre-Louis paraît timide et introverti. Cependant, après une première approche, il se montre très communicatif. Agréable à vivre, ce jeune homme se montre attentif et compréhensif. Lorsqu’il rencontre un ami ou un proche dans le besoin, il n’hésite pas à lui venir en aide. Dynamique et travailleur, Pierre-Louis est réputé pour avoir une bonne mémoire. Sa faculté d’adaptation l’aide énormément dans son travail et contribue à sa réussite professionnelle. Pierre-Louis prend soin de son apparence pour plaire aux femmes. Il prend son temps pour connaître la personne avec qui il veut partager sa vie et ne se dévoile que lorsqu’il est sûr de ses sentiments. Il n’existe aucune variante du prénom Pierre-Louis. En ce qui concerne les personnalités célèbres, citons Pierre-Louis Lions, grand mathématicien français, l’homme politique français Pierre-Louis Roederer ou encore le premier duc de Castro et de Parme et Plaisance Pierre-Louis Farnèse.

Personnalité de Pierre-Louis

Côté Pierre, ils sont la bonté et la générosité incarnées. Actifs, déterminés, ils sont faits pour réaliser de grands projets et ne baissent jamais les bras. Honnêtes, ils ne transgressent jamais leur morale. Indulgents, ils oublient et pardonnent facilement. Côté Louis, honnêtes, travailleurs, ils sont pleins de bon sens. Ce sont des hommes affectueux, mais très pudiques avec leurs sentiments. Ils ont le sens de la simplicité et sont près de leurs "sous".

Provenance du prénom Pierre-Louis

Histoire de Pierre-Louis

Etymologie de Pierre-Louis

Les Pierre-Louis célèbres

  • Pierre-Louis ATHENAS( 1752) : archéologue et naturaliste, né à Paris, le 5 février 1752, eut pour père un épicier droguiste de la rue Mouffetard, dont un autre fils était encore naguère pharmacien au même In 1 eingioe'ili. Le jeune lia cals an no iamileion, et il en acquit d'autres en suivant les cours d'anatomie, de physio- logie, de minéralogie et de géologie, sous les Buffon et les Daubenton. 11 se livrait dans le même temps à des recherches d'antiquités romaines et gauloises ; mais l'archéologie, la botanique rurale et l'économie agricole restèrent ses goûts de prédilection. Vers 1786, Athenas quitta Paris, et vint à Nantes, d'où, peu de temps après, il se rendit au Croisic. Là, sur le bord de la mer, il éleva une fabrique de soude à extraire du sel marin, opération alors inconnue. Il chercha à y joindre la formation de l'acide sulfuri—que dont il avait besoin, et la décomposition des pyrites locales parut d'abord lui en offrir les moyens ; mais ses recherches n'ayant pu lui en procurer d'assez riches en sulfure, il renonça à sa double entre—prise, et revint à Nantes, où il débuta par une te pour les toiles. Plus tard il créa une distillerie ambulante sur des bateaux tour à tour transportés par les eaux de la Loire, de la Sèvre, de l'Achenau et du lac de GrandLieu, sur les diverses rives vini- coles. Une série de mauvaises récoltes nuisit à la durée de l'établissement. Rentré à Nantes, Athenas y fonda, à l'aide d'actionnaires, une grande fabrique r 'd'acide sulfurique au moyen de la combustion du soufre , accélérée par le nitrate de potasse. Mais les orages de la révolution et le manque de matières premières le forcèrent d'abandonner cette usine. Des circonstances imprévues contrariaient toujours ses entreprises ; et c'est à de tels obstacles qu'il faut attribuer la courte existence de son second établis—sement pour la fabrication de la soude factice dans l'île de Noirmoutiers. Mais déjà les travaux d'Athenas, la variété de ses talents et de ses connaissances lui avaient acquis quelques droits à la confiance de ses nouveaux concitoyens. Appelé, en 1791, à faire partie du corps municipal de Nantes, il fut nommé, en 1795, directeur de la monnaie de cette ville. Il remplit ces fonctions avec autant de zèle que d'in—tégrité pendant vingtdeux ans, et les cumula longtemps avec celles de secrétaire de la chambre de commerce, qui lui furent confiées, dès sa création, en 1805. Il se démit de la première place en 1817; niais il a conservé jusqu'à sa mort la seconde, dans l'exercice de laquelle il a fait preuve d'un profond savoir en économie politique et commerciale, et il a été cité comme modèle pour le style clair et précis de sa correspondance. Athenas a été aussi membre du collége général du département de la Loire—In—férieure, du conseil municipal de Nantes et de di—verses administrations locales. Partout sa place était marquée au secrétariat, où on le conservait le plus longtemps possible. L'un des fondateurs, en 1797, de l'institut départemental, depuis société des sciences, lettres et arts, et aujourd'hui société académi—que de Nantes, il en fut toujours un des membres les plus laborieux. Athenas avait parcouru à pied la Bretagne ; il l'avait explorée avec un soin minu—tieux, sous les rapports physiques et historiques personne n'en a mieux connu, mieux décrit les monuments. Mais l'économie politique et rurale, le commerce, l'industrie, furent par dessus tout l'objet de ses recherches ; il professait les principes de la liberté commerciale la mieux entendue ; et c'est à lui principalement que l'agriculture du département de la Loire—Inférieure doit les progrès qu'elle a faits depuis vingtcinq ans. Rien n'arrêtait son zèle pour les découvertes. On lui soumet une pierre informe, mais d'une pesanteur remarquable; il y reconnaît la présence de l'étain, se rend aussitôt à une quin—zaine de lieues, chez le propriétaire du champ dont l'échantillon a été fortuitement enlevé, et la très—riche mine d'étain de Piriac, ses divers filons et leurs gisements sont scrupuleusement examinés et justement appréciés. Bientôt la description exacte qu'en donne Athenas captive la confiance de la di—rection générale des mines, qui devient propriétaire de cette exploitation. En 1810, il explora les Pyré—nées , et trouva , dans les environs de StBoïs , le soufre natif à extraire de la chaux carbonate bitu—minifère, que, sur les indications de Gillet de Lau—mont auquel il laissa tout l'honneur de la découverte, il était allé y chercher, mais dont l'exploitation se trouva trop difficile et trop dispendieuse. 4,,ricul—teur habile, et soumettant toujours la brillante théorie à l'expérience positive, il porta ses vues sur les améliorations que réclame encore le plus ancien et le plus utile des arts. On lui doit un grand nombre de mémoires sur diverses parties de l'économie ru—rale, et l'invention et le perfectionnement de plusieurs instruments aratoires. Il est l'auteur d'une trèspuissante charrue connue sous le nom de fricheur Athenas, qui lui a valu, en 1824, la grande médaille d'or de l'académie des sciences. D'autres prix lui ont été également décernés par des sociétés scientifiques et agronomiques. Ce savant est mort à Nantes, le 22 mars 1829. La chambre de commerce de cette ville a fait à sa veuve une rente viagère de la moitié des honoraires dont il jouissait. Athenas a laissé plusieurs enfants de deux mariages. Ses quatre filles se sont consacrées aux beauxarts et aux travaux du burin : l'aînée a épousé M. Massard, célèbre graveur. L'agriculture doit à Athenas la naturalisation dans le département de la LoireInférieure de l'herbe de Guinée , le plus avantageux de tous les fourrages tant pour l'abondance que pour la qualité. Après plus de quinze ans de persévérance et d'essais tentés avec la graine qu'il avait fait venir successivement de diverses îles Antilles et de la Louisiane, il parvint enfin à acclimater, à naturaliser cette plante originaire d'Afrique, et à obtenir les plus heureux résultats. Haute de six à huit pieds, elle donne par an deux ou trois abondantes récoltes. Bienfaisant, charitable et actif, Athenas était toujours prêt à rendre service : mémoires, consultations, démarches, rien ne coûtait à son zèle. Il serait difficile d'énumérer la foule de dissertations, de rapports, etc., sortis de sa plume, et lus par lui aux différentes séances de la société académique de Nantes, ou publiés dans le Lycée armoricain, dont il était depuis sept ans un des collaborateurs les plus distingués. Nous citerons 10 Rapport sur les fouilles faites à Nantes, de 1805 à 1807' ; Mémoire sur l'inflammation spontanée des tourbières ; 5° Mémoire sur la déesse Sandrodige ; 40 Rapport sur les mémoires pour le prix sur le dé- frichement des landes; 5° Controverse sur la situa- tion de l'île d'Her ; 6° Notice sur l'état de la Loire près de Nantes , au pi siècle , et sur les îles d'Indre et Indret ; 7° Sur la tour d'Oudon, et sur la cathé- drale de Nantes; 8° Mémoire sur deux charrues de défrichement inventées par l'auteur ; 9° Rapport sur un plan de recherches archéologiques , envoyé par le ministre de l'intérieur ; 10° Mémoire sur des armes celtiques; 11° Sur le froment du cap de Bonne- Espérance , le froment de Russie et l'avoine de Pensylvanie; 12° Sur les instruments aratoires de l'abbaye de la Meilleraye; 13° Sur un glaive de bronze antique, trouvé dans les marais de Montoire. Tous ces mémoires et bien d'autres ont été insérés ou analysés dans les procèsverbaux de la société académique de Nantes. Ceux qui suivent ont été publiés dans le Lycée armoricain : 14, Mémoire sur la véritable situation de Brivates Portus de Ptolé- mée, et sur le nom que portait Brest dans les pre- miers siècles de notre ère; 15° de l'île de Sein, du Menez - Brée, des Britonnes des Britanni et des Braies gauloises; 16° Mémoire sur la tour d'Elven; 170 Sur l'histoire de Bretagne manuscrite de D. Bonnard; 18° Compte rendu de Tristan le voyageur, de M. de Marchangy ; 19° Sur les autels druidi- ques; 20° Compte rendu de l'essai de M. Mahé sur les antiquités du Morbihan; 21' Sur une étymo- logie bretonne du nom de Chilpéric ; 22° Sur le Mare conclusum de César; 25° Sur l'Histoire de Bretagne de M. Daru; 9.4° Sur le pays des soldats Carnotes; 25° Sur les pierres frites; 26° Sur l'idole du Som- meil, trouvée à Nantes à l'entrée du canal de Bre- tagne; 27° Sur le Mattarh, arme gauloise, etc. Enfin, le 11 mars 1829, peu de jours avant sa mort, il écrivait encore au secrétaire de la société académique sur l'herbe de Guinée, dont la culture lui semblait si précieuse pour son département. La lettre et la note ont été insérées dans le Lycée armoricain d'avril, ainsi qu'une notice fort incomplète sur Athenas
  • Pierre-Louis AQUIN DE CHATEAU-LYON : fils du précédent, et bachelier en médecine, mourut vers 1797, après avoir publié : Contes mis en vers par un petit cousin de Rabelais, 1775 2° Lettres sur les hommes célèbres dans les sciences, la littérature et les arts, sous, le règne de Louis 2.7,1752, 2 vol. ; reproduits en 1753 , sous le titre de Siècle littéraire de Louis XV. 3° Lettres sur Fontenelle, 1751 4' Observations sur les OEuvres poétiques de M. de Caux de Cappeval, 1754 5,, La Pleyade française, ou l'Esprit des sept plus grands poëles, 1754, 2 vol. 6., Semaine littéraire, 1759 , 4 vol. . 7° Idée du siècle littéraire présent, réduit à six vrais auteurs, in -12, sans date. Ces vrais auteurs sont : Gresset, Crébillon , Trublet, Fontenelle, Montesquieu , et un sixième dont l'article est intitulé : Auteur à deviner. On attribue aussi cet ouvrage à l'abbé Blanchet. 8° Poésies de Lainez, 1753, in -8°. 9° Satire sur la corruption du goût et du. style, 1759 10° Almanach littéraire, ou Étrennes d'Apollon, 1777-93, 17 vol. petit ; quelques volumes sont sous le nom d'un Cousin de Rabelais, d'autres sous le nom de Rabelais d'Aquin. C.J.B. Lucas - Rochemont a ajouté 4 volumes à cette collection, 1801-1804. Ces 21 volumes sont un recueil de pièces en vers et en prose. Ln 22e volume, ne contenant que des poésies, a été publié par Millevoye, Paris, librairie économique, 1806. 11° Éloge de Molière, en vers, avec des notes euf. rieuses, 1775 12' Quelques autres ouvrages , qui, comme ceux que nous venons d'indiquer, prouvent peu de talent, et eurent peu de succès. Aussi, faisant allusion à la profession de son père, aton dit : On souilla pour le père, on siffla pour le fils
  • Pierre-Louis BAUDOT( 1760 - 1816) : archéologue, naquit en 1760, à Dijon. 11 avait à peine terminé ses cours, lorsqu'en 1781, il succéda à son père dans la charge de substitut du procureur général au parlement de Bourgogne. Désirant perfectionner ses connaissances, il vint à Paris, s'y fit inscrire au tableau des avocats, et partagea son temps entre l'étude de la jurisprudence et celle de la numismatique. Ses talents lui méritèrent l'affection de plusieurs personnes distinguées ; mais la révolution ayant dispersé tous ses amis, il se hâta de revenir en Bourgogne, et se retira dans sou domaine , devinrent l'occasion de querelles trèsvives qu'il eut à soutenir contre Girault, son confrère à l'académie de Dijon. Dans ces discussions, où Baudot eut d'ailleurs pour lui l'opinion de Malin et d'autres juges compétents, il mit autant de modération et de politesse que son adversaire mit d'aigreur et d'opiniâtreté ; et, malgré les provocations de Giratilt, il se montra toujours prêt à se réconcilier avec un homme dont il estimait l'érudition. Baudot mourut à Pagny, le 4 mars 1816, à l'âge de 56 ans. Il possédait une bibliothèque riche en manuscrits relatifs à l'histoire de Bourgogne, et un cabinet d'antiquités et de médailles découvertes en partie dans cette province. Outre de nombreux mémoires insérés dans le Magasin encyclopédique, de 1808 à 1814, et dont il faisait tirer à part des exemplaires pour les distribuer à ses amis, Baudot n'a publié que des opuscules d'un intérèt purement local. 111. Amanton en a donné la liste dans la France littéraire de M. Quérard, t. 1". On se contentera d'indiquer ici les plus importants : 10 Eloge historique de l'abbé Boullcmier , qui fut réellement l'un des coopérateurs de la nouvelle édition de la Biblioth. hislor. de la France ; mais c'est à tort que Baudot lui fait 'honneur d'avoir conçu le projet et le plan de ce grand travail, qui appartiennent exclusivement à Fevret de Fontette.' 2° Recherches sur les monnaies et les mdailles anciennes trouvées, à différentes époques, dans le département de la Côte- d'Or, ibid., 1809 5" Dialogue entre les Bourguignons Edme- ThomasFrançois Pasumot et Ch. Boullemier, aux Champs- Élysées, Paris, 1811 C'est un examen critique des différents ouvrages publiés sur les antiquités d'Autun. 4° Dialogue aux Champs- Élysées, pour servir de suite à l'Éloge de M. Devosges, Besançon, 1813 Lettre à M. Girault, pour sertir de supplément à ses Essais historiques et biographiques sur Dijon, Dijon, 1815 Quelques curieux conservent les opuscules de Baudot, en 2 vol. Il avait fait imprimer, en 1810, pour le 1" volume, un frontispice suivi d'une lettre à ses amis, de la table des mémoires dont ce volume devait se composer, et d'un errata contenant des corrections et des additions ; enfin une table alphabétique des matières se trouve à la lin du volume. — François BAUDOT , d'une autre famille que le précédent, est auteur de Lettres en forme de dissertations sur l'ancienneté de la ville d'Autun ou Bibracte, Dijon, 1710 fig., petit volume trèsrare. 11 était l'ami de la Monnoie et du P. Oudin. Après avoir rempli la charge de maitre des comptes et celle Cd sceau singulier fait partie du =sec de la ville de Besanç on.
