Le prénom Charles Masculin

Origine :

Fête :

04 Novembre

Signification de Charles

Le prénom Charles tire ses origines du latin Carolus. De nature optimisme, il voit la vie du bon côté et donne le meilleur de lui-même pour atteindre ses objectifs. Il est sociable et apprécie particulièrement les échanges avec son entourage. Il vit pleinement sa vie et fait de son mieux pour la rendre la plus originale possible.
Le prénom Charles est très prisé par la royauté. En France, on compte près de dix rois portant le prénom Charles. La Suède quant à elle en dispose de seize. L’Angleterre regorge également de nombreux Charles dont le fils d’Elisabeth II. Il est également connu pour son mariage avec Lady Diana.
Dans le monde de la politique, on peut citer Charles de Gaulle, ancien président de la République française. Charles excelle également dans le domaine littéraire, notamment Charles Dickens. Dans la sphère musicale, on peut nommer Charles Aznavour, auteur, compositeur et interprète.

Personnalité de Charles

Calmes, posés, ils dégagent un sentiment de puissance et de sérénité. Volontaires, travailleurs, ils se battent pour atteindre les buts qu'ils se sont fixés. Doués d'un grand sang-froid, imperturbables, ils expriment peu leurs sentiments. Mêmes s'ils sont sérieux, ils savent apprécier les plaisirs de la vie et s'amuser. En amour, leur pouvoir de séduction leur fait prendre des risques.

Provenance du prénom Charles

Histoire de Charles

Etymologie de Charles

Les Charles célèbres

  • Charles ANCILLON( 1659 - 1715) : fils de David, ne à Metz le 28 juillet 1659, commença ses études classiques clans cette ville, et alla les continuer à Hanau. Il suivit des cours de droit à Marsbourg, à Genève, à Paris, où il se lit recevoir avocat. Il exerça cette profession avec tant de succès dans sa patrie, que les réformés de Metz le députèrent en cour pour représenter qu'ils ne devaient point tare compris dans la révocation de l'édit de Nantes. Tout ce qu'il put obtenir fut qu'on userait à leur égard d'un traitemeut plus doux qu'à l'égard des autres. Peu satisfait des dispositions de la cour, il suivit son père à Berlin. L'électeur de Brandebourg le lit d'abord juge et directeur des réfugiés fiançais de cette ville, puis inspecteur des tribunaux (le justice que ces mêmes réfugiés avaient en Prusse, enfin conseiller d'ambassade, historiographe du roi et surintendant de l'école française. Il avait été employé dans des négociations importantes en Suisse, avait résidé quelque temps à la cour de BadeDourlac, et mourut à Berlin, le 5 juillet 1715, après avoir publié les ouvrages suivants : 1° Réflexions politiques, par lesquelles on fait voir que la persécution des réformés est contre les véritables intéréts de la France, Cologne, 1685 ouvrage mal à propos attribué par Bayle à Sentiras de Courtilz 2° L'Irrévocabilité de l'édit de Nantes prouvée par les principes du droit et de la politique, Amsterdam, 1688 5° La France intéressée à rétablir l'édit de Nantes, ibid., 1690 4° Histoire de l'établissement des Français réfugiés dans les Eluls de Brandebourg, Berlin, 1690 : c'est un monument de la reconnaissance de l'auteur pour l'électeur. 5° Dissertation sur l'usage de mettre la première pierre au fondement des édifices publics, à l'occasion de la première pierre posée au temple de Frédérikstadt, pour les réfugiés français, ibid., 1701 6° Discours sur la statue érigée sur le pont Neuf de Berlin à l'électeur Frédéric- Guillaume, ibid., 1705 : c'est une dissertation, en style oratoire, sur les sta- tues équestres et pédestres, où les éloges les plus ampoulés sont prodigués à son héros. 7° Mélanges cirliques de littérature, Bile, 1698 3 vol. On y trouve des emarques utiles et curieuses; mais le 5e volume, consacré tout entier à l'éloge de son père et au sien, est trèsinexact. L'auteur désavoua un extrait donné en 1701, à Rouen, sous la rubrique d'Amsterdam, en un seul volume, parce qu'on y avait inséré des choses qui faisaient tort à la mémoire de l'un et de l'autre. Le titre de l'édition de la même ville, en 1796, attribue faussement ces mélanges à Jean Leclerc. 8° Mémoires concernant les vies de plusieurs modernes célèbres dans la république des lettres, Amsterdam, 1709 : ces vies, écrites d'un style diffus, étaient destinées pour un supplément au Dictionnaire critique de Bayle que BenierLeers se proposait de donner. 9° Vie de Soliman II, Rotterdam, 1700 Par cet ouvrage, où règne une grande incorrection de style, Ancillon voulait pressentir le goût du public sur une histoire des hommes célèbres, dont de Thou a fait l'éloge ; mais elle n'a pas été achevée. 10° Traité des Eunuques. 1707 sous le nom de C. 01- Encan, qui est l'anagramme (lu sien. Il fut composé à l'occasion d'un eunuque italien qui voulait se marier. L'auteur prouve que le mariage est absolument interdit à ces sortes de gens : on y trouve une littérature variée et curieuse, niais la critique en est fort légère. TD
  • Charles ANDRÉ( 1722) : perruquier à Paris en 1756 , était né à Langres en 1722. Un gentilhomme, nommé de Lasalle Dampierre, l'un des régisseurs de l'impôt sur les cartes, dont André était le perruquier, lui persuada de devenir auteur tragique. André goûta cet avis, et, bientôt après , parurent successivement trois éditions du Tremblement de terre de Lisbonne, tragédie en cinq actes et en vers, par M. André, perruquier, privilégié, demeurant à Paris, rue de la Vannerie , près la Grève ; imprimé à Amsterdam , et se vend chez l'auteur, M. DCC. UNI La première édition , dont le titre est en grosses lettres romaines , porte la fausse date de 1755. On y voit, pour culdelampe , une grosse perruque , dans l' de laquelle est une tète à perruque. M. Dampierre était le principal auteur de cette facétie , quoiqu'elle parût sous le nom d'André , qui prit la chose au sérieux, et dédia la pièce à l'illustre et célèbre paie , M. de Voltaire , qu'il appelle monsieur et cher confrère. Cette farce n'avait jamais été représentée, et était oubliée, lorsqu'en 1805, à l'occasion d'un mélodrame donné au thettre de la PorteStMartin, on fit jouer sur un petit théâtre des boulevards et réimprimer le Tremblement de terre de Lisbonne; et on en donna quatrevingts représentations, qui furent toujours trèssuivies. Si André eût vécu , il eût encore été la dupe de cet empressement du public, qui , luimême, était la dupe de Dampierre. Quelques personnes attribuent aussi cette pièce à M. Paris de Maizieux. A
  • Charles ABBATUCCI( 1770) : fils du précédent , naquit en 1770. Après avoir suivi les cours de l'école militaire de Metz, il fut promu, en 1747, à l'âge de seize ans, au grade de lieutenant d'artillerie. Il était capitaine en 1792; sa belle conduite lui valut, avant la fin de la même année , le grade de lieutenantcolonel. En 1793 , il passa dans l'artillerie à cheval. Pichegru le choisit pour aide de camp, en 1794. Il lit la campagne de Hollande avec le grade d'adjudant général, qu'il avait refusé trois fois , parce qu'il ne voulait pas se séparer d'un de ses frères d'armes, dont l'amitié lui était chère. Abbatucci fut nommé général de brigade après le premier passage du Rhin , où il avait déployé la plus rare valeur, et fut employé en cette qualité à l'avantgarde de l'armée de Rhin et Moselle dans la campagne de 1796. Moreau le chargea de préparer le passage du Rhin, le 24 juin 1796, et de prendre part à l'attaque contre le fort de Kehl, où il signala de nouveau son courage. Le e, il franchit intrépidement le Lech en présence de l'ennemi , et mit deux fois les Autrichiens en déroute. Le 20 octobre suivant , ce fut encore lui qui protégea la retraite des Français près de Neubourg ; il eut dans cette journée un brillant engagement avec le corps du prince de Condé , et Savary rapporte , dans ses mémoires, qu'Abbatucci traita les émigrés en ennemi généreux. Ces éclatants faits d'armes valurent à ce jeune officier les épaulettes de lieutenant général. Lorsque Moreau fut forcé de repasser le Rhin, après la défaite du corps de Jourdan, il confia à Abbatucci la défense d'Huningue, qui était devenu le boulevard de l'Alsace. La place fut bientôt attaquée par les Autrichiens. Abbatucci se défendit vigoureusement , mais il fut mortellement blessé , le 2 décembre, dans une sortie qu'il dirigeait avec son intrépidité ordinaire. Sa mort fut suivie de la reddition de la forteresse. Moreau voulut honorer la mémoire de ce guerrier malheureux en lui faisant élever un monument au lieu où il était tombé. En 1815, les Autrichiens crurent effacer le souvenir de leur défaite en détruisant ce tombeau; mais, en 1819, le général Rapp ouvrit une souscription pour le rétablir; le général Foy s'inscrivit un des premiers. Toutefois le monument d'A bbatucci ne fut reconstruit qu'après 1830
  • Charles ALEYN : poète anglais, du règne de Charles I", fut élevé au collège de Sidney, à Cambridge , et vint ensuite à Londres , où, en 1651, il publia , en stances de six vers, deux poèmes sur les batailles de Poitiers et de Crécy. Il composa , en 1658, un autre ouvrage, également en vers, en l'honneur du roi Henri VII, sous ce titre : Histoire du sage et heureux prince Henri VII' du nom, roi d'Angleterre, avec la fameuse bataille donnée entre ce roi et Richard III , près de Bosworth. Outre ces trois poèmes, il composa des vers qui furent im- primés en tète des ouvrages de quelques autres écri- vains : on les trouve surtout dans les premières èditions des pièces dramatiques de Beaumont et Fletcher. En 1659, il publia le roman cl'p4ry4e Lucrèce, par iEneasSylvius, tra4it du latin en anglais. Aleyn mourut en 1640
  • Charles ALLIONI( 1725 - 1804) : médecin piémontais et professeur de botanique à l'université de Turin, naquit en 1725, et mourut en 1804, dans sa 79' année. Ses vastes connaissances l'avaient fait agréger à beau- coup de sociétés savantes, telles que l'institut de Bo- logne, les sociétés royales de Montpellier, de Londres, de Goettingue, de Madrid, etc. Il est auteur de plusieurs bons ouvrages sur la botanique, la médecine et l'histoire naturelle, dont voici la liste : 1° Pe- demontii stirpium rariorum Specimen primum; Au- 11 était de l'académie de Marseille et de la société d'émulation de Cambray. Membre souscripteur de la société asiatique de Paris depuis 1822, il s'en était retiré en 1826. gusta3 Taurinorum, 1755 avec 12 planches; cet ouvrage contient la description et les ligures de 30 plantes nouvelles, ou trèspeu connues, dont la plupart sont indigènes des montagnes du Piémont. 2° Oryetographice Pedemontanœ Specimen, Pansus, 1757 ; l'auteur décrit dans cet ouvrage les fossiles qu'il avait observés dans le Piémont, et donne une idée de ses connaissances dans la géologie et Foryctograpliie. 30 Tractatio de miliarium origine progressu , natura et curatione; Augustœ Taurino- rum, 1758 ; ouvrage de médecine fort estimé. 40 Stirpium prœcipuarum litions et agni Niceensis Enumeratio methodica, cum elencho aliquot anima- hum ejusdem maris; Parisiis, 1757 cet ouvrage est souvent cité par les naturalistes , sous le titre abrégé d'Enumeratio stirpium Nicceensis. La plus grande partie des matériaux qui le composent avait été rassemblée par Jean Giudice, botaniste de Nice, et ami d'Allioni. Celuici, dépositaire des papiers de Giudice, après sa mort, les a mis en ordre, et a rangé les plantes suivant la méthode de Ludwig. Il rapporte, pour chaque espèce, la dénomination , ou la phrase de divers auteurs, surtout de Bauhin, de Tournefort et de Linné. Les animaux, dont il traite à la fin du volume, se réduisent à quelques espèces de sèches, d'étoiles de mer, d'oursins et de crabes. Ce li%re est une esquisse de la Flore de Mec', qui diffère peu de celle de la Prosence. 50 Synopsis methodica hot* Taurinensis, Taurini, 1762 C'est le tableau méthodique de toutes les plantes qui étaient cultivées dans le jardin de botanique de Turin : elles sont divisées en treize classes. La méthode d'Allioni ne diffère de celle de Rivin que parce qu'il ne considère pas la régularité ou l'irrégularité de la corolle. Les sections qui dis i- sent les classes sont tirées du système sexuel de Linné. 6° Flora Pedemontana , sir; Enumeratio me- thodica stirpium indigenarum Pedemontii; Auguste Taurinorum, 1785, 3 vol. fol. Dans les deux premiers volumes, l'auteur donne la notice et les sy- nonymes de 2,800 plantes , distribuées en douze classes , qui sont fondées sur la forme de la corolle ou le nombre des pétales; les sections sont établies, en général, sur la considération du fruit, sous le rapport du nombre, de la forme et de la structure le troisième volume contient un abrégé des éléments de botanique, et 9-2 planches, renfermant les figures de 237 espèces : elles sont bien dessinées et exactes. Les dessins originaux sont déposés au musée de Turin ; à chaque espèce, Allioni ind;que le lieu natal, la nature du sol , et le nom vulgaire qu'on lui donne dans les divers idiomes des provinces du Pié- mont. Il cite avec reconnaissance tous les botanistes qui lui ont communiqué leurs travaux, ou qui l'ont aidé dans ses recherches; possédant toutes les parties de la physique moderne, il traite de la matière médicale en savant médecin, mais d'une manière qui lui est particulière ; ce qu'il dit des propriétés des plantes est le résultat de l'expérience d'un praticien éclairé et d'un grand observateur. La Flore du Piémont est, de tous les ouvrages d'Allioni, le plus important par son sujet, et le plus considérable par son étendue ; la partie typographique en est belle et trèssoignée ; sa distribution a de la ressemblance avec celle de l'Histoire des plantes de la Suisse, de Haller, qu'il estimait beaucoup, et avec qui il avait entretenu une correspondance jusqu'à sa mort. 7° Auctuarium ad Flora Pcdemontana, Tau- rini, 1789, tab. 2 ; cet ouvrage renferme les additions et les corrections que l'auteur a faites à la Flore du Piémont, et les plantes qui ont été découvertes depuis sa publication. Pendant sa longue carrière, Allioni a publié plusieurs mémoires qui sont insérés dans les Mélanges de l'académie de Turin. 8° Fas- ciculus stirpium Sardiniœ in dicecesi Calmis lecta- rum a M. Ani. Piazza . C'est un cahier de plantes recueillies dans le diocèse de Cagliari , capitale de la Sardaigne , par M. Ant. Piazza. 9° Florula Corsica, a Felix Valle , edita a Carol. Alliono . C'est l'esquisse d'une Flore de l'île de Corse, faite par Félix 'talle, rédigée et publiée par Allioni. Il y en a une seconde édition, qui est augmentée des écrits de Jaussin, par NicolasLaurent Burniann, insérée dans les Nouveaux Actes de l'académie des curieux de la nature, t. 4. Allioni doit être placé parmi les botanistes du second ordre qui ont fait faire des progrès à la science, en ajoutant un petit nombre de plantes à celles qui étaient déjà connues. Loeftling lui a consacré un genre, sous le nom d'Allionie. Linné l'a adopté ; il est de la famille des dipsacées
  • Charles ALSTON( 1683 - 1760) : médecin et botaniste, né en 1683, dans l'ouest de l'Ecosse. Son père était médecin, et allié à la famille Hamilton. Alston fit ses études avec succès à l'université de Glasgow. A la mort de son père, la duchesse d'Hamilton le prit sous sa protection : elle désirait qu'il se destinàt au barreau ; niais son goût pour la botanique et la médecine l'entraîna irrésistiblement. lise rendit Leyde, à l'âge de trentetrois ans, pour profiter des leçons de l'illustre Boerhaave. Là, il se lia étroitement avec son compatriote le docteur Alexandre Monro. De retour dans leur patrie, ils réunirent leurs efforts pour faire fleurir l'étude de la médecine dans l'université d'É- dimbourg, où ils étaient professeurs. Ils s'associèrent des coopérateurs qui avaient, comme eux., des talents et du zèle, et parvinrent à rendre cette université une des plus célèbres écoles de médecine de l'Europe. Alston se chargea d'enseigner la botanique et la matière médicale ; et il continua jusqu'à sa mort, arrivée en 1760. Livré entièrement à l'enseignement public, il n'a publié qu'un petit nombre d'ouvrages. Le premier est un Index ou Catalogue des plantes cultivées dans le jardin de botanique d'Édimbourg, en 1740; le second, Index medicamentorum simpli cium, 1 vol. C'est un abrégé de la matière médicale, et un résumé des leçons de l'auteur. En 1755, il publia son principal ouvrage, sous le titre de Tirocinium botanicum Edimburgense , Édimé bourg, 1 vol. C'était une réimpression de son Index; mais, en tète, il développa des principes de botanique remarquables par leur précision, et surtout par leur opposition à ceux de Linné, qui commençaient à prévaloir. Alston fut un des plus redoutables adversaires du naturaliste suédois, parce qu'il l'attaqua en habile dialecticien, en érudit profond, et toujours avec décence et dignité. 11 s'opposa fortement aux innovations que Linné introduisait dans la botanique, et il s'obstina à regarder le sexe des plantes comme une hypothèse peu fondée. En cela, il eut le tort de ne pas séparer deux choses trèsdistinctes : d'abord le fond matériel de cette découverte, entrevue depuis longtemps, confirmée et démontrée tout récemment, sans que Linné y eût aucune part; secondement, l'application que ce naturaliste en avait faite pour établir son système ; on ne pouvait se dispenser de regarder celuici comme trèsingénieux, mais on eût vu sans surprise qu'un .vétéran, accoutumé dés son enfance à la manière de procéder de Ray, de Tournefort et de Boerhaave, trouvàt que la science perdait plus qu'elle ne gagnait en adoptant ce nouvel arrangement. Alston , d'un autre côté, montra une grande impartialité en faisant imprimer textuellement dans son ouvrage les Fundamenta bo- lanica de Linné, dont il recommanda fortement la lecture à ses élèves. Il a publié quelques mémoires sur différents sujets de matière médicale, imprimés dans les Essais de Médecine de la société d'Edim- bourg ; entre autres , sur l'étain , qu'il regardait comme anthelmintique, et sur l'opium ; ensuite une dissertation sur la chaux vive, dans laquelle il crut reconnai tre de nouvelles propriétés, et qu'il regarda comme excellente pour dissoudre la pierre de la vessie. En mourant, il laissa le manuscrit incomplet d'un traité de matière médicale, qui fut publié, dix ans après, par les soins du docteur Hope, son successeur, sous le titre de Discours sur la matière médicale. Cet ouvrage est un des meilleurs que l'on ait sur cette partie. Le docteur Mutis, botaniste résidant à la NouvelleGrenade, a dédié à Alston un nouveau genre, sous le nom d' Alstonia, qui a été adopté par les botanistes ; il ne contient qu'un arbuste de la famille des guayacanes
  • Charles ARND( 1673 - 1721) : fils du précédent, né en 1673, à Gustrow, mort en 1721, professeur de langue hébraïque à Rostock. Sa vie est racontée dans les Annales litterar. Meklenburg. ad an. 1721, p. 57-57. Les principaux de ses ouvrages sont : 1° Schediasma de phalaride, M. Antonini scriptis et Agapeti Scheda regia, Rostock, 1702 2° Schediasma Bibliothecce grœcce difficilioris, ibid. 5° Bibliotheca politico- heraldica, 1705Systema litterarium, complectens prœcipua scientiœ lilterarice monumenta, Rostock, 1714 Ch. Arnd est un des créateurs de l'histoire bibliographique générale. 5° Dissert. philolog. frigo., 1° de cancellariorum et procancellariorum apud Hebrceos Vesligiis; 2° de Apostolo Paulo doctoris titulo condecorato ; 5° de prœconiOrtIM, promotiones hodiernas antecedentium, Rudimentis apud Hebrœos, ibid., 1714 6° 11 y a plusieurs morceaux de lui dans les Miscellan. Lips., t. 5, 8, 9 et 11. 7° Une vie de son père
  • Charles ARNOULT( 1750 - 1793) : né au village de Bèze en Bourgogne, vers.1750, était avocat au parlement de Dijon et conseiller des états de la province, lorsqu'il fut nommé député du tiers état de Bourgogne aux états généraux en 1789. 11 vota dans cette assemblée avec la majorité et dans le sens de la l'évolution. Sa première proposition fut pour la suppression des dlmes, et la seconde pour que la branche des Bourbons d'Espagne fùt déclarée inadmissible au trône de France. 11 se plaignit ensuite de l'exportation des grains, et proposa, pour l'empêcher, de supprimer la commission des subsistances, afin de faire peser sur le ministère une plus grande responsabilité. Dans la séance du 21 juin 1790, à la suite d'un long rapport, il fit décréter qu'un tribunal provisoire serait établi à Dijon, pour remplacer le parlement, qu'il représenta comme entièrement désorganisé par l'émigration d'une partie des juges et la mauvaise volonté des autres. Après la session, Arnoult se retira dans sa province, où il reprit ses anciens travaux, et mourut en 1793. On a de lui : 1° Collection des - décrets des assemblées nationale, constituante et législative, 1792, 7 vol. 2° Collection des décrets de l'assemblée constituante , Dijon on , 1792
  • Charles ARRAULT( 1643 - 1718) : avocat au parlement de Paris, naquit à BoisCommun, dans le Gâtinais, en 1645. Ses débuts au barreau eurent un éclat qu'il soutint par des succès toujours croissants. Il fut chargé de plusieurs causes célèbres, entre autres de celle du duc de Gesvres contre sa femme qui l'accusait d'im- puissance. Les mémoires qu'il publia à cette occasion sont compris dans le Recueil général des pièces du procès, publié en 1714, à Rotterdam, 2 vol. Arrault mit au jour, en 1707, un âlémoire louchant le droit de M. le prince de Conti sur la principauté de Neufchâtel Déjà les prétentions du prince avaient été écartées, à la mort du prince de Longueville, par les états de Neufchâtel, qui conférèrent la souveraineté à la duchesse de Nemours. Celleci étant décédée, le prince de Conti se remit sur les rangs avec d'autres prétendants; mais il échoua de nouveau. Ce fut au roi de Prusse que les états adjugèrent la souveraineté. On connaît encore d'Arrault kun Mémoire pour le prince de Monaco contre le duc de Savoie, touchant les seigneuries de Menton el de Roquebrune, Paris, 1712 Le zèle et le talent avec lesquels il défendait ses clients le firent admettre dans le conseil de la maison du duc d'Orléans, régent. Il fut bâtonnier de l'ordre des avocats en 1717, et mourut l'année suivante. Administrateur des hôpitaux, il y fit preuve d'un dévouement éclairé. On lui doit les matériaux d'un écrit intitulé : Abrégé 'historique de l'établissement de l'hôpital des Enfants- Trouvés, Paris, 1746 qui fut publié par son fils, Charles Arrault
  • Charles ASTHON : prêtre anglais et principal du collége de Jésus à Cambridge, vers l'an 1701, est regardé comme un des plus savants critiques de son temps. On a de lui divers ouvrages publiés sans nom d'auteur, parmi lesquels on remarque : 1° Lo- cus Justini martyris emendatus in Apol. 1, p. 11, édit. Thirlby, 1744 ; 2° Cicéron et Hirtius conciliés SUT le temps du départ de César pour la guerre I d'Afrique, avec une explication de l'ancienne année romaine, réglée par Jules César ; 5° Org. de ora- tione; 40 Hieroclis in aurea carmina Pythagorea Comment., Londres, 1742
  • Charles BAGARD( 1696 - 1772) : médecin, né à Nancy, le 2 janvier 1696, mort en cette ville, le 7 décembre 1 1772, fut reçu docteur en la faculté de Montpellier, en 1715. Par de grandes connaissances dans son art, il mérita la confiance de Stanislas, roi de Pologne, devenu duc de Lorraine, fut nommé son premier médecin, et décoré de l'ordre de StMichel, en 1755. Quoiqu'il ait beaucoup écrit, ses ouvrages, spécialement relatifs à la matière médicale, ne‘ren- ferment aucune observation nouvelle, et sont absolument sans intérêt de nos jours. Ce sont : 1° Né- I moire sur la petite vérole ; 2° Histoire de la ( héliaque, 1725 ; 3- Mémoires sur les macrobies et les centenaires; 4° Explication d'un passage d'Hippo- crate, touchant les Scythes qui deviennent eunuques, 1769 5° Mémoires sur les eaux de Contrexe- ville, en Lorraine, 1760 6° les Eaux minéra- les de Nancy, 1765 ; 7° Dissertation sur la cause physique des tremblements de terre, el les épi- démies occasionnent ; 8° Dispensatorium phar- maceutico- chimicum, 1771 ; 9° Pinax mate- riei medicinalis, 1771 ; 1 0' Qucestio medica an vomitus fœculentus in passione iliaca ab anti- peristallico intestinorum motu, '1715 Bagard se servit de son influence auprès de Stanislas pour faire établir dans sa patrie un jardin de botanique et un collée royal de médecine