  • Pierre-Louis BESOMBES DE ST-GENIÉS( 1719 - 1783) : conseiller à la cour des aides de Montauban et de l'académie de cette ville, né à Cahors le 9 novembre 1719, mort dans cette ville le 20 août 1785, est auteur du Transitus animce revertentis ad jugum sanctum Christi Jesu, Montauban, 1782, 1787 et 1788 traduit en français par Cassagnes de Peyronnec, sous ce titre : Sentiments d'une Arne pé- nitente revenue des erreurs de la philosophie moderne au saint joug de la religion, Montauban, 1787, et Paris, 1789, 2 vol. . Besombes a laissé une traduction de l'Iliade et de l'Odyssée d'Homère, précédée d'un discours préliminaire qui a été imprimé vers 1770, mais qui n'a pas été mis en vente . — Un autre BESOMBES , prêtre de la doctrine chrétienne , est auteur d'un ouvrage intitulé : Moralia christiani, imprimé en 1745, 2 vol.
  • Pierre-Louis BOURSAINT( 1791 - 1833) : né le 10 janvier 1791, à StMalo, s'éleva, du poste de novice timonnier. au premier rang daps l'administration de la marine, puis au conseil d'État et d'amirauté. Sou-- vent il arrive que des jeunes gens, séduits par Pattrait des voyages et le magnitique aspect de l'Océan, se destinent à la marine ; mais bientôt une inflexible discipline étouffe ce sentiment poétique, et, les plus enthousiastes sont les premiers à se dégoûter du bord. Boursaint, doué d'une vive imagination, éprouva ce dégoiit ; mais pensant que la constance et la spécialité sont partout des éléments de succès, il eut la force de se changer luimalte, plutôt que de changer d'état. Après avoir navigué pendant plusieurs années comme, simple novice, il passa, en 1800, sur la canonnière l'Inquiète , en qualité d'aidetimonnier, faisant fonctions d'aidecommissaire. 11 s'appliqua dès lors à étudier l'administration dans toutes ses parties. Ses loisirs furent employés à refaire son éducation, interrompue dès l'âge de treize ans, mais qui lui avait laissé la soif de savoir, et des impressions religieuses que ne put effacer le cours d'une vie agitée. 11 fit plusieurs croisières, visita quelques contrées de 'Étirope,. puis les Antilles, et fortifia l'étude par l'observation. Ce fut à l'amiral Ganteaume, dont il avait été successivement le commis aux revues et le secrétaire, sur les vaisseaux le Yen- beur et le ilépuplicain, dut,son admission définitive dans l'administration de la marine. Il était attaché au port de Brest, lorsqU'en 1807 il fut privé de son emploi , comme conscrit maritime. Il vint réclamer à PariS, irais sans succès, Plus heureux à un second voyage , il obtint sa réintégration clans les cadres et une place dans les bureaux Par une faute typographique, l'auteur de l'éloge y est mal nommé Bourra. Il y avait réuni en collecÇion tous tes jetons frappés à l'effigie des doyens de la faculté de médecine de Paris, depuis 1638 jusqu'eu 4793, et d'autries,,medaille,s qui formaient, dans leur ensemble. Phis - toire metillique de cette faculté. V—VE. stipulations secrètes de Tilsitt, par lesquelles l'expulsion des Anglais de la Méditerranée avait été décidée, rendaient nécessaire la présence d'une escadre dans cette mer dont Napoléon avait résolu de faire un lac français. Ganteaume dut le commandement de cette escadre à l'intimité qui l'unissait au ministre Decrès. 11 choisit son ancien commis aux revues pour son secrétaire et pour commissaire de l'escadre. Boursaint suivit l'amiral à Toulon et s'embarqua avec lui sur le vaisseau le Commerce de Paris, de 120 canons. Ayant justifié la bonne opinion que Ganteaume avait donnée de sa capacité, il fut nominé, le 2 juillet 1808, commissaire en titre de l'escadre de la Méditerranée. 11 put, de cette position élevée, juger l'ensemble et le mouvement de l'organisation navale, après en avoir étudié séparément les détails. De retour à Paris, il fut nommé secrétaire du conseil de marine dont Ganteaume avait obtenu la présidence. Le zèle qu'il montra dans cette nouvelle position fut Mnlargué par Decrès, qui l'attacha définitivement à l'administration centrale. L'organisation des équipages de haut bord et (l'autres travaux non moins importants le firent nommer, de 1810à 1815, souschef et chef de la division du personnel. Ln tel avancement, peut-ètre sans exemple dans les bureaux de la Marine , était d'autant plus flatteur qu'il fut pur de toute intrigue. En 1817, sous le ministère du maréchal StCyr, il fut nommé directeur des fonds des invalides. Il avait obtenu précédemment la restitution de la caisse des invalides , iniquement enlevée au département de la marine par un décret de 1810. Dans la liquidation de l'arriéré, dont le chiffre s'éleva à 146 millions, et qui intéressait tant de familles malheureuses, il déploya une habileté, une fermeté qui ne furent surpassées que Par sa sévère intégrité. Tous les entremetteurs furent éloignés, et l'usure ne dévora point le prix du sang (les marins mutilés ou morts au service de l'État. Après avoir établi la comptabilité de la marine selon les exigences du gouvernement représentatif, Boursaint concourut à fixer le budget normal de 1820, dont les bases ont résisté à quinze ans de discussions, et qui sauva la flotte de la ruine dont la menaçait un provisoire trop longtemps prolongé. La direction des colonies ayant été réunie à celles des fonds, Boursaint put supporter ce double fardeau. Mais persuadé que l'avenir de la Amarine était dans le maintien de la spécialité de, la caisse des invalides, et prévoyant les attaques dont cette caisse allait ètre l'objet, il se dévoua tout entier à sa défense, et se démit de la direction des colonies , s'attachant uniquement à perfectionner la comptabilité des invalides , afin de ne laisser aucune prise contre elle. Ses prévisions ne tardèrent pas à se vérifier, et les attaques se multiplièrent avec un redoutable concert. On put croire un instant que c'était fait de cette caisse, chefd'oeuvre du génie organisateur de Colbert, et l'une des plus belles institutions de l'ancienne monarchie. Les mémoires de Boursaint en faveur de l'étal3lisSement des invalides de la Marine resteront comme des modèles de discussion. 11 s'y montra le digne nierprète du grand ministre, createur de la marine en France. Boursaint avait été nomma conseiller d'État en 1W23, et membre de l'amirauté en 31. Pour suffire à tant de devoirs, il dut s'imposer un isolement absolu. Mais cette trop forte et p constante application , les tristesses et les dégoûts inséparables des longs travaux, altérèrent rapidement sa santé. Le corps était miné, l'esprit sur-:excité; l'équilibre fut rompu. Il se trouvait déjà (Sans cet état lorsque, cédant aux instances de ses nuis, il se décida à accepter la candidature à la détation (le StMalo. Informé qu'un autre candidat lui était opposé avec des chances de succès, il en ' , essentit une douleur mortelle. S'exagérant l'effet de cette preférenee accordée à un autre dans sa ville ' atale, il résolut de mourir. Ayant quitté Paris soifs ' prétexte de se rendre à St-\lalo, il s'arrêta à 'tCermain, et mit tin à ses jours le 1 juillet 1855. ar son testament il a légué 400,090 fr. à l'hôpital e StMalo pour l'établissement de douze lits de matelots, et une rente de ZiO9 fr. à la caisse des ' *des pour astre annuellement distribuée en secours tix dix veuves de matelots les plus pauvres de ette ville. « .rai été matelot moimème, ditil. J'ai ». voué ma vie entière à cette classe malheureuse, et.., je mets le plus grand prix à lui donner ce dernier « témoignage d'intérêt. » Un ami reconnaissant a réuni et publié sa correspondance privée en 1 vol. Paris, 1834. Ces lettres, écrites à diverses poques de sa vie et avec' tout l'abandon de l'intimité, . évèlent une âme haute et ferme, niais accessible aux plus douces affections. D'une excessive rigueur dans l'accomplissement de ses devoirs, l'homme pu- Ilelie dominait toujours en lui l'homme privé
  • Pierre-Louis CORMILIOLLE( 1739 - 1822) : auteur (L'une traduction des oeuvres (le Stace, naquit à Paris, le 16 avril 1759, et y mourut le 15 mars 1822. 11 s'é- tait d'abord consacré à l'Eglise, et il exerçait le saint ministère dans une paroisse (le l'ouraine lorsque la révolution vint à éclater ; l'abbé Cormiliolle en profita pour rompre ses VC1'11 X et contracter mariage. Dès l'année 4783, il avait publié une traduction de la Thébaïde de Stace, en 5 volumes et l'on peut dire que c'était la première , quoique l'infatigable abbé de Marolles cid depuis longtemps donne la sienne. L'ouvrage fut reçu avec faveur; les criti- ques, et Geoffroy entre autres, accordèrent (les élo- ges au style. La version (le l'Achilléide et (les Sylves, qui parut en .1802, obtint les mêmes suffrages. En 1820, une édition nouvelle de ces diverses traductions, formant les oeuvres complètes de Stace, en 5 vol. avec le texte latin en regard , sortit des presses de Delalain, sous les auspices de notre collaborateur M. Awar. Cormiliolle avait aussi entrepris une traduction de la Pharsale de Lucain ; 'nais il n'acheva que celle du supplément composé pat. l'Anglais Th. May, et la mit au jour en 1819. Sans etre entièrement dépourvue de 'Write, la méthode habituelle du traducteur de Stace offre de giaves défauts. I I commente , jiarapbrase Souvent atl lieu de traduire ; aii lieu de s'attacher à rendre la forme et le tnieuvement de la période poétique, il la subdivise en petites phrases détachées. Un penchant naturel à l'enflure et à l'emphase l'entrainait d'ailleurs à exagérer plutôt qu'à affaiblit le vice dominant de son poêle favori. Plusieurs passages ne_sout pas non plus irréprochables sous le rapport du sens et (le : Cormiliolle était pourtant bon latiniste. La réiliieQon (les rentes sur le grand livre lui ayant enlevé les deux tiers de sa modique fortune, il se vit réduit à donner des leçons pour subvenir à ses besoins et à ceux (le sa famille. Dans cette carrière nouvelle , il rendit (les services réels en forlitant quelques bons élèves. Doué d'une belle et nulle ligure, d'une constitution forte, d'il n véritable amour de ln retraite et. de , il jouit d'une ‘icillesse longue et exempte d'infirmités. Membre de la société libre des sciences, lettres et arts, il y avait compté pour amis des hommes distingués
  • Pierre-Louis DULONG( 1785) : chimiste et physicien du premier ordre, naquit à Rouen, le 12 février 1785. Celui qui devait ajouter une illustration de plus à la patrie des Corneille et des Fontenelle appartenait à une pauvre famille de la cité normande. A peine âgé de quatre ans, il perdit son père et sa mère et dut son éducation première à la charité de parents éloignés. Dulong naissait à l'intelligence au moment où éclatait la révolution. Tout était désorganisé autour de lui, les colléges, les institutions religieuses n'existaient plus. C'est dans une pauvre école de commune que Dulong apprit à lire et à compter. Mais déjà se manifestaient chez l'enfant cette volonté calme, cette patience qui furent les traits distinctifs de son caractère. Par ses seuls efforts et presque sans guide, il s'éleva péniblement mais sûrement à la connaissance des matières exigées pour l'admission à l'école Polytechnique. Reçu à seize ans, il prit part aux travaux de cette école célèbre qui comptait à peine huit années d'existence et qui déjà dotait annuellement la France de savants et d'officiers distingués. Dulong ne s'épargna pas et, avant la fin de sa seconde année, l'excès du travail lui causa une maladie assez grave pour le forcer à quitter l'école. il dut songer alois à s'ou\ •ir une carrière nouvelle ; il choisit la médecine. Les épreuves par lesquelles devait passer un docteur n'étaient à cette époque ni longues, ni difficiles. Bientôt en possession de son diplôme, Dulong, qui s'était logé par économie dans le quarfier le plus pauvre de Paris, le quartier Maubert; commença à pratiquer. Les malades ne lui manquaient pas : mais le jeune docteur vit s'accroître ses charges avec sa clientèle, Il ne pouvait se résoudre à ordonner inutilement des remèdes trop coûteux, aussi avaitil ouvert, au profit de ses clients nécessiteux, lui compte chez le pharmacien. Il lui fallut bientôt modifier ses dépenses et abandonner une profession que sa généreuse imprévoyance lui rendait impossible. Dulong retourna â ses travaux solitaires. Il fut d'abord attiré par la plus paisible des sciences naturelles, la botanique. Ce lui fut une occasion de revoir son pays qu'il parcourut en herborisant. Mais il allait bientôt être entraîné dans le grand mouvement scientifique qui marqua le commencement du siècle. Une science nouvelle' enait de naître, la chimie avait pris rang dans les sciences naturelles par les découvertes des Hales, des Black, des Cavendish, par les travaux de Lavoisier, Fourcroy, Berthollet, Guyton de Morveau, Berzelius, Thénard avaient, en quelques almées, agrandi le champ de cette science si jeune et déjà si féconde. Davy, Achard, Parmentier, Vauquelin, Baumé en étendaient les applications aux arts économiques, à l'agriculture, à la pharmacie. Dulong entra comme préparateur dans le laboratoire de Thénard, successeur de Fourcroy dans la chaire du collége de France. Il se fit bientôt connaitre par des observations importantes, par des analyses de haute portée. La décomposition mutuelle des sel, solubles et des sels insolubles, les combinaisons du phosphore avec l'oxygène, la description de l'acide phosphoreux, la découverte du chlorure d'azote. elle fut la part de Dulong dans la constitution de nouvelle science. La découverte du chlorure d'ate, faillit lui coûter la \ ie. Déjà une première pendant que le jeune chimiste se livrait ir ses riences, le chlorure d'azote s'était révélé à lui 411'11'17 épouvantable 1 détonation qui 1 tri . bt tilibs1 autour t,itt oli ,ri ipients sans le blesser sérieusement luimême. .;c1 curiosité fut éveillée et, sans être arrêté par la crainte d'une explosion nouvelle, il recommença ; ,..es expériences et .se rendit maître du composé :errible qui lui conta deux doigts de la main droite ct un oeil. Noble invalide de la science, Dulong n'en .ontinua pas moins de se livrer à ses dangereuses recherches. Admiré de tous, il était le seul qui ne soupçonnât pas son héroïsme; malgré sa modestie il avait attiré l'attention et l'estime et fut nommé maître de conférences à l'École normale. Bientôt après il fut appelé à la chaire de chimie de l'école d'Alfort. 11 n'avait que trente ans et déjà il occupait une place parmi les savants les plus distingués. 11 était intimement lié avec Berzélius : c'est avec Dulong que l'illustre Suédois fit l'analyse de l'eau et détermina la décomposition de l'acide carbonique. l'armi les amis de Dulong à cette époque, il faut citer encore Petit et %l. François Arago. L'Académie des sciences ayant mis au concours en 181 , mule prix de physique, une question relative à la mesure des températures et aux lois du refroidissement, Petit engagea Dulong à rédiger en commun un mémoire que nous analyserons plus loin. Le travail des deux jeunes savants fut couronné. L'année suivante les deux collaborateurs présentèrent à l'Institut un autre mémoire sur la chaleur spécifique. Ces beaux travaux marquaient la place de Dulong dans cette École polytechnique à laquelle il s'honorait d'avoir appartenu. Le 26 juillet is20, fut nommé examinateur temporaire pour les Illiiences physiques et, le 5 novembre suivant, il fut appelé à remplacer dans la chaire de physique de l'École polytechnique son collègue et son ami Petit enlevé à vingtneuf ans à la science. Trois ans après, en 1823, Dulong entrait à l'Académie des sciences, dans la section de physique générale. Jusqu'à la révolution de 1830 la vie de Dulong se partagea entre le professorat et l'étude. Il fallait que les honneurs vinssent le chercher, il n'eût point fait un pas ponr les obtenir. Il avait le sentiment de sa propre valeur, mais plus de passion pour la science ellemême que pour les avantages qu'on peut justement prétendre à en tirer. Un jour, Charles X vint faire une visite à l'École polytechnique; il reittarqua que, parmi les professeurs, un seul n'était pas décoré. Le roi s'informa, et on lui apprit le nom de celui qu'il désignait, c'était Dulong. Charles X attacha luimême à la boutonnière du modeste savant le ruban d'un de ses officiers. Quelques jours après la révolution de juillet, Dulong fut, sur la proposition , une note de Dulong avec M. Thénard, sur la propriété que possèdent quelques métaux, de fa- ciliter la combinaison des fluides élastiques. Cette note est suivie de l'exposé des nouvelles obsen a- llons faites par les deux physiciens sur la propriété dont jouissent certains corps de favoriser la combi- naison des fluides élastiques. Nous donnerons en peu de mots un aperçu de ce travail. Dcebereiner, professeur à l'université d'Iéna, ayant observé que le platine en éponge détermine, à la température ordinaire , la combinaison de l'hydrogène avec l'oxygène et que le développement de chaleur ré- sultant de cette action peut rendre le métal incandescent, Dulong avec M. Thénard a vérifié ce fait Ph" une expérience faite sous les yeux de l'Académie. Ils ont, en outre, reconnu que d'autres métaux jouissent de la même propriété que le platine; que or et l'argent, par exemple, agissent à des tempé- ratures élevées mais audessous de.360°, l'or étant 'plus efficace que l'argent. Ils ont aussi reconnu que l'oxide de carbone et l'oxygène se combinent et que le gaz nitreux est décomposé par l'hydrogène, à la température ordinaire, en présence de l'éponge de platine, etc. N'ayant que des données incertai- nes pour fixer leur opinion, ils ont continué leurs recherches, dans l'espoir de découvrir le genre de forces auquel ce singulier phénomène de la combi- naison des fluides élastiques doit être attribué. Ainsi ils ont trouvé que le palladium, le rhodium, l'ill.. dium, se comportent de la même manière que le platine en partant de la température de l'atmos- phère; que les métaux ne sont pas les seules sub- stances qui jouissent de cette propriété, le charbon, la pierre ponce, la porcelaine, le verre, le crhtal de roche puisqu'ils déterminent la 'combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène à des températures à 350°. Enfin, des expériences délicates faites sur le platine sous cinq formes différentes et sur le palladium en feuilles et en limaille, les a conduits à reconnaitre qu'un grand nombre de substances solides déterminent, par leur contact et à des températures diverses, suivant leur nature, la combinaison des gaz mélangés.—Dans le tome 7 des Mémoires de l'Académie des sciences on trouve un mémoire de Dulong sur les pouvoirs réfringents des fluides élastiques, dans lequel il décri t les procédés qui lui ont permis de déterminer les puissances rétractives de 22 gaz sous la même pression, celle de l'air étant prise pour unité. 11 ré- suite de ces recherches que les capacités des corps pour la chaleur, et les pouvoirs réfringents n'ap- partiennent pas, comme on l'avait cru jusqu'alors, à un même ordre de causes. « Les capacités pour « la chaleur, ditil, ont une relation évidente avec « les masses des molécules ; les pouvoirs réfr « gents paraissent en être complétement indépen- « dants.» C'est par une suite de déductions basées sur cette remarque qu'il arrive à conclure que l'inéga- lité des vitesses de la lumière dans les divers gaz, considérés à la même température et sous la même pression, parait dépendre de l'état électrique propre aux molécules de chaque espèce de matière, et qu'en raisonnant dans l'hypothèse des ondes, la vitesse de la lumière serait d'autant plus retardée que les molécules seraient plus fortement positives. —Parmi les travaux importants du célèbre observateur nous citerons encore ses recherches sur la cha- leur spécifique des fluides élastiques et sur la force élastique de la vapeur d'eau, t. IO des Mémoires de l' Académie des sciences . Dans ses recherches sur la chaleur spécifique des fluides élastiques, admettant comme principe démontré que le carré du quotient de la vitesse réelle du son dans un fluide élastique quelconque, divisée par la vitesse calculée d'après la formule de Newton, est égal au rapport de la chaleur spécifique sous 'merpression constante à la chaleur spécifique sous un volume constant ; il ramène la détermination de ce rapport à celle de la vitesse réelle du son dans les divers fluides élastiques. En faisant résonner LIII même tuyau d'orgue successivement avec l'air atmosphérique, l'oxygène, l'hydrogène, l'acide carbonique, l'oxyde de carbone, l'oxyde d'azote et le gaz oléfiant, Dulong est amené à pressentir : 1° que ls ol ume s égaux de tous les fluides élastiques pris à une même température et sous une même pression, étant comprimés ou dilatés subitement d'une même h.action de leur volume, dégagent ou absorbent la même quantité absolue de chaleur; 2° que les variations de température qui en résul- tent sont en raison inverse de leur chaleur 5.t.pécifl- que à volume constant. C'est dans l'exposé des recherches laites par ordre de l'Académie des sciences pour déterminer les forces élastiques de la vapeur d'eau à de hautes températures, qu'on trouve la description du bel appareil des canons de fusil, employé par Dulong et Arago et au moyen duquel ils ont pu : 10 vérifier la loi de Mariotte jusqu'à 27 atmosphères ; 2° former une table des températures correspondant aux tensions de la vapeur d'eau, qui n'excèdent pas 24 atmosphères. — Obligés de nous renfermer dans les limites qui nous sont assignées par la nature de cet ouvrage, nous ne parlerons pas des mémoirés de Dulong sur la chaleur animale, sur les appareils producteurs de la vapeur, sur l'action réciproque des carbonates alcalins et des sels insolubles, etc.,etc., nous nous contenterons de l'envoyer le lecteur aux ou‘ rages indiqués plus haut, en lui faisant remarquer toutefois que ce court résumé de quelques travaux de l'illustre et courageux académicien surfit pour montrer l' qu'a dû exercer et qu'exerce (qu'ove sur les progrès de la science les innombrables découvertes de Dulong
  • Pierre-Louis FARNÈSE( 1493) : fils du pape Paul III, premier duc de Parme et de Plaisance , où il régna de 1515 à 1547. PierreLouis était né d'Alexandre Farnèse, avant que celuici eùt reçu la pourpre, en 1493, des mains d'Alexandre VI. Ce cardinal ayant été fait pape en 1534, à la mort de Clément VII, s'occupa dès lors avec passion du soin d'agrandir sa famille. PierreLouis fut en 1537 nominé gonfalonier de , seigneur de Népi et duc de Castro. Il avait cinq enfants de sa femme Iliéronime Orsini ; le pape s'efforça de les pourvoir tous richement. Il accorda , dès le 18 décembre 1534, le chapeau de cardinal à l'aîné, Alexandre, quoiqu'il fût à peine âgé de quatorze ans; il fit épouser en 1538 au second, Octave, Marguerite d'Autriche , f lle naturelle de CharlesQuint, déjà veuve du duc de Florence, et ensuite gouvernante des PaysBas. En meme temps il obtint pour Octave la ville de Novare avec le titre de marquisat; l'année suivante il lui donna aussi le duché de Camerino , sur lequel il avait acheté les droits d'Hercule Varano. Le troisième fils, Horace, épousa en 1547 Diane , fille naturelle de Henri Il , roi de France , et fut en même temps nommé duc de Castro ; le quatrième , Ranuce , fut fait cardinal à l'âge de quinze ans, et Victoire, soeur de ces princes, fut mariée au duc d'Urbin. Mais c'est surtout PierreLouis que Paul III désirait placer au rang des souverains; il ne se laissait point rebuter par les vices odieux de cet homme farouche, qui , par ses moeurs infâmes, son orgueil et sa cruauté, s'attirait la haine universelle. PierreLouis , avec un mélange inouï de la plus honteuse débauche et de la plus scandaleuse profanation , avait enlevé l'évêque de Fano, en 1537, de son siége épiscopal , et lui avait fait violence dans ses habits pontificaux ; il lui avait ainsi communiqué d'affreuses maladies dont l'évêque, âgé seulement de vingtquatre ans, mais renommé pour sa sainteté, était mort au bout de quarante jours. PierreLouis fut chargé en 1510 de soumettre Pérouse , qui s'était révoltée contre le pape; il dévasta son territoire, et se rendit maitre de la ville, o? il bâtit une forteresse, tandis qu'il fit périr par différents supplices les citoyens les plus considérés. Pendant ce temps , Paul III s'efforçait de lui faire adjuger par CharlesQuint le duché de Milan, disputé entre l'empereur et la France, et que ni l'une ni l'autre de ces puissances ne voulait céder à la puissance rivale. Paul III fit un voyage en 1543 auprès de l'empereur pour le solliciter; il lui offrit des sommes énormes pour prix de cette acquisition; mais voyant enfin que Charles ne voulait pas se dessaisir de cet État même en faveur de son gendre et de sa fille, Paul III résolut d'ériger en duché les deux États de Parme et de Plaisance , que Jules II avait conquis sur le duché de Milan pendant les guerres de la ligue de Cambrai. Pour déterminer le sacré collége à consentir à cette aliénation , il réunit à la chambre apostolique les duchés de Camerino et de Nepi , qu'il avait, auparavant donnés à son fils; il greva Parme et Plaisance d'un tribut annuel de neuf mille ducats ; et après avoir acheté le suffrage de plusieurs des cardinaux, il créa, au mois d'août 1545, son fils PierreLouis Farnèse duc de Parme et Plaisance. En même temps il envoya deux de ses petitsfils avec un corps nombreux de troupes, pour combattre la ligue de Smalcalde , afin de mériter ainsi la protection de l'empereur. PierreLouis Farnèse s'établit à Plaisance, où il fit bâtir une citadelle. H chercha de bonne heure à faire plier sous le joug la noblesse de ses nouveaux États, que l'Église avait laissé jouir d'une grande indépendance. Il enleva aux nobles leurs armes, limita leurs priviléges , et les contraignit à venir habiter la ville, sous peine de confiscation de leurs biens. Donnant un effet rétroactif à ses lois, il rechercha dans leur conduite tout ce qu'il y avait eu de répréhensible avant l'époque de son gouvernement, pour les en punir par des amendes ou des confiscations. Les chefs de la noblesse de Plaisance , les Pallavicini , Landi, Anguissola et Confalonieri , ne pouvant supporter davantage le joug odieux de ce tyran, s'entendirent avec don Ferdinand de Gonzague, gouverneur de Milan, qui détestait aussi Farnèse. '!rentesept conjurés , avec des armes cachées sous leurs habits , s'introduisirent l'un après l'autre dans la citadelle de Plaisance, le 10 septembre •517, comme pour faire leur cour au duc, et s'étant emparés des principaux passages du palais, Jean Anguissola entra dans la chambre du duc et le poignarda, sans que celuici, qui était rendu impotent par ses honteuses maladies , pût faire un mouvement pour se défendre. Les conjurés ayant par deux coups de canon averti Ferdinand de Gonzague de leur succès, celuici leur envoya aussitôt titi renfort, et vint bientôt après luimême prendre possession de Plaisance au nom de l'empereur
  • Pierre-Louis GALLETTI( 1724 - 1790) : naquit à Rome en 179.4 , et y passa la plus grande partie de sa vie : il entra de bonne heure chez les bénédictins , et suivit bientôt les traces des hommes distingués qui ont illustré cet ordre par leurs travaux ; il dirigea les siens vers l'antiquité et l'histoire littéraire et ecclésiastique, dont il s'occupa pendant toute sa vie avec un zèle infatigable. Il vécut d'abord dans la célèbre abbaye de son ordre à Florence : son savoir lui fit obtenir la place de bibliothécaire et d'archiviste , et il rédigea un excellent catalogue des manuscrits qu'elle possédait en grand nombre ; ils lui servirent depuis à composer son ouvrage intitulé : Ragionasnento dell' origine et de' primi lempi dell' abadia Fiorentina, Rome, 1773 Il avait trouvé en 1754, dans ses archives, une chronique d'une abbaye appelée della Campora, qui depuis avait été réunie à celle de Florence. Ayant cru y découvrir la véritable origine de l'ordre des hiéronymites, il envoya au cardinal Querini cette chronique, que ce prélat transmit au savant religieux FélixMarie Nérini , abbé général de cet ordre : celuici opposa plusieurs documents, tendant à prouver que ces religieux avaient suivi primitivement la règle de StAugustin. Galletti publia sur ce sujet sa Lettera intorno la tuera e sicura origine del venerabile ordine de' PP. Girolamini , Rome , 1755 L'avantage lui resta dans cette discussion. Il s'occupa ensuite de quelques questions relatives à la géographie ancienne du territoire de Rome et des États du Pape, H fit paraître une dissertation intitulée : Capena municipio de' Romani, Rome, 1756, où il établit que cette ville était autrefois au lieu où l'on voit aujourd'hui un vieux château ruiné, appelé Ciritacula, sur lequel il donne de curieux renseignements historiques et diplomatiques. Cet ouvrage fut suivi l'année d'après d'un autre du mOme genre : Gabbio antica cittâ di Sabina scoperta ove era Torri , ovvero le grolle di Toro , discorso in cui si ragiona de' SS. lie Getulio e Giacinto con varie notizie di alcuni luoghi circonvicini , Rome , 1757 fig. 11 y donne des notices trèsimportantes sur les actes de StGétulien et de ses compagnons, indique