  • Charles AVISON : musicien anglais, naquit à Newcastle, où il fut organiste de l'uglie de StJean et de celle de StNicolas. En l7$. l'orgue de StJean ayant exigé des réparations qui furent estimecs 1C0 livres sterling., Avison offrit de donner ma livres sterling pour cet objet, à la condition qu'il serait nommé organiste à vie, avec des appo de 20 livres, et qu'il aurait le droit de se faire remplacer. Son offre fut acceptée, et l'un de ses fils fut son suppléant. En 17:;2, il publia an Essay OH musical expression , Londres 2' édition, ibid., 1755 avec des changements et quelques additions, entre autres une lettre it l'auteur sur la musique des anciens, qu'on sait maintenant ètre du docteur Jor- Avison avance dans son ouvrage que Marcello et Geminiani sont supérieurs à Mendel : assertion fort extraordinaire, au moins quant au second, et qui devait déplaire beaucoup en Angletetre. Aussi parutil dans la n'élue année un écrit intitulé, : Re- marks on M. Avison's Essay on musical capression, tans lequel il est traité d'ignorant, qui a eu besoin de la plume d'autrui pour écrire son ouvrage : on croit en effet que le docteur Brown et Mason l'aidèrent dans la rédaction. Il lit une réplique insérée dans la seconde édition. La troisième fut publiée Londres en 1775 11 avait été élève de Geminiani, qui conserva toujours beaucoup d'estime pour lui. La prédilection qu'il avait pour le style de son maitre le lui lit adopter dans ses compositions, qui consistent en deux oeuvres de sonates pour piano avec accompagnement de deux violons, et qui- rantequatre concertos pour violon. 11 publia par souscription les psaumes de Marcello avec des pa- roles anglaises. Avison mourut à Newcastle, le 10 mai 1770, et eut pour successeur à son orgue de StNicolas son fils Edouard, qui mourut en 1776
  • Charles BÂTON : fut appelé le jeune pour le distinguer de Henri Bàton rainé, qui exerçait comme lui la profession musicale. Celuici excellait à jouer de la musette , qui , vers le milieu (lu siècle passé, était fort à la mode; son frère brillait sur la vielle, qui , à la même époque, eut aussi un moment de vogue assez marqué. Charles Bàton a publié plusieurs pièces pour son instrument, qu'il avait perfectionné, comme on le voit dans un mémoire inséré, en 1757, dans le Mercure; il avait augmenté l'étendue du clavier et inventé un moyen pour imiter sur cet le coup de langue de la flûte et le coup d'archet du violon. Cet artiste est auteur d'un Examen de la lettre de M. Rousseau gur la musique fran- çaise, Paris, 1755 ; 2e édition en 1754 ; la première avait été publiée sous le voile de l'anonyme. De toutes les réponses faites au philosophe , c'est incontestablement la meilleure , et peut - être la seule digne d'être lue. Charles Bâton est mort en 1758
  • Charles BARBEYRAC( 1629 - 1699) : né en 1629, en Provence, fut reçu docteur en médecine à Montpellier, en 1649. 11 jouit dans cette ville d'une très - grande réputation comme praticien ; on dit même que Locke le comparait à son illustre ami Sydenham. Comme il n'a rien écrit, on ne peut indiquer quelle philosophie régla sa pratique et sa théorie, ni même si sa réputation, dans un monde qui ne peut être jugé compétent, reposait sur des fondements solides : on est disposé à le croire s'il avait, comme on le rapporte, secoué la méthode trop suivie de son temps, d'abuser des médicaments dans le traitement des maladies; cela annonce un esprit judicieux et discret contemplateur des mouvements de la nature. Il mourut. en 1699
  • Charles BECKINGHAM( 1699 - 1730) : écrivain anglais, né en 1699, était fils d'un marchand de toiles de Londres. Il manifesta de trèsbonne heure un talent peu commun pour la poésie, et n'avait pas vingt ans lorsqu'il donna au thatre deux tragédies, Henri IV, roi de France, et Scipion l'Africain, qui eurent beaucoup de succès. On a aussi de lui quelques autres poésies. Il mourut en .1750, àgé_seulement de 52 ans
  • Charles BATTEUX( 1713) : chanoine honoraire de Reims, né le 7 niai 1713 à Allend'huy , de l'ancien diocèse de Reims, passa dans cette ville ses pu.- mures années, y professa la rhétorique à vingt ans sa reconnaissance pour les encouragements qu'il re- çut de la part des Rémois lui inspira en 1739 une ode latine , qui fut traduite par de Saulx, chanoine de l'église cathédrale, et chancelier de l'université de la même ville. En 1730, Batteux fut appelé à Paris, où il enseigna les humanités et la rhétorique dans les colléges de Lisieux et de Navarre. Ce fut en qualité de professeur et au nom de l'université qu'il prononça deux discours latins, l'un sur la Naissance du duc de Bourgogne, et l'autre de Gustu reterum in studiis litterarum rainenda. Nommé professeur de philosophie grecque et latine au rollége royal, il remplit avec distinction cette I chaire, qui fut supprimée quelques années avantsa mort, et remplacée par la chaire d'éloquence fran- çaise, que l'abbé Aubert, son disciple et son ami, occupa le premier. Ratio,x fut admis à l'academie des inscriptions en 1754, et entra en 1761 à l'Arademie 1 française. Chargé plus d'une fois de représenter cette compagnie, il parla, non avec cette recherche qui vise à l'effet, et semble donner le signal des applaudissements, mais avec la justesse et la clarté d'un esprit droit et lumineux. 11 y reçut, à la place de l'abbé d'Olivet, son maitre et son ami, l'abbé de Condillac, qui, par une rencontre singulière, fut remplacé le même jour que lui dans l'Académie. Encore plus estimable par une probité rigoureuse et par ses qualités personnelles que par ses talents littéraires, le caractère bienveillant et paisible de l'abbé Batteux le fit échapper, du moins de son vivant, aux persécutions de l'envie. Bon parent, il soutenait par ses bienfaits une famille nombreuse et peu fortunée. Excellent citoyen, il prenait aux revers et aux succès de la France un intérêt qui allait jusqu'à l'émotion. Grave sans austérité, mais plutôt par état que par caractère ; doué de beaucoup de dignité dans l'àme, la figure et le ma il apportait dans la société une gaieté douce, une conversation solide et instructive, une philosophie exempte de fiel, étrangère à l'esprit de parti. Né d'une complexion robuste en apparence, mais altérée à la longue par le travail du cabinet , après avoir éprouvé pendant quelques années des maux de nerfs, il fut emporté par une hydropisie de poitrine le 14 juillet 1780, lorsqu'il entrait dans sa 78e année, et fut inhumé dans l'église de StAndrédesArcs, où le ministre Bertin lui lit construire un tombeau. Il fut remplacé à l'Académie française par Lemierre, et eut l'honneur d'être loué par Delille, alors directeur de cette compagnie. On a de lui : 1° Pr cipes de la Littérature, 6 vol. , Paris, 1774 et I 1777 ; Strasbourg, 1800 ; Paris, Aug. Delalain, 1824; et avec une notice historique sur l'auteur, ibid., Bellavoine, même année. La I" édition, qui parut en 1765, est intitulée ; Cours de Belles- Lettres, 5 vol. ou 5 vol. On y trouve, ainsi que dans les suivantes, les Beaux- Arts réduits à un même principe , et le Traité de la construction oratoire, imprimés aussi séparément. Ces ouvrages, écrits avec moins de charme et d'abandon que le Traité des Éludes de Boulin, sont cependant devenus classiques chez les étrangers. On regarde le traité des Beaux- Arts réduits à un même principe comme la plus estimable de toutes les productions de Batteux, par la sagesse du dessin, la finesse des vues, et par la sagacité avec laquelle il décompose la métaphysique des arts et la ramène à des principes simples, lumineux et féconds . On a publié et réimprimé plusieurs fois, sous le titre d'Eléments de littérature, 2 vol. attribués maladroitement à Batteux luimème, qui ne sont qu'un abrégé des Principes de la littérature. 2. Une traduction d'Horace en prose française, 1750,1768 et 1805, 2 vol. fidèle, à quelques inexacti- s'a est déjà difficile, en général, de borner tous les arts à nn seul principe, l'auteur devait rencontrer encore plus de difticollés par rapport à la musique, d'abord, parce que chaque page de son ouvrage prouve le peu de connaissance qu'il en avait, et paece que la musique ne compte pas du tout parmi les arts d'imitation • c'est proprement un art d'expression. Le professeur Ramier a' donné une bonne traduction allemande de l'ouvrage sic Batteux avec clos notes, D—R—R. tudes prés, mais dénuée de grâce et de chaleur. Au reste, il avait la bonne foi de convenir luimême qu'il s'était proposé de faciliter l'intelligence de l'au- teur, et non de représenter fidèlement la force et l'harmonie d'un poète si souvent traduit sans être jamais imité. L'abbé Joly de Dijon, qui travaillait alors au Journal des Savants, critique cette traduction. Batteux lui répondit dans une brochure intitulée : Observations de l'abbé Ninnin, professeur de seconde au collége de Navarre, sur un article du Journal des Savants du mois d'octobre 1750, con- cernant les poésies d'Horace traduites en français, Paris, 1750 3° La Morale d'Epicure, tirée de ses propres écrits, Paris, 1750 ou 1758, petit dont la publication suivit de près la réception de l'auteur à l'académie des inscriptions, écrit qui eut la gloire de fixer enfin l'opinion générale sur cet Epicure, jusqu'alors tant cité et si mal connu. 4. Les quatre Poétiques d' Aristote, d'Horace, de Vida et de Boileau, avec les traductions et les remarques , Paris, 1771, 2 vol. ; Brest, 1822, et Paris, Aug. Delalain, 1825, 1 vol. 5. Histoire des causes emières, ou Exposition sommaire des pensées phi- losophiques sur les principes des êtres, Paris, 1769, 2 vol. L'abbé Batteux a donné dans cet ouvrage des traductions d'Ocellus Lueanus, de la na- ture de l'univers, de 'rimée de Locres, de l'Aine du monde, et de la lettre d'Aristote à Alexandre, sur le système du monde. Il a été tiré des exemplaires de chacun de ces traités. Cet écrit, plein de recherches, où l'auteur fait voir avec quelle sage liberté il savait s'affranchir de ces respects de tradition si longtemps prodigués à des chimères, ne contribua pas peu, diton, à faire supprimer la chaire de philosophie au collège de France. 6° Cours élémentaire à l'usage de l'Ecole militaire, 45 vol. Cette compilation, demandée à Batteux par le comte de StGermain, et pour laquelle Chompré, Montel iablon et Philippe de Prétot furent ses principaux collaborateurs, fut exé- cutée en moins d'un an, et ce travail précipité nuisit Û la santé de l'auteur, qui s'altéra sans retour, et à la perfection de l'ouvrage, dont le peu de succès avança, diton, le terme des jours de Batteux. 7° Chefs- d'oeu- vre d'éloquence poétique à l'usage des jeunes ora- teurs, ou Discours français tirés des auteurs tragiques les plus célèbres, Paris, 1780 et1821 8° Nou- vel Examen du préjugé sur l'inversion, Paris, 1767 9. Parallèle de la Henriade et du Lutrin, Paris, 1746 ouvrage qui excita la haine de Voltaire contre l'abbé Batteux et contre Boileau. 10° Mémoires concernant l'histoire, les sciences, les arts, les moeurs et les usages des Chinois, 1776, 1789, 15 vol. collection commencée par Batteux, et achevée par Bréquigny et de Guignes. 11° Traité de l'arrangement des mots, traduit du grec de Denys d'Halicarnasse, avec des exemples et des remarques, Paris, 1788 Ce dernier écrit, qui parut depuis sa mort, est suivi d'un discours où le traducteur entreprend de venger la langue française des préférences exclusives données aux langues grecque et latine. Quoique nourri dans l'étude des auteurs anciens, il avait su se défendre d'une prévention aveugle en leur faveur, et l'on se rappelle que, lors de la querelle sur les inscriptions, il s'éleva contre l'opinion qui maintient encore parmi nous, sur nos ' monuments, l'usage exclusif d'une langue morte. 12" Plusieurs mémoires insérés dans le recueil de 'l'académie des inscriptions. Après le décès de l'abbé ,Batteux, il parut dans l'Année littéraire, 1780, nuIntéro '27 , une critique trop sévère des ouvrages de et académicien. Nous y renvoyons le lecteur, et ous nous contenterons de faire observer , avec elille, qu'on ne peut méconnaître dans Batteux le littérateur estimable, l'écrivain élégant, le disser- tateur ingénieux, le grammairien habile et l'admi- rateur éclairé de l'antiquité
  • Charles BAUTER( 1580) : poète dramatique, naquit à Paris, vers •580. Il n'avait pas quinze ans, comme il nous l'apprend luimème, qu'il faisait des vers sur toutes sortes de sujets. Son dessein n'était pas d'abord de conquérir une place à côté de Ronsard, de Desportes ou de Bertaut ; il ne voyait dans la poésie qu'un exercice agréable, et ses productions, communiquées seulement à ses amis les plus mes, n'étaient point destinées à voir le jour ; mais l'infidélité d'une belle dame lui fit oublier ses résolutions, et dans son dépit il publia contre elle une plainte ou une satire. En 1600, il célébra dans un discours le mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. Cette pièce doit ètre trèsrare, puisqu'elle n'a été connue ni du P. Lelong ni des nouveaux éditeurs de la Bibliothèque historique de la France. Il entreprit ensuite un roman dont on n'a pu découvrir le titre ; on sait seulement qu'après avoir terminé cet ouvrage, il en fut si content, qu'il fit le serment de ne plus écrire qu'en prose. Mais dans un voyage en Normandie, ayant vu Catherine Scelles de Bayeux, il ne put résister à tant de charmes; et, bien qu'elle reçût froidement ses hommages, il la célébra dans une foule de vers. Cette demoiselle mourut, et pour lui élever un tombeau poétique, Bauter s'empressa de publier toutes les pièces qu'il avait composées en son honneur sous le titre des Amours de Catherine, Paris, 1605 A la tète de ce volume , il prend le nom de Meliglosse, c'est-àdire langue de miel, qui ne lui convenait guère, car sa versification est trèsdure. Bauter joignit à ses vçrs amoureux deux tragédies tirées du poème de l'Arioste : la Rodomontade, et la Mort de Roger. Ces deux pièces ont été réimprimées avec des changements, surtout dans la Rodomontade, Troyes, 1619 et 1620 On en trouve l'analyse dans l'Histoire du Théâtre- Français depuis son origine, etc., t. 4, p. 78, et dans la Bibliothèque du Théâtre- Français, t. 1", p. 565. Bauter promettait d'autres ouvrages dramatiques ; mais il est probable que, rebuté par le mauvais accueil que le public avait fait à ses premiers ouvrages, il perdit l'envie d'en donner d'autres. ( Voy. la Bibliothèque française de l'abbé Goujet, t. 15, p
  • Charles BELAIR : général de brigade A StDomingue, était neveu du fameux ToussaintLouverture. Ses talents militaires le firent aimer de son oncle, qui lui donna le commandement d'une brigade coloniale, et depuis ne cessa de lui témoigner une confiance qu'il n'avait pas même dans ses généraux en apparence les plus dévoués. Aux défauts des jeunes gens Belair joignait des qualités. 11 aimait la parure avec excès; son ton et ses manières annonçaient de la fatuité ; mais il avait de la douceur dans le caractère, et il se concilia promptement l'estime des soldats par un courage poussé souvent jusqu'à la témérité. Toussaint rend de son ne- On attribue aussi an général Belair une brochure de circonstance, intitulée : un Militaire, ami de la liberté, aux Français, il l'époque du 2,1-26 juin 1791, Paris CB—S. veu le témoignage le plus avantageux dans une lettre au premier consul , du 12 février 1801, où il lui demande d'approuver les promotions qu'il venait de faire dans l'armée coloniale. A l'arrivée de l'expédition commandée par Leclerc, Belair ne prit aucune part aux excès des noirs; il sauva même la vie à une foule d'habitants du PortauPrince, en les prenant sous sa protection. Plusieurs officiers français , tombés dans les mains des noirs, ltti. tinrent la vie. Après le départ de ToussaintLouverture , Belair resta campé sur les bords de l'Artibonite avec sa brigade, affectant une grande indifférence, mais attendant en effet l'occasion d'agir avec quelque chance de succès. Le supplice de quelques nègres incendiaires fut le prétexte dont il colora sa défection. 11 se retira dans les mornes du Cahos où l'on supposait que Toussaint avait caché des trésors, des armes et des munitions; et il y fut suivi par un grand nombre de nègres. Le général Dessalines, que l'influence dont Belair commençait à jouir dans la colonie avait rendu son ennemi personnel, se mit aussitôt à sa poursuite ; et, lui ayant demandé une entrevue, le fit arrèter par des hommes apostés et conduire au Cap sous une escorte. Traduit, ainsi que sa femme, nommée Sanitte, devant une commission militaire toute composée de noirs, il fut unanimement coadamné à mort avec elle, le 5 octobre .1802. Le jugement reçut son exécution le même jour. Belair fut passé par les armes et sa femme décapitée
  • Charles BELLI( 1742 - 1816) : littérateur, naquit à Venise, en 1712. Ayant embrassé la règle de StIgnace, il remplit avec succès la chaire de rhétorique dans divers collèges. A la suppression de la société en 1773, il revint dans sa ville natale, et y trouva bientôt une place de précepteur clans une famille patricienne, où l'on eut pour lui les soins et les égards dus au talent. Aimé de tous ceux qui le connaissaient, le P. Belli acheva sa vie au milieu des travaux littéraires, et mourut en 1816. Il a traduit en vers sciolti le premier chant de la Messiade de Klopstock, Venise, 1774 et les Quatre parties du jour, poème de Zacharie, ibid., 1778. Parmi ses autres ouvrages on cite : 1° il Ventaglillo, Venise, 1782; réimprimé en 1822. C'est un poème en 12 chants, in ( Maya rima. Les critiques italiens y trouvent de l'imagination, et louent la grâce et la facilité du style. 2' Gli uccelli , esemplare aile cure materne , ibid., 1817 Cet opuscule en vers a été publié par un disciple de l'auteur, qui l'a fait précéder d'une courte notice sur sa vie. Belli a laissé quelques autres poèmes et des discours manuscrits
  • Charles BELLET( 1702 - 1771) : bénéficier de la cathédrale, et membre de l'académie de Montauban, était né clans le Querci, en 1702 , et mourut à Paris le 20 novembre 1771. 11 avait débuté par le ministère de la prédication, où il eut des succès; mais comme il prêchait sur des principes différents de ceux des jésuites„ ils le firent interdire en 1754, et dès lors, il se livra à la composition de plusieurs ouvrages. Il publia, de 1746 à 1750, diverses pièces d'éloquence qui furent couronnées dans les académies de Corse, de Bordeaux, de Pau, de Rouen, de Marseille et de Soissons. On trouve, dans le recueil de celle de Montauban, les éloges de plusieurs de ses confrères. 11 est auteur de l'Adoration chrétienne dans la dévo- On voit dans les Mémoires du cardinal de Retz que la duchesse de Montbazou ne pouvait se résoudre à aimer le duc de la Rochefoucauld, parce qu'il ressemblait à cet acteur , qui avait, I isa i t el le, l'air trop fade. — La femme de Bellerose faisait partie de la troupe de l'hôtel de Bourgogne. On ignore quels rôles elle y remplissait. Il parait qu'elle avait de la beauté. Benserade, alors age de vingttrois ans, en devint si passionnément amoureux, qu'il quitta la Sorbonne, où il étudiait, et l'état ecclésiastique, auquel ses parents le destinaient. Peu s'en fallut qu'il n'embraset l'état de comédien. pour étre plus sûr de lui plaire. Il se borna cependant à lui faire lusinage de sa tragédie de Ckopà/ re. Madame Bellerose se retira du theàtre en même temps que son mari, et lui survécut de quelques années. D—R—R. ne faut pas confondre cet auteur avec l'abbé BELLET, chanoine de Cadillac, et membre de l'académie de Bordeaux, qui a enrichi les recueils de cette académie. II y a encore de lui de bonnes observations sur quelques parties de l'histoire naturelle dans le Mer- cure, deux Lettres sur des monnaies de Philippe- Auguste et de Si. Louis. — 11 ne faut pas le confondre non plus avec BELLET—VERRIER , auteur d'un Mémorial alphabétique des choses concernant la justice, la police el les finances de France, Paris, 1715 et 1714
  • Charles BELLISOMI( 1736 - 1808) : né à Pavie, le 50 octobre 1756, fut créé cardinal, en 1785, par Pie VI. Envoyé en 1801, par Pie VII, au congrès de Lyon assemblé pour la formation du royaume d'Italie, il montra les dispositions les plus favorables, et fit preuve en toute occasion d'une grande condescendance; aussi Bonaparte, pour lui témoigner sa satisfaction, lui envoyatil une tabatière ornée de son portrait. Bellisomi fut nommé alors électeur dans le colléi,,,e des dotti du nouveau royaume. Il reçut aussi la croix de commandeur de la Couronne de Fer. Il motuut le 9 août 1808, dans sa 74' année
  • Charles BENVENUTI( 1716 - 1789) : jésuite italien, physicien et mathématicien assez célèbre, naquit à Livourne, le 8 février 1716. Il entra au noviciat dès l'âge de seize ans, et ne fit que dixhuit ans après, c'est-àdire en 1750, les quatre voeux prescrits par les statuts de l'ordre. 11 avait déjà publié une Oraison funèbre de Louis Aneajani, évêque de Spolete, 1743, et une espèce d'oratorio, pour ètre mis en musique, intitulé : Crie presentato al tempio ; mais ce n'était ni au talent oratoire, ni à la carrière poétique qu'il était appelé. 11 professait la philosophie à Fermo, lorsque le P. Boscovich, qui remplissait la chaire de mathématiques dans le collège romain, ayant dît s'absenter de Rome pour des opérations relatives à la grande carte chorographique de l'État du pape, qu'il publia quelques années après, Benvenuti fut choisi pour le remplacer. 11 reprit ensuite, dans ce même collége, ses leçons de philosophie. Son premier ouvrage scientifique avait été une traduction italienne de la Géométrie , le tenait du savant P. Zaccarie, qui en avait été témoin. Après la destruction des jésuites, il parut contre eux, à Rome, un écrit intitulé : sut Gesuitismo, 1772: Benvenuti y fit une réponse vive et piquante, sous ce titre : sut Gesuitismo. Le bruit que fit cette réponse l'obligea de quitter Rome, et de se retirer en Pologne. II fut accueilli, comme il l'avait espéré, à Varsovie, par le roi Stanislas Poniatowski: il avait déjà obtenu, depuis quelques années, le titre de théologien ; il se lit généralement aimer dans cette cour, et mourut à Varsovie, en septembre 1789, âgé d'environ 74 ans
  • Charles BERGALLI : moine italien de l’ordre des mineurs conventuels, était né à Palerme, et avait de la réputation comme prédicateur en 1650. Il prêcha cette annéelà le carême à Bologne. Il fut professeur de philosophie et de théologie dans les couvents de son ordre, provincial en Sicile, et gardien du grand couvent à Palerme, où il mourut le 17 novembre 1679. Il publia un ouvrage de philosophie, sous ce titre : de Object° philosophie, Pérouse, 1649 On assure qu’il avait écrit : 1° un poême épique italien intitulé Davidiade ; 2° des mélanges de poésie latine : Poesis Miscellanea; 3° un livre élémentaire de médecine : Tyrocinium medicoe facultatis ; mais ces ouvrages n’ont jamais été imprimés
  • Charles BERNARD( 1571 - 1640) : conseiller du roi, son lecteur ordinaire, historiographe de France, né à Paris, le 25 décembre 1571, mort en 1610, consacra la plus grande partie de ses travaux à l'histoire de France. On a de lui, sur ce sujet : la Con- onction des mers, ou Discours pour la communica- tion de l'Océan avec la Méditerranée, par le moyen d'un. canal en Bourgogne, 1615 '2' Discours sur l'état des finances, Paris, 1614 3. His- toire des guerres de Louis XIII contre les religion- flaires rebelles, Paris, imprimerie royale, 1653 « Cette édition, dit Charles Sorel, parent de « Bernard, ne fut tirée qu'à deux ou trois douzaines « d'exemplaires ; » mais l'ouvrage se retrouve tout entier dans l'Histoire de Louis XIII. 4° Carte généa- logique de la royale maison de Bourbon, arec les éloges des princes, contenant des remarques sommai- res, Paris, 1634 ibid., 1646 sous le titre de Généalogie de la maison de Bourbon. 50 His- toire de Louis XIII, jusqu'à la guerre déclarée contre les Espagnols, avec un discours sur la vie de l'au- teur , Paris, 1646 Dans cette histoire, se trouve un sommaire de celle des hérétiques de France, appelés calvinistes, depuis Fran-çois Pr, pour servir d'intelligence de ce qu'ils ont fait sous Louis XIII. « Bernard, dit Legendre, a « aussi peu de style que de goût; il ramasse avec « soin des bagatelles, donne trop de louanges, et « fait abus de digressions. » On peut consulter, au sujet de cet auteur, les Mémoires de Niceron, t. 27, P
  • Charles BONAPARTE( 1744) : père de Napoléon, naquit à Ajaccio en 1744, d'une des familles appelées dei cittadini, qui occupaient le premier rang de la cité dans l'île de Corse . Quoiqu'on ne ' puisse fixer avec précision l'époque de l'arrivée en Corse de cette famille d'origine étrangère, il est à présumer cependant, d'après des conjectures non sujettes à controverse, qu'elle s'y est établie à la fin du 15° siècle avec les colons génois pour habiter la nouvelle ville d'Ajaccio. C'est dans l'année 15:7.5 que le nom de Bonaparte commence à figurer dans ler comme témoin oculaire, et l'on est assez fondé à croire que ce livre est simplement un extrait de celui qui fut imprimé en 4664, sous ce titre : il Sacco di Roma dal Guicciardini et dont l'auteur est Louis Guichardin, gonfalonier, père du célèbre historien. Le fils de la reine Hortense en a publié une autre traduction à Florence, vers 4850. Ce Nicolo Bonaparte était, comme Jacopo, un gentilhomme de SanMiniato. Sa pièce fut imprimée chez les G iunti, en 1568, et il en parut une seconde édition à Florence en 1592. Cette commedia facelissima a été réimprimée à Paris, chez Molini, en 1803 Paillant de la Touche fut chargé de la traduire en français pour l'amusement de la nouvelle cour. Son travail lui fut payé par le bibliothécaire de l'empereur ; mais celuici, qui avait commandé la traduction, eut le bon esprit de ne pas vouloir qu'elle filt imprimée, et elle est restée manuscrite. V—vs. Les historiens modernes ne sont pas tous d'accord sur la matière d'orthographier le nom de cette famille, les uns soutenant qu'il faut l'écrire avec un ii, les autres sans u ; mais ces derniers ont ignoré sans doute que dans Filippini, historien corse du 46. siècle, et que dans tous les actes publics émanés des ancêtres de Charles Bo- naparte, ainsi que de celuici et de ses enfants avant. 1792, on trouve toujours le nom de cette famille écrit avec un u. Et si l'on voulait fonder une opinion contraire sur l'acte de eissance de Napoléon, où l'on la commune d'Ajaccio, et c'est depuis cette époque que l''n trouve des Bonaparte désignés sous le titre d'alfiere et de padre del commue. Filippini, historien corse, parle dans son ouvrage d'un Gabriele Bonaparte, chanoine de la cathédrale d'Ajaccio en 4581. Le nom d'un messer Francesco Bonaparte se trouve pareillement cité dans une sentence rendue, en 1614, par le gouverneur génois, George Centurione. Charles Bonaparte et ses deux oncles germains, l'archidiacre Lucien et Napoléon Bonaparte, se trouvaient donc au 18° siècle les seuls descendants mâles de cette famille ; mais c'est Charles qui était destiné par eux à recueillir l'héritage et à perpétuer le nom de Bonaparte. Il fut en conséquence envoyé à l'université de Pise, en Toscane, pour y étudier la science des lois ; et après son retour en Corse, il épousa, sans avoir, diton, obtenu l'approbation de ses parents, Letizia Ramolino, qui le rendit père de treize enfants, huit desquels, cinq garçons et trois filles, lui ont survécu, et ont occupé au commencement de ce siècle les trônes de nations puissantes. En 1768, Charles Bonaparte se rendit à Corte auprès du général Paoli pour défendre l'indépendance de sa patrie menacée par les Français. Il emmena avec lui sa jeune famille, sa soeur Maria. Gertrude, et son oncle Napoléon, décédé dans cette même année à Corte. Il paraît que, pendant le séjour que Charles Bonaparte fit dans cette ville, Paoli, qui avait pour lui de l'estime et de l'amitié, eut souvent l'occasion d'employer son talent à la rédaction des actes de son gouvernement , et de quelques allocutions adressées au peuple corse pour l'exciter à la défense de la patrie. On dit même que c'est à sa plume que fut due réellement l'adresse à la jeunesse corse publiée à Corte dans le mois de juin 1768, et insérée depuis dans le 4e volume_ de l'Histoire de la Corse de Canibagi. Après la sanglante défaite de PonteNuovo, défaite qui dissipa toutes les illusions d'indépendance conçues par Paoli, et partagées par la majorité de la nation corse, Charles Bonaparte fut du nombre des patriotes qui accompagnèrent Clemente Paoli, frère du général, à Niolo, dans l'espoir de soulever la population belliqueuse de cette province contre l'armée victorieuse qui s'avançait à grands i a écrit indifféremment Bonaparte et Buonaparte, nous ferions observer que c'est par erreur qu'on a écrit Bonaparte ; et cette erreur ne doit être imputée qu'au curé de la paroisse d'Ajaccio, qui a da écrire ce nom dans le corps de l'acte ainsi qu'on le prononce vulgairement en Corse, où l'on dit généralement Bona pour Busaa, tandis qu'en Italie, et particulièrement en Toscane, on prononce Buono et Buona. Au surplus, nous citerons à ce sujet deux actes qui doivent etre sans réplique, puisqu'ils énianent de Charles Bonaparte luimême : « Nous, Charles de Buonaparte, écuyer, conseiller du roi, « assesseur de la /Hie et province d'Ajaccio, faisant fonctions de « juge, certifions, etc., etc. » Ces deux actes, datés du 42 décembre 4775 et du 5 janvier 1776, ont été publiés en 1777 dans un pe-. fit ouvrage intitulé : Généalogie de la famille Colonna d'Istria. En 1792, Joseph Bonaparte étant président du directoire du départe- ment ent de Corse, avec Arriglil, Chiappe, Pietri, Pomp. Paoli, etc.,' signait Buonaparte, et le 6 nivôse de l'an 2 ,! étant commissaire des guerres, il signait encore Buonaparle, connue le prouvent plusieurs pièces originales qui sont sous nos yeux. La nouvelle édition de la Biographie universelle n'a donc adopté l'orthographe contraire que pour se conformer à l'usage. pas. Mais ce voyage, entrepris dans un moment où la terreur des armes françaises commençait à se répandre dans l'île, ne produisit aucun résultat. Clemente Paoli , toujours accompagné de Charles Bonaparte , passa de Niolo à Vico pour engager une nouvelle et dernière lutte : niais la marche rapide des événements rendit encore inutiles d'aussi louables efforts, et Clemente Paoli fut contraint de s'éloigner avec son illustre frère d'une patrie qu'ils avaient voulu arracher au joug tle l'étranger et aux fureurs de l'anarchie. Ce fut pendant ces malheu- reuses expéditions de Niolo et de Vico que Charles Bonaparte vit sans cesse auprès de lui sa jeune et belle compagne affronter et partager, sur les montagnes et les rochers les plus escarpés , tous ses dangers et toutes ses fatigues, et préférer des souffrances audessus de son sexe et de son âge à l'asile 'que le conquérant de file lui faisait offrir par l'intermédiaire d'un de ses oncles, alors membre du conseil supérieur nouvellement institué par le gouvernement français. Au moment où Paoli abandonnait le rivage de l'ile pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis , Charles Bonaparte, qui de Vico s'était retiré au petit village d'Appien° , rentrait paisiblement dans ses foyers avec son épouse, enceinte de sept mois environ de l'enfant qu'elle mit au monde deux mois après, et à qui l'on donna le nom de Napoléon, en souvenir de l'oncle de Charles, décédé à Corte dans l'année qui avait précédé la catastrophe qui leur inspirait alors les regrets les plus amers, et qui devait pourtant ouvrir plus tard à leur famille le chemin de la gloire et d'une si haute fortune! Après l'établissement du nouveau gouvep- nement, Charles Bonaparte, reconnu noble par arrêt du conseil supérieur du 15 septembre 1771, fut mis au nombre de ceux qui devaient avoir le plus de part aux faveurs de l'administration française, et, par l'influence du comte de 1Viarbœuf, gouverneur de l'île, il fut nommé, en 1773 ou 1774, conseiller du roi et assesseur de la ville et province d'Ajaccio ; en 1777, député de la noblesse de Corse à la cour ; et enfin, en 1781, membre du conseil des douze nobles de l'île. Pendant que Charles Bonaparte remplissait à Paris son importante mission, qui contribua beaucoup à assurer le crédit de Marboeuf, singulièrement ébranlé par les courageuses réclamations des députés de la précédente session des états de Corse, il obtint trois bourses, une pour Joseph, son fils ainé, au séminaire d'Autun; la seconde pour Napoléon, à l'école militaire de Brienne, et la troisième pour sa fille MarieAnne, depuis Elisa, princesse de Lucques , qui tous ont profité de la faveur royale. Le séjour de Charles Bonaparte en France se prolongea jusqu'en 1779. Dans quelques écrits récemment publiés, on a fait mention de différentes réclamations adressées au gouvernement d'àlors par Charles Bonaparte mais l'on s'est borné à rappeler ce fait sans remonter à la source des plaintes qui, par le grand intérêt qu'inspire aujourd'hui le nom de cette famille, méritent qu'on en fasse mention dans cet article. En 1784, Charles Bonaparte eut à soutenir deux contestations importantes contre l'administration de cette époque : la première fut occasionnée par un legs d'une maison ou d'une propriété rurale dite des » WU, fait par un Odone d'Ajaccio à la com- pagnie de Jésus, alors chargée de l'instruction publique en Corse, avec une substitution fidéicommis en faveur de la famille Bonaparte, dans le cas seu- lement de suppression ou d'expulsion de ladite compagnie. La seconde eut lieu avec un ingénieur des ponts et chaussées, né Français, qui, du consentement de Charles Bonaparte et du gouvernement, avait entrepris des travaux dispendieux de dessèchement dans un terrain marécageux appelé le Saline, possédé par la famille Bonaparte. Pour la première de ces contestations, qui, par des motifs que nous ignorons, n'a pas été portée en justice, Charles Bonaparte eut à lutter longtemps contre la mauvaise volonté de l'intendant de Corse, qui, en élevant difficultés sur difficultés pour procéder, au mépris de l'opposition formée par Charles Bonaparte, à la vente des immeubles légués, trouva le moyen de trainer cette affaire en longueur, au point que Charles mourut avant d'en avoir vu la fin . A l'égard de l'autre contestation relative aux salines, Charles Bonaparte, qui avait reçu du gouvernement une prime assez considérable pour ce terrain destiné à servir de pépinière dans un établissement d'industrie agricole, se voyant frustré dans ses justes espérances par des constructions dispendieuses et inti- tues, commencées et jamais achevées, se trouva dans la nécessité de s'adresser au ministre pour obtenir réparation du dommage causé par la faute de l' désigné et imposé par le gouvernement ; et il paraît que sa réclamation eut un heureux résultat, car l'intendant de Corse reçut ordre d'y accéder. Ces contestations forcèrent Charles Bonaparte, à plusieurs reprises, de recourir à l'autorité supérieure; et il est à présumer que, ne voulant pas s'exposer au ressentiment de l'administration, tout en réclamant avec force, il représenta au ministère que l'état de sa fortune et les charges d'une famille nombreuse ne lui permettaient pas de supporter de telles pertes. En 1785, il se rendit à Montpellier pour consulter les gens de l'art sur une maladie grave, et mourut dans cette ville d'un ulcère à l'estomac, le 24 fé- vrier 1785, dans les bras de son fils aîné Joseph, et de son beaufrère, depuis cardinal Fesch. Charles Bonaparte était d'une figure agréable, et remarquable par son esprit autant que par l'aménité de son caractère
  • Charles BIDOU : instituteur, mort à Chaillot, le 15 février 1824, a publié le Guide d'une mère pour l'éducation de ses enfants. Paris, 1803, 2 vol. 41-8° ; e édition, ibid
  • Charles BLOUNT( 1654 - 1693) : frère du précédent , et déiste célèbre, né en 1654, reçut, comme son frère, son éducation dans la maison paternelle, et se fit également remarquer par ses progrès dans les arts et dans les sciences. Il publia, en 1679, un livre Anima mundi, ou Exposé historique des opi- nions des anciens, concernant Paule humaine après la mort, conformément aux simples lumières de la nature Cet ouvrage, écrit, à ce que l'on croit, sous la direction de sir Henri Blount, son père, excita un soulèvement général contre l'auteur, fut réfuté dans plusieurs pamphlets, et condamné par l'évèque de Londres. Ce fut en 1680 que parut le plus célèbre de ses ouvrages , les Deux premiers Licrçs , de Philostrate, concernant la vie d'Àpollonius de Tyanes, écrits originairement en grec, avec des notes philologiques sur chaque chapitre Ce livre fut supprimé dès qu'il parut, comme la plus dange- reuse attaque qui eût jamais été tentée en Angleterre contre la religion révélée. Il s'en répandit seulement quelques exemplaires dans l'étranger, en sorte qu'il est devenu trèsrare. Ce qui , dans cet ouvrage, donna particulièrement l'alarme aux théologiens, ce furent quelques notes tirées, diton, des papiers du lord Herbert de Cherbury. Dans la même année, Charles Blount s'exposa à de nouvelles clameurs, par la publication d'un autre livre, où, sous le prétexte de démasquer la superstition , il attaqua de nouveau la doctrine de l'Écriture. Ce livre a pour titre : Grande est la Diane des Ephésiens, ou Origine de l'idolàlrie el institution politique des sacrifices des gentils, 1680 avec cette épigraphe : Quum sis ipse nocens, moritur cur victima pro te? Stultitia est morte alterius sperare salutem. Il publia, en 1683 mais sans y mettre son nom : Religio laici, et, en 1684 : Janua scientiarum, ou Introduction à la géographie, à la chronologie, au gouvernement, à l'histoire, à la philosophie et à toutes les branches intéressantes de la science Blount écrivit ensuite en faveur de la liberté de la presse un traité qui a été regardé comme un de ses meilleurs ouvrages. Partisan de la révolution qui plaça le prince d'Orange sur le trône d'Angleterre, il composa un pamphlet où il établit que le roi Guillaume et la reine Marie sont parvenus au trône par le droit de conquête. Cette opinion , déjà soutenue par l'évêque Burnet, blessa tellement la chambre des communes, que le pamphlet fut condamné à être brillé. Après un premier mariage, Blount, resté veuf, devint amoureux de la sœur de sa femme ; quoique sensible à sa passion, celleci opposa à ses désirs des scrupules fondés sur sa première union. Blount prit alors la plume, et écrivit sur ce sujet une lettre remplie (l'érudition et d'adresse ; mais l'archevêque de Cantorbéry et quelques théologiens s'étant déclarés contre son opinion et ses vœux, et la femme qu'il aimait s'étant montrée déterminée à suivre leur décision, le désespoir lui lit perdre la raison, et il se tira un coup de pistolet : il survécut trois jours à sa blessure, et mourut dans le mois d'août 1693. Un grand nombre de ses lettres particulières furent publiées la même année dans un petit volume intitulé les Oracles de la Raison, 1693 par Gildon, qui, dans sa préface adressée à une femme, fait l'apologie du genre de mort de l'auteur, et menace même de suivre son exemple ; mais Gildon changea ensuite d'avis, et jugea plus à propos de continuer de vivre. Les Oracles de la Raison ont été réimpri- més en 1695 , avec plusieurs autres opuscules de Blount, sous le titre d'OEuvres mélées de Charles Blount. Ses notes sur la vie d'Apollonius do Tyanes se trouvent dans la traduction française de cet ouvrage
  • Charles BOILEAU : abbé de Beaulieu, membre de l'Académie française, prédicateur de Louis XIV, né à Beauvais, mort à Paris en 1704, est connu par des Homélies et Sermons sur les Évangiles du Carême, donnés au public après sa mort, par Richard, 2 vol. Paris,1712, et par des Panégyriques et 1718. On a encore de lui des Pensées, 1753 extraites de ses sermons; on peut les lire avec quelque intérêt. D'Alembert, qui , dans son Histoire des membres de l'Académie française, a fait l'éloge de Charles Boileau, dit qu'on trouve dans ses sermons, sinon de l'éloquence, au moins de l'esprit. Aussi Bourdaloue disaitil que l'abbé Boileau en avait deux fois plus qu'il ne fallait pour bien précher ; cependant la Citampmêlé demandant à Racine pourquoi la Judith de Boyer, qui avait été bien accueillie du public pendant le carême de 1695, n'avait pu se soutenir à la rentrée d'après Pâques : « C'est, répondit Racine, que , pendant le caverne, « les sifflets étaient à Versailles aux sermons de « l'abbé Boileau. » S'il faut en croire Racine le fils, cela n'empêchait pas son père d'estimer infiniment l'abbé Boileau. Quelques critiques , entre autres l'abbé Sabatier, ont confondu cet auteur avec Jac- ques Boileau, frère du célèbre Despréaux. - JeanJacques BOILEAU, piètre, né près d'Agen, en 1649, fut chanoine à la collégiale de StHonoré, à Paris, et y mourut le 10 mars 1755. On a de lui : 1° Lettres sur différents sujets de morale et de piété, Paris, 1757, 2 vol. Il parle dans la 29e de la mala- die qui affligea les dernières années de Pascal. 2. Vie de madame de Liancourt, à la tête du règlement- donné par cette darne pour la conduite de sa maison, Paris, 1698 ; réimprim. à Paris, 1779 avec les Devoirs des grands du prince de Conti. 3. Abrégé de la Vie de madame de Combé, institutrice de la maison du Bon Pasteur, Paris, En 1827, M. L. Parcelle a publié, sous le titre d'oeuvres posthumes Satires de Perse el de Juvénal expliquées, traduites ce commentées par Boileau, d'après le manuscrit autographe, Paris, Lefèvre, 1827, 2 vol. Que l'on admette ou non l'authenticité de cette publication, elle ne peut rien ajouter à la réputation de I Boileau ; elle prouve seulement, ce que l'on n'ignorait point auparavant, qu'il devait avoir lu et médité Perse et Juvénal. DRR. 1700 réimprimé avec des augmentations • en 1732 ouvrage estimé. 4° Vie de madame d'Epernon, carmélite. Cet ouvrage, qui se trouve manuscrit dans plusieurs cabinets de cu- rieux , contient des anecdotes piquantes et des matériaux intéressants pour l'histoire. — Jacques- René BOILEAU, né à Amiens, en 1715, fut directeur de la manufacture de porcelaine de Sèvres sous le règne de Louis XV, et contribua beaucoup aux succès de cet établissement. 11 mourut en 1772
  • Charles BOISOT : était fils d'un trésorier de Marguerite d'Autriche, princesse dont M. E. Munch a publié la biographie en allemand. 11 s'appliqua à l'étude de la jurisprudence, fut reçu conseiller du grand conseil à Malines par lettres du 27 décembre 1551, et devint, en 1538, membre des conseils d'État et privé de l'empereur CharlesQuint. 11 fut en outre garde des chartes déposées alors au château de ltupelmonde. Dans ces différentes fonctions, il fit preuve d'autant de prudence que de talent, et acquit la réputation d'un politique si habile qu'on le choisit pour présider le conseil des affaires des PaysBas à Madrid. Mais s'étant rendu au camp de Neubourg, il y fut attaqué, le 20 septembre 1546, de la dyssenterie. Comme il se fit transporter à Ratisbonne avant d'être rétabli, sa maladie prit un caractère plus grave, et il mourut le 10 décembre de la mime année. 11 avait épousé Marguerite de Taxis, fille du maitre général des postes de l'Empire. — Charles BOISOT, comte du StEmpire , et membre du conseil privé par patentes du 5 octobre 1576, était fils du précédent. — Pierre BOISOT, receveur général des finances, fut nominé trésorier de l'ordre de la Toison d'or, le 21 octobre 1555, et mourut en 1561. Lorsqu'éclata la révolution qui sépara la Hollande de la Belgique, plusieurs membres de cette famille embrassèrent le parti des états, tels que Louis, qui fut amiral, et Charles, gouverneur de la Zélande pour le prince d'Orange. Tous deux étaient braves et périrent victimes de leur dévouement à la cause qu'ils avaient embrassée. Louis fut noyé en 1575, au siège de ZierikSee ; Charles fut tué le 29 septem. bre de la mime année, dans l'île de Duveland. Jean Douza, le père, a déploré sa perte, comme on le voit dans le 1" liv. de ses Feralia, et ne le vante pas moins pour son savoir que pour ses capacités militaires. — Charles BOISOT, de la même maison, naquit à Bruxelles. Après avoir été d'abord chanoine régulier de Groenendael, il fut nommé, par l'archiduc Albert et Isabelle, abbé de Sonnebeck, dans le territoire d'Ypres, où il décéda le 27 août 1636. 11 avait publié pour les religieux de son ordre : Ordinationes et Statuta ad regulam S. Augustini, Cologne, 1628
  • Charles BLONDEAU : fut avocat au Mans, et mourut le 51 décembre 1680. On a de lui les Por- . raits des hommes illustres de la province du Maine, ' u Mans , 1666 contenant les éloges d'Ambroise de Lauré , de Jean Clapion, et de Gervais Barbier. On trouve au commencement du volume une liste alphabétique des hommes de la province du Maine qui se sont fait remarquer par leurs em- , plois ou leurs écrits. Dans un discours préliminaire, . l'auteur se propose de prouver que l'histoire de Ce fut en janvier 1776 que l'avocat Blonde fut enfermé à la Bastille, par lettre de cachet expédiée sous le nom de Malesherbes, car Malesherbes luimême eut quelquefois recours à cet arbitraire. Blonde était accusé d'avoir fait imprimer clandestinement plusieurs libelles, entre autres la Lettre d'unprofane, contre de Vaines, alors commis des finances sous le ministère Turgot. Déjà, dès le 20 novembre, M. de Jumilliac, gouverneur de la Bastille, avait accusé, dans une lettre à Malesherbes, la réception du sieur Bourgeois, présumé complice de Blonde. Ce dernier écrivit de la Bastille à Malesherbes qu'il avait vu avec étonnement au bas de la lettre de cachet le noin de Lamoignon, si cher à la patrie, de l'auteur des immortelles remontrances de la cour des aides. 11 lui rappelle que peu de temps auparavant, il avait chargé l'avocat Morizot de l'inviter, lui, Blonde, à s'occuper du projet de réformer l'instruction publique. « Si j'avais pensé, ditil, que la Lettre du « profane dût faire tant d'éclat, je l'aurais prévenu en vous faisant « savoir que c'est moi qui suis le coupable, s'il peut y avoir une « faute de crier au voleur quand on voit les voleurs dans la maison... « M. Turgot ne voulait rien croire contre son commis. Ce fut alors « que je pris le parti d'écrire les faits. » Cependant cette arrestation avait fait grand bruit. Blonde tétait l'ami de l'avocat Jabineau et de tout le parti janséniste. De Vaines, effrayé des clameurs qui s'élevaient avec force, écrivit lettres sur lettres au ministre Malesherbes, pour solliciter la mise en liberté de Bourgeois et de Blonde. « Quoi ' « qu'il en soit, disaitil , c'est toujours pour moi et par « moi que deux hommes sont à la Bastille. Je vous proteste que c'est « un fardeau que je ne puis supporter, etc. » On voit, par une lettre de Trudaine a Malesherbes , que, la veille, les chambres assemblées du parlement s'étaient occupées de cette affaire, et qu'il avait résolu d'aller en avant. De Vaines, vivement alarmé, écrivait : « La clémence ne changera pas l'âme féroce de ce « Blonde... Mais je pense que ce n'est pas dans le temps où l'on a « besoin de voix pour l'enregistrement des édits qu'il faut indispo-« ser toute la classe janséniste . » Enfin le lieutenant général de police Albert écrivit à Malesherbes, le 30 janvier « Blonde et moi sommes sortis hier de la Bastille à neuf heures du « soir, etc. » Le président de Lamoignon, qui fut depuis garde des sceaux, disait à son cousin Malesherbes, dans une longue lettre confidentielle, inédite comme toutes les pièces mentionnées dans cette note : « Blonde, vis-àvis de moi, vis-àvis de vous et vis-à- « vis de tous les jansénistes, a joué et joue le rôle d'économiste, « aimant M. Turgot plus que luimême... M. de StVincent a déjà « écrit en sa faveur à M. Albert... Les jansénistes prétendent que « c'est moi qui ai fait arreter M. Blonde : je m'en moque ; mais « c'est pour vous faire voir que toutes ces chiennes d'affaires ne « nous réussissent ni à vous ni à moi. » Vve France est plus agréable et remplie d'événements aussi extraordinaires que l'histoire romaine.» Quelques biographes donnent à Blondeau le prénom de Claude. Nous avons suivi l'opinion de le Paige , qui le cite trèsfréquemment dans son Dictionnaire topographique , historique , etc. , de la province et du diocèse du Maine, le Mans, 1777, 2 vol.