la véritable situation du cimetière de Stllyacinthe , et procure de précieux éclaircissements sur la chronique de Fana, écrite par GregoriusCattinensis, et publiée par Muratori. Il donna encore une lettre sur Ascoli : Lettera all' abate Cristofano Amado: 1: i per servire ad illustrare la topograjia del territurio di Ascoli nella Marra; elle est imprimée dans le tome 18 de la Nuova raccolta de Calogerà. On s'était beaucoup occupé des inscriptions antiques , dont le nombre est considérable à Rome; mais on accordait peu d'attention à celles du moyen âge : Galletti commença vers cette époque à en former une collection, qu'il a publiée en les divisant selon les nations qu'elles pouvaient intéresser. Il commença par celles de Venise : inseeiptiunes Venetce infirni & ri Romoe extantes. Rome, 1757 11 lit paraître en 1759 celles de Bologne , 1 vol. iii-4.; en 1760, celles de Rome , en 3 volumes en 1761, celles de la marche d'Ancône, et en 1766, celles du Piémont. Ces recueils ne l'empochèrent pas de donner aussi divers écrits sur l'histoire, les antiquités et les rites ecclésiastiques, tels que : Del vestiario della sauta romana Chiesa discorso , Rome , 1758. On y trouve des détails curieux sur l'office du Vestiarius, qui consistait à garder et surveiller le vestiaire ou dépôt des habits sacerdotaux, et sur ceux qui l'ont exercé; le tout est appuyé sur des inscriptions , des diplômes et des monuments dont Galletti donne le premier la connaissance, ou dont il fait mie heureuse application. ilemorie di tre antiehe chiese di Rieti, S. llichele Arcangelo al Ponte, sant' ‘- 1 gala alla noce. On lui doit trois Homélies du vénérable Bède ; trois Discours de Thomas- Phèdre Inghirami de Voltera , l'un adressé à Ferdinand roi d'Espagne, à l'occasion de la prise du royaume de Bugia en Afrique; l'autre est un éloge de Pierre de Vicence, évèque de Césène, et le troisième est une Oraison funèbre de Louis Podocathare de Cypre ; et enfin des Lettres de St- Basile le Grand à line femme pieuse, appelée Théodora. Les vertus et le mérite de Galletti lui obtinrent l'amitié des plus illustres prélats : le cardinal Domenico Passionei , qui avait succédé au cardinal Querini , dans l'office de bibliothécaire du Vatican, avait pour lui un attachement particulie•; Galletti a écrit sa vie sous ce titre : rie per servire alla storia della vita del cardinale Domenico Passionei, segretario de' breri e bibliotecario della Santa Sede apostolica, Home , 1762. Cette vie est terminée par un recueil de lettres trèsintéressantes d'hommes d'État et de savants qui ont été en correspondance avec l'illustre cardinal. Le pape Pie YI accorda sa protection et nome sa faveur à Galletti ; il lui conféra plusieurs bénéfices et le titre d'évèque de Cyrène. Ce savant infatigable est mort subitement d'apoplexie le 15 décembre 1790 , à 66 ans
  • Pierre-Louis GANDOGER DE FOIGNY( 1732) : médecin, né à Lyon le 6 août 1732 , reçut d'abord une éducation fort incomplète ; mais, ayant eu l'occasion de connaltre le célèbre Clairaut, qui le prit en amitié, il fit sous cet habile maître de grands progrès dans l'étude des mathématiques. Il voulait être ingénieur : le hasard le fit médecin. Un de ses amis, ayant cherché à l'effrayer en le rendant témoin des dissections qui s'opéraient à l'amphithatre où le docteur Petit donnait ses leçons d'anatomie, éveilla au contraire en lui le désir de connaître l'organisation humaine jusque dans ses ramifications les plus déliées. Dès lors sa vocation fut déterminée , et le lendemain il suivait déjà les cours de la faculté de médecine. A peine étaitil reçu docteur, que le ministre voulut l'envoyer au Canada ; mais ce pays avait passé sous la domination des Anglais : il fut donc obligé de rester à Paris, où il se déclara un des plus chauds partisans de l'inoculation. M. de la Galissonnière, chancelier du roi Stanislas , qui avait entendu parler de son mérite, l'attira en Lorraine, et le lit nommer médecin consultant du roi de Pologne, professeur d'anatomie et de botanique à l'université de Nancy. Dans son infatigable activité . » Il succomba le 5 août 1770. François , alors àgé de vingt ans, prononça son éloge dans la séance publique de l'Académie de Nancy , le 14 novembre suivant. Solignac, secrétaire perpétuel , paya aussi son tribut à la mémoire du docteur Gandoger; mais sa notice est restée manuscrite. Le principal ouvrage qui a fondé la réputation de Gandoger est un Traité sur la pratique de l'inoculation, Nancy, 1768 de xvi et 500 pages; nouvelle édition, 1786 L'exposition des méthodes suivies dans les différents modes d'inoculation et le traitement des personnes inoculées par les plus célèbres médecins du temps est précédée d'une histoire complète de cette pratique , importée d'Orient en Europe et répandue ensuite dans le monde entier. Le docteur Dezoteux a fourni à l'auteur iln grand nombre de notes et d'observations relatives surtout aux essais qu'il avait faits en Angleterre, à la suite de l'ambassade du comte de Guerchi. Il ne crut sans doute reprendre que son bien en publiant, avec le docteur Valentin, un Traité historique et pratique de l'inoculation, Paris, an 8 dans lequel ils avaient fait entrer les articles les plus importants de l'ouvrage original. Ils ne rendirent pas moins justice aux travaux de leur prédécesseur. « On « peut dire du vertueux Gandoger que le succès « a récompensé son zèle ; il a eu la satisfaction « de voir son livre accueilli et généralement ap« prouvé . » Les deux éditions du Traité pratique de l'inoculation passèrent en grande partie à l'étranger. On doit encore à Gandoger une édition du Traité des vertus des plantes d'Antoine de Jussieu, avec des notes, Paris , i772
  • Pierre-Louis GINGUENÉ( 1748) : né à Rennes /le 25 août 1718, d'une famille noble , mais sans fortune, fit dans cette ville de trèsbonnes études au collége des jésuites, qu'il vit expulser sans regrets, comme il l'a dit luimême dans soft . pitre à Parny, qui y fut son condisciple : J'avais vu sans regrets Aux enfants de Jésus enlever la férule. Nous ne savons pas ce que gagna Ginguené à cette petite satisfaction, qui fut alors donnée auxécoliers, mais on sait assez ce que l'enseignement y perdit. 11 termina ses études sous les prêtres séculiers qui succédèrent aux jésuites ; mais ce n'est pas d'eux qu'il apprit les choses qui dans la suite devaient lui être le plus utiles. Ce fut par les soins de son père, homme estimable et fort instruit, qu'il connut les langues et les littératures anglaise et italienne, et ce fut aussi par la sollicitude paternelle qu'il acquit le savoir et le goùt éclairé qu'il a conservé toute sa vie pour la musique. Dès qu'il eut quitté les bancs de l'école , il composa des poésies légères qu'il se hàta de répandre ; mais qui, à l'exception de la Confession de Zulnzé, n'offrent rien de remarquable. Il vint ensuite à Paris afin d'y trouver *une existence qu'il n'avait point à Rennes. Il y fut d'abord précepteur dans une maison particulière, et il publia quelques poésies légères dans l'Almanach des Muses et dans d'autres recueils. Il ne fit cependant point imprimer la Confession de Zulmé; mais il communiqua cette pièce à quelques amis , qui la communiquèrent à d'autres, si bien que beaucoup de monde la connut, que plusieurs la trouvèrent assez bonne pour se l'approprier, et qu'un M. de la Fare la fit imprimer sans façon sous son propre nom dans la Gazette de Deux- Ponts, avec beaucoup de fautes qui choquèrent Ginguené au point qu'il ne lui fut plus possible de garder le silence. 11 fit luimême imprimer dans l' Almanach des Muses cette pièce , que d'autres s'attri- Dans un Etat des noms et armoiries de la noblesse de Bretagne, su? Vant la réformation des années 16F8, 1669, 1670 et 1671 , on lit l'article suivant : t‘ Du . 27 may 1669, M. Barris rap., Pierre GJNGUENÙ, sieur du s ? ernan , faisant pour René Robert', son fils aisné, et pour u Claude Dli GINGUENÉ , son frère, nobles d'e. rtraction, ledit . Pierre et son luis aisné en la qualité de chevalier, et l'autre . en celle d'essuyer au ruile de Quimper. — Un écartelé de u gueulle et de *sable à la croix d'argent brisé en chef d'une . hermine aussi de satae. » ! Manuscrit du 17. siècle, de 417 pages. appartenant à l'auteur de cette note.) — Ginguené avait un frère versé dans l'administration, qui eut plusieurs directions importantes dans les domaines, entre autres celle d'An- vers. V—va. tillaient encore dans le même temps, et qui, toute légère qu'elle est , peut être appelée son chefd'oeuvre poétique. Ces messieurs ne se déconcertèrent pas ; ils accusèrent effrontément Ginguené d'imposture, et cette affaire donna lieu à une discussion assez vive dans les journaux. Voici comment luimême en a rendu compte beaucoup plus tard. 'c On a vu des plagiaires s'attribuer a l'oeuvre d'autrui, mais non pas, que je sache, attaquer le véritable auteur. C'est ce que fit « pourtant M. Mérard de SaintJust. Quelques s amis des vers s'en souviennent peut-être. Les a autres pourront trouver dans le Journal de Paris de janvier 1779 les pièces de ce procès s bizarre . e En 1776, au temps où la France heureuse mettait plus d'importance à des discussions de musique et de spectacle qu'à celles de la politique, Cinguené joua un grand rôle dans la fameuse guerre des Piccinistes et des Gluckistes. S'étant déclaré le champion de l'icelui, il eut sur ses adversaires l'avantage incontestable d'en savoir plus qu'eux dans l'histoire et la théorie de cet art difficile. Les articles qu'il publia dans les journaux furent lus de tout le monde, et ceux par lesquels Suard et l'abbé Arnaud y répondirent, sans oser se nommer, n'eurent pas le même avantage. Ginguené publia encore sur cette question une Lettre , sous le nom de MÉLOPHILE, qui eut beaucoup de succès . Ces débats lui firent quelque réputation ; les articles qu'il donna ensuite au Mercure et au Journal de Paris , les morceaux de poésie qu'il envoya à l'Almanach des Muses et à d'autres recueils, ne manquèrent pas de lecteurs, quoique souvent ils fussent amèrement censurés par lit Harpe, 11ivarol et d'autres critiques. Ainsi Cinguené avait pris rang parmi les gens de lettres ; mais son existence n'était point encore assurée, lorsqu'il obtint en_ 177S un emploi au Ginguené dit qu'il composa sa meilleure pléce de vers , Confession de Zulmé , au fond de sa province, à l'âge de vingt ans ; qu'arrivé à Paris en 1772 , il la communiqua au froid traducteur en vers de l'Iliade , qui voulut en avoir une copie, la lut dans plusieurs maisons, la laissa copier; et comme cette piéce circulait, toujours applaudie et sans nom d'auteur, le marquis de Pezay à Paris, un M. de la Pare t SIGermain , le poëte Borde à Lyon , et d'autres encore se l'attribuèrent ou , comme le duc de Nivernais, se la laissérent attribuer dans divers recueils : c'était comme un enfant de terni,- six pères ; et il faut convenir que si la paternité fut vivemet t contestée en 1779, Ginguené n'a rien fait depuis, dans le gente gracieux et léger, qui puisse la légitimer. Garat a dit de cet' e Coalession u On pourrait la croire de Tibulle quand il ne mit pas, ou de Properce quand il ià'est pas en colère confie Cinthie. V—ve. )2) Heureusement organisé pour les beauxarts, Ginguené avait montré, dès sa première jeunesse, un goût vif pour a peinture et une vraie passion pour la musique. Dans la gue?e musicale qui commença en 1780 et dura trois ans, on se battlt en vers et en prose; le champ de. bataille était couvert de pamphlets et de chansons, d'épigrammes et d'injures. Les chefs des Gluckistes, Suard et Arnaud, joignaient aux connaissances théoriques une habile stratégie. Les chefs des Piccinistes, Mar. monte), la Harpe, le marquis de Chastellux, trop étrangers à l'art qu'ils défendaient, n'auraient pu déchiffrer un air et le chanter d'une voix jaste ; il fallut que Ginguené vint à leur aide : il écrivit et triompha dans des lettres ou des articles signés Mélophile, insérés dans divers journaux. C'est en 1783 que parut sa brochure intitulée Melophile a l'homme de lettres chargé de la rédaction des' art, cles d, I' Opèra dans le Mercure de France. Garat dit de Ginguené u On l'éleva aux nues dans son parti ; e je ne sais où on le mit dans l'autre. » - V—vs. ministère des finances, qu'on appelait alors le contrôle général. Ce fut pour lui une faveur de la fortune si grande qu'il en manifesta hautement sa joie dans une pièce de vers intitulée Lettre à mon ami, lors de mon entrée au contre général. L'équivoque de ces expressions pouvait faire croire qu'il avait été nommé contrôleur général ; mais ou ne peut pas même supposer que cette pensée lui soit venue ; cependant Rivarol et Champcenetz ne laissèrent pas échapper cette occasion de le railler. Luimème reconnut son tort un peu plus tard, en faisant réimprimer sa pièce sous ce titre : Lettre à mon ami , lors de mon entrée DANS LES BUREAUX du contrdle général. En 1787 Ginguené eut un autre chagrin : il envoya au concours .ouvert par l'Académie une ode sur la belle action du duc Léopold de Brunswick , qui fit éclore tant de mauvais vers , et il n'obtint pas même une mention . L'année suivante il essuya le même affront pour l'éloge de Louis XII ; mais c'était là de petites contrariétés en comparaison de celles qu'il allait rencontrer dans une révolution que cependant il appelait de toits ses voeux. Avec un peu de vanité et beaucoup d'envie de s'élever et de se mettre en évidence, il devait en chérir, en approuver tous les principes et les premières conséquences ; mais avec tle la probité et un coeur bon et généreux, il . Il concourut ensuite, avec Rahaut Saint-Étienne, à la rédaction de la feuille villageoise , destinée à semer dans les campagnes les germes de révolution et de désordre qui devaient si bien y fructifier, mais dont les imprudents propagateurs devaient bientôt euxmêmes subir les cruelles conséquences . On sait comment Rabaut a péri en 1793. Quant à Ginguené, ainsi que l'a dit Daunou , son historien , « il Le poême envoyé deux années de suite au concours n'avait pas moins de trois cents vers. Carat prétend , dans une notice sur Ginguené, trèsincomplète et fort exagérée dans l'éloge d'assez minces productions, que l'Académie française distingua particulièrement l'oeuvre de son ami , et que cependant elle couronna « une prétendue ode de M. Terrasse, nom tout à fait ic inconnu avant dans la littérature et également inconnu de. Garat , dans plus d'une page d'éloges, trouve dans ces Lqtres tout à louer, beaucoup à admirer, et n'y voit rien à