  • Charles BONNEL : Ce savant jurisconsulte, né à Langres et mort dans cette ville vers le millet' du 18° siècle, s'occupa principalement de l'étude de ta jurisprudence ecclésiastique, et travailla, à la demande de ses amis, à un ouvrage sur le droit canon, rédigé sur le modèle des Institutes de Justinien. Bonnet mourut avant d'avoir entièrement terminé cet ouvrage et ne put le livrer à l'impression. On en fit d'abord plusieurs copies, et, quelques années après, il fut isnprimé. Le succès qu'il obtint en fit donner une seconde édition, sous ce titre : Institution au droit ecclésiastique de France, divisée en trois parties, composée par feu Charles Bonne!, docteur en droit canon à Langres et revue par M. de Massue, ancien conseiller au parlement, Paris, 1678
  • Charles BONNET( 1720) : philosophe et naturaliste, naquit à Genève , le 13 mars 1720, d'une famille riche, et distinguée par les places qu'elle avait remplies dans cette république. Destiné par ses parents à la jurisprudence, la lecture du Spectacle de la nature de Pluche, et celle des ouvrages de Réaumur lui inspirèrent un goût invincible pour l'histoire naturelle. Dès l'âge de vingt ans, il avait fait sa belle découverte que les pucerons sont féconds sans accouplement pendant plusieurs générations. Trembley, son compatriote, ayant fait, à peu près vers le même temps, la découverte non moins étonnante de la reproduction à l'infini du polype par kicision, Bonnet essaya cette opération sur beaucoup de vers et d'insectes, et reconnut que plusieurs de ces animaux partageaient avec le polype cette propriété merveilleuse. Il consigna toutes ces expériences dans son Traité d'insectologie, Paris, 1745, 2 part. Son second ouvrage , intitulé : Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes , Gsettingue et Leyde, 1754, contient ses découvertes sur la physique végétale, et forme l'un des meilleurs livres qui existent sur ce sujet difficile. Il y montre surtout cette action mutuelle du végétal et des éléments qui l'environnent, si bien calculée par la nature, que, dans une multitude de circonstances, il semble que la plante agisse pour sa conservation avec sensibilité et discernement ; les racines se détournent, se prolongent pour chercher une meilleure nourriture ; les feuilles se tordent quand on leur présente l'humidité dans un sens différent de celui où elles la reçoivent ordinairement ; les branches se redressent ou se fléchissent pour trouver l'air plus abondant ou plus pur; toutes les parties de la plante se portent vers la lumière, quelque étroites que soient les ouvertures par où elle pénètre, Barbier, après avoir, dans son Dretionnaire des ouvrages anonymes, attribué ce livre à Jacques Bonnet, en fait honneur, dans la table de son livre, à Bourdelot, oncle de ce dernier. solu, entra dans le champ de la philosophie générale. Il y porta cette méthode précise qu'il s'était faite dans ses premières recherches, et surtout un j grand besoin d'idées claires, qui le jetaient plutôt dans les hypothèses que dans les abstractions. Ses Considérations sur les corps organisés. Amsterdam et Paris, 1762 et 1768, 2 vol. sont presque entièrement consacrées à défendre le système de la préexistence des germes, et à en expliquer les difficultés par des suppositions partielles. Les observations de Haller et de Spallanzani lui donnèrent des appuis trèssolides Dans sa Contemplation de la nature, Amsterdam, 1764 et 1765, 2 vol. il I développe ce principe de Leibnitz, que la nature ne fait point de saut, eu l'appliquant, nonseulement comme Leibnitz, aux événements successifs et à l'enchaînement des causes et des effets, mais encore à la nature et à l'organisation des êtres simultanés, dont il cherche à former une échelle où l'on descendrait par degrés de l'être suprême aux corps les plus simples et les moins doués de propriétéS . Cet ouvrage fut réimprimé, ibid., 1770 et 1794, 2 vol. Hambourg, 1783, 3 vol. ; ou Neufehàtel, 1782, 3 vol. Dans son Essai de psychologie, ou Considérations sur les observations de l'âme, sur l'habitude et sur l'éducation, etc., Londres, 1754 et dans son Essai analytique des facultés de , 'cime, Copenhague, 1760 1769 ; Genève, 1775, 2 vol. il s'était rencontré avec l'abbé de Condillac dans l'idée de déterminer par le raisonnement ce qui arriverait à un homme adulte et sain, qui, comme une ntatue que l'on animerait par degrés, pourrait recevoir, une à une, toutes les sensations, dans l'ordre où l'on voudrait les lui donner. De la relation intime et continue que l'on observe entre l'âme et le corps, il conclut la nécessité constante d'un organe corporel pour l'exercice de l'intelligence , mais il suppose cet organe assez petit ou assez délié pour survivre au corps visible et terrestre. 11 se rend compte de l'association des idées à la manière d'Hartley, par l'excitation mutuelle des molécules de cet organe matériel. N'admettant aucune action sans motif, comme, ditil, il n'y a aucun effet sans cause, il définit la liberté morale , le pouvoir de l'âme L'auteur écrivait, le 5 mars 4782, à de Malesherbes : V—VE de suivré sanscontrainte les motifs dont elle éprouve, l'impulsion, et résout ainsi les objections que l'on! tire de la prévision de Dieu ; niais peut-être aussi, détournetil l'idée que l'on se fait d'ordinaire de liberté. Malgré ces opinions qui touchent au maté-1 rialisme et au fatalisme, Bonnet fut trèsreligieux. Dans sa Palingénésie philosophique, ou Idée sur, l'état passé et l'état futur des ares vivants, Genève, 1769 et 1770, 2 vol. il montre, par les maux de ce monde et par l'irrégularité de leur distribution, la nécessité d'un complément qu'une autre vie peut seule faire espérer; il n'en excepte même aucun des êtres qui souffrent dans celleci ; chaque être montera dans l'échelle de l'intelligence, et le bonheur consistera à connaître. Les oeuvres de Dieu lui semblaient si excellentes, que connaitre, pour lui, était encore aimer. Enfin, ses idées sur la nécessité des motifs pour l'action lui font conclure la nécessité d'une révélation, comme motif dernier et péremptoire ; et cette conclusion une fois tirée, il ne lui est pas difficile de déterminer laquelle des révélations existantes est la vraie. C'est l'objet de ses Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme, Genève, 1770 et •771 la Haye, 1772, même format. On voit que les idées de Bonnet sont liées en un grand système dont toutes les partics se tiennent ; il employa toute sa vie à leur développement, jouissant dans l'aisance et au sein de l'amitié de la tranquillité d'âme nécessaire à des méditations profondes. Ce qui est assez singulier pour un naturaliste, il ne quitta jamais sa patrie. Il était marié, niais ne laissa point d'enfants. Sa mort arriva le 20 mai 1793, à l'âge de 73 ans. De Pouilly a publié son Eloge historique, et Jean Trembley un Mémoire pour servir à l'histoire de la vie et des ouvrages de Ch. Bonnet, Berne, 1794 le botaniste Wahl lui a consacré un genre de plantes sous le nom de Bonnetia. On a publié à Neufchâtel : Œuvres complètes de Bonnet, 1779-83, 8 tomes en 10 vol. fig.; ou 1779-88, 18 vol. fig. Cette collection à été traduite en allemand. La plupart des écrits de Bonnet sont traduits en anglais, en hollandais et dans d'autres langues
  • Charles BOYLE( 1676 - 1721) : comte d'Orrery , fils du précédent, né à Chelsea, en 1676, fit de tels progrès à l'université d'Oxford, qu'il y publia une traduction anglaise de la Vie de Lysandre par Plutarque, et, quelque temps après, une belle édition des Epitres Devenu pair d'Angleterre en 1703, le comte d'Orrery se distingua dans la guerre de la succession, où il eut un régiment d'infanterie, et le rang de major général à la bataille de Malplaquet. Après la paix, des intrigues de cour le rendirent suspect, et le firent renfermer, en '1722, à la Tour de Londres, d'où le docteur Mead n'obtint son élargissement sous caution qu'en attestant que sa longue détention avait tellement altéré sa santé, que, si on l'y laissait plus longtemps, il ne lui donnait pas trois jours (le vie : il survécut neuf ans à son élargissement, et mourut le 21 aoilt 1721. Il avait encore écrit quelques brocl aires et poésies, oubliées aujourd'hui. C'est de son :»ont que l'on a nommé Orrery le planétaire, machine astronomique inventée et exécutée par le célèbre horloger Graham, qui le lui dédia. On a fait depuis, en France et ailleurs, plusieurs machines de ce genre, avec plus ou moins de détail et de perfection ; mais Boyle n'en est point l'inventeur, quoique les dictionnaires historiques le répètent à l'envi l'un de l'autre, d'après Moréri
  • Charles BORDE( 1711) : et non BORDES , poëte et littérateur, naquit à Lyon, le 6 septembre 1711, de Jacques Borde, ancien trésorier de France. Il fit ses humanités et sa philosophie chez les jésuites, qui , charmés de la rapidité de ses progrès, s'efforcèrent inutilement de le retenir dans leur société. La famille de Borde le destinait au barreau, mais le jeune homme, entraîné par son goût pour les belleslettres, se rendit à Paris, où il ne tarda pas à se lier avec les littérateurs les plus célèbres de l'époque, et notamment avec Voltaire et J.J. Rousseau. Il avait à peine vingtcinq ans lorsqu'il composa Blanche de Bourbon, tragédie en b actes dont le sujet est le oléine que celui qui fut traité par du Belloy sous le titre de Pierre le Cruel. Cette pièce eut beaucoup de succès dans les cercles où l'auteur en fit lecture ; convaincu cependant qu'elle avait des défauts réels, il refusa constamment de la mettre au théatre. Lors- : Je revis M. Borde avec «lequel j'avais depuis longtemps fait connaissance, « et qui m'avait souvent obligé de trèsgrand cœur. « En cette occasion je le trouvai toujours le mime. « Ce fut lui qui inc fit vendre mes livres, et il aile «donna luiméme ou me procura de bonnes recoin« mandations. n A la vérité, Rousseau changea de langage dans la suite, et tous les torts seraient de ùon Côté, si Borde n'avait fait que répondre au fameux Discours sur le rétablissement des sciences ei des arts ; niais le spirituel Lyonnais publia plusieurs écrits où les paradoxes du philosophe de Genève sont tournés en ridicule de la manière la plus plaisante ; il n'est donc pas étonnant que celuici, dont la manie était de se croire haï de tout le monde, n'ait plus vu dans son ancien ami qu'un persécuteur acharné. Plus heureux dans ses relations b avec Voltaire, Borde conserva toujours l'amitié de l'auteur de la Llenriade. Il le reçut chez lui en 1754, et onze, ans plus tard, il alla passer quelques jours aux Délices, d'où il écrivit des vers pleins d'enthousiasme. Ce fut cette admiration exclusive I pour un homme de génie, dont il faut bien pourtant reconnaître les erreurs, qui inspira sans doute à Borde plusieurs ouvrages que l'on attribua généralement à fa plume hardie et licencieuse de son modèle. Après avoir successivement parcouru, dans un but de curiosité ou de plaisir, l'Italie, la Hollande, et les principales villes de France, Borde revint dans sa bille natale pour ne plus la quitter. Il y vivait entouré de l'estime de ses concitoyens, et heureux des bienfaits que sa fortune lui permettait de répandre, quand il ressentit les atteintes de la maladie cruelle dont il mourut. On lui proposa une opération douteuse, à laquelle il ne consentit qu'avec peine, mais il ue voulut pas en attendre l'issue pour se réconcilier avec l'Église. Il fut administré par M. Charrier de la Roche , depuis évè que de Versailles, et quelques jours 'après, 15 février 4781, il expira au milieu des plus vives souffrances. Borde était de l'académie de Lyon depuis 1745, et de la société royale de Nancy depuis 1759. Pendant son séjour à Rome, il avait été reçu membre de l'académie des Arcadiens de cette ville. On a de lui ; 10 Discours sur les avantages des sciences et des arts, prononcé à l'académie de Lyon, le 22 juin 1751, et imprimé dans la mente ville, 1752 C'est une réfutation du célèbre discours de Rousseau, couronné en 1750 par l'académie de Dijon: Le philosophe y répondit, et Borde publia un second Discours, Avignon et Lyon, 1755 2° Prédiction tirée d’un vieux manuscrit et 3° Profession de foi philosophique, Amsterdam , 4763 satires dirigées contre Rousseau, et réimprimées toutes deux à la suite des Réflexions sur les Confessions de J.- J. Rousseau par bervan , Lausanne, 1783 4° Le Docteur Pansophe, ou Lettres , un grand nombre de poésies, et un Discours sur la fiction. Le dernier volume renferme les Discours relalfts à celui de J J. Rousseau, les deux satires contre ce philosophe, des Observations sur la langue française, des Pensées sur l'éducation, et le discours de réception à la société de Nancy. On estime suttout les poésies, dont les meilleures figurent dans tous les recueils du temps. L'Ode sur la Guerre fut récitée par l'auteur luimème devant le roi Stanislas, et la fable dc- Chloé et le Papillon est une charmante imitation, non pas d'Homère, comme le dit Laharpe, mais d'Hamilton, 6° OL'uves libres, galantes et philosophiques, Lyon, 4783, iim-8° Ce volume, destiné à servir de supplé- ment â la collection donnée par l'abbé de Castillon, ne contient aucun ouvrage dit philosophique, bien que le titre l'annonce. A l'exception des lettres écrites d'Italie par Borde à ses amis, il n'offre guère que des pièces érotiques ; l'une des plus remarquables, attribuée d'abord à Voltaire, a pour titre : Vers sur le bref du pape Clément XIV, qui défend la castra- lion dans ses Etats. Voici maintenant la liste des ouvrages que leur impiété ou leur cynisme a fait justement bannir des deux recueils dont nous vemons de parler : i° le Catéchumène, qui parut dés 1766, dans l'Evangile de la Raison , publié par Du- laurens On le réimprima en 1768 sous le titre du Voyageur catéchumène, l'année suivante sous celui de l'Américain sensé, par hasard en Europe et fait chrétien par complaisance, Rome, de l'imprimerie de Sa Sainteté et en l'an 3, sous celui du Secret de l'Eglise trahi. Voltaire fut désigné comme l'auteur de cet écrit scandaleux, que l'on retrouve dans le 29° volume de l'édition de ses œuvres donnée à Genève en 1777 2° Tableau philosophique du genre humain, depuis l'origine du monde jusqu'à Constantin , Londres, 1767 Cet ouvrage, longtemps attribué à Voltaire, est divisé en 3 parties les deux premières exposent tableau général de l'histoire ancienne, en 10 époques ; la troisième offre l'histoire de l'esprit humain, des arts et des sciences.. L'auteur s'efforce de lutter contre Bossuet, et à chaque page, il trahit l'intention coupable de saper la révélation et tout ce qui sert de base au christianisme, 3° Parapilla, voëme, érotique en 5 chants , tiré d'un conte italien , f Lyon, 1776 Bachaumont rendit compte de ce badinage dans ses Mémoires secrets : « Par une- singularité remarquable, ditil, quoique « ce poème roule sur le sujet le plus obscène, il n'y « a pas un seul mot de ce genre, et la fiction, sou« tenue d'un bout à l'autre sur le même ton, pré« sente des images trèslicencieuses, et toujours « gazées sous des expressions honnêtes. » Parapilla a été réimprimé plusieurs fois, séparément ou dans différents recueils, notamment dans celui qui a pour titre : le plus joli des Recueils, ou Amusements des dames, etc., Londres, 1778 4. La Papesse Jeanne , peine en 10 chants, trèsinférieur au précédent, sans nom de ville, 1777 ; la Haye, 1778 , même format. Borde a laissé en outre plusieurs ouvrages manuscrits, qui sont déposés dans la bibliothèque de Lyon. Le Songe de Platon n'est point de lui, mais bien de Voltaire. Cet opuscule a été inséré dans les différentes éditions des oeuvres complètes du philosophe de Ferney, à la suite des Romans et Contes philosophiques. L'éloge de Borde fut prononcé à l'académie de Lyon, en 1781, par de Bory. L'abbé Guillon a publié : Tribut de l'amitié à la mémoire de M. Borde, 1785 de 31 p. On peut encore consulter avec fruit : Notice sur la vie et les ouvrages de Charles Borde, lue par M. Pénicaud à l'académie de Lyon, et au cercle littéraire de la même ville, en 1824, insérée dans les . Archives historiques et statistiques du département du Rhône de novembre suivant, et imprimée séparément Cet excellent travail contient des renseignements bibliographiques dont nous avons profité pour la rédaction du présent article. — Louis BORDE, frère de Charles, né comme lui à Lyon, en 1700, étudia les mathématiques avec succès , et se livra particulièrement aux sciences mécaniques. On lui doit le perfectionnement du cabestan ; d'ingénieux supports pour les grandes lunettes astronomiques; un diviseur mécanique, utile dans l'horlogerie et indispensable pour donner aux instruments de mathématiques le degré de précision nécessaire ; une machine pour le perfectionnement des verres et miroirs ; les moulins à hélice ou à queue sur le Mène, etc. Cet estimable savant mourut clans la force de l'âge, en 1747. On trouve un éloge de Louis Borde dans le Mercure de mars 4748, p. 91 et suiv. Ses manuscrits sont conservés clans la bibliothèque de Lyon. Voy. le Calai. des manusc. de cette bibliothèque, t. 2, p. 257, 389 et 408, et t. 3, p. 306 et 311
  • Charles BOUVARD( 1572 - 1658) : médecin, né à Montoire, près de Vendôme, en 1572, fut, dès son enfance, voué à la mé&cine, profession que son père exerçait. Il lit ses premières études à l'université d'Angers, et fut reçus docteur en la faculté de Paris en 1606. Sa réputation s'accrut avec rapidité, et il fut nommé professeur au collée de France, en 1625 , puis surintendant du jardin des plantes, et Cet ouvrage a été traduit de nos jours et publié sous ce titre: Nouvelle Histoire de Heurs IV, traduite pour la première fois du latin; suivie de la traduction que lit Henri IV à onze ans des Commenlaire8 de César, que l'on croyait perdue, de plusieurs de ses lettres originales, inédites et d'Elat, le tout publié par Serieys, Paris, 4816 fig. D—R—R. premier médecin du roi Louis XIII en 16'28. Ses disputes avec la faculté lui donnèrent de la célebrité. On a de lui un livre assez médiocre, niais devenu rare, sur l'état de la médecine à cette époque, intitulé : Historiœ hodiernœ medicince rationalie veritatis, Xorç Trpoleurr:txc; ad rationales medicos e, sans date, ni nom d'auteur et d'imprimeur : ouvrage dont on ne eonnalt guère maintenant que deux exemplaires à Paris L'auteur s'y explique avec hardiesse sur l'état de la médecine à la cour et à la ville, et propose d'établir une juridiction pour juger les médecins. Sue, bibliothécaire de l'école de médecine, a publié une notice sur ce livre, Paris, 1807 On a encore de Bouvard une Description de la vie, de kt maladie et de la mort de la duchesse de Mercœur , Paris, 1624 D'un caractère impérieux , il se servit de son pouvoir pour tenir dans sa dépendance la faculté de Paris; il cmpécha qu'on y soutint une thèse contre son opinion, sur les eaux de Forges qu'il avait prescrites au roi. , De la Houssaye rapporte que, dans un an, il fit prendre à ce prince deux cents médecines, autant de lavements , et qu'il le fit saigner quarantesept fois. Il demanda et obtint le droit de siéger en robe de conseiller d'État. Ce médecin mourut le 22 octobre 1658
  • Charles BOSELLINI( 1765) : économiste, né à Modène en 1765, étudia, dans sa patrie, les belleslettres et la jurisprudence, fut reçu docteur en droit, puis se mit à voyager en France et en Angleterre pour y acquérir de nouvelles connaissances. Le mouvement intellectuel dont ces deux pays, et surtout leurs capitales, étaient le théâtre, trouva en lui un adepte fervent, mais plus disposé à soumettre à l'examen les principes en vogue qu'à les adopter aveuglément. Revenu en Italie au commencement de la révolution française, il fut du nombre de ceux qui en suivirent les progrès avec un intérêt mêlé d'effroi, mais qui pourtant en approuvèrent la base et le point de départ. Aussi, lors de l'invasion des Français en 1796, Bosellini pritil parti pour les innovations.11 remplit successivement divers emplois; et l'on doit avouer qu'il s'y conduisit de manière à se concilier les suffrages des hommes même les plus opposés à sa manière de voir. Bosellini avait peut-être alors un penchant un peu trop vif pour des utopies qui longtemps encore seront irréalisables : il eût voulu voir la péninsule italique républicaine, une, et indépendante de l'étranger. Mais tout cela n'était guère dans les vues de l'homme qui, après avoir conquis l'Ita lie, s'était assis sur le trône de France. Quand Bosellini eut reconnu combien ses espérances étaient chimériques, il abandonna les affaires pour l'étude, et les bureaux pour la retraite. Plusieurs mémoires et des ouvrages importants, soit sur la législation, soit sur l'économie politique, témoignèrent de son aptitude pour les travaux philosophiques. 11 avait la réputation d'un des économistes les plus habiles de l'Italie, lorsqu'il fut enlevé le 1" juillet 1825 à la science, qu'il eût sans doute encore enrichie d'observations intéressantes et de découvertes utiles. Son ouvrage principal est le Nouvel Examen des sources de la richesse tant publique que privée . Ce traité, qui est une oeuvre capitale pour tous les économistes, ne put être imprimé sous Napoléon, et le fut en 1816 et 1817, 2 vol. à Modène, sous le gouvernement du duc François IV. Bosellini, en y relatant les opinions des Smith, des Landes', etc., les compare, les discute, les contrôle souvent par l'énoncé de sa propre pensée. Suivant lui, l'agriculture, l'industrie, le commerce, les beauxarts mime, ne constituent pas seuls la richesse ; les garanties sociales aussi en font partie.Il y ajoute le travail et l'épargne, qu'il regarde comme les éléments fondamentaux de toute espèce de richesse. Ou trouve plusieurs articles de Bosellini dans l'Anthologie de Florence et dans le journal des arcadiens de Rome. Parmi ces derniers, le Tableau historique des sciences économiques, depuis leur naissance jusqu'en 1815, mérite une mention particulière. Il fut réimprimé à Modène, avec les additions, en un vol. On lira aussi avec fruit son article sur le prospectus des sciences économiques de Gioja et sur les nouveaux principes d'économie politique de Sismondi. Dans l'Anthologie on a surtout remarqué le morceau où il discute, contre Sismondi et Malthus, la question de possibilité d'un excès dans la somme de production générale, et où il se prononce fortement pour la négative, quoique antérieurement, ainsi que ces deux économistes, il eût cru l'excès possible. Un trait honorable pour Bosellini, c'est que tout ce qu'il a écrit respire la modération, le désir d'améliorer le sort des hommes, et l'amour d'une liberté sage à laquelle ne répugnent ni la religion ni la prudence. Enfin, quoique cosmopolite par les doctrines , il est Italien par les affections ; et, en souhaitant le bien-être de l'espèce entière, il laisse voir qu'il pense toujours et avant tout à ses compatriotes
  • Charles BOSSUT( 1730) : célèbre géomètre, naquit le 11 août 1730, à Tartaras, près de StEtienne, d'une famille originaire du pays de Liége. Orphelin dès l'àge de six ans, il apprit d'un oncle paternel les éléments de la langue latine, et alla continuer ses études à Lyon chez les jésuites. Les talents précoces dont il donna des preuves en remportant des prix dans tous les concours le rendirent cher à ses maitres; et, comme son penchant naturel le portait à la retraite, on peut présumer qu'il serait resté parmi Cette Vie est désormais devenue inséparable des oeuvres de Bossuet. Tabaraud publia, eu 1822, un Supplément aux histoires 7 On peut consulter avec fruit sur Bossuet les Annales littéraires de Dassault. Ce critique distingué a, sous plus d'un rapport, apprécié co grand orateur d'une manière aussi neuve qu'intéressante. DRR. eux, si ses parents n'avaient eu sur lui d'autres vues. En terminant sa philosophie, il fut admis au séminaire et prit l'habit ecclésiastique. A cette époque, la lecture des Eloges des académiciens par Fontenelle ayant éveillé son goût pour les mathématiques, ce fut à Fontenelle luimême qu'il s'adressa pour avoir des conseils sur la marche qu'il devait suivre. Il en reçut une réponse encourageante ; et peu de temps après il vint à Paris, où Fontenelle l'accueillit et le fit connaitre à Clairaut et à d'Alembert, qui devinrent ses premiers protecteurs, et restèrent ses amis. Il fut, en 1752, sur la présentation de le Camus de Mézières , nommé professeur à l'école du génie à Mézières; et, la même année, l'académie des sciences l'admit au nombre de ses correspondants. Les devoirs de cette place, qu'il remplit pendant seize années avec un succès toujours croissant, ne l'empêchèrent pas de publier des ouvrages dont les sujets lui étaient indiqués par ses leçons mêmes, ou par les travaux des géomètres contemporains, ou par les programmes des académies. En 1760 , l'abbé Bossut partagea avec le fils de Daniel Bernouilli le prix proposé par l'académie de Lyon, sur la meilleure forme des rames ; et en 4761, nec le fils d'Euler , et probablement avec Euler luimême, le prix sur l'arrimage, proposé par l'académie des sciences. 11 eût été moins honorable pour Bossut, comme le lui mandait Clairaut, de triompher seul, puisqu'on n'aurait pas connut ses concurrents, que de partager les suffrages avec de tels hommes. En 1762, il remporta seul le prix sur la question : Si les planètes se meuvent dans un milieu dont la résistance produise quelque effet sensible sur leurs mouvements ; et il partagea, la même année, avec iallet , le prix quadruplé de l'académie de Toulouse, sur la construction des digues. En 1765, il partagea le prix double à l'académie des sciences, sur les méthodes d'arrimage ; et enfin il fut couronné seul, deux années de suite, par l'académie de Toulouse pour les Recherches des lois du mouvement que suivent les fluides clans les conduits de toute espèce. L'abbé Bossut, en 1768, remplaça Camus, auquel il devait sa chaire à Mézières, comme examinateur des élèves du génie, et comme membre de l'académie des sciences. Fixé dès lors à Paris, il profita de ses loisirs pour rédiger, sur des questions de mathématiques, un grand nombre de mémoires , qui furent insérés dans le recueil de l'académie , et qu'il refondit plus tard dans ses principaux ouvrages, et dans le Dictionnaire de mathématiques de l'Encyclopédie, dont on lui est en grande partie redevable. A la révolution, il se vit enlever la place d'examinateur qu'il remplissait avec une rare probité . Peu de temps auparavant il n'avait pas perdu, comme on l'a dit, JeanAlbert Euler. Le comte du Muy lui avait recommandé plusieurs fois des candidats; Mais l'inflexible examinateur, ne les trouvant pas suffisamment instruits, les avait constamment refusés. Devenu ministre . Privé de son traitement d'académicien et de ses autre pensions, ce savant estimable aurait éprouvé des besoins sans le produit de la vente dé ses ouvrages. Bossut, gémissant sur l'ingratitude des hommes, s'enfonça dans la retraite dont sa position lui faisait une nécessité. Quelques consolations vinrent l'y chercher. L'Institut, à sa création, le nomma l'un de ses membres ; il devint l'un des examinateurs de l'école polytechnique ; et lorsque ses infirmités l'obligèrent à demander sa retraite, en 1808, il conserva le traitement qu'il avait si bien mérité. Bossut mourut le 14 janvier 1814. Homme éminemment religieux, sa conduite et ses principes furent toujours d'accord pendant sa longue carrière. Quoiqu'il ne fia point engagé dans les ordres, il porta jusqu'en .1792 l'habit et le titre d'abbé. 11 était naturellement bienveillant ; mais les chagrins qu'il avait éprouvés développèrent en lui une misanthropie dont il eut beaucoup à souffrir dans ses dernières années. Outre des mémoires dans les recueils de l'académie des sciences et de l'Institut, et une édition des oeuvres de Pascal , avec un discours sur sa vie et sur ses ouvrages, réimprimé séparément, la Haie et Paris , 1781 on a de Bossut : 1° Cours complet de mathématiques, Paris, Didot, 1810, 7 vol. Cette édition, la meilleure et la plus complète, comprend : Arithmétique et algèbre, I vol. — Géométrie et application de l'algèbre à la géométrie, 1 vol. — Mécanique, I vol. — Hydrodynamique, 2 vol. —Cal cul différentiel et intégral, 2 vol. Ces différentes parties ont été réimprimées plusieurs fois, séparément et avec _des améliorations successives. Ce cours de Bossut a partagé longtemps la vogue avec celui que Bezout avait composé Our l'artillerie ; mais ils sont l'un et l'autre à peu près J'ai dans mon cabinet une pièce écrite et signée de la main de Bossut ; elle ne laisse aucun doute à cet égard « M. Charles, « membre de l'académie des sciences, mort le 20 août 1791, était « pourvu d'une place de professeur d'hydrodynamique à l'académie « d'architecture, place créée originairement pour utoi, el que j'avais cédée à M. Charles comme à mon an? t. En faisant cet abandon, je « demandai en même temps qu'à l'avenir le « professeur fût à la nomination du directeur général des bàtiments « du roi. Aujourd'hui, je demande à rentrer dans la possession de « cette place, que je regarde comme nus propriété, avec d'autant « plus de raison, ce me semble, que les deux mine livres de irai« tentent cédées à M. Charles sont prises sur les cinq mille livres « d'appointements qui me furent allouées par M. Turgot, lorsque, « pour favoriser les progrès de L'hydraulique, surtout relativement « à la navigation dans l'intérieur du royaume, il engagea Sa Majesté « à fonder un enseignement public sur cette science, dont je fus « nommé professeur. A Paris, ce 2h août 4791. BOSSUT.» - Cette note se trouve ainsi apostillée : « Voir M. Delessart. Les appointe« ments étaient et sont encore payés en finance. » Il parait que les événements politiques ne permirent pas de donner suite h cette réclamation. V—ve. La première édition de ce cours est de 1781 ; il a été traduit en italien par And. Mozzoni, Pavie, 4787, 2 vol. Le Traité du calcul différentiel et intégral parut en 1798. L'Hydrodynamique a été traduite en italien par Bonati . Le Traité élétaire de mécanique, publié à Charleville, 1762 a été induit en italien par le même Mozzoni, 4788, 2 vol. Les premières éditions du Cours de mathématiques portent les unes, à l'usage du corps royal du génie ; les autres, à l'usage des écoles militaires. V. abandonnés. 2e Recherches sur la construction la plus avantageuse des digues , Paris, 1764 ; nouv. édit., 1798 avec 7 pl. 5' Recherches sur les altérations que la résistance de l'éther peut produire dans le mouvement moyen des planètes, ibid., 1766 Bossut explique par la, résistance de la matière éthérée l'accélération ob-. servée par les astronomes dans le mouvement de la lune ; mais cette résistance est devenue trèsproblématique, et l'on a reconnu que si ses effets ne sont pas absolument nuls, ils sont du moins à peu près insensibles. 4° Histoire générale des mathématiques, Paris, 1810, 2 vol. . Une première édition avait paru en 1802, sous le titre d'Essai. Les mathématiciens ont jugé cet ouvrage trop superficiel; mais ce n'est pas pour eux que Bossut l'a composé. Ses réflexions sur Montucla prouvent qu'il sentait dans quel esprit et selon quel plan une pareille histoire devait ètre faite ; mais il déclare qu'il n'a prétendu qu'esquisser un tableau général des progrès des mathématiques, qui pourra plus tard ètre perfectionné . 5° Mémoires des mathématiques, concernant la navigation, l'astronomie, la physique et l'histoire, Paris, 1812 lig. C'est le recueil des pièces qui lui avaient valu dans le temps les couronnes de l'académie. On peut voir dans la préface combien il souffrait de l'espèce d'abandon où il se voyait réduit, après avoir joui d'une juste considération. L'éloge de Bossut par Delambre, dont on a profité pour rédiger cet article, est inséré dans la Nouvelle Collection des mémoires de l'académie, t. 1", part. hist., p. Bossut a été rem- placé à l'Institut par Ampère
  • Charles BOULLEMIER( 1725 - 1803) : né le 12 novembre 1725, à Dijon, fut bibliothécaire de cette ville. 11 s'enrôla, au sortir du collége, dans un corps de troupes qui se rendaient en Bohême, et fit la campagne de 1742. Ayant obtenu son congé à la paix, il reprit le cours contient de l'abbé Boullemier des Remarques critiques sur un passage de César concernant la religion des Gaulois . Il est auteur des articles sur Joinville On trouve encore dans le même recueil deux autres mémoires et d'Aubigné, et de quelques autres insérés dans le 3e volume de l'édition de la Bibliothèque historique de la France du P. Lelong , donnée par Fevret de Fontette , ainsi que d'une grande partie des additions répandues dans les différents volumes de cet ouvrage. Ce respectable ecclésiastique est mort à Dijon, le 11 avri11803. PierreLouis Baudot a fait imprimer son , Éloge historique, Dijon, 1803
  • Charles BRAULT( 1752 - 1833) : archevêque d'Albi, né le 14 août 1752, à Poitiers, appartenait à une famille qui a produit plusieurs hommes de mérite. A peine avaitil terminé ses études, qu'il fut chargé d'enseigner la philosophie au séminaire de la Rochelle. Les talents qu'il développa dans cet emploi fixèrent l'attention de l'évêque de Poitiers, qui ne tarda pas à le rappeler dans son diocèse. Nommé chanoine de SteRadegonde à Poitiers, puis curé d'une des principales paroisses de cette ville, Brault, quoique trèsjeune, montra dans les fonctions du pastorat un zèle et une capacité qui furent récompensés par les titres d'archidiacre, de théologal et de grand vicaire. Peu de temps après, il fut fait professeur de théologie à l'université de Poitiers. La révolution l'obligea de sortir de France. A l'époque du concordat , il fut désigné pour le siège épiscopal de Poitiers; mais, par suite d'une mesure générale, il fut pourvu de l'évèché de Bayeux. Le nouveau prélat s'occupa d'abord d'apaiser les divisions qui troublaient son diocèse, et il y parvint en peu de temps. Grâce à ses soins, les établissements d'instruction et de charité, que la révolution avait détruits, furent réparés. Un séminaire s'ouvrit pour les jeunes ecclésiastiques; les indigents furent instruits et secourus; et des missionnaires, établis pour le diocèse, portèrent, dans les paroisses encore privées de pasteurs, les vérités consolantes de l'Evangile. Au concile de 1811, l'évêque de Bayeux fut du nombre des prélats qui se déclarèrent en faveur des quatre articles regardés comme le fondement des libertés de l'Eglise gallicane ; et néanmoins l'estime dont il jouissait à la cour de Rome n'en éprouva aucune atteinte. Il fut, en 1825 , transféré sur le siége archiépiscopal d'Albi, que le dernier concordat avait rétabli . Dans ce poste éminent, il sut, comme à Bayeux, concilier tous les esprits par sa tolérance et sa cha- rité. Nommé, sous l'empire, baron et chevalier de la Légion d'honneur, il fut créé pair de France en 1827, et mourut le 25 février 1855. Il a laissé des mandements et des lettres pastorales écrits avec une onction qui formait le trait principal de son élo- quence
  • Charles BREYDEL( 1677 - 1750) : peintre, surnommé le Chevalier, parce qu'il sortait de la famille des Breydel de Bruges, qui passaient pour étre d'une ancienne noblesse, quoiqu'ils exerçassent le métier de bouclier, naquit à Anvers en 1677. Après avoir étudié trois ans chez Pierre Rysbreck, bon paysagiste, il visita Francfort, Nuremberg, la cour de HesseCassel, où travaillait son frère François Breydel, et vint à Amsterdam. Il n'avait été d'abord en Allemagne que dans le dessein de se rendre à Rome ; mais, naturellement inconstant, il se mit à travailler pour un marchand de tableaux, qui lui fit copier . plusieurs vues du Rhin, d'après Jean Griflier. Cette . étude le mit en état de peindre d'après nature. Il revint à Anvers, s'y maria, et eut ensuite la bassesse d'abandonner sa femme avec cinq enfants. Il travaillait dans d'autres villes, dit Descamps, sans ja-.mais parler de sa famille, et peut-ètre même sans y penser, se donnant des airs de grand seigneur, et dépensant tout ce qu'il gagnait avec une excessive prodigalité. En 1727, il se rendit à Gand, et bientôt les amateurs les plus distingués lui demandèrent des . tableaux. Toujours inquiet, irrésolu, il revint à Bruxelles, puis se rendit de nouveau à Gand en 1737. Sa prodigieuse facilité lui permettait de satis- faire les désirs d'un grand nombre de personnes. Une gouvernante fut sa compagne jusqu'à sa mort, , et il ne parut jamais se rappeler qu'il était époux et père. 11 mourut à Gand, le 4 novembre 1744, à 67 ans. Ce peintre eut trois manières distinctes : d'abord il peignit, comme on l'a dit, dans le goût de Griffier; ensuite, voyant que celui de Breughel de Velours était à la mode, il essaya de voir la nature comme ce maitre l'avait vue; enfin il prit le parti de peindre d'après son propre sentiment, retenant cependant quelque chose de ses deux premières manières. 11 profita aussi de quelques estampes de van der Meulen, et poussa même l'imitation jusqu'à devenir le plagiaire de ce maître. Descamps, qui loue la touche et l'harmonie de la plupart de ses tableaux, dit « que, si Breydel eût plus souvent consulté la nature, ils seraient sans prix. » Il en indique plusieurs placés dans divers cabinets des PaysBas, et deux à Rouen. Le musée du Louvre n'en possède aucun. — François BREYDEL, frère de Charles, naquit à Anvers, le 8 septembre 1679. Il peignit d'abord le portrait avec tant de succès qu'il fut nommé peintre de la cour de HesseCassel. Des Conversa- tions, des Assemblées, des Figes peignit ensuite, plurent également, et il était trèsoccupé en "Allemagne, lorsque, tburmenté peut-être par l'hu- meur inquiète qui avait dominé son frère, il se ren- dit à Londres. Ses ouvrages y furent estimés ; et, de retour dans sa ville natale, il y mourut le 2 novem- bre 1750, à 71 ans. On vante la composition, la couleur et la vérité de ses tableaux ; ils sont peu connus en France. DT
  • Charles CAMPIGNY( 1569 - 1633) : religieux célestin et bénédictin, né à Orléans en 1569, fit profession chez les célestins en 1589, et n'ayant pu rétablir la régularité dans son ordre, entra dans la congrégation des bénédictins de St Maur, et y mourut à Paris en 1633, dans la maison des BlancsManteaux. Etant encore célestin , il corrigea et augmenta la Somme de la foi catholique , écrite en latin par le P. Crespet du même ordre ; Lyon, 1598 On lui doit aussi : 1° le Bréviaire des célestins de la congrégation de France , rétabli conformément aux vues du concile de Trente; 2° la Vérité du différend qui est entre le P. Placidus et le P. Menalius, c'est-àdire entre luimême et les supérieurs de la congrégation des célestins ; 30 le Guidon de la vie spirituelle pour les PP. célestins du noviciat de Paris, 1615 ; 4° 1' Anatypophyle bénédictin, à Paris, 1615 , ouvrage qui fut censuré par la Sorbonne, comme injurieux à l'ordre des bénédictins. On lui attribue une apologie pour luimême, sous ce titre : Apologetica innocentice oppressa, et reformationis ablegata Propugnatio. Elle est adressée au pape Paul V, et fut réimprimée à Anvers sous le nom de Denis de Montaigu , abbé de Valserein Z—o.
  • Charles CARAFFA( 1561 - 1633) : de la méme famille que ›les précédents, naquit à Naples, en 1561, et à l'âge de seize ans, entra chez les jésuites. La faiblesse de sa santé fit sortir après cinq ans. Il prit alors te parti des armes , et se signala par ses exploits. 11 vint solliciter à Naples la récompense de ses serpvices militaires. «Un joui., dit M. de Chateaubriand, « comme il se rendait au palais, il entre par hasard « dans l'église d'un monastère. Une jeune religieuse « chantait; il fut touché jusqu'aux larmes de la « douceur de sa voix ; il jugea que le service de « Dieu doit être plein de délices , puisqu'il donne « de tels accents à ceux qui lui ont consacré leurs « jours. Il retourne à l'instant chez lui, jette au feu (I ses certificats de service, se coupe les cheveux, et « fonde l'ordre des ouvriers pieux, qui s'occupe en « général du soulagement des infirmités humaines. « Cet ordre lit d'abord peu de progrès, parce que, « dans une peste qui survint à Naples, les relia gieux moururent tous en assistant des pestiférés , « à l'exception de deux prêtres et de trois clercs., » Grégoire XV approuva , en 1621 , la congrégation des ouvriers pieux. Caraffa mourut le 8 septembre 4655
  • Charles BURNEY( 1726) : docteur en musique et historien, né à Shrewsbury, en 1726, commença ses études à l'école de cette ville, et les continua à Chester, oit il reçut sa première instruction musicale sous Baker, organiste de la cathédrale. Vers l'année 1741, il retourna à Shrewsbury, et reçut des leçons de basse chiffrée de James Burney, son frère. En 1714, il vint à Londres, et fut placé sous la direction du docteur Arne. Obligé, pour vivre, de faire ressource de ses talents, il courait le cachet, et occupait une place dans un orchestre. En 1749, il fut nominé organiste de l'église dans FenchurchStreet, avec un traitement de 30 livres sterling. Il composa à la même époque, pour le thCiltre de DruryLane, deux opéras, Alfred, Rob Hood , et Queen Alab, pantomime. Ces ouvrages eurent peu de succès; et l'auteur quitta bientôt la capitale pour remplir une place d'organiste à Lynn, dans le comté de Norfolk. Ce fut durant un séjour de neuf ans dans ce pays qu'il conçut le plan de sôn Histoire générale de la mu- sique. Bevenu dans la capitale, il s'y fixa et composa Le traité de Statu 'torturant a été réfute par le célèbre Muratori, dans un ouvrage intitulé : de Paradis° regnique reeleslis Glo- ria liber, Vérone, 4738 CRS. plusieurs concerto. Son savoir, son caractère et ses mœurs honorables lui ouvrirent alors une carrière brillante ; les premières familles de l'Angleterre le donnèrent pour maitre à leurs enfants, et quelques années lui suffirent pour se créer une fortune assez considérable. Il reçut en 1761, de l'université d'Oxford, le grade de docteur en musique. En 1766, il lit jouer au théàtre de DruryLane un divertissement The cunning Man , traduction du Drvin du village de J.J. Rousseau. Quelques années plus tard il parcourut la France et l'Italie, dans le dessein de recueillir des matériaux pour son histoire de la musique. De retour à Londres', en 1771, il publia le journal de son voyage sous ce titre Musical Tour, or present State of music in France and Italy. Le docteur Johnson regardait cette relation comme un modèle pour les voyageurs, et il en adopta le plan dans son voyage aux lies Débrides. L'année suivante Burney parcourut l'Allemagne, les PaysBas et la Hollande ; et, en 1775, il publia le résultat de son voyage , 5 vol. . Peu après, il fut élu membre de la société royale de Londres. Le 1" volume de son General History of music , parut en 1776 Il renferme l'histoire de cet art chez les peuples de l'antiquité, jusqu'à la naissance de JésusChrist. Le 2', publié en 1782, Le docteur Forkel a donné en allemand une Histoire de la musique que quelques _personnes préfèrent à celle du docteur Burney ; tuais il n'en a paru que 2 vol. et le 5* n'a pas été achevé. Quant aux 2 volumes qui ont été publiés sous le nom de Busby, avec le titre d'Histoire do la musique, la Revue d'Édimbourg en a fait justice, en démontrant que c'était un plagiat littéral des ouvrages de Burney et de Hawkins. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que l'Histoire générale de la musique est un ouvrage immense, qui n'avait de modèle dans aucune langue, et qu'on doit le considérer comme un des plus beaux monuments élevés à l'art musical. Burney déclare qu'il mit vingt ans à le méditer, et qu'il en consacra plus de trente à l'écrire. Quand il en publia le dernier volume, la moitié de ses souscripteurs n'existait Cet ouvrage a été traduit en français par Charles Brack, sous le titre suivant de l'Étal de la musique en Allemagne el sucloul en Bohême, Unes, 1809-1810, 5 vol. plus. On ne saurait trop le louer pour la profondeur des recherches, la netteté de ses résumés, la lucidité de ses idées, et l'élégante facilité de son style. Faisant marcher de front l'histoire de l'art et celle des artistes, il n'oublie rien de ce qui peut captiver le lecteur, l'instruire et l'amuser. De temps en temps il joint à son texte des spécimens précieux de musique ancienne ou moderne, soit fragments, soit morceaux entiers : ainsi, par exemple, il donne quelques airs composés par Salvator Rosa, et quelquesuns des traits de chant les plus difficiles exécutés par Farinelli durant son séjour à Londres. Peut-ètre le plus grand défaut de son livre consistetil dans l'inégalité de ses diverses parties, dans la prédilection accordée à l'histoire de la musique en Angleterre, et à l'analyse des opéras de Haendel, laquelle ne remplit pas moins dé deux cents pages du 40 volume. Néanmoins, et malgré les travaux de Forkel, l'histoire de Burney conserve toujours sa valeur et sa célébrité, parce que c'est un ouvrage fait avec conscience et talent. Traduit en allemand, il ne l'a pas encore été en français, mais beaucoup de nos écrivains y puisent sans le citer. Aux qualités du savant et de l'artiste, Burney réunissait toute l'amabilité de l'homme du monde aussi ne duiton pas s'étonner qu'il eût beaucoup tl'aim us: une circonstance lui en fournit la preuve. Dans le cours de l'année 4795. plusieurs journaux ayant annoncé sa mort, les témoignages de regret les plus vifs et les plus flatteurs éclatèrent de toutes paris. La force de corps et d'esprit qu'il conserva jusque dans un fige avancé lui permit de recueillir tous les avantages de sa position. Habitant l'ancienne maison de l'illustre Newton, il était lié avec les hommes les plus distingués par leur mérite, tels que le docteur Johnson, le peintre Reynolds, Goldsmith, Cumberland, Garrick, Edmond Burke, etc. Aprés les fètes musicales données à Westminster en 1784 et 1785, pour la commémoration de Ilaendel, le docteur Burney, chargé d'en publier la description , y ajouta un mémoire sur la vie de Haendel, qu'on regarde comme un modèle dans le genre biographique. On lui doit aussi des mémoires sur la vie et les ouvrages de Métastase , Londres, 1796, 3 vol. On y trouve beaucoup de lettres de Métastase, et des remarques critiques, pleines d'huera, sur diverses compositions du poète, ainsi que sur son gon t pour Jomelli et son aversion pour Gluck. Burney avait publié en 1754 des morceaux qui se chantent à la chapelle pontificale pendant la semaine sainte, tels que le Miserere d'Allegri, les Lamentations de Jérémie par Palestrina. Choron en a donné une nouvelle édition en .1818. Dans les Transactions philosophiques de 1779, on trouve encore un écrit tin docteur Burney sur un musicien de sept ans, qui était alors un prodige, et qui est connu aujourd'hui, comme musicien médiocre, sous le nom de docteur Croteh. Nous ne parlerons pas de diverses Celte description a pour titre : Account of lite musical glu?, Pionces in Westeninsler- Abbey and the Panlheon, etc., Londres, 178n * min of lite life and wriling8 of dietashisio. compositions musicales de Burney, regardées comme sans valeur, même par les Anglais. Ce docteur passa les dernières années de sa vie tranquillement retiré à l'hôpital de Chelsea, dont il avait été conflué organiste en 1790; mais il se faisait suppléer dans ces fonctions. 11 mourut en 1814. Burney s'était marié deux fois, et avait eu huit enfants, parmi lesquels il y en eut quatre, deux garçons et deux filles, qui continuèrent la célébrité de son nom. Ses deux filles, Francisca et Sara, composèrent des romans qui ont joui d'une vogue méritée. La première et la plus connue épousa un émigré français, le comte d'Arblay. C'est à elle que nous devons Evelina, Cecilia, et plusieurs autres romans intéressants qui tous ont été traduits en français et en plusieurs autres langues. Ce qu'il y a de remarquable dans sa car- • rière littéraire, c'est que ses premiers romans furent composés pour l'amusement de son père, qui, voulant se distraire de ses travaux sérieux, s'était mis à lire des romans. Il eut bientôt épuisé tous les chefsd'oeuvre du genre; alors miss Burney, qui n'avait que dixhuit ans, essaya d'y suppléer, et composa des romans qui ont été traduits dans toutes les langues et partout admirés. C'est aussi madame • d'Arblay qui a publié en 1852 les Mémoires du doc- teur Burney, rédigés sur ses propres manuscrits, sur des papiers de famille el sur des souvenirs per- sonnels, Londres, 5 vol. la lecture en est très- attachante. On peut en lire l'analyse dans le Monthly Review de janvier 1833. F—LE et M—N—S.