reprendre. V—VE. Rabaut StEtienne avait commencé la publication de la Fouille villageoise, avec Cérutti , le 30 septembre 1790. G a avait trop ouvertement professé l'amour de la « justice, la haine du désordre et des violences 'C pour échapper aux fureurs de l'ignoble tyran« nie qui régna sur la France en 1795 et 1794. « Comme son ami Chamfort, comme la plupart a ries hommes éclairés et vertueux de cette épo« que, il fut calomnié, espionné, arrêté et jeté . Avec les meilleures intentions et des connaissances positives, Ginguené , était alors, sans contredit , l'un des hommes les plus propres à remplir de telles fonctions ; niais c'était une tache bien difficile que de réorganiser les écoles au milieu du chaos ouvert par la révolution. fl fit tout ce qui était possible dans de pareilles circonstances et avec les moyens . . Extrait des notes de Ginguerié. . — Après la retraite de Carat, Ginguené se trouva seul commissaire de l'instruction publique, et en 1795 il prenait le titre de directeur général. V—va. il est juste de dire que tant qu'il vécut il fut de ce ps savant l'un des membres les plus laborieux es plus capables. Mais il ne se livra pas toujours lusivement aux lettres, et ce fut un de ses torts. .1797, voyant avec peine que Necker, qui s'était lgtemps enivré comme lui de toutes les il lu- es révolutionnaires, en abjurait une partie , il se contenta pas de blâmer cette abjuration, us une série d'articles de la Décade philoso- igue, qu'il réunit ensuite dans une brochure ulée De il. Necker et de son livre , il y censura core amèrement l'ancien ministre de Louis XVI pur avoir rendu justice aux vertus de ce malheu- ux prince ; et il ajouta à cette censure une pro;sion de foi qu'il n'avait pas besoin de faire, ais dont nous savons qu'il s'est plus d'une fois penti. Il déclara positivement qu'il ne croyait tint à l'innocence, aux vertus d'un roi conspira- Ir, cruellement et impolitiquement, mais Nov INSTEMENT PUNI; qu'il était indigné de l'espéce de Tséention qu'essuyaient, à cause de leur rote, des mines purs et probes, auxquels u ENVIAIT cette pète de réprobation. C'est quatre ans après la sort de Louis XVI que Ginguené déclarait ainsi ue, s'il avait été un de ses juges, il l'aurait aussi nvoyé à l'échafaud. C'est quatre ans après cet vt'nement déplorable qu'il s'en faisait l'apoloiste, qu'il publiait hautement une profession de oi qu'on ne lui demandait pas, et qui n'était pas tans son coeur , nous en sommes convaincus, ous l'avons connu et estimé , nous qui l'avons ntendu plus d'une fois s'exprimer tout autrenent sur les nièmes questions. Nous ne craignons las d'affirmer que, s'il avait eu le malheur de siéger à la convention nationale , il aurait ?roesté à la tribune, comme il le fit dans ses écrits, antre tous les crimes de cette époque; et certes, il ne se serait pas souillé du plus grand . On a dit que ce fut pour complaire aux directeurs , tous les cinq régicides , que Ginguené fit sur la mort de Louis XVI une déclaration aussi inutile et aussi déplacée ; mais il était incapable d'une pareille bassesse, et, il l'a assez prouvé, son caractère ne fut jamais celui d'un courtisan. Ce pendant il est vrai que peu de mois après le directoire l'envoya comme son ministre plénipotentiaire auprès du roi de Sardaigne , dont il s'agissait d'achever, par la ruse et la plus odieuse perfidie , la ruine commencée par la force des armes . Personne n'était moins propre que Ginguené à remplir une pareille mission , et il est probable que les directeurs, et surtout le ministre Talleyrand , qui le connaissaient bien, ne lui en avaient pas donné tous les secrets. Certes , on ne peut guère croire que ce fùt en conséquence d'instructions qu'il eût acceptées et promis de suivre que les sujets du roi CharlesEmmanuel dussent ètre secrètement excités et poussés à la révolte , et qu'ensuite on dût faire à ce malheureux prince un crime d'avoir réprimé et puni de pareils désordres . Les antécédents et le caractè‘re trop connu du général Brune, qui commandait alors dans ces contrées pour la république française, ne permettent guère d'attribuer à d'autres tant de fourberie et de déloyauté ; et ce qui prouve mieux encore que Ginguené n'en fut ni l'instrument ni le complice, c'est que le directoire , bientôt mécontent de lui , le remplaça par un sieur d'Eymar, qui se montra bien plus inflexible , et qui, par ses duretés et ses violences, força enfin le pauvre roi sarde à abandonner sa capitale. Quant à Ginguené , il n'est resté dans l'histoire , insista avec beaucoup de ténacité ; il demanda sérieusement ses passeports, et cette affaire fut l'objet d'une négociation trèsgrave. Lorsque l'ambassadeur, de la république eut à la lin triomphé, et que madame Ginguené eut paru en pet- en- l'aie à la cour, un courrier fut aussitôt envoyé au directoire pour lui annoncer ce triomphe sur les préjugés. Talleyrand, qui était alors le ministre du directoire, n'aimait pas la franchise trop peu diplomatique de Ginguené ; il lui joua le mauvais tour de publier sa dépèche dans le Moniteur, et elle y est restée le cachet d'un ridicule ineffaçable. Forcé de retourner à Paris sans délai , l'admirateur passionné des muses italiennes, celui qui devait ètre leur plus éloquent historien , celui qui s'était promis longtemps de visiter la péninsule tout entière, n'avait pas mème pu, pendant toute son ambassade, aller au delà de Milan. Rendu à la vie privée, il revit avec délices sa modeste maison de StPrix, dans la vallée de Montmorency, et il y reprit ses travaux littéraires , jusqu'à ce que la révolution du 18 brumaire vint l'en tirer de nou- Le secret de toutes ces turpitudes a été révélé dans le tome 7 des Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Elat. veau, pour le placer dans l'une des autorités que créa Bonaparte. Ce fut au tribunat, où devait siéger un simulacre d'opposition démocratique, que le nouveau maître de la France crut devoir le faire entrer. Ginguené y trouva quelques amis et des sympathies qui réveillèrent ses illusions politiques, mais qui ne pouvaient convenir longtemps à l'homme qui aspirait si ouvertement dès lors au pouvoir absolu. Le nouveau tribun comprit bientôt cela ; mais, incapable de transiger avec ses convictions, il s'exprima avec son courage et sa franchise accoutumée dans toutes les occasions, et surtout dans la discussion des tribunaux spéciaux, où il combattit le projet du gouvernement avec une force et une énergie qu'on ne lui pardonna pas. On prétend mème que le consul écrivit de sa propre main une violente diatribe , qui fut insérée dans le Journal de Paris . contre les idéologues, dont il parlait avec tant de mépris, et plus particulièrement contre Guinguene' . On sait qu'il ne l'avait jamais aimé, et que, dès le commencement, il avait bien vu que ce n'était pas un des hommes qu'il pourrait faire entrer dans ses plans de domination. Ginguené fut compris, comme il s'y attendait, dans la première élimination du tribunat, et il reprit encore avec joie ses travaux littéraires. C'était , avec son traitement de l'Institut, le seul moyen d'existence qui lui restât. Il réussit à augmenter un peu ce traitement si modique en se faisant nommer l'un des membres de la commission chargée de continuer l'Histoire littéraire . En 1803, il avait commencé à l'Athénée un cours de littérature italienne , qu'il reprit en 1805 et 1806, et qui attira dans cet établissement un grand concours d'auditeurs. Ce fut le germe de l'un des plus beaux monuments littéraires de notre siècle. En 1810, il mit sous presse ce grand ouvrage , et les trois premiers volumes parurent en 'l811, les deux suivants en '1812 , le sixième en 1815, et les trois derniers en 1819 , en urnme temps que la seconde édition des six premiers , après la mort de l'auteur. Le septième est tout entier de lui , à l'exception de quelques pages ; mais il n'y a guère que la moitié du huitième et du neuvième qui lui appartiennent, l'autre moitié est de Salfi , revue par M. Daunou . Ce qu'il y a de remarquable, et ce que l'on peut dire de plus honorable pour cette importante composition, c'est qu'elle a eu plus de succès dans la péninsule qu'en France, et qu'elle fut à peine publiée à Paris que les Italiens en firent plusieurs éditions, qu'ils traduisirent ensuite l'ouvrage à Milan, à Venise et à Naples ; que les hommes les plus célèbres et les plus érudits y ajoutèrent des notes et des commentaires, et que tous enfin reconnurent que c'était d'un Français qu'ils avaient appris à connaître, à admirer les écrits du Tasse, de l'Arioste , de Boccace , et tant d'autres chefsd'oeuvre. Le prince Eugène, viceroi d'Italie, fit frapper en l'honneur de Ginguené une médaille qui lui fut envoyée d'une manière fort gracieuse; et ce fut alors que le gouvernement de France, honteux sans doute de n'en avoir pas fait davantage , lui donna la décoration de l'ordre de la Réunion. Le seul reproche qu'on ait pu adresser à Ginguené, c'est d'avoir conçu son plan sur une échelle trop étendue, et d'ttre quelquefois entré dans des détails de peu d'intéra . Ce que nous (11 La Décode philosophique, littéraire et politique, commencée le 29 avril 1794 , prit le titre de Revue philosophique, littéraire et politique le 2 octobre 1804 ; elle cessa de paraître le 21 septembre 1807, et forme 54 volumes 8°. Fondateur et rédacteur principal de ce recueil décadaire, Ginguené l'a enrichi d'une multitude d'extraits et d'articles de littérature et de philosophie, généralement signés de la lettre G, et qui l'ont placé au rang des meilleurs critiques de son temps. Il avait pour collaborateurs Andrieux , Amaury Duval, Horace et J. 13. Say, la Renaudière, Thérémin , etc. V—ve. 12 M. Quérard a commis une faute grave dans la France tillé- raire en disant que c'est à tort que quelques exemplaires sont annoncés comme seconde édition, qu'ils sont au contraire tous de la même. M. Quérard n'eût pas fait cette erreur s'il avait pris la peine de comparer le papier et le caractère, qui sont tout à fait différents , et aussi les corrections qui sont nombreuses. Il fait encore dans la même note une faute non moins étonnante, en attribuant à M. Boissosnade, qui n'y a pas eu la moindre part , la publication des derniers volumes de l'Histoire raire, qui est due tout entière à M. Daunou. (31 Le même défaut est plus saillant et moins motivé dans le Cours de littératufe de la Harpe. Les deux professeurs de l'Athénée se laissèrent entraîner par le grand succès qu'obtenaient les longues analyses de l'un sur Dante et Pétrarque , et l'examen du Théâtre de Voltaire, auquel l'autre a consacré deux volumes; or, en suivant cette proportion , cent volumes ne suffiraient pas à compléter un Cours de littérature. Ginguené était plus excusable : il avait à faire connaître en France les chefsd'utvre
  • Pierre-Louis HUS-DESFORGES( 1773 - 1838) : violoncelliste et compositeur de musique, né à Toulon le 14 mars 1775, eut pour mère une fille du célèbre violoniste Jarnowick, et l'on a dit que son aïeule paternelle appartenait à l'illustre famille de Courtenai. Dès son enfance , il suivit ses parents, qui menaient la vie nomade d'artistes. A l'àge de huit ans, il fut enfant de choeur de la cathédrale de la Rochelle, et il y reçut les premiers éléments de la musique. En septembre 1792, il entra au service comme trompette, au 14e régiment de chasseurs à cheval, lit les premières campagnes de la révolution et fut réformé en 1796, ayant eu le doigt majeur de la main droite emporté par un coup de feu. A Berlin , il se perfectionna sur le violoncelle par les leçons du fameux Duport. Après avoir dirigé plusieurs orchestres, entre autres celui du ThéâtreFrançais à SaintPétersbourg, pendant huit ans, et celui du GrandThéâtre de Bordeaux, il vint à Paris, où il fut successivement chef d'orchestre du Vaudeville et du GymnaseDramatique, de 1825 à 1829, puis du théàtre du PalaisRoyal, de 183• à 1832. Mais habitué à diriger l'exécution des opéras des plus grands maîtres, HusDesforges était tout désorienté quand il fallait accompagner les chanteurs de flonflons et de pontsneufs; aussi futil forcé d'y renoncer. Il était, dans ses dernières années, chef de l'enseignement musical au collége royal de PontLevoi , lorsqu'il y mourut le 20 janvier 1838 . On a de lui soixanteonze oeuvres de C'est sur la tombe de HusDesforges que Berbiguier, cé- musique, symphonies, quatuors, concertos , romances et ouvrages classiques, parmi lesquels on distingue une Méthode de violoncelle trèsestimée. Il a composé aussi la musique de quelques mélo- · drames de Cuvelier, et de quelques opéras représentés en Russie
  • Pierre-Louis ICHON( 1700) : conventionnel, né en Gascogne vers le milieu du 18e siècle, était supérieur de la maison de l'Oratoire de Condom à l'époque de la révolution. Ainsi que la plupart de ses confrères, il s'en déclara trèschaud partisan, et fut nommé, en 1791, l'un des députés du Gers à l'assemblée législative, où sa première motion fut en faveur de quelques révoltés du département de l'Oise , dont les ministres de Logis XVI avaient ordonné le désarmement. Comme tous les transfuges du sacerdoce, il se montra dans toutes les occasions l'un des plus acharnés contre les ecclésiastiques qui avaient refusé de se soumettre aux lois révolutionnaires, et qu'à cause de cela on appelait réfractaires. Dans la séance du soir du 22 mai 1792, il prononça contre eux un discours véhément qu'il termina en demandant que lent' traitement fût réduit de moitié. Il concourut ensuite de tout son pouvoir au décret de déportalion. Réélu par le même département député à la convention nationale, il siégea dès la première séance au sommet de la montagne, et fut en même temps l'un des membres les plus actifs de la société des jacobins, dont il demanda avec beaucoup de chaleur l'intervention pour que Louis XVI fût mis en jugement. Au premier appel nominal qui fut fait à la convention dans ce déplorable procès, il vota pour la culpabilité; et, sur la question de la peine à infliger, il s'exprima ainsi « Lorsque j'ai voté pour l'affirmative Louis « est coupable , j'ai déclaré que j'en avais la con« viction. La loi applique la peine de mort; les « principes réclament l'application de la loi. L'in« térèt de la république exige que Louis meure. « Chargé par mes commettants de veiller à cet « intérêt, je vote pour la mort... » Envoyé bientôt après dans son département avec son collègue le féroce Dartigoeyte , il y fit exécuter avec la plus extrême rigueur les nouvelles lois contre les ecclésiastiques qui refusèrent de prêter serinent, et fut par là une des principales causes de l'arrestation et de la mort de plusieurs d'entre eux . Les deux représentants venaient de remplir cette terrible mission, lorsqu'ils furent arrêtés à Bordeaux par la populace soulevée contre la révolution du 31 mai 1793; mais les autorités de cette ville parvinrent à les faire mettre en liberté: et ils purent sans obstacle retourner à Paris, où l'un et l'autre contribuèrent beaucoup, par leur dénonciation. contre les Bordelais, à augmenter le nombre des victimes de la vengeance conventionnelle. Peu de temps après, lchon reçut une autre mission assez bizarre pour un homme qui avait longtemps porté le titre d'abbé , ce fut de présider à la levée des chevaux pour les remontes de la cavalerie dans le département du Loiret. Revenu à la convention, lehon y garda le silence jusqu'à la tin de la session. Il rentra ensuite dans une profonde obscurité ; sous le gouvernement impérial il était devenu inspecteur de la loterie à Senlis. Il perdit cet emploi en 1815, fut obligé de sortir de France comme régicide l'année suivante, y rentra après la révolution de 1850, et mourut à Thouars, dans la Vendée, le 5 janvier 1839. 1.1—D