  • Charles BURNEY( 1757 - 1817) : frère du précédent, naquit à Lynn dans le comté de Norfolk, le 4 décenibre 1757. Trèsjeune encore il fut conduit à Londres par son père avec le reste de sa famille, puis placé en 1768 à la Chartreuse , d'où, pour terminer ses études, il se rendit au collége de Caïus à Cambridge, et au collège du Roi dans VieuxAber- I ,deen. C'est dans ce dernier qu'il prit le degré de 'maitre èsarts en 1781. L'année suivante il fut admis comme professeur à l'académie de Higligate , alla seconder à Chiswick le docteur Rose dont il devint L'associé, et s'y distingua nonseulement comme pro- fesseur de grammaire et de langues anciennes, niais encore comme critique. Le docteur Rose avait fondé avec Cleveland le Monthly Devietv. Plusieurs articles que Burney y inséra commencèrent sa réputation d'helléniste, qui finit par n'avoir de rivales que celle de Parr et celle de Porson. En 1792 l'université d'Aberdeen lui conféra le grade de docteur en droit. Gendre du docteur Rose depuis 1783, Burney avait alors ouvert à Hainmersmith une institution dans laquelle il jeta les bases d'une trèsbelle fortune ; il l'eût achevée sans doute dans celle que peu d'années après il fonda à Greenwich, près de Londres, si quelques traits qui décèlent de l'indélicatesse, pour ne rien dire de plus, ne l'eussent mis dans la nécessité de se retirer, en la cédant à son fils, vers 1813. Burney mourut en 1817. Sa bibliothèque pouvait passer pour magnifique, même en Angleterre où le goût de cette noble magnificence est plus répandu qu'ailleurs. Sous quelques rapports, elle surpassait le musée britannique. Ainsi l'on voit, dans un rapport du comité de la chambre des communes, que le nombre des éditions d'Eschyle, d'Anacréon, d'Homère, de Sophocle, ne passait point treize, dixsept, quarantecinq, onze au musée britannique, et qu'il s'élevait chez Burney aux chiffres dixsept, vingtsix, quarantecinq, cent deux. Parmi ses manuscrits, on distinguait le superbe Homère de Townley, qui fut évalué 25,000 fr. par les commissaires. Le chiffre des livres imprimés n'allait pas moins de 14,000, dont, plusieurs chargés de notes marginales de H. Etienne de Bentley, de Illarekland et de Burney luimême. Une pétition des gardiens du musée britannique sollicita de la chambre des communes l'achat de cette belle collection : la chambre nomma une commission, et, sur son rapport, vota l'achat au prix de 537,000 fr. Quelques membres se récrièrent sur l'énormité de la somme, mais sir J. Makintosh s'écria impétueusement : « La restitution d'un seul « passage dans un discours de Démosthène vaut « toute la somme aux yeux d'un peuple libre... » Ce ne serait pas du moins aux yeux d'un peuple calculateur ; et il nous semble que si la bibliothèque de Burney valait en effet 337,000 fr., il y aurait eu de meilleures raisons à faire valoir. On lui doit, entre autres ouvrages, les suivants : 1° Appendice au Dictionnaire de Scapula et autres, Londres, 1789. Les additions contenues dans cet appendice, écrit en latin, sont tirées d'un manuscrit dont Askew avait été possesseur. 2° Lexique grec de Philémon, sous le titre de Lexicon lechnologicum, Londres, 1812 et Cette édition princeps du lexicographe du basempire fut faite sur un manuscrit de la bibliothèque royale de Paris ; elle ne contient que le texte grec, et à tous égards elle est de beaucoup inférieure à celle qu'a donnée de Philémon M. Fred. Osann, Berlin, 1821, avec fragments inédits, notes et dissertations sur les différents grammairiens qui ont porté le nom de Philémon. 2° Tentamen de maris ab lEschylo in choricis can- gibus adhibitis. Cambridge, 1809 ouvrage estimé, tiré à petit nombre d'exemplaires. Burney , fait preuve d'érudition et de sagacité dans l'explication de ce sujet difficile ; niais il s'en faut de beaucoup que ses théories et ses conjectures soient à l'abri de toute critique. 4° Appendice sur les vers grecs de Milton , à la suite de l'édition des Millon's minor Poems de T. Warton, 1791
  • Charles BUTLER( 1560 - 1647) : auteur anglais, né en 1560 à Wycombe, dans le comté de Buckingham, et élève d'Oxford, fut vicaire dans une paroisse de campagne, et mourut le 29 mars 1647. 11 est auteur de plusieurs ouvrages, et, entre autres, des suivants : 1° the feminine Monarchy , Oxford, 1609 ; 1654 ; et trèssouvent réimpr. 20 The Principles of musick , Londres, 1636 3° Une Gram- maire anglaise, publiée à Oxford en 1653, 1634 Butler y propose un plan d'orthographe régulière, et se sert de caractères, dont quelquesuns sont empruntés du saxon, et dont les autres, de sa propre invention, sont si singuliers, que nous n'a- vons point de caractères pour les figurer. Sa prédi- lection pour ce prétendu perfectionnement était telle, que ses ouvrages sont imprimés de la même manière que sa grammaire. La conséquence en a été un dégoût presque universel pour tous ses écrits, quoiqu'ils :soient d'ailleurs curieux et intéressants. Ceux que nous n'avons pas cités sont : Rheioricœ libri duo, Oxford, 16-29; Oratorhe libri duo, Oxford, 1633; et Regula de propinguitate mat rimonium impediente, Oxford, 1625
  • Charles BUTTINGHAUSEN( 1731 - 1786) : professeur de théologie et prédicateur à Heidelberg, né à Frankental en 1751, mort le 15 juin 1786, a beaucoup contribué par ses recherches à éclaircir l'histoire du Palatinat en général, et de l'université de Heidelberg en particulier. On a de lui, outre un grand nombre de thèses et de dissertations théologiques : 1° Sup- plément à la Chronique d'Aventin, Francfort, 1758 ; 2,, Délassements tirés de l'Histoire du Palati- net et de la Suisse, Zurich, 1766, en 5 parties iii-8°; 3' Matériaux pour servir à l'histoire du Palatinat, 2 volumes publiés en 8 parties, de 1775 à 1782, 1VIanheim ; 4° Renseignements historiques sur le Palatinat, tirés d'écrits modernes , Manheim,1785-86; 5° Miscella historia universitatis Heidelbergensis inservientia, Heidelberg, 1785-86, 2 part
  • Charles CAILLY( 1752) : né à Vire en 1752, entra fort jeune dans la carrière du barreau, et s'étant montré, dès le commencement, l'un des partisans de la révolution, il remplit dans le département du Calvados différentes fonctions administratives et judiciaires, entre autres celle de commissaire près les tribunaux civil et criminel de Caen ' • il y lit preuve de sagesse, de modération; et rendit quelMues services aux victimes de la tyrannie révolutionnaire. Dénoncé bientôt luimème comme fédéraliste , et mis hors la loi, il ne dut son salut qu'a des circonstances particulières, et notamment au siège de Granville par les 'Vendéens, qui fixa toute l'attention des conventionnels. Après le 9 thermidor, il rentra dans les fonctions publiques. 11 était commissaire du directoire près l'administration dépar- tementale du Calvados, en 1797, lorsqu'il fut desti- tué comme soupçonné d'appartenir au parti qui allait succomber dans la journée du 18 fructidor. Son département le nomma néanmoins, en 1798, député au conseil des anciens, dont il devint secrétaire l'année suivante. 11 y lit un rapport sur le notariat , et soutint les droits de la république sur les successions des émigrés. Il parla encore dans cette assemblée sur le régime hypothécaire, sur le vagabondage et sur d'autres objets de législation Après le 18 brumaire, Cailly entra dans la magistrature nominé d'abord juge au tribunal d'appel de Caen, il devint plus tard conseiller, puis président de cham- bre à la cour royale. Il est mort dans l'exercice de ses fonctions le 8 janvier 1821. Cailly avait toujours cultivé les lettres, et il était l'un des membres les Dans une petite biographie critique qui parut en 1796, intitulée le Tribunal d'Apallen, u vol. on lit : « Le beau sexe a « besoin de l'éventail quand il entend les graveleuses niais chaman-« tes pièces fugitives du père, » Et dans l'article de Cailly fils il est dit : « Si l'on pouvait faire rimer treille avec belle, miséricorde « avec hallebarde, ce chansonnier opiniâtre travaillerait aveo tuie « incroyable facilité. e V—ve. plus assidus de l'académie de Caen. Le recueil de cette société contient plusieurs mémoires de sa com- position. On a encore de lui : 1° Rapport au conseil des anciens sur l'organisation du notariat , 1799 ; 20 Dissertation sur le prdugé qui attribue aux Égyptiens l'honneur des premières découvertes dans les sciences et les arts, lue à l'académie de Caen, Caen, 1802
  • Charles CALIARI : peintre, connu sous le nom de CARIA:Tm fils aîné de Paul, avait reçu de la nature un caractère docile et appliqué. il faisait les délices de son père, et il imitait son style avec succès. Pol désirait que sou fils le surpassàt, et le ' sait publiquement. Il ne voulait pas qne, travaillant d'après uu seul modèle, il finit par ere un copiste. Il renvoya donc à l'école de Jacques Bassan, persuadé que la force de celuiei, jointe au goût dont il lui avait donné des leçons, formerait chez Carletto une manière originale plus savante. En effet, Carletto, qui perdit son père à rtige de dixhuit ans, avait déjà un talent assez marqué pour achever ses ouvrages, et oser perfectionner ceux que Paul n'avait pas finis. Le musée de Florence possède un tableau représentant Ste. Catherine. On y voit le nomn du lils, 'nais On y reconnaît toute la grâce du père. Carletto mourut en 1596, à 26 ans, suivant Ridoir', et à 24 ans, suivant Zannetti. Cet artiste eût peut- ètre surpassé en quelques points Paul Véronèse luiméme, si l'ardeur de l'étude n'eût pas abrégé ses jours. Il a composé un tableau représentant S. Au- gustin. On y remarque le mélange des deux mérites de l'école du Bassan et de celle de son père. Ce maitre manque au musée. -- Gabriel CALIARI, son frère. naquit en •1568. fi travailla d'abord aux n'élues tableaux que Charles. On en connait portent cette signature : Hawks Pauli Caliari Ve- ronensis fuerunt. Ces tableaux sont du nombre de ceux que Caliari n'avait pas terminés, et que ses fils achevèrent. Bidolli assure que ce fut Charles qui lit les plus belles sigures de ces ouvrages, et ajoute que Benoit Caliari, frère de Paul, travailla aussi beaucoup à la partie de l'architecture. Après la mort de Charles, Gabriel se livra peu à la peinture; il s'adonna presque tout entier au commerce ; cependant il fit encore quelques tableaux de chevalet et des portraits au pastel qui sont fort rares. Gabriel étant arrivé à l'âge de 65 ans, mourut de la peste en 1651. On n'a pas au musée de tableaux de ce maitre. On en trouve_ rarement de irèsauthentiques , dans les cabinets des curieux
  • Charles CARLESON( 1703 - 1761) : secrétaire d'État en Suède, chevalier de l'Étoile polaire, naquit en 1705 à Stockholm, où son père était négociant. Ayant fait de bonnes études à Upsal, il entra dans les charges, et s'éleva peu à peu à celle de secrétaire (l'État. TI mourut en 1761. Carleson était versé clans les langues anciennes et modernes , dans le droit et dans les sciences économiques. On a de lui un Dictionnaire d'économie, quelques traités de jurisprudence et de morale, et des traductions en suédois de plusieurs ouvrages anglais, ainsi que du traité de Seneclute de Cicéron. — Édouard CARLESON, son frère, fut président du conseil (le commerce à Stockholm. Après avoir voyagé en Turquie avec le baron de Hcepken, il fut nommé ministre de Suède à Constantinople. Les services qu'il rendit à son pays furent récompensés d'une manière brillante. Retourné en Suède en 1746 , il devint successivement secrétaire d'État, commandant de l'ordre de l'Étoile polaire , chancelier de la cour , et président au conseil de commerce. Il mourut en 1767. Ses loisirs avaient été consacrés aux sciences , et il laissa plusieurs ouvrages en suédois parmi lesquels nous remarquerons ses Considérations sur l'état des pécheries en Suède, et sa Relation du voyage de deux seigneurs suédois en Asie , en Palestine, à Jérusalem , etc. On trouve aussi plusieurs mémoires du président Carleson dans le recueil de l'académie des sciences de Stockholm, dont il était membre
  • Charles CARTARI( 1614) : né à Bologne en 1614 , avocat au consistoire, fut chargé par Urbain VIII, en 1638, de l'inspection des archives du saintsiége, et mourut en 1697. Il avait publié quelques ouvrages de jurisprudence de S011 père, Jules Cartari , né à Orviete en 1558, et mort sénateur romain en 1655 ; mais il est plus connu par les ouvrages suivants : 1. la Rosa d'oro ponli ficia, racconto isiorico, Rome, 1681 2° Pallade Bambin, ovvero Biblioleca degli opuscoli volanti , cite si conservano net pal- lazzo delli signoi Alfieri, Rome , 1694 Cet ouvrage, dont la première partie seule a paru , fut composé en 1680; il contient 120 pages qui renferment un catalogue des petites pièces singulières imprimées à part. La préface de la Panade Bambina a été insérée dans le t. ler de la Biblioteca volante de Cinelli, seconde édition , donnée et considérablement augmentée par le docteur Sancassani. Dans cette préface , Cartari fait avec beaucoup d'esprit et d'originalité l'éloge des opuscules en prose et en vers; il rapporte les titres d'un assez grand nombre de ces pièces, et les noms de leurs auteurs. u Je con« nais, dit Cartari, une telle quantité de ces légères productions, ; Dur- « c?iello Barbiero, la Nobiltd dell' orle de' barbie« ri , etc. » 11 remplit plus d'une grande page de ces titres singuliers. Cette édition de la Biblioteca volante contient aussi , par articles séparés et dans l'ordre alphabétique, tout l'ouvrage de Cartari. Celuici avait promis de poursuivre son travail avec rapidité, annonçant qu'il avait un grand nombre de matériaux tout prêts ; mais U mourut peu de temps après la publication de sa pl'emière partie. Il a fait encore d'autres ouvrages, dont on peut voir la liste dans les Acia etalitor. de 1715, p. 505. — nioineÉtienne CARTARI , IiIS (lu précédent , né en 1651 , avait entrepris un grand ouvrage sur toutes les familles illustres de l'Europe, et en publia une espèce de prospectus, sous ce titre : Prodromo grntilizio, ovvero traitai° delle arroi ed insegne delle famiglie, preliminare Europea gentilizia, Rome, 1679 ; mais il mourut en 1685 avant de l'avoir achevé. Il avait porté son travail jusqu'à la lettre M, et possédait d'abondants matériaux pour le terminer
  • Charles CHABROUD( 1750 - 1816) : né à Vienne, dans le Dauphiné, en 1750, était avocat dans cette ville lorsque la révolution commença. 11 n'en adopta pas d'abord les principes, car il passait dans sa province pour un homme du gouvernement, et ce fut méme par l'influence et par les ordres du ministère qu'il parut, en 1789, à l'assemblée des états de , ltomatis. Aussi l'on y fut très-étonné de l'entendre parler dans le sens de l'opposition révolutionnaire. Cette espèce de défection inattendue lui valut quelque popularité et le lit nommer député aux états généraux. Dès les premières séances, Chabroud se joignit dans cette assemblée à la majorité du tiers état. Il vota pour la réunion des ordres, assista à la fameuse séance du Jeu de paume, enfin il se montra : l'un des partisans les plus prononcés des innovations. st à ce titre, sans doute, qu'on le chargea du rapport sur les événements des 5 et 6 octobre 1789. lipie . On sait qu'il y deplova toute son éloquence pour blanchir Mirabeau et le duc d'Orléans, signalés comme les principaux instigateurs des attentats commis à cette époque contre la famille royale, et sa partialité fut telle qu'on l'accusa hautement d'avoir reçu une somme d'argent. Les journaux et les brochures du temps lancèrent contre lui d'amers quolibets , et on le nomma partout Chabroud la Le plus singulier et le plusvirulent des pamphlets qui furent publies rostre Chabroud a pour titre : Faits et , A Aradoeratopolis, de l'imprimerie de la ci- devant jiuilice, à l'enseigne de la ci- deraia t'élite, el se ! route de.; les opprimés, tau 2 de la démagogie 4791 de 51 p. L'auteur parsis avoir bien connu la famille de Cliabroud. Il lui donne pour grandpère un tailleur du petit sillage de StJeandeDouma!, a trois lieues de 1 ienu c ru Dauphine, et pour pere le domestique d'un procureur DAMLIIé N'alkt. Ce Chabroud devint ensuite clerc d'un autre procureur et paiement de Grenoble, et lui gagna son etude en la lui faisant jouer au passe- dix. Puis il epousa la tille d'un troisietne procureur, momie Couturier ; et de te mariage naquit Charles Chabroad. Celuici devint aussi procureur au parlement , et ne tarda pas, s'd faut en croire son biographe. à se faire une fortune par dea faits Cl yeett qu'il rapporte, et par sa maniere de conduire utbe affaire : « II l'embrouillait, la ifebrouillait, 1.1 simplitiait, la I winstimait et 4 chargeait de tent d'itickteuts, que jugea et parties blanchisseuse. Piqué de ces attaques, il annonça, par un avis inséré dans les journaux, qu'il prenait note de tout et qu'il répondrait à tout en mène temps; mais cette réponse n'a pas paru. Le respectable Mounier, qui avait présidé l'assemblée dans ces journées déplorables, et qui connaissait mieux que personne la vérité, fut indigné du rapport de Chabroud; et, sous le titre d'Appel à la postérité, il en publia une réfutation aussi solide que véhémente, qui resta sans réplique. Chabroud fut, sinon un des orateurs les plus distingués, du moins un des plus verbeux de l'assemblée nationale ; surtout il parla beaucoup sur les questions de jurisprudence. Poussant jusqu'à l'extrème toutes les conséquences des nouveaux systèmes, il s'opposa à toute intervention du roi dans le choix des juges, et demanda qu'ils n'eussent de pouvoir que durant quatre ans. Il vota pour l'institution du jury en matière criminelle, et voulut mérite qu'il fùt établi pour les affaires civiles. Cependant il eut le bon esprit de s'opposer à l'élection populaire des magistrats chargés de la vindicte publique. Il demanda ensuite que l'autorité municipale ftit seule chargée de réprimer les séditions. Nommé président au commencement d'avril '1791, il occupait le fauteuil lorsque Louis XVI vint à l'assemblée se plaindre des obstacles que la Populace mettait à une promenade qu'il avait voulu faire à StCloud. La réponse de Chabroud, tout empreinte qu'elle était du caractère de l'époque, ne manquait pas d'une certaine convenance. Après avoir dit au malheureux prince qu'une agitation inquiète était inséparable des progrès de la liberté, , t lui demandaient gràce, et que, dans le vrai, l'affaire n'avait été et « ne pouvait etre bonne que pour lui. e Havait exercè pendant six ans, lorsqu'en 4777 il voulut se faire recevoir avocat. Son biographe pretend que le barreau de Grenoble refusait de l'admettre dans son sein, en disant que« si l'on mettait sa robe à la presse, on en verrait « sortir encore du sang, ou tout au moins les larmes de ses clients. » Mals il réussit à vaincre la résistance de l'ordre des avocats ; fut reçu, il plaida, et, suivant son historien, sa réputation eut 5 souffrir plus d'un echec ; il filt Dlt.1126' d'être interdit, et le parlement venait de rendre contre lui un arret peu honorable, lorsqu'il partit pour les états géneraux. L'auteur des Faits el Gestes ajoute que le peuple de Grenoble son effigie, en lui reprochant d'avoir employe, « isur se faire nommer, les cabales les plus répréhensibles et « les plus odieuses; » que Chabroud ne larda pas à envoyer, dans le Dauphiné, dos écrits incendiaires, où il disait : Il faut que la li- berté sorte de la fumée que produira l'incendie des chilleaux. — Ce fut Mirabeau qui, selon l'auteur, rédigea le rapport le Chaliroud sur raffaire des 5 et 6 octobre 1789, rapport qui ne fut fait que dans les stances du 50 septembre et du er octobre 4790. On l'attaqua de tous les côtés: l'abbe Maury lui reprocha d'avoir poursuivi les ténioins comme des accuses ; de n'avoir rien négligé pour décou- vrir des contradictions ou des faussetés dans leurs depositions; d'avoir dit que les témoins n'avaient pas vu ce qls avaient cru voir, de n'avoir pas entendu ce qu'ils &posaient avoir entendu; d'avoir suivi, dans l'examen des faits, une regle de critique qui a égaré tant d'historiens, en ramenant toujours la verde aux cane- files de la vraisemblance; d'avoir conjecturé que tout était conjectural dans cette procedure criminelle; enfin d'avoir, au lien d'un rapport impartial, présenté un plaidoyer ou plutiit un panegyTique en faveur des accusés. Le biographe termine ainsi sa curieuse no tire :« 11 n'est os de mauvais calembour, de mechantes platan- 1 teries qui n'aient été faites sur le compte de Chabroud. s On lui dit un jour : « fi était bien inutile, ô blanchisseur Chabroud, que « vous prissiez tant de peine pour laver d'Orleans et Mirabeau, car « vous ne parviendrez jamais à les sécher, à nantis que 501P; ue « leur fassiez part de votre corde pour les ...tendre. n Tel était le style des pamphlets du temps; quoi est nolanduci. il ajouta que le peuple voulait le bonheur du roi, de même que le roi voulait le bonheur du peuple... Quelques mois plus tard, lorsque Louis X VI eut fait la vaine tentative du voyage de Varennes, Citabroud se livra sans réserve à toute sa haine pour la royauté. Il demanda que les complices de la fuite du roi fussent jugés par la haute cour nationale, et lit passer à l'ordre du jour sur la proposition de Malouet, tendant à poursuivre l'auteur d'une affiche où Ion provoquait ouvertement l'abolition de la royauté. Donnant de plus en plus à ses discours une direction révolutionnaire, Chabroud demanda, le 30 juillet 1791, que, pour extirper tout ce qui pouvait avoir une influence dangereuse, il fût défendu à l'ancienne noblesse, sous les peines les plus sévères, de mentionner dans aucun acte les titres abolis, même en les faisant précéder du mot cidevant. Il trouva trop faible le projet de Vernier contre l'émigration, et, dans le même temps, il proposa à l'assemblée de rendre à son compatriote Mably les mènes honneurs qu'a Voltaire. Chabroud lit ensuite supprimer, pour le fils du roi, le titre de dauphin ; ce qui était assez remarquable de la part d'un représentant du Dauphiné. Revenant cependant à des idées d'or- dre et de fixité, il présenta à la fin de la session , au nom du comité militaire, un rapport assez raisonnable pour la répression des désordres qui se manifestaient dans plusieurs corps de l'armée; et, malgré l'opposition de Pétition et de Robespierre, il lit rendre contre les séditieux une loi assez convenable. Plein de zèle pour la constitution, à la rédaction de laquelle il avait contribué, il lit décréter que le portrait de Louis XVI acceptant cette constitution serait placé dans la salle des séances. Aussitôt après la session, Chabroud fut nommé par le département de SeineetOise l'un des juges du tribunal de cassation. Ces liantes fonctions ne l'empèchèrent pas d'être dénoncé, le 25 juillet 1792, à l'accusateur public Robespierre, par le procureur de la commune Manuel, comme auteur d'une brochure intitulée : Projet d'union des Fran- çais, qui n'était, dit le dénonciateur, qu'une ruse feuillantine, c'est-àdire dans le sens des feuillants , dont Chabroud avait alors adopté les principes. A une pareille époque, cette dénonciation pouvait le perdre. Cependant elle fut sans effet ; et Chabroud resta assez paisible, pendant tout le règne de la terreur, au tribunal de cassation où il s'efforça prudemment de rester ignoré. Ces fonctions alors temporaires ayant cessé en 1797, il créa un cabinet de consultation, fut nominé avocat à la cour de cassation, au conseil d'État et au conseil des prises. La perte de son épouse, femme trèsbelle et trèsbonne, fut pour lui un sujet d'éternelle douleur. Il abandonna les affaires, se retira auprès de sa fille dans une maison de campagne, proche de Paris, et il y mourut de chagrin et d'ennui, le 1" février 1816. Sous des formes simples Chabroud avait l'art, presque ina- perçu, d'introduire dans ses plaidoiries un peu de la subtilité des légistes romains. Un de ses clients lui ayant un jour demandé ce qu'il pensait de son affaire : a Ah ! monsieur, répondit Chabroud,- j'ai perdu de si bonnes causes I j'en ai gatzné de si mauvaises! » hors de son cabinet, dépouillé de sa robe et de sa toque, Chabroud était lionne du inonde le plus gai et le plus aimable. La plupart de ses rapports à l'assemblée nationale ont éte imprimés séparément, notamment son opinion sur quelques .. ; questions relatives à l'ordre judiciaire, prononcée le 50 mars 1790 et son opinion sur la pro- . cédure du Chàtelet, relativement à l'affaire des 5 et 6 octobre 1789, 2 parties
  • Charles CHAISNEAU : mort il y a quelques années dans un âge avancé, desservant de la paroisse d'Antony, a écrit plusieurs volumes sacrés, dit un biographe, dans l'acception plaisante que Voltaire a donnée à ce mot, Sacrés ils sont, car personne n'y touche. Le plus ancien dans l'ordre de sa publication a pour titre : Polémon, pastorale, Paris, 1787, in -8°. Cet ouvrage fut suivi d'Arras, pastorale sur les assemblées provinciales, Sens, 1788. de 92 p. On admire la naïve bonne foi avec laquelle l'auteur applique un genre de poésie toute païenne aux intérèts et aux débats de l'Église. On peut lui reprocher d'avoir publié clans Pandore, pointe en 5 chants, Paris, 1808 un ouvrage mythologique beaucoup trop libre pour un prètre. Enfin il a lancé contre la valse une véhémente philippique intitulée : Nouvelle Cythère, ou le Jardin des Tuileries, suivi d'une Lettre sur la valse, Paris, 1814 de 48 p. j Dans cet ouvrage, comme dans les précédents, les 1 idées de la mythologie grecque préoccupent l'auteur. On doit à l'abbé Chaisneau quelques ouvrages plus dignes de son ministère : 1 ° Atlas d'histoire naturelle, ou Collection de 58 tableaux relatifs à la zoologie, à la botanique et à la minéralogie, etc. , Paris, an 9 , petit « Cet ouvrage, dit M. Qué« raid, qui est le développement du Tableau général « et méthodique d'histoire naturelle, a été rajeuni « en l'an 11 , au moyen d'un nouveau titre : « Atlas d'histoire naturelle, ou Tableaux relatifs aux « trois règnes de la nature, à l'usage de ceux qui « professent ou étudient cette science, Paris, Bau 2° Tableau général et méthodique d'histoire naturelle, suivant les leçons du muséum de Paris, 1805, sine feuille 5. Vie de la Ste. Vierge, mère de Dieu, tirée des saintes Écritures et des témoignages des SS. Pères, par un prètre du diocèse de Genève , Paris, 1804 nouv. édition, ibid. , 1821 4° Discours sur l'enseignement qui a eu lieu au collée d'Issoire, Paris, '1806 Mappemonde d'histoire naturelle, Paris, •809 6. Rhétorique française, basée sur les principes de l'analyse et de la composition, Paris, 1815
  • Charles CHARLIER : avocat à Laon, fut député par son départeMent à l'assemblée législative, en 1792, et ensuite à la convention nationale, où il se montra l'un des plus ardents provocateurs des mesures révolutionnaires. Dès les premières séances, il proposa de supprimer le recrutement de l'infanterie, assurant « qu'il suffirait de sonner le tocsin « pour que 25 millions d'hommes prissent les « armes. » 11 lit ensuite décréter que les prêtres seraient soumis à un nouveau scrutent, sous peine d'être incarcérés. Le à juillet 1792, il avait fait le premier la proposition de vendre les biens des émigrés, et, quelques mois après, il lit décréter que ceux qui seraient arrêtés sur le territoire français seraient fusillés dans les vingtquatre heures. Il vota la mort dans le procès de Louis XVI, et il appuya la proposition de faire juger la reine par les tribunaux ordinaires, comme toute autre femme. 11 ne se montra pas moins acharné contre les députés de la Gironde, prit une grande part à la révolution du 31 mai 1793, demanda la toise en jugement de Brissot, et défendit Marat avec beaucoup de chaleur. Il accusa ensuite avec fureur tous les fournisseurs, attribua les revers des armées aux fripons en place; obtint contre Perrin de l'Aube, chargé de l'examen des marchés, un décret d'accusation, et poursuivit ce député jusqu'à ce que, condamné à être exposé sur un échafaud, il en fùt mort de chagrin. Charlier s'unit ensuite aux thermidoriens, attaqua Robespierre le 8 thermidor, et provoqua la condamnation de Lebon et Coflinhal ; mais il lit bientôt après tous ses efforts pour s'opposer à la réaction contrerévolutionnaire. C'est ainsi qu'il vota l'impression d'un discours de Louchet, sur la nécessité de maintenir le système de terreur, qu'il combattit les propositions faites en faveur des émigrés du Haut et BasRhin, et qu'il vota le maintien des taxes révolutionnaires. Il fut accusé d'avoir pris part aux complots des anarchistes dans le mois de mai 1795, et Hardi proposa son arrestation, qui fut rejetée. Devenu piembre du conseil des anciens, Chartier demanda que ses collègues eussent toujours le poignard à la main, pour frapper quiconque voudrait rétablir la royauté. Au commencement de 1797, il donna plusieurs signes d'aliénation, et dans le mois de février, on apprit qu'il avait mis lin à ses jours la suite d'un accès de lièvre chaude. 11D
  • Charles CHASSANIS( 1750 - 1802) : littérateur, né vers 1750, à Nîmes, d'une famille honorablement connue dans le commerce, lit de bonnes études et suivit la carrière à laquelle ses parents le destinaient; mais sans rien relâcher des devoirs d'un négociant, il continua d'employer ses loisirs à la culture des lettres. Regardant la religion comme la base la plus solide des États , il prit sa défense dans plusieurs écrits. 11 eut le bonheur d'échapper aux poursuites des comités révolutionnaires, et mourut, en 1802, à un âge qui semblait promettre encore de longs jours. On a de lui : 1° Essai historique et critique vers 1780, condisciple de Chassaignon : il avait, ditil, du tact, des connaissances, de la physionomie, de l'énergie ; tuais une mauvaise étoile. Chassaignon lui a conservé un souvenir dans les Nudités, p. 508 et 309. lit, l'insuffisance et la vanité de la philosophie des nciens, comparée à la morale chrétienne, Paris, 1785 Cet ouvrage est annoncé comme une traduction de l'italien de D. Getan Sertor ; niais on soupçonne que Chassanis en est le véritable auteur. On en trouve une analyse intéressante dans l'Année littéraire, t. 4, p. 145. 2' Morale universelle tirée des livres sacrés, Paris, 1791 50 Pu Christia- nisme et de son culte contre une fausse spiritualité, Paris, 1802
  • Charles CHASSEL( 1612) : sculpteur, naquit à Nancy, en 1612. Il est mis au nombre des plus fameux sculpteurs en petit que la Lorraine ait produits. Peu d'artistes ont saisi plus habilement que lui la manière de développer les parties extérieures du corps humain. Il existe de cet artiste au musée de, Nancy un Cru- cifix en bois représenté d'une manière si pathétique, que le sang semble circuler dans les veines ; l'expres- sion en est d'une admirable vérité. La reine mère, voulant occuper l'enfance de Louis ,‘IV, fit venir Chasse' à Paris. Cet artiste fut chargé de faire en petit, pour le monarque enfant, une armée de cavalerie et d'infanterie. Il y avait représenté toutes les machines nécessaires aux batailles et aux sièges : ces différents détails étaient rendus avec la plus scrupu- leuse vérité. C'était avec ces petites sculptures de Chasse' que Louis XIV se familiarisait avec le grand art de la guerre. Charles Chasse', honoré du brevet de sculpteur de ce prince, mourut à Paris dans nn àge fort avancé, et laissa un fils qui se distingua dans la même carrière
  • Charles COFFIN( 1676) : né Buzanci, diocèse de en 1676, vint en 1695 achever à Paris les qu'il avait heureusement commencées, et ne pas à ètre distingué par le célèbre Rollin, qui la à une chaire au collége de Beauvais. Le jeune seur se montra digne de ce choix par son zèle, lents, et rar des productions ingénieuses en t en prose, relatives, tantôt aux événements tantôt à des circonstances qui lui étaient nnelles. Sa réputation s'accrut si rapidement, 'ers la lin de 1712, Rollin ayant quitté l'admiition , en ,ose à celle par laquelle Greneau, professeur au f, ;e d'Harcourt, avait vanté la prééminence du le Bourgogne. Dans cette jolie pièce, supérieure ,utes ses poésies profanes, règnent un esprit, un t et une délicatesse dignes de la liqueur qu'il cére, et la ville Elle a ,te traduite en vers français par le comte L. de ClicJue, Paris, 1825 de 16 texte eu reuard, la première édition parut cri 1736, furent extrèmement gatées ; on y trouva une heureuse application des grandes images et tics endroits les plus sublimes de l'Écriture, moins de verve et d'éclat quo dans celles de Santeuil, mais une latinité peut-étre plus pure, et surtout une simplicité et une onction qui semblent former le vrai caractère de ce genre de poésie. Combault, l'un de ses meilleurs écoliers, l'aida dans la composition de quelquesunes de ses hymnes; on lui attribue notamment deux strophes de celle de la StPierre. On ne doit point oublier la part que Coffin prit à la révision de l'Anti. Luerèce, qu'il relut en entier avec Crévier et Lebeau. Ce fut le dernier service qu'il rendit à la religion et aux lettres, auxquelles il avait consacré sa vie. Une vieillesse verte et vigoureuse semblait lui promettre de plus longs jours, lorsqu'une fluxion de poitrine l'enleva en 1749, à Paris, le 20 juin , à l'àge de 75 ans. « Poè'te sans caprices, dit l'auteur de « l'éloge placé à la tète du recueil de ses camus, « savant sans ostentation, sérieux par réflexion, « gai par caractère, toujours calme et serein, il « réalisait le sage des stoïciens. Vif et spirituel, tuais « modeste et peu parleur, sévère pour luimeule, « indulgent pour les autres en littérature comme en « morale, il haïssait la dispute, la médisance et la « satire. Sous un air de sécheresse et d'austérité, il « avait un coeur bon et compàtissant. Il laissa un a legs considérable au collége de Beauvais, qu'il « aimait avec une tendrese paternelle, et il fonda « des prix pour le concours des collèges de l'uni- « versité
  • Charles COLBERT( 1629 - 1696) : marquis de Croissy, rère du grand Colbert. né à Paris, en 1629, fut successivement conseiller d'Etat, président au conseil d'Alsace, premier président du parlement de Metz, et intendant de justice. Son mérite personnel, joint au crédit de son frère , le fit nommer ambassadeur en Angleterre. Il fut l'un des plénipotentiaires au congrès de Nimègue, et eut la plus grande part au traité d'AixlaChapelle, conclu en 1668. Il succéda à Arnauld de Pompone dans la place de ministre secrétaire d'Etat, et mourut le 26 juillet 1696, à 67 ans. 11 a laissé manuscrits des mémoires sur l'Alsace, les Trois-Ésèchés et le Poitou, conservés à la bibliothèque royale, et des lettres concernant ses différentes ambassades. Celles qui ont l'apport au traité de Nimègue ont été imprimées avec celles du comte d'Estrade et du comte d'Avaux, la Haye, 1710, 3 vol
  • Charles COLLÉ( 1709) : naquit à Paris, en 1709. Son père était procureur du roi au Cliàtelet et trésorier de la chancellerie du palais. Cousin de Regnard, il soutint l'honneur de cette parenté par sa gaieté vive et spirituelle. Dès ses plus jeunes années, il se sentit un attachement invincible pour la poésie et surtout pour le théere, nos vieux auteurs malins et naïfs faisaient ses délices ; il chantait sans cesse les couplets de Haguenier, mais il leur préféra bientôt ceux de Callet et de Panard, avec qui il s'était lié. Né avec beaucoup de défiance de luimême, il n'osa d'abord marcher sur leurs traces, et se borna à faire des amphigouris. Il chantait un jour celuici devant Fontenelle chez madame de Tencin Qu'il est heureux de se défendre Quand le cœur ne s'est pas rendu! Mais qu'il est fàclieux de se rendre, Quand le bonheur est suspendu; Par un discours sans suite et tendre, Égarez un coeur éperdu: Souvent par un malentendu L'amant adroit se fait entendre. Fontenelle, croyant comprendre un peu cc couplet, fr oulut le faire recommencer. «Eh! grosse bête, lui dit madatne de Tencin, ne voistu pas que ce n'est que du galimatias? — Cela ressemble si fort, ré- Il ,pondit Fontenelle, à tous les vers que j'entends .ici, qu'il n'est pas étonnant que je m'y Sois l'Hé—priS. » Crébillon le fils força Collé de renoncer à méprisable genre, et lui lit faire sa première chanen raisonnable. Us étaient l'un et l'autre de cette Imeuse société du Caveau où régnaient la gaieté et franchise, où l'amitié, s'armant de l'épigramme, enflait d'excellentes leçons de goût et de modestie. , et toutes s pièces qui forment son Thétilre de société. Le rince l'en récompensa en le nommant l'un de ses i ecteurs ordinaires, et en lui donnant dans ses sous-'cernes un intérêt qui lui procura une existence aisée. Collé s'éleva avec succès jusqu'au ThéàtreFrançais, où il donna, en 1765, Dupuis et Desronais . La comédie de la Veuve n'y eut qu'une représentation ; la Partie de citasse de Henri IV, comédie en 5 actes, ne put être jouée lu'en 1774, mais elle l'était depuis près de dix ans ' sur tous les theàtres de province et de société. Cette riièce a été imprimée plusieurs fuis, notamment, Paris, 1766, iii-8.'; ibicl.,1814,1815 et1826 Ayant perdu une épouse qui, pendant longtemps, . avait fait son bonheur, il tomba dans une espèce de ' mélancolie qui lui lit desirer la mort, et qui même, Izoilu'ar Itint I, , « est une pièce de caractère. Celui de Dupuis est « bien soutenu; et, s'il n'est pas dans l'ordre con'st. CastilBlaze a fait de cette comédie un opéracnmique en fi actes représente et imprime en 1826, sous le titre de la Futé! de , Seeart, uu la partie de Chasse de Henri IV. Ce—s. stregalants ou graveleux ; il a aussi ehansonné les ridicules littéraires et célébré les événements agréables à la nation. La chanson sur la prise du PortMahon lui valut une pension de 600 livres. On a publié :1° Chansons joyeuses mises au jour par tot ûne onyme, onyssime, etc., à Paris, à Londres et à Ispahan seulement , I vol. qui a été réuni à l'Anthologie française de Monnet, sous le titre de Chansons joyeuses. 20 Chansons qui n'ont pu èlre imprimées el que mon censeur n'a pas dû me passer, sans indication de lieu ni de libraire, 1784, petit ; quelques exemplaires portent pour titre : Recueil de chan- sons, etc., et la rubrique de Constantinople; les mê- mes, Hambourg, 1807 ; Paris, même année, 2 vol. 3. Thehtre de société, ou Recueil de différentes pièces tont en vers qu'en prose, Paris, 1768, 2 vol ibid., 1777, 3 vol. On a les OEurres choisies de Collé, Paris, 1789, 2 vol. ; ibid., avec une notice par Fayolle, 1819 et édition stéréotype. Plusieurs pièces attribuées à Collé ne figurent dans aucun de ces re- cueils, entre autres : Daphnis et Eglé, pastorale héroïque en 1 acte et en vers libres, Paris , in4l'; -7- le Jaloux corrigé, opéra buffon en 1 acte, Paris, 1754 ibid.,1759 ;— le Chirurgien anglais, légende, Londres et Paris, 1774 — Alphonse dit l'impuissant, tragédie en 1 acte, à Origénie, 1710 ; — les Accidents, ou les Abbés, comédie posthume en 1 acteCt en prose, Amsterdam, 1786 Ces deux dernières sont trèslibres. On a imprimé séparément quelques anciennes pièces qu'il avait retouchées, la Mère coquette de Quinault, l'Adrienne de Baron, l'Esprit follet de Ilauteroche,- et le Menteur de Corneille. Il a laissé plusieurs manuscrits, parmi lesquels se trouvent le véritable texte de ses parades, défigurées dans le Thédtre des boulevards, et un commentaire sur quelques tragédies de Voltaire, ouvrage où il prétendait venger Corneille qu'il admirait, de Voltaire qu'il n'aimait pas. Collé passait généralement pour avoir joint à la plus folle gaieté cette bonhomie qui en est la compagne ordinaire ; mais la publication de son Journal historique, ou Mémoires critiques et littéraires sur les ouvrages dramatiques el sur les événements les plus mémorables, depuis 1748 jusqu'en 1772 inclusive- ment, Paris, 1805-7, 3 vol. est venu porter atteinte à cette réputation. Presque tous les auteurs du temps y sont jugés avec un ton d*atriertmne et d'ilereté qu'on pourrait prendre souvent pour l'accent de la haine ou même de l'envie. En tète du ler vol. du Journal historique, on trouve la liste chronologique dese-6u-;;rages de Collé, dominée par luimême, le catalogue de tous ses ouvrages impriinès,et une bonne notice sur sa vie et ses écrits par A
  • Charles COMBE( 1743 - 1817) : archéologue anglais , né à Londres, le 25 septembre 1743, étudia la médecine dans les hôpitaux, sous son père, qui était pharma- tien. Il Ipi succéda , en 1768 , dans cette brandie I lucrative de commerce, puis , en 1785, c'est-àdire li l'àge de quarante ans, il voulut exercer la médecine; mais, n'ayant étudié dans aucune université, 1 ne put obtenir de degrés à Oxford ou à Cambridge. 1 se fit clone recevoir licencié à Glascow, comme Ison ami Hunter s'y était Lit recevoir docteur, et à ison exempl il se voua spécialement à la pratique `des accouchements. Outre la clientèle nombreuse que lui valut son expérience, il eut les titres de médecin ordinaire , puis de médecin extraordinaire laissa, par une clause formelle de son testament , la jouissance de son cabinet de médailles à Combe, Pitcairn, Fordyce, et à son neveu Ilailie, pour trente ans. Malheureusement, spar suite de quelques rivalités et dissensions, cette disposition devint illusoire pour Combe ; mais il survécut assez longtemps à son ami pour exploiter toutes les ri- ehesses dont il laissait l'usufruit au docte triumvirat. i., Çoinbe mourut à Londres, le 18 mars 1817. On lui doit, entre autres ouvrages : 1° Index nummorurn I, omnium imperatorum, Augustorum et Coesarum, a Julio Coesare osque ad Posihumum, qui lum in orbe Roma et coloniis quant in Grœcia, iEgypto et aliis Lewis, ex cere magni moduli signabantur, Londres, I- 4773 Ce titre indique l'intention de l'auteur, ' qui voulait effectivement donner la suite de toutes les médailles jusqu'à Posthume, mais qui n'a poussé son travail que jusqu'à Domitien. Quoique ce qui manque soit justement cc Galielmi Iunter Dcscriptio , Londres , 1782 Cet ou- i, orage, bien plus important encore que celui qui précède, est plus détaillé, pl us savant, et contient soixantecinq planches qui toutes représentent des médailles inédites. On ne peut s'empêcher de regretter amèieinent, en étudiant ce recueil, que la carrière dans laquelle Combe entrait avec tant (l'éclat ait été tout d'un coup comme fermée pour lui. 7° Une édition raribrum d'Ilorace, Londres, 1792-95, 2 vol. vous le rapport typographique, c'est un chefd'œutire. Le texte est celui de Gesner, auquel on a joint Tindex des notes choisies parmi celles des meilleurs commentateurs et des variantes recueillies sur sept manuscrits du musée Britannique ; mais les citations grecques sont souvent fautives ; et le docteur Parr, qui d'abord devait donner l'édition en commun avec Borner et Combe, releva trèsamerement toutes les imperfections que la critique pouvait reprocher au malencontreux éditeur. Combe répondit, Parr riposta : les ennemis des deux examis s'amusèrent (le cette polémique. Au reste, c'est à Combe seul que les défauts et les mérites de cette édition doivent êtrè attribués , car son collaborateur l'avait aussi quitté avant la fin du i" voluMe
  • Charles CHAULMER : , littérateur conjecture avec beaucoup de vraisemblance qu'il était né dans la Normandie. Venu jeune à Paris, il y perfectionna ses études, et vécut dans la société des gens de lettres. L'empressement avec lequel il recherchait la protection des grands fait penser qu'il n'était pas trop bien traité de la fortune. 11 mit au janr, en 1638, la Mort de Pompée, tragédie, qui n'a de commun avec l'un des chefsd'oeuvre de Corneille Il est mal nommé Chaumer dans les Mémoires de l'abbé de Marolles, et plus mal encore Chester dans la Bibliothèque de l'histoire de France. que le titre et une situation indiquée par l'histoire. 11 dédia cette pièce à Richelieu, « dont il avait pré« cédemment ébauché le portrait dans l'Histoire de « France et dans quelques autres ouvrages en fran« rais, en latin, en grec, en vers et en prose.» Selon toute apparence, il fut assez mal recompensé de ses éloges, puisqu'il continua de travailler pour les libraires. Chargé de revoir et de polir l'Abrégé des Annales ecclésiastiques, par Sponde , il abandonna cette besogne fastidieuse pour s'occuper de la traduction française d'un autre Abrégé des mêmes annales, par le P. Aurèle de Perouse. Chautmer était engagé dans les ordres, puisqu'en offrant cette traduction au cardinal Barberin , il lui demanda la cure du Bamel, en Normandie, dont la collation lui appartenait comme abbé de StEvroull. Le cardinal lui répondit qu'il en avait déjà disposé pour un de ses domestiques. L'année suivante , C?aulmer fit paraitre une édition latine de l'Abrégé des Annales ecclésiastiques par le P. Aurèle, avec un supplément. 11 reproduisit, en 1673, la traduction de cet ouvrage augmentée du supplément et d'on dictionnaire. En tète de cette édition, il prend le titre d'historiographe ; et, dans le privilége pour l'impression, on rui donne ceux de conseiller du roi et d'historiographe de France. Elle est dédiée à MM. le Bossu dont il déclare que la protection lui a été fort utile, et il e flatte que cet ouvrage transmettra leur nom à la postérité la plus reculée possible. L'immortalité que Chaultner croyait pouvoir donner par ses écrits, ses amis la lui promettaient à luimême. Au devant de la traduction dont on vient de parler, on trouve une foule de vers à sa louange; de grecs par Yatier, son cousin, professeur d'arabe au collége royal; de latins, par Dutot ; de français, par du Pelletier, Fr. Colletet, etc. Si l'on en croit le quatrain suivant de Petit, il était cloué d'une fécondité plus grande encore que celle dont Boileau félicitait le bienheureux Scudéry : Les livres naissent sous ta plume! Comme des champignons au bois. Tu ne fais qu'allonger les doigts Pour nous mettre au monde un volume. Chaulmer est cité par l'abbé de Marolles dans son Dénombrement des auteurs pour le Nouveau- Monde qu'il lui avait dédié. On petit conjecturer qu'il mourut vers 1680, dans un âge avancé. Les seuls ouvrages que l'on connaisse de lui sent : 1° Abrégé de l'histoire de France, Rouen, 1656 ; Paris, 1665, 2 vol. 2. La Mort de Pompée, tragédie, Paris, 1658 Cette pièce est trèsrare. Cornélie, dit Parfaiet, y partage, avec les spectateurs, le déplaisir de voir trancher la tête à Pompée. Suivant Barbier, elle offre quelques situations intéressantes. 3 Tableaux de l'Europe, Asie, Afrique et Amérique, avec l'histoire des missions, Paris, 1664, 4 vol. L'auteur avait d'abord publié chaque 'volume séparément. 1° Le Nouveau Monde, ou l'Amérique chrétienne, avec le Supplément à l'Abrégé des Annales ecclé- siastiques , ibid., 1663 50 Les Epitres familières de Cicéron, traduites en français, ibid., 1664, 2 vol. Cette édition a été renouvelée en 1669 et 1674. 6° L'Abrégé des Annales ecclésiastiques de Baronius, par le P. Aurèle, trad. en français, ibid., 1661, 6 vol. ; 2° édit., ibid., 1673 9 t. Le 8° contient le Supplément, et le 9° le Dictionnaire ecclésiastique. r Magnus Apparalus poelicus, ibid., 1666 dédié à Colbert. C'est à peu de chose près une reproduction littérale du Gradus ad Parnassurn. 8° Nouveau Dictionnaire des langues française et latine, ibid., 1671
  • Charles CLAPIÈS( 1724 - 1801) : docteur en médecine, né à Alais le 26 octobre 1721 , publia sous le titre de Paradoxes sur les femmes , où l'on tache de prouver qu'elles ne sont pas de l'espèce humaine, 1766 la traduction du livre singulier, Mulieres boulines non esse. Le traducteur l'a enrichi de notes, et en a retranché un petit nombre de traits qui ne portaient que sur les opinions des sociniens et des anabaptistes. Il est mort à Mais, le 7 septemble 1801