  • Pierre-Louis LACRETELLE( 1751) : membre de l'Académie française, connu sous le nom de Lacretelle l'aine, naquit à Dietz en 1751, et embrassa la carrière du barreau sous les auspices de son père, avocat distingué au parlement de Nancy; mais il n'obtint d'abord aucun succès dans ses premiers débuts. Les discussions purement judiciaires n'avaient nul attrait pour lui, et il parlait en public avec peu de facilité. Doué d'un esprit sérieux , il s'adonna de bonne heure aux études du publiciste, et, parmi les causes qui lui furent offertes, il ne plaida avec avantage que celles qui se rattachaient à des considérations d'ordre politique. Une occasion favorable de déployer cette sorte de talent, alors assez rare dans le barreau français, se présenta à lui en 1777. 11 eut à plaider pour deux juifs de Metz à qui l'hôtel de ville et le corps des marchands de Nancy refusaient des brevets de marchands. Le jeune avocat perdit sa cause ; niais le mémoire qu'il publia , et celui qu'il rédigea peu de temps après, en faveur d'une comédienne qui réclamait son douaire, furent remarqués pour l'élégance du style, la vigueur du raisonnement, et surtout par cette couleur philosophique qui était alors une garantie de succès. Il faut le re- connaitre, en. cette occasion Lacretelle ne sacrifiait point à la mode; pénétré des opinions à la fois hardies et modérées de cette fraction du parti encyclopédique qu'on a appelée les écono- Cette dissertation a été copiée trèsexactement par JeanLouis Levesque de Pouilly, et envoyée par lui et comme de lui à l'Académie des inscriptions et belleslettres pour étre insérée dans les Mémoires de cette compagnie. Voy. Histoire de l'Aca- démie dé4 i. nscriptions, etc., t. 4, p. 14. mistes, jamais il ne changea de principes , et il devait se retrouver en 1820 ce qu'il fut en 1789, ce qu'il avait été en 1777, donnant ainsi l'exemple d'une constance vraiment rare dans ce siècle, niais en mème temps d'une inaptitude absolue à ' s'éclairer des leçons de l'expérience. Le succès tout littéraire de ses mémoires lui inspira bientôt la pensée de quitter Nancy et d'aller à Paris déployer sur un plus grand théàtre les dispositions qu'il se sentait pour les discussions de droit public. Déjà il avait publié plusieurs de ses plaidoyers, Bruxelles , 1775, sous le voile de l'anonyme.; et quelques discours sur des questions de législation criminelle, entre autres Sur les causes des crimes et les moyens de les rendre plus rares et lnoins funestes ; puis Sur la multiplicité des lois ; enfin un Essai sur l'éloquence du bar- reau, et des Mélanges de jurisprudence et de philo- sophie . Aussi, à son arrivée dans la capitale, il jouissait déjà d'une certaine renommée, lorsqu'il se fit inscrire en 1781 sur le 'd tableau des avocats au parlement, et devint l'un des rédacteurs du Grand Répertoire de Jurispru- dence. il parut peu au barreau , ne s'occupant guère que de la rédaction de mémoires imprins. On distingua celui qu'il publia pour le comte de Sannois, détenu par sa famille sous le faux prétexte d'aliénation mentale: Son mémoire pour la I liberté du commerce contre les priviléges de la compagnie des Indes , que le contrôleur général Calonne venait de rétablir , eut également beaucoup de succès. Dès cette époque, il se trouvait lié avec des jeunes gens comme lui livrés à des études sérieuses, et qui sont devenus plus ou moins lèbres; de ce nombre étaient Garat, Suard, G et Pastoret. S'adonnant exclusivement à la littérature philosophique , il recueillit plusieurs palmes académiques. L'Académie française ayant prppose' pour le prix de prose à décerner en 178i l'Eloge de Montausier , il concourut avec Garat, I sans que cette rivalité altéràt leur amitié, et Webb- tint que l'accessit; niais les juges trouvaient si peu de différence entre les deux pièces qu'ils regrettèrent de n'avoir pas une seconde médaille ' de six cents livres à donner à Lacretelle. Par un concours assez singulier de circonstances, nonseulement il obtint cette médaille , mais elle fut doublée, ce qui arriva fort à propos, car Lacre- telle était trèsmal partagé du côté de la fortune. Le comte de Montausier ajouta six cents livres au prix obtenu par Garat ; deux anonyinCS remirent, l'un à d'Alembert, l'autre à Laharpe, chacun une somme de six cents livres pour ètre accordée au discours de l'avocat messin, La lecture publique des deux harangues, ainsi couronnées le jour de la StLouis, donna l'avantage à ce dernier. Le discours de Carat parut froid, déclamatoire et prétentieux ; celui de Lacretelle , moins brillant, niais écrit d'une manière plus naturelle et plus animée, et surtout plus fortement pensé. Au surplus, à l'impression il subit de si nombreuses corrections que, selon Laharpe , qui rapporte ces particularités dans sa Correspondance, il était désormais impossible d'établir une comparaison exacte entre le mérite respectif des deux pièces. Dès ce mo- ment, l'avenir littéraire de Lacretelle semblait assuré; ses liaisons avec les économistes le firent admettre dans toutes les sociétés qui réglaient alors l'opinion publique; il devint l'ami de Laharpe et son collaborateur au Mercure. Parmi les articles qu'il publia, on remarque une Notice sur Legouvé , avocat au parlement de Paris, qui fut père de l'auteur du Mérite des femmes ,• des réflexions trèssages Sur les fonctions el sur l'amélioration du sort des curés . Élève des encyclopédistes, Lacretelle ne prit jamais d'eux que leurs opinions philanthropiques et leurs théories politiques; mais son esprit, naturellement doux et circonspect, se garda bien de promulguer leurs sophismes irréligieux. L'Aca- démie de Metz ayant proposé pour sujet, en 1784, un Discours sur le préjugé des peines infamantes, il concourut et gagna le prix. Sa harangue fut l à Metz la même année, et réimprimée deux ans après avec les pièces suivantes : 1" Lettre sur la réparation qui serait due aux accusés jugés innocents ;2" Dissertation sur le ministère public ; 5" 'Réflexions sur la rtforme des lois criminelles . A ne juger le discours couronné que sous le rapport littéraire, il est trop long, déclamatoire, d'un style inégal; cependant il y a quelques passages empreints d'une véritable éloquence , et, pour le fond des idées , cet écrit , ne fait pas moins d'honneur à l'esprit qu'aux de son auteur. Dans une lettre que lui .adressa Thomas , ce digne appréciateur de l'hon- nète et du beau lui rendit une justice éclatante. En 8G, l'Académie française lui décerna le prix ors tout récemment fondé par Montyon en faveur de l'ouvrage le plus utile aux mœurs. Elle avait demandé pour l'année suivante un traité de morale élémentaire et populaire , sous le titre de Ili Catéchisme de morale. Lacretelle conçut l'ouvrage sur un plan plus étendu, et envoya l'aperçu de son projet. L'Académie, non contente d'y applau- Il dir, recula de deux années le terme du concours, pour donner à Lacretelle le temps d'achever son I ouvrage; mais les événements politiques qui survinrent détruisirent l'Académie au moment où l'on . songeait déjà à l'y admettre, et le prix ne fut point adjugé. 11 jouissait . Lacretelle en rendit compte avec impartialité dans le Mercure , et , tout en critiquant le style prétentieux et maniéré de son rival, il se plut à louer les beaux sentimen!s de l'excellent jeune homme, ' ii ne parait pas que Robespierre ait gardé rancune à son critique, car les dangers que Lacretelle courut pendant la révolution ne sont pas de son fait. Turgot, StLambert , Condorcet admettaient Lacretelle dans leur intimité. Chez Buffon , il fut de cette réunion du dimanche où l'on dissertait sur les progrès du style. Malesherbes, cet homme d'État vertueux , mais préoccupé d'utopies impossibles au milieu de la corruption des grandes sociétés, admettait au nombre de ses amis les plus chers Lacretelle, dont il appréciait la droiture, le désintéressement, et avec lequel il avait sympathie de vuesbienfaisantes et d'erreurs politiques. Les fréquents séjours de Lacretelle à la terre de son illustre ami lui donnèrent l'idée d'un écrit qui n'a été imprimé qu'après la mort de tous les deux, et qui a pour titre : Mes Soirées à Malesherbes. En 1781 il avait été, à la recommandation de ce ministre , nominé membre d'une commission cliargée par Louis XVI de préparer des projets Four la réforme de la législation pjnale. Lorsqu'il fut question de la convocation des états généraux , et que la France se vit inondée de brochures à ce sujet, on pense bien que Lacretelle se crut appelé à donner son avis. Sa bris= cintre intitulée de la Convocation prochaine des états généraux se fit remarquer par l'alliance des principes hardis trèsnettement posés et une application trèssage et limitée. 11 s'élevait avec mesure contre l'opposition intempestive et malentendue des parlements, et restreignait aux classes les plus élevées du tiers état le droit d'élire la représentation nationale. « Il ne sera glia.e plus « possible de réunir tous les habitants d'un ems pire pour une élection de députés que pour une « délibération consimule. 11 y a plusieurs classes . 11 fut alors un des électeurs de Paris, puis membre de la première commune élue par cette capitale; enfin , désigné comme député suppléant de Paris aux états généraux 4 mais il n'eut point occasion de siéger dans l'assemblée constituante. Élu en 1791 député de Paris à l'assemblée législative, il fut, avec Marmontel Lemontey, Barbé Marbois , Beugnot, Sini dicouts, écrit but enticr k sa ittàbiet sigllé de Ro- i bespierre, c4vueui en, paritment, ci, jpuhi d'Arras, a été publié en 1839, date les illynoires de l'açachptie de Netz,
  • Pierre-Louis LOUVEL( 1783) : devenu célèbre par le leurtre qu'il a commis, né à Versailles en 783, dans une classe obscure, ne reçut d'autre éducation que celle de sa profession de sellier. Son père , un pauvre marchand mercier , ne pouvant nourrir ses enfants , le mit à l'hospice des Enfants trouvés , d'où il ne sortit qu'à l'âge de onze ans , en 179!s. Pénétré des principes de la révolution, c'était dans les Droits de l'homme et la Constitution qu'il puisait la morale que plus tard il a mise en pratique d'une manière si funeste 1 Dépourvu de talents , il resta toujours garçon sellier , et parcourut en cette qualité la plus grande partie de la France , faisant tous ses efforts pour se soustraire à la conscription ; car il est assez digne d'observation que cet homme, qui était pénétré d'une si haute admiration pour les principes de la révolution et le gouvernement de Napoléon, ne voulut point alors les servir de sa personne et au péril de sa vie. Il inventa successivement mille prétextes pour obtenir sa réforme , et il n'y parvint qu'en alléguant des infirmités imaginaires. Alors , il se remit à voyager en exerçant sa profession dans l'obscurité , et souvent dans la misère. D'un caractère sombre et mélancolique , il vivait presque toujours seul , communiquait rarement ses pensées , et montrait un invincible attachement à ses premières opinions. Louvel vit avec une grande affliction les événements de 181 , et ces événements achevèrent ., dès qu'il y apprit son arrivée , au mois de mars 1815. Il le suivit à Paris , puis à Waterloo , revint avec lui dans la capitale , et le suivit encore à Rochefort. II fit toutes ces démarches , tous ces voyages sans emploi connu , et sans que l'on ait pu savoir d'où il reçut l'argent qui lui était nécessaire. Revenu à Paris , après le second rétablissement des Bourbons , il ne songea plus qu'à son projet de les assassiner , et ne parut s'occuper de son état que pour mieux voiler ses manoeuvres ; il s'en servit même pour entrer dans la sellerie du roi , où il lui fut plus facile d'être informé de toutes les démarches et de toutes les habitudes de la famille royale. Il suivit secrètement les princes dans leurs voyages et dans leurs parties de chasse à StGermain, à Rambouillet, à Fontainebleau, etc. Dans les derniers temps de ses poursuites , il s'était plus particulièrement attaché au duc de Berri , et ce fut contre ce prince qu'il dirigea tous ses efforts, parce qu'il faisait souche, comme il l'a déclaré. Ce fut le 13 février 189O , à onze heures du soir, qu'il porta à ce prince un coup de poignard dans la poitrine , au moment où celuici rentrait à l'Opéra, après avoir accompagné à sa voiture la princesse son épouse. Il fut arrêté à quelques pas de là par un soldat qui l'avait poursuivi et un garçon limonadier que le hasard mit sur son chemin. Amené dans le corps de garde et interrogé sur son crime , il n'en nia aucune circonstance , se bornant à écarter tout ce qui pouvait indiquer des complices, et déclara qu'il n'avait aucun motif de haine personnelle contre ce prince ; mais qu'il regardait sa famille comme ennemie de la France. Confronté le lendemain avec le cadavre de sa victime , il ne parut ni touché ni effrayé de cet horrible spectacle , fit encore une fois l'aveu de son crime ; et lorsqu'on le menaçait de la justice divine , il répondit : Dieu n'est qu'un mot. Le roi ayant ordonné qu'il fût jugé par la chambre des pairs, une commission fut chargée de l'instruction du procès. Un grand nombre de témoins furent entendus et confrontés , sans qu'on pût découvrir ni ses instigateurs ni ses complices, La procédure fut soumise aux pairs à la fin de mai ; et le 5 juin , Louvel parut devant la chambre formée en cour de justice. 11 subit un nouvel interrogatoire, et persista dans ses dénégations. Peu de criminels ont montré, dans leur dernier moment, autant de mépris de la vie , autant de constance dans leurs principes. Quoique d'un physique grèle et peu robuste , il n'eut pas un moment de faiblesse pendant tout le procès. Seulement il déclara qu'en différentes occasions, et surtout le jour où il avait consommé le crime , il s'était trouvé mal lorsqu'il voulut le commettre , au moment de l'arrivée du prince au spectacle ; que d'autres fois il avait hésité, se disant à luimême : Ai- je tort? ai- je raison? Le président lui ayant demandé quelle était sa religion , il répondit qu'il avait été tantôt catholique, tantôt protestant et tantôt théophilanthrope, suirant les circonstances. Après les plaidoiries de ses avocats , qu'il avait reçus d'office , il voulut aussi être entendu ; et tirant de sa poche un écrit que ses conseils avaient en vain cherché à lui persuader de ne pas lire , et dont ils étaient parvenus à lui faire supprimer seulement une partie, il lut cet écrit , monument de délire et de fanatisme, et où étaient soutenues les doctrines de l'assassinat et du régicide. Nous l'avons recueilli nousmême à l'audience ; et comme il a été dénaturé et recomposé , nous le rapporterons littéralement tel qu'il a été prononcé , regrettant seulement de ne pouvoir présenter avec assez de vérité l'embarras et les hésitations de Louvel : « J'ai à rou« gir aujourd'hui d'un crime que j'ai commis moi « tout seul... La France n'est pas déshonorée , « pas plus que ma famfile... On m'accuse d'avoir assassiné un prince de la famille royale : oui , « j'en suis coupable, j'ai voulu détruire les en« nemis de la patrie. Je me suis dévoué pour la « France.... Les hommes du gouvernement sont « plus coupables que moi ils ont pris des crimes « pour des vertus, et des vertus pour des crimes. « Quand les étrangers sont entrés en France - « tous les Français devaient se réunir. Suivant « moi , dans mon idée , un homme exilé est à « plaindre ; mais si un Français, qui est obligé « de sortir de France , s'occupe de nuire et porte « les armes contre sa patrie , il n'est plus Fran« çais. Je ne puis m'empêcher de penser que si « la bataille de Waterloo a été perdue , c'est que « des Français étaient à Bruxelles et à Gand. « Suivant moi , dans mon sentiment , la mort de « Louis XVI était nécessaire. La France l'a von- « lue. Si une poignée d'intrigants s'était pré- « sentée aux portes du château ; c'est différent. « Il est resté en arrestation avec sa famille long- « temps.... Aujourd'hui, suivant moi , dans mon « opinion , les Bourbons sont coupables. La na- « tion est déshonorée... Je vous fais mes adieux. » Louvel entendit prononcer son arrêt de mort sans émotion apparente , et montra encore beaucoup de calme jusqu'au dernier moment. Cependant il éprouva un mouvement de faiblesse à l'aspect des apprêts de son supplice, et les bourreaux furent obligés de le soutenir pour monter sur l'échafaud. Après avoir annoncé un grand mépris pour toute idée religieuse, il finit par accueillir l'ecclésiastique qui se présenta pour lui donner les secours de la religion, passa avec lui une grande partie de la nuit, et parut l'écouter avec assez d'attention. Son exécution se fit sur la place de Grève, le 7 juin 1820, au milieu du plus imposant appareil de la force militaire. L'ouvrage le plus complet qui ait été publié sur cet événement est l'Histoire du procès de Louvel
  • Pierre-Louis MABIL ou MABILLE( 1752) : professeur d'éloquence et de droit naturel à l'université de Padoue, naquit à Paris le 31 août 1752. Son père, ancien officier, s'était lié d'amitié avec l'abbé Piovini, attaché à l'ambassade vénitienne, et dans le mois d'octobre 1757, il le suivit en Italie avec toute sa famille. Il alla se fixer à Cologna , près de Vérone, qui était la patrie de son ami. Le jeune Mabille y resta jusqu'à l'âge de onze ans, époque à laquelle il fut envoyé au collége de Montagnana, qui jouissait d'une certaine célébrité grâce à l'habile direction de l'abbé Guerra. De là, Mabille passa à Padoue pour faire son droit, et, bien qu'il avoue dans ses Mémoires toute l'aversion que lui inspirait le code Justinien, il n'en fut pas moins, au bout de quatre ans, reçu docteur in utroque jure. Il se rendit même à Venise pour s'initier, dans le bureau d'un avocat, aux secrets de la procédure, et y resta trois ans. Cependant il fréquentait de préférence un salon littéraire où se réunissaient tout ce qu'il y avait à Venise de savants et d'écrivains. C'est là surtout qu'il acquit, par de fréquents discours, le talent qu'il déploya plus tard dans les chaires d'éloquence et de droit. Revenu à Cologna en 1776, il y exerça sa profession et épousa une riche héritière , dont les biens étaient mal cultivés. Cette circonstance lui inspira le goût de l'agriculture : il étudia Varron, Columelle, et publia successivement plusieurs opuscules sur différents sujets d'agronomie. Cependant il était devenu père d'une nombreuse famille, et ce fut pour lui donner une éducation convenable qu'il transporta son domicile à Padoue. Il avait alors quarante ans. Lorsque la révolution éclata, Mabille, qui jusquelà n'était point sorti de la vie privée, fut nommé membre de la première municipalité de Padoue, puis du gouvernement central. On le chargea en même temps de la réorganisation de l'université. Après le traité de CampoFormio, Mabille rentra dans la vie privée. En 1801, il quitta Padoue pour Vérone, qui, se trouvant sur la rive droite de l'Adige , était, par le traité de Lunéville, restée cisalpine. A peine arrivé, Mabille fut nommé secrétaire de la première municipalité ; puis, quelque temps après, la chambre de commerce de cette ville le choisit pour la représenter à la consulta de Lyon, où il s'agissait de constituer la république italienne. A son retour, il fut secrétaire général de l'administration départementale de l'Adige. Mais cette administration ayant été réformée à la fin de 1805, il fut appelé à la chaire d'éloquence latine et italienne à l'université de Padoue, où il obtint dès son début la plus grande renommée. Lorsque Napoléon se fit couronner roi d'Italie à Milan, Mabille s'y rendit en qualité d'électeur, et remplit bientôt une nouvelle mission. Les villes d'Italie avaient été invitées à envoyer des représentants à Paris ; il fut l'un des deux que Padoue choisit. Il se lia à Paris avec les plus fameux littérateurs de l'époque, et contracta une si étroite amitié avec le célèbre abbé Maury qu'ils ne pouvaient passer un jour sans se voir. En septembre 1806, sa mission fut terminée, et il alla reprendre sa chaire à Padoue, où il fut en outre investi des fonctions d'inspecteur de la presse. Le décret du 21 janvier 1809 ayant transféré dans les lycées toutes les chaires d'éloquence, on créa pour Mabille, à l'université de Padoue, une chaire de droit public, où il ne professa pas longtemps, car à la fin de la même année on l'envoya à Milan comme archiviste du sénat. Cette place lui laissait tout le temps de se livrer à ses études favorites : il put achever ou continuer plusieurs de ses ouvrages et prendre une part fort active au journal il Poligrafo. Quand les événements eurent amené en 1814 la dissolution du royaume d'Italie, Mabille, resté sans emploi, revint à Padoue ; mais, dès l'année suivante, il fut nommé professeur provisoire d'éloquence latine et italienne à l'université. Le gouvernement autrichien, obligé qu'il était par la célébrité de Mabille à lui rendre sa chaire, se vengeait par cette restriction de la faveur dont il avait joui pendant la domination française. Toutefois, ce fut Mabille que l'université de Padoue chargea de prononcer l'oraison funèbre de l'impératrice d'Autriche, MarieLouise d'Este, morte en 1816. Nommé, trois ans après, professeur de droit naturel, mais toujours provisoire, Mabille enseigna avec éclat jusqu'en mai 185, époque à laquelle il obtint une retraite et une pension honorable ; il se retira à Noventa, petit bourg près de Padoue, où, malgré ses infirmités, il entreprit de nouveaux ouvrages. C'est à Noventa qu'il perdit son épouse et qu'il essuya une première attaque d'apoplexie; aussi ce séjour lui devint odieux, et il rentra à Padoue pour se faire soigner. A peine rétabli, il se remit à l'étude avec plus d'ardeur que jamais, et eut la bizarre idée de mettre en vers libres la Callipee- dia de Claude Quillet, qu'il enrichit de beaucoup de notes. Mabille préparait une 2' édition de la traduction des Lettres de Cicéron, qu'il avait publiée longtemps auparavant, et traduisait les deux livres de Pline sur l'agriculture, lorsqu'un coup d'apoplexie l'enleva, le 26 février 1836, à l'âge de près de 84 ans. Il a laissé la réputation d'homme de beaucoup d'esprit et d'une vaste érudition ; la vivacité de ses reparties et la finesse de ses bons mots le faisaient surtout rechercher. Ses principaux ouvrages originaux sont : Istruzione ai coltivatori della canapa na- zionale , Padoue, 1785 ; 2° Mezzi per dif- fondere tra i villici le migliori istruzioni ayrarie, ibid. ; 3" Piano di direzione, disciplina ed econontia delle pubbliche scuole elementari di Padova, 1797 4° Teorica dell' arte dei yiardini, Bassano, 1801 ; 5° Dell' emulazione e influenza della poesia su i costumi delle nazioni , Brescia, 1804 ; ufizio dei letterati nelle grandi politichemutazioni, Padoue, 1806 7° Della gratitudine dei letterati verso i governi benefattori, Padoue, 1807 et ; 8. Discorso pro- nunciato nell' inaugurazione del busto di Napoleone , Padoue, 1808 ; 9. Lettere stelliniane; Milan, 1811 et Padoue, 1832,2 vol. livre excellent, dans lequel Mabille a résumé les cours de philosophie de l'abbé Stellini , dont il avait suivi les levons à Padoue; 100 Dell' utilità delle amene lettere nella solitudine, Padoue, 1816 11° In che puo peccare l'arte del du- e, Padoue, 1817 12° illemoriette ai mieifigli; Noventa, 1827 Mabille a publié un grand nombre de traductions fort estimées ; nous ne citerons que les plus importantes : 1° le Due lettere di Sallustio a C.- G. Cesare, Brescia, 1805 et Cette II ition de Bettoni est vraiment magnifique ; il y a quelques exemplaires en parchemin. 20 Tito Lino, Brescia, 1800-1818, et Turin, 1833, 39 vol. 3° Lettere di Cicerone, Padoue, 1821, 13 vol. Mabille a laissé deux importantes collections : 1° Illabiliana, 2 vol. e selva, 6 vol. Ses ouvrages inédits sont : 10 des Mémoires ; 2° la traduction de la Fie d'Agricola, par Tacite ; 30 une traduction d'Horace ; 4° de Phèdre ; 5° de Claude Quillet. AY
  • Pierre-Louis MOLINE( 1740 - 1820) : littérateur, naquit à Montpellier vers 1740. Ses études , commencées dans sa ville natale, furent continuées à l'université d'Avignon , où il prit le grade de maître ès arts. Il vint ensuite faire son droit à Paris et fut reçu avocat au parlement. Il paraît cependant qu'il s'occupait beaucoup moins de plaidoiries que de travaux littéraires , à en juger par l'abondance de ses productions poétiques et dramatiques, dont aucune, du reste, ne s'élève audessus , Paris, 1775 C'est la parodie de l'opéra d'Orphée. 12. L'Arbre enchanté, opéra comique, musique de Gluck , représenté à Versailles devant la cour en 1775 ; 13° le Duel comique, opérabouffon en deux actes , imité de l'italien , musique de Paisiello et de Méreaux, Paris, 1776 représenté pour la première fois à Fontainebleau devant la cour, en 1777 ; 14° Inconnue persécutée, comédie en deux actes, Paris, 1776 et en trois actes, Paris, 1781 15° Histoire du grand Pompée , Londres et Paris , 1777, 2 vol. ; 16° l'Ombre de Voltaire aux Champs- Elysées, comédieballet en prose et en vers, en un acte, Paris, 1779, igirt-£3.; 17° Laure et Pétrarque, pastorale lyrique n un acte et en vers libres, Paris, 1778 représentée pour la première fois à l'Opéra, le 2 juillet 1780, avec la musique de Candeille ; 18° l'Amour enchainé par Diane, mélodramepantomime et ballethéroïque en un acte et en vers libres, Paris, 1779 19° Ariane dans l'île de Naxos, drame lyrique, Paris, 1782 ; 20° la Discipline militaire du Nord, drame en quatre actes et en vers libres, Paris, 178e ; 21° le Roi Théodore â Venise, opéra héroïcomique en trois actes, Paris, 1787 ; 22° l'Amour anglais, comédie en trois actes, Paris, 1788 ; 23° Miéhelin , ou l'humanité récompensée, mélodrame en un acte , Paris , 1790 ; 240 la Réunion du IO août, ou l'Inauguration de la République franraise, sansculottide en cinq actes et en vers , Paris , 093 ; en société avec Gabriel Bouquier ; 25° le Tombeau des imposteurs et l'inauguration du Temple de la Vérité, sansculottide dramatique en trois actes et en prose, mélée de musique , Paris , 1794 Cette pièce, composée en société avec Léonard Bourdon , Valcour et Foignet, ne fut pas représentée. 26° Le Naufrage héroïque du vaisseau le Vengeur, opéra en trois actes, Paris, 1795 ; 27° la Caverne infernale, ou la manie du suicide , opérabouffon en deux actes , Paris, 1801 ; 28° Diane et l'Amour, opéra anacréontique en un acte et en vers , Paris , 1802 ; 29° le Mariage secret , opéracomique en deux actes , musique de Cimarosa , Paris , 1802 30° le Triomphe d'Alcide à Athènes, drame héroïque en deux actes et en vers libres , Paris , 1806 31° les Alchimistes, ou Folie et sagesse, opérabouffon en un acte et en prose , Paris , 1806 ; 32° les Amours de Vénus et de Mars, opéracomique en trois actes , Paris , 1806 33° Roméo et Juliette, tragédie lyrique en trois actes, Paris,11805 310 Amour et Psyché , comédie en un acte, Paris, 1807 Ces trois dernières pièces ont été composées en société avec Cubières de Palmezeaux. 35° Le Premier navigateur, comédie en un acte et en vers libres , Paris , 1807 Moline avait fait représenter plusieurs autres pièces qui n'ont pas été imprimées. Il avait un talent particulier pour faire des vers sous un beau chant, comme dans l'Orphée de Gluck, l'Ariane d'Haydn et le Roi Théodore de Paisiello. Une Notice nécrologique très-étendue lui a été consacrée dans l'Annuaire dramatique de 1821 et 1822
  • Pierre-Louis PARIS : était, avant la révolution, oratorien et professeur à Marseille, où il jouissait de quelque réputation pour son savoir. Comme la plus grande partie des ecclésiastiques de son ordre, il embrassa avec beaucoup de chaleur la cause de la révolution. S'étant rendu à Paris en 1792 , on le vit aussitôt pérorer dans les clubs et les sections contre le pouvoir chancelant de Louis XVI. Aux approches du 10 août, il s'écriait au milieu de la section de la CroixRouge : s C'est ‹, un combat à mort entre Louis XVI et la liberté « il faut que l'un ou l'autre périsse. » Poursuivi pour ce fait et mis en arrestation par le juge de paix Duperon , il fut vivement réclamé par tout le parti des jacobins, et une députation de sa section parut à la barre de l'assemblée nationale dans la séance du 25 juillet, déclarant que Paris n'avait fait qu'user de sa portion de souveraineté. Le député Duhem appuya cette réclamation, déclarant qu'il ne voyait rien de coupable dans ces paroles, puisque Louis XVI avait donné l'exemple de la violation de ses serments. La mise en liberté de Paris fut aussik)t décrétée au milieu de nombreux applaudissements; on ordonna même au ministre de la justice de poursuivre les auteurs de son arrestation, et il vint le lendemain remercier l'assemblée, qui l'accueillit trèsbien et, lui donna les honneurs de la séance. Après la révolution du 10 août, dans laquelle il joua un rôle trèsactif, Paris lit partie de la municipalité. Par un arrèté du conseil de la commune, il fut chargé d'écrire l'histoire de la révolution du 31 mai 1793 , qui avait assuré le triomphe de la Montagne et de Robespierre; niais nous ne pensons pas qu'il s'en soit jamais occupé, quoique ce fût un fait dont il connaissait trèsbien les effets et les causes. Resté membre de cette commune jusqu'à la révolution du 9 thermidor (27 juillet 179V„ où le parti de Robespierre succomba, il fut enveloppé dans sa proscription et périt sur l'échafaud avec soixanteneuf de ses collègues ou employés des bureaux , que la convention mit hors la loi. Il avait publié en 178& des odes sur l'électricité, sur l'invention des ballons et sur J.J. Rousseau. En 1790, il composa un Eloge de Peiresc, puis un autre du capitaine Cook. Il était membre de plusieurs académies et sociétés littéraires. C'était certainement un homme de talent, et qui dans un autre temps eût vécu plus sage et plus heureux. M—D j,
  • Pierre-Louis POITIER( 1745 - 1792) : écrivain religieux, naquit au Havre le 26 décembre 1745. Sa haute piété, son goût pour la théologie et son dévouement pour la congrégation des eudistes le portèrent à embrasser l'état ecclésiastique. Dès qu'il fut prètre, le cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen, le nomma supérieur du séminaire de cette ville. Il faisait ses délices de 'Serine, sainte, et il aurait pu la répéter comme prix de mémoire. Dans les affaires contentieuses du diocèse, soit pour le dogme, soit pour la discipline de l'Eglise , rien ne se décidait qu'il ne fût consulté. Ayant d'abord approuvé les innovations de la révolution, en 1790 , il prêta le serment constitutionnel , mais il crut bientôt devoir se rétracter et se retirer au séminaire de StFirmin, à Paris, où il fut massacré le 3 septembre 1792. Ses ouvrages, remplis des plus heureuses applications de l'Ecriture , sont : 1° Avis aux vierges chrétiennes , ; 2. Avis aux fidèles ce dernier a eu trois éditions. — POITIER a publié 1° Abrégé de géographie et de grammaire française, 1809 ; 2° Arithmétique pratique et démontrée
  • Pierre-Louis RŒDERER( 1754) : l'un de nos personnages les plus célèbres de nos révolutions, naquit, le 15 février 1751, à Metz, où son père était distingué comme un jurisconsulte profond, et surtout trèszélé dans l'opposition que les parlements faisaient alors au pouvoir royal. Ce fut lui qui, premier substitut du procureur général du parlement de Metz, fut l'auteur du réquisitoire sur lequel cette cour prononça, en 1766 , l'expulsion des jésuites de son ressort. Pour prix de ses services , parmi lesquels il faut compter ses démarches pour le rétablissement, en 1775, du parlement que le chancelier Maupeou avait supprimé, il fut, par les trois états de Metz, proclamé grand et généreux citoyen et reçut d'eux l'olTre, qu'il n'accepta pas , de la finance d'une charge d'avocat général pour son fils, alors àgé de vingt et un ans. Le jeune Roederer avait déjà débuté avec éclat au barreau. Dès qu'il eut atteint sa vingtcinquième année, il acheta une charge de conseiller au parlement. En se livrant à la jurisprudence, il avait étudié à fond les grandes questions du droit public, qui, dès cette époque, occupaient fortement les esprits et les dirigeaient vers une révolution que les fautes et l'impéritie du gouvernement rendaient de jour en jour plus imminente. Dès son entrée au parlement de Metz , Roederer avait été chargé de la rédaction des remontrances, dont il a dit que le gouvernement fournissait trop fréquemment l'occasion. Plusieurs années avant qu'il fût question d'une convocation d'états généraux, il avait composé un long et important ouvrage sur les avantages qu'il y aurait à reculer jusqu'à l'extrême frontière les barrières des traites ou douanes, qui rendaient nos provinces étrangères les unes aux autres et causaient au commerce, qui a besoin de tant de liberté, les plus funestes embarras , les dommages les plus préjudiciables. C'était un bon traité sur le commerce intérieur et sur la théorie des douanes en général. Rcederer n'avait donc pas attendu la révolution pour étudier les matières qu'il a discutées avec une grande supériorité dans nos assemblées représentatives et les hautes fonctions qu'il a remplies. Membre de l'académie de Metz, il y avait lu, en 1782 , un discours Sur la nécessité et sur les moyens de former un traité élémentaire et complet des finances. En 1788, il répondit à l'appel du ministère en publiant une brochure, qui fut bien accueillie, sur la députation aux états généraux qui était alors la question à l'ordre du jour. On trouve dans cet écrit , fort étendu et fort remarquable, l'origine et le type de toutes les opinions pro- noncées depuis par l'auteur, d'après la théorie qu'il s'était faite d'un état social bien ordonné. La ville de Metz, comme ancienne république unie à la France sous Henri Il, n'avait pas perdu le privilége de s'administrer ellemême par une assemblée de ce qu'on appelait alors les trois ordres. En vertu de cette prérogative, elle dut nommer directement un député. Roederer fut nommé seul représentant des trois ordres de Metz à l'assemblée nationale, et non pas député d'Alsace, ni député du tiers état de Metz. La réputation de Roederer l'avait précédé à cette assemblée, et il y fut accueilli avec une faveur qu'elle manifesta par des applaudissements réitérés lors du premier discours qu'il prononça, peu de jours après son arrivée, au sujet d'une protestation du parlement de Metz contre un décret de l'assemblée nationale. Ce fut ainsi qu'il prit rang parmi les députés favorables aux réformes. Il ne tarda pas à se faire remarquer par sa logique vigoureuse, des principes arrêtés et un esprit philosophique qui éclairait les questions les plus abstraites. Admirateur de Voltaire et de Rousseau, élève de Montesquieu en politique, il l'était de Locke et de Condillac en philosophie, comme , en économie politique, il l'était de Quesnay, de Gournay, de Turgot et d'Adam Smith. Il se lia, dès son arrivée, avec les notabilités de l'époque qui se faisaient le plus remarquer dans le parti de la révolution, tels que Sieyès, Mirabeau, Talleyrancl , Lameth, Chamfort et autres députés et gens de lettres. Comme eux il fut membre de cette société des amis de la constitution qui, parce qu'elle tint ses séances dans le réfectoire des Jacobins de la rue StHonoré , fut connue sous le nom de Jacobins. Le 17 novembre 1789, le parlement de Metz ayant été dénoncé à cause de sa résistance aux décrets de l'assemblée, Rcederer proposa de mander à la barre six de ses membres pour y rendre compte de leur conduite , et il fit décréter, bientôt après, la même mesure contre la chambre des vacations de Rouen. Le 21 décembre il parla en faveur des comédiens , s'éleva contre les préjugés dont on avait entouré leur profession et réclama pour eux l'universalité des droits civils et politiques. qui, selon lui, ne devaient être suspendus que pour les personnes attachées à un service personnel. En janvier 1790, il demanda que les biens des ecclésiastiques absents fussent acquis au domaine public, provoqua en même temps l'abolition de tous les ordres religieux et s'opposa à ce que la re:igion catholique fût déclapée nationale. Le 21 janvier 1790, il fut nommé membre du comité des impositions, et il en devint un des plus habituels rapporteurs. Ce fut surtout dans la manière dont il présenta les systèmes de finances qu'il fit adopter, et dans l'habileté avec laquelle il sut repousser les attaques que ses rap- ports essuyèrent qu'on reconnut un véritable talent. Le 24 mars 1790, il fit décréter que l'ordre judiciaire serait entièrement changé, et il attaqua encore à cette occasion , avec beaucoup de violence, les parlements, que Cazalès défendit avec une grande éloquence. Un autre jour, de- i,mandant l'établissement des droits d'entrée sur i, les frontières, il dit ironiquement que les em- ployés suffiraient pour arrêter l'armée de Condé, qui servait déjà de prétexte aux plus virulentes " motions contre l'ancien régime et l'émigration. Le 7 avril 1791, il sollicita des peines sévères contre les députés qui demanderaient des places aux ministres. On l'avait entendu quelque temps auparavant professer le même système, en insistant pour que les députés ne pussent accepter aucune fonction à la nomination du roi. Ce fut à la même époque qu'il s'opposa au départ de Louis XVI pour StCloud, et qu'il parla en faveur des nègres et des hommes de couleur, demandant pour eux l'exercice des droits de cité et tous les avantages des régnicoles. Le 22 juin , lorsqu'on apprit l'arrestation du roi à Varennes et les efforts que Bouillé avait faits pour favoriser son voyage, il provoqua la destitution de ce général. Après le retour du monarque, il appuya le projet qui lui donnait une garde particulière, assura qu'il ne s'agissait que d'une arrestation provisoire ; trouva, au surplus, que ce projet tendait à protéger le roi contre la nation et demanda qu'on préservât aussi la nation contre le roi. Lors de la prétendue révision de l'acte constitutionnel, il ne mérita point le reproche, fait tant de fois et si ridiculement à quelquesuns de ses collègues, d'avoir fortifié l'autorité royale; on le compta au contraire alors comme l'un des défenseurs les plus zélés de la démocratie. Il avait voté auparavant pour que les juges , choisis par les électeurs, fussent amovibles et formassent un troisième pouvoir indépendant. Il fut aussi d'avis de l'établissement des jurés, même en matière civile. Dans toutes les circonstances, il vota pour Ila liberté de la presse. Lors de la scission qui s'opéra dans la société des Jacobins, à l'époque - des événements du Champ de Mars , Roederer i passa au nouveau club des Feuillants; mais il n'y ' resta que peu de temps et retourna bientôt aux Jacobins , où siégeait Sieyès, dont les opinions eurent toujours beaucoup de sympathie avec les siennes. On a placé, dans divers écrits, Roederer sur la ligne un peu imaginaire qui séparait les révolutionnaires modérés des démocrates ; mais, que cette idée soit juste ou non, il est vrai de dire qu'elle caractérise assez bien sa cauteleuse prudence. En prenant cette position, que le soin de sa propre conservation lui avait indiquée plus que tout autre motif, il lit croire aux révolutionnaires les plus ardents qu'il pourrait être de leur parti , et cette considération les empêcha de le proscrire. Après la session de l'assemblée constituante, il resta à Paris et fut procureur général syndic du département , en remplacement de Pastoret appelé au corps législatif. Les royalistes constitutionnels , qui se souvenaient de ses opinions pendant la révision, virent cette nomination avec inquiétude. C'était, au reste, une des convictions du député de Metz que la monarchie seule convenait aux Français , et qu'il fallait qu'elle fltt fortement constituée en faveur du monarque; aussi le verronsnous travailler de toutes ses forces aux événements du 18 brumaire, seconder les mesures constituantes du régime impérial, et plus tard , en février 1835, produire son Adresse aux constitutionnels. — Élu procureur général syndic du département de Paris, dont était président le duc de la Rochefoucauld, et qui comptait dans son sein Talleyrand, Beaumetz, Garnier et autres hommes de talent, Roederer développa beaucoup d'habileté dans les affaires et montra quelque sagesse , quelque vigueur dans des circonstances difficiles. Le temps était critique, on était au commencement de 1792. Roederer montra du courage, et alors le courage était rare et méritoire. Lorsque vingt mille personnes attroupées s'avancèrent, le 20 juin, par la rue StHonoré, sous prétexte de présenter des pétitions, et assiégèrent réellement l'assemblée et le château des Tuileries , il se présenta à la barre avec le directoire du département, et, bravant les murmures des tribunes et l'improbation d'une grande partie du côté gauche, les cris de l'attroupement et la certitude d'être proscrit le soir même aux formidables clubs des Jacobins et des Cordeliers, il déclara aux députés que leur condescendance à recevoir journellement des multitudes d'hommes armés enlevait à la police et à l'administration le moyen de prévenir des attroupements qui, une fois formés et grossis, se trouvaient supérieurs aux forces constituées par la loi pour les dissiper. Il osa inviter l'assemblée à mettre enfin un terme à cette condescendance, à ne pas affaiblir plus longtemps la responsabilité de l'administration départementale dont la prévoyance et les forces étaient nécessairement devenues à peu près illusoires. Le procureur général syndic, ayant échoué devant le corps législatif , fut réduit à protester « qu'il « regardait comme le comble de la démence ou « de la scélératesse toute attaque contre l'autorité « constitutionnelle du roi , et comme deux pré-« tentions également coupables, celle de gouver-« ner le pouvoir exécutif avec le canon du fau- « bourg StAntoine et le pouvoir législatif avec « l'épée des généraux d'armée, estimant que la « constitution pouvait seule sauver la constitu- « Lion ». A propos des événements du 20 juin , citons l'opinion du ministre BertrandMoleville : « La justice, ditil, m'impose autant que la vérité « le devoir de consigner ici les éloges qui sont « dus à la conduite de tous les membres du di- « rectoire du département de Paris, et particu-
  • Pierre-Louis Prieur : PierreLouis Prieur était un homme politique français.
  • Pierre-Louis Lions : PierreLouis Lions est un célèbre mathématicien français, lauréat de la médaille Fields en 1994.

Pierre-Louis année par année

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