  • Charles CHAUNCY( 1589 - 1672) : ministre dissident et président du collége de Harvard , naquit dans le comté de Hertford, en Angleterre, vers 1589. Au sortir de l'école de Westminster, il fut admis comme étudiant au collége de la Trinité, dépendant de l'université de Cambridge, et y obtint les degrés de" bachelier en théologie. Nommé professeur d'hébreu, il ne put en exercer les fonctions parce que le docteur VVilliain , vicechancelier, désirait accorder ce poste à un et quelquesuns des articles qu'elle adoptait pouvaient faire mitre de sérieuses objections , il manifesta librement son opinion contre ce qu'il appelait les inventions de l'homme dans le culte de Dieu. On l'accusa, en 1629, , sa cause fut renvoyée au D. William Laud, évêque de Londres, qui exigea de lui un acte de soumission en latin. Il fut traduit de nouveau , le livre des prières communes, l'ordination des prêtres, etc., sont chargés. Il termine par une exhortation à ses descendants de l'imiter en ne se confermant pas plus que luimême à des rites et à des cérémonies, ouvrage des hommes ét contraires à la volonté de Dieu. Ayant eu à supporter quelques autres vexations , il se détermina à aller chercher dans la NouvelleAngleterre un refuge où il prit jouir librement des droits de conscience ; il s'embarqua donc et arriva à Plymouth peu de jours avant le grand tremblement de terre du 1" juin 1638. 11 résida trois ans dans cette ville et obtint ensuite le pastorat de Sciutate; il y remplit pendant douze années les fonctions du ministère. Mais il était si faiblement rétribué qu'il pouvait à peine donner du pain à sa famille ; aussi avait- il pris la détermination (le retourner en Angleterre, lorsqu'il eut appris que les affaires ecclésiastiques avaient éprouvé de grands changements. 11 s'était même déjà rendu à Boston pour s'y embarquer, quand on lui offrit la présidence du collége d'Ilarvard, qu'il accepta le 2 novembre 1654. On lui imposa toutefois la condition à laquelle il se soumit , de ne pas répandre certaines de ses opinions que l'on considérait comme hétérodoxes, celles, par exemple, qu'il professait, que le baptême des enfants et des adultes devait se faire par immersion, et que la cène ou communion, que les Anglais appellent Lord's supper, le souper du Seigneur, ne doit cure célébrée que le soir. Installé dans ses fonctions le 27 novembre, il les conserva jusqu'à sa mort, arrivée le 19 février 1672; il était alors àgé de 81 ans. Chauncy était fort érudit, il possédait les langues hébraïque, grecque et latine, et n'était pas étranger aux sciences; il s'occupait surtout de théologie, et il dirigea, diton, pendant les dernières années (le sa vie, avec un grand zèle et beaucoup de suces , le collége confié à ses soins. Plusieurs de ses sermons, ont été publiés, il en avait laissé beaucoup d'autres en manuscrits, niais la veuve de l'un de ses fils ayant épousé en secondes noces un diacre de Northampton qui exerçait en mème temps le métier de pàtissier, celuici enveloppait ses pâtés avec les écrits du défunt ministre, et bientôt il n'en resta plus trace. Chauncy avait eu six fils , qui tous furent élevés au collégc d'Harvard et devinrent des prédicateurs plus ou moins distingués
  • Charles COFFEY : acteur et auteur dramatique irlandais, mort en 1745, a composé neuf comédies, représentées et imprimées de 1729 à 1745, et la plupart impitoyablement sifflées ; mais s'il avait peu de talent, il possédait un mérite qu'Addison relève beaucoup dans un des premiers essais du Spectateur, le mérite de savoir être laid. Coffey, extrêmement contrefait, était le premier à rire de sa lité. 11 joua luisnème le rôle d'Esope, dans 'présentation qui fut donnée à Dublin, à sen Nous ne citerons de ses pièces que le u payer, ou les Fentrnes métamorphosées, et eux Savetier, suite du Diable à payer
  • Charles COLIGNON( 1725 - 1785) : médecin anglais, fils de Paul Colignon, de HesseCassel, naquit à Lon- dies en 1725, fut professeur d'anatomie et de médecine à Cambridge, et mourut en 1785. On a de lui plusieurs écrits relatifs à sa profession, des fra ments de morale et des poésies fort médiocres, me- cueillies en 1786, en 1 vol. sous le titre cl'OEu- vies mêlées. Les principales productions qui compo.e sent ce recueil sont :1° Recherches sur la structure du corps humain, relativement à son influence sur, les moeurs des hommes; 2. Dialogue de morale et de médecine ; 5° Medicina politica, ou Réflexions sur l'art de la médecine comme inséparablement liée à la prospérité des États
  • Charles CHÉRON( 1635 - 1699) : graveur, naquit à Lunéville, en 1635. Ses talents dans la gravure lui méritèrent à Rome la charge de premier graveur du pape. Louis XIV, in‘lo•mé de l'habileté de cet artiste, engagea son ambassadeur auprès du saintsiége à déterminer Chéron à passer en France. 1:honneur d'avoir mérité l'attention d'un prince qui rassemblait autour de son trône tous les grands hommes de l'Europe attira Chéron à Paris. Le roi le chargea (lu soin de graver toutes les médailles que les Français faisaient frapper à la gloire de leur monarque triomphant , et ce prince lui donna toi logement au Louvre avec une pension. Chéron mourut à Paris, le 30 juillet 1699
  • Charles CHRISTIAN( 1695 - 1725) : ou , comme il est nommé au bas de son portrait , gravé en manière noire par Witt, Charles- Christien Reisen, naquit à Londres vers 1695. C'est le seul graveur en pierres fines dont l'Angleterre puisse se faire honneur. Son père était Danois , et luimême un graveur assez estimé. Il était venu s'établir à Londres à la suite du roi Guillaume, auquel il était attaché. C'est dans cette ville qu'il enseigna son art à son fils, qui ne tarda pas à le surpasser. Les ouvrages de ce dernier l'ont mis au rang des premiers graveurs modernes sur pierres fines. Peu d'artistes ont eu autant de facilité. Il a fait un grand nombre d'ouvrages qui sont fort recherchés : le portrait de Charles XII, roi de Suède, vu de trois quarts, est une de ses meilleures gravures ; elle est comparable, dans plusieurs détails, aux plus belles pierres antiques. On pourrait cependant lui reprocher, ainsi qu'à quelques autres ouvrages de Christian, de manquer d'une certaine finesse dans la touche. Il mourut à Louches, en 1725. Christian a eu plusieurs élèves, parmi lesquels on distingue Scaton, Écossais, qui mettait un grand fini dans ses gravures ; Smart, qui avait une exécution trèsfacile, puisqu'il gravait plusieurs tètes en un jour; enfin Claus, mort fou en •1739
  • Charles CHURCHILL( 1731) : poète satirique anglais, né au mois de février 1731, à Westminster, étudia clans l'école de cette ville, où il se distingua beaucoup plus par la vivacité de son esprit que par son application et ses progrès; car, à l'âge de dixneuf ans, ayant été présenté par son père à l'université d'Oxford, on refusa de l'y recevoir comme trop peu avancé dans les langues classiques : ce fut probablement l'origine de la haine contre cette université qu'il a exprimée ensuite dans plusieurs de ses ouvrages. Ce tut pendant qu'il étudiait à l'école de Westminster qu'il contracta un mariage clandestin. En 1751 il se retira à Sunderland, s'ap- pliqua à la théologie, prit les ordres, et obtint ensuite une cure de peu de valeur. Pour augmenter ses ressources pécuniaires, il ouvrit un magasin de cidre ; mais, dépourvu d'ordre et d'économie, il se vit bientôt accablé de , dont la première édition, publiée sous le voile de l'anonyme, en 1761, eut un succès assez brillant. C'était une satire des acteurs qui occupaient à cette époque la scène anglaise. Excepté Garrick et quelques actrices, tous les comédiens y étaient impi- toyablement déchirés; ils se plaignirent, et n'en fu- rent que plus maltraités dans les éditions subséquentes. Ce poème ayant été l'objet de quelques attaques de la part des journaux, l'auteur écrivit son npologie, où les journalistes, les acteurs, et Garrick lui- tunie , sont également accablés d'épigrammes plus ou moins piquantes. Ses ennemis s'attachèrent alors à rechercher sa conduite et ses mœurs, qui n'étaient rien moins qu'exemplaires pour un ecclésiastique. Accablé de brocards, il essaya de se justifier dans une épître adressée à Robert Lloyd, et la Nuit, où il prétend que, quelles que soient les folies d'un homme, c'en est une autre que de prétendre les cacher. Cette épître fut suivie du premier chant d'un poème_ intitulé le Revenant ; mais un ouvrage qui fit beaucoup plus de sensation, c'est la Prophétie de lamine, pastorale écossaise, ouvrage de parti s'il eu fut, écrit avec chaleur, et rempli de personnalités et Après avoir coopéré à la rédaction de la Bibliothèque , espèce de revu" dont le docteur Kippis était rediteur, Churchill écrivit deux poLimes intitules, l'un, le Barde, qu'aucun libraire ne voulut imprimer, et l'autre, le Cone! ave, satire dirigée contre le doyen ct le chapitre de Westminster, que ses amis le , avec un commentaire, des notes et une vie de l'auteur, Londres, 1804, 2 vol. Outre ceux de ses poèmes que nous avons cités, on a de lui : Golham, poème politique ; le Candi- dat, satire ; l'Adieu, le Temps, l'Indépendance, etc. On a imprimé sous son nom des sermons trèsmé- diocres
  • Charles CIGNANI( 1628) : peintre, né à Bologne en 1628, fut élève de l'Albane; mais il agrandit le style Les expériences des modernes physiciens sur l'électricité animale tiennent à celles du professeur Cigna. !2) Ces , qui sont dans ce palais, ne font rien perdre à celles de Cignani Celuici ne surpassa pas Augustin, mais il l'égala en quelques parties assez difficiles. Les tableaux de Charles sont rares. Le nausée n'en possède qu'un. On y cherche en vain sa correction habituelle, mais on y remarque des itlées charmantes, qui rappellent l'Albane. Cette production présente Adam et Ève dans le paradis terrestre. On voit un lion qui lèche un agneau. Les teintes des chairs sont trèsvariées et bien senties. Ce n'est cependant pas dans un semblable ouvrage qu'il faut chercher à se faire une idée juste des talents de Charles. 11 est nécessaire de connaitre son Assomption de la Vierge, à Forli. Dans cette fresque, Cignani copia, il est vrai, le beau StMichel que le Guide a laissé a la coupole de Bavenne, et quelques autres idées du méme maitre; niais partout ailleurs il est, par le dessin, l'émule du Corrège; il n'emploie pas les raccourcis autant que les Lombards, et dans ses contours, dans ses draperies, il a un fini qui lui est propre. Sa pfite est forte, son coloris est vif, comme celui de l'école de Parme, et il y a mêlé une suavité exquise qu'il avait reçue du Guide. Charles était d'un caractère doux, modeste et obligeant. Clément XI le nomma chevalier de l'Eperon d'or, et lui donna les titres de comte du palais et de prince de l'académie de Bologne. Ses ouvrages ont été gravés par différents aii(eurs, tels que Liotard et Crespi, son élève. Il mourut à Forli, le 6 septembre 1719. Ses principaux élèves, après Crespi, furent MareAmine Franceschini, Louis Qttaini, le comte Félix Cignani, son fils, et le comte Paul Cignani, son neveu. Ces deux. derniers, qui avaient aidé Charles dans son Assomp- lion de Forli, ne continueuent pas de travailler après sa mort, parce qu'ils devinrent riches, et n'accrurent plus leur réputation
  • Charles CLERCK : entomologiste suédois, membre de la société royale des sciences d'Upsal, disciple de Linné, est connu par deux ouvrages sur les insectes, tous deux estimés, tous deux rares et chers. 1° Aranei Suecici, Stockholm, 1757 en suédois et en latin. Cet ouvrage renferme la description et les figures de soixante espèces d'araignées, trouvées en Suède, peintes et décrites par l'auteur, et classées selon la méthode linnéenne. Ce traité est inférieur à celui de Lister sur le même - sujet, qui cependant n'a décrit que trente espèces. 11 faut croire que Clerck n'a pas su conserver lcs individus qu'il avait décrits , et que même avec le secours de ses longues descriptions et de ses figures, Linné, son maitre, et par le conseil duquel il avait entrepris cet ouvrage, n'a pas su les reconnaître, car dans la seconde édition de la Fauna Suecica, où il cite l'ouvrage de Clerck, il n'a décrit que trentetrois espèces d'araignées; il y en a donc vingtsept qu'il n'a pu retrouver. Le traité de Clerek sur les araignées a été traduit en anglais par M. Mar- tyns, avec celui de Lister et des extraits de celui d'Albin, sous le titre d'Aranei, ou Histoire naturelle des araignées, Londres, 1795 Dans cet ouvrage, exécuté avec plus de luxe que de science, les figures de Clerck sont retournées, et disposées par l'habile figuriste d'une manière plus pittoresque; mais elles sont encore moins reconnaissables. Gierek a publié dans les Actes de la société des sciences de Stockholm Mémoire sur la manière de prendre et de nourrir les araignées ; les moyens qu'il indique sont trèscompliqués et trèspeu ingénieux, et prouvent même dans l'auteur une crainte puérile de ces insectes, dont aucune espèce n'est dangereuse dans le pays qu'il habitait. 9Icones insectorum rariorum, cuis nominibus eorum trivialibus locisque, e C. Linncei... Syst. nat. allegatis, Stockholm, 1759, 4°. Ce volume, malgré les promesses du titre, ne présente que des figures coloriées de lépidoptères , sans aucun texte explicatif. 11 est trèsutile aux entomologistes pour reconnaître les papillons exotiques qui composaient le cabinet de la reine Ulrique, et d'antres qui ont été décrits par Linné. Ce grand naturaliste semble avoir immortalisé cet ouvrage, en mettant dans une note de la dernière édition de son Systema naturce, que c'était le plus beau de ce genre que le monde littéraire eût encore vu : Clerkii Icones inseclorum pulcherrimum opus quod num tidit orbis litterattis. Il a depuis été bien souvent surpassé
  • Charles CLERKE( 1741) : ami et compagnon de l'illustre Cook, naquit en Angleterre, en 1741, fut élevé dans l'académie de la marine à Porstmouth, et servit comme pilotin dans la guerre de 1756. Placé à la bulle d'artimon pendant le combat de la Bellone et du Courageux, il tomba à la mer avec le màt. Ses camarades périrent; lui seul fut sauvé. Entré dans la carrière des découvertes, il fit partie de presque toutes les expéditions envoyées par l'Angleterre dans lesiners du Sud. Il suivit le commodore Byron, en 176i, 65 et 66, et accompagna successivement le capitaine Cook en 1768, 1772 et 1776. 11 commandait la Découverte dans le dernier voyage, et, à la mort de Cook, il se trouva à la tète de l'expédition. Une maladie de langueur, dont il était attaqué depuis son départ d'Angleterre, faisait alors les plus rapides progrès. fi lui restait une seule chance de guérison, c'était de retourner dans des climats plus doux ; mais la voix du devoir lui ordonnait de se diriger vers des climats glacés : Clerke n'écouta qu'elle. Il quitta les îles Sandwich, se porta vers le nord, et persévéra dans la recherche du passage qui faisait le principal objet de l'expédition, jusqu'au moment où les officiers des deux vaisseaux déclarèrent qu'il était impraticable, et que toute tentative ultérieure deviendrait dangereuse, sans utilité. Il retournait au port de StPierre et StPaul, lorsqu'il mourut à la vue des côtes du Kanitschatka, le 2'2 août 1779. Clerke était regardé comme un des officiers les plus consommés dans la science navale, et les plus dignes de remplacer Cook. Cet éloge semble justifié par la manière doit il suivit les plans de son illustre prédécesseur. 11 explora de nouveau les lies Sandwich, et recueillit sur ces lies des renseignements assez étendus, qui depuis ont été complétés par la Peyrouse, Vancouver, d'Entrecasteaux et Turnbull. Il visita le Kaintschatka, et s'avançant au nord, entre les deux continents, jusqu'au 69° de latitude, il acheva de démontrer l'impossibilité de pénétrer à travers les glaces, soit sur la côte d'Asie, soit sur cellc. d'Amé- igue. C'est dans la relation du troisième voyage de ilok qu'on peut apprécier la part honorable que g Jerke eut à cette célèbre expédition
  • Charles CONNOR : acteur auslais né en Irlande , fit voir de bonne heure les dispositions les plus rares pour le théiltre, et, dans le temps où il était encore au collée , joua dans la tragédie de la Fille grecque le rôle d'Euphrasie. Après avoir achevé ses études au collège de la Trinité de Dublin, il se décida pour la carrière dramatique, n'étant figé que de vingt ans, et fut engagé au théStre de Bath, où tant d acteurs de renom ont fait leur première apparition. Ses débuts dans les rôles de Fitz- Harding, puis de l'original Lothaire , donnèrent des espérances. II entra ensuite dans une troupe ambulante, avec laquelle il parcourut plusieurs parties de l'Angleterre , revint en Irlande où l'epelait un engagement au théStre de Dublin, et s'aciRit bienlôt parmi ses compatriotes, par la perfection etiatifii;inali té de son Cu,j le renom d'un (les comédiens les plus remarquables qui eussent jamais paru. 11 y avait onze ans qu'il faisait les délices des Dublinois, lorsque Matthews, le jugeant supérieur à sa réputation, se lia intimement avec lui et le recommanda vivement au théStre de CoventGarden. Connor se rendit alors à Londres et débuta, le 18 septembre 1816 , dans le rôle de sir Patrick MacCuite (lu Somnambule. Il y reçut d'unanimes applaudissements, et le public de- puis ce temps le revit toujours avec le phis vif plai- sir', Peu de comédiens ont représenté plus naturel lement et d'une manière plus gaie, plus caractéristique, ce que l'on appelle dans les coulisses d:Outremer le Jovial tlybernien. Son laisseraller, son air ouvert, ses poses, ses gestes simples, la variété de ses intonations emphatiques, et plus encore l'art avec lequel il semblait un véritable fils d'Érin, rempli de confiance en luimème , faisaient pouffer de rire le parterre toujours enclin à s'égayer aux dépens des pauvres Irlandais. Son emploi ne se bornait pas à ce caractère. Non moins remarquable par la flexibilité que par la perfection du talent , il représentait avec un succès égal le gentleman et le valet de chambre, l'officier fashionable et le lourd paysan. Sa mort laissa un vide réel au ihéittre de CoventGai-- den. Ce sinistre événement arriva d'une manière tout à fait inopinée. Après avoir dîné avec quelques amis de thatre , il traversait le parc de StJames lorsqu'il expira le 7 octobre 4826, des sui- tes d'un anévrisme au cœur. Connor joignait aux talents de l'artiste toutes les qualités de l'homme social le plus estimable. Il était toujours prèt à contribuer de son talent au soulagement de la classe Pendant son séjour en Irlande, il avait fondé à Cork une société qu'il nomma Société d' A- po 11 on
  • Charles CONTARINI : doge de Venise, de la même faillitl ffue lus précédents, sueueifa, le 25 mars 1655, à Fra Mois Molino. Son règne fut illustré par Une victoire que Lazaro Mocenigo, aniird lui fut substitué. S—S-1. C'est par encor que , dans l'Art tic vérifier les dates, on rappelle Rollout,
  • Charles CORRADO( 1693) : peintre, né à Naples en 1693, est mis au nombre des meilleurs élèves de Solimène. 11 sut si bien profiter des leçons de son maître, qu'il parvint à en imiter les gràces et le coloris, la touche fine, moelleuse, et une sorte d'empâtement de couleur particulier à Solimène. Après avoir fait l'essai de ses talents à Naples, il vint à Rome, où il se fit d'abord connaître par plusieurs tableaux d'autels:-11 fut choisi pour peindre la voûte de l'église Buon Fratelli dans l'ile du Tibre, où il représenta .- C. dans sa gloire au milieu des Saints. Cet ouvrage fut généralement applaudi. Ce plafond, qui est peint à fresque, est considéré, pour la force, la suavité et le brillant de son coloris, comme une des plus agréables productions modernes de cette capitale des arts. Les travaux que Corrado avait exécutés, tant pour Rome que pour différentes villes d'Italie, portèrent au loin sa réputation. 11 fut appelé en Espagne, où le roi lui accorda une pension de 3,000 liv. Après quelques années passées à Madrid dans la plus grande considération, sa santé un peu dérangée et le désir de revoir Rome le l'amenèrent dans sa patrie, qu'il quitta une seconde fois pour retourner en Espagne ; il y fut encore chargé de plusieurs ouvrages pour le roi ; mais le mauvais état de sa santé l'obligea de revenir encore en Italie. Corrado, épuisé par l'excès du travail,• mourut en 1768. Cet artiste dessinait facilement; mais, sacrifiant tout, et même la raison, à ce que les modernes appellent la machine, il faisait consister l'art de peindre dans l'adresse à remplir le champ qui lui était proposé, d'imagine• des attitudes tourmentées, de trouver des contrastes et des oppositions de figures, de groupes et de masses. Son pinceau moelleux et léger semble particulièrement tenir de la manière de son maître
  • Charles COSTANZI( 1703) : graveur en pierres fines, naquit à Naples en 1703 ; son père, qui se nommait Jean, était luimême un bon graveur. Charles l'a surpassé; on connaît de lui une figure de Léda et une tête d'Antinoüs, qu'il grava sur des diamants pour le roi de Portugal. Le rédacteur de cet article en a vu des empreintes, ainsi que de plusieurs antres gravures du même artiste, et il y a reconnu un trèshaut degré de perfection. Costanzi dessinait avec justesse ; ses portraits sont fort ressemblants; il serait difficile de faire en creux quelque chose de mieux que le portrait du cardinal George Spinola, qui est sur une agate onyx. Les autres gravures de Costanzi sont répandues dans toute l'Europe. Il a également réussi à copier les pierres gravées antiques, et l'on prétend que personne, entre les modernes, n'a aussi bien gravé que lui la tête d'Antinoüs ; aussi en atil fait un grand nombre de copies que les connaisseurs les plus clairvoyants ont souvent prises pour des originaux. 11 fit, en 1729, pour le cardinal de Polignac, une copie si ressemblante de la Méduse de Solon, que les ar- tistes euxmêmes ne cessèrent de croire que c'était l'original que lorsqu'ils surent que cet original était dans le cabinet de Strozzi. Peu d'artistes ont reçu de leurs contemporains autant de témoignages d'admiration que Costanzi. Le roi de Portugal lui aN ait donné l'ordre de Christ : l'ordre de StJean de Latran lui fut conféré par Benoît XIV, etc. Quoique né à Naples, il se regarda toujours comme Romain, parce qu'il n'avait point cessé de demeurer à Rome, où son frère, nommé Thomas, moins habile que lui, grava néanmoins avec succès sur les pierres fines, et fut trèsoccupé
  • Charles COTIN( 1604) : conseiller et aumônier du roi, membre de l'Académie française, né à Paris en 1604, dut en grande partie aux satires de Boileau la triste célébrité attachée à son nom. Ceux qui ont eu le courage de prendre sa défense assurent qu'il n'était point aussi méprisable qu'on le croit. Il est sûr qu'il avait des connaissances en théologie et en philosophie, qu'il possédait l'hébreu, le syriaque, et qu'il avait fait des auteurs grecs une étude, au point de pouvoir réciter par coeur Homère et Platon. On peut ajouter encore que le recueil de ses poésies en contient quelquesunes de trèsagréables, entre autres le madrigal si connu Iris s'est rendue à ma foi ; Qu'eûtelle fait pour sa défense? Nous n'étions que nous trois : elle, l'Amour et moi, Et l'Amour fut d'intelligence. On a souvent imprimé que ce fut la nécessité de la rime qui décida Boileau à mettre le nom de Cotin dans ses ouvrages. On prétend que ce grand poëte, lorsqu'il composait sa troisième satire, ne trouvant personne à accoler à Cassagne, Furetière lui dit : « Vous voilà bien embarrassé ; que ne pla-« cezvous là l'abbé Cotin? » Cette anecdote ne mérite aucune croyance. Boileau avait depuis long temps de justes sujets de plaintes contre Cotin, qui avait cherché à lui nuire, en le représentant à l'hôtel de Rambouillet comme un homme dangereux, et dont il fallait se défier. Les plaisanteries de Boileau l'aigrirent encore, et il mit tout en ceuvre pur o le perdre, ou du moins pourle forcer au silen- ce. La réputation dont il jouissait alors, Son crédit à la cour, ses titres et sa fortune semblaient lui en fournir les moyens ; mais, par malheur pour Cotin, ses tracasseries lui firent un nouvel ennemi de Molière, qu'il accusa, diton, d'avoir joué Montau- sier dans le Misanthrope. Quoi qu'il en soit de cette circonstance, Molière l'introduisit dans sa pièce des Femmes savantes sous le nom de Trissotin, et acheva parlà de le couvrir de ridicule. On sait que le Sonnet à la princesse Uranie est effectivement de Cotin, et qu'il avait eu au sujet de cette pièce, avec Ménage, en présence d'une société choisie, une querelle dans laquelle ils s'étaient dit à peu près les mêmes injures que Molière a mises dans la bouche de Trissotin et de Vadius. Depuis ce moment, Cotin prit le parti de la retraite; ou du moins n'avoua plus aucun des ouvrages sortis de sa plume. Il mourut en 1682, à '78 ans. On a de lui : 1° Théoclée, ou la Vraie Philosophie des principes du monde, Paris, 1646 ; 2° la Jé- rusalem, désolée, ou Méditation sur les Leçons de ténèbres, etc., Paris, 1634 3° la Pastorale sacrée, Paris, 1662 C'est une paraphrase littérale et en prose du Cantique des cantiques, accompagnée de remarques et suivie d'une paraphrase en vers et en 5 actes. Ces deux ouvrages ont encore quelque importance, à cause de la connaissance que l'auteur avait des textes originaux. 40 Recueil des énigmes de ce temps, Paris, 1646 : cette édition est la première, et l'ouvrage en eut au moins cinq ou six, en trèspeu de temps. Dans le discours préliminaire, Cotin se donne pour le père de l'énigme parmi les poètes français. 5' Recueil de rondeaux, Paris, 1650 6°des Poésies chrétiennes, 1657 '70 Œuvres mé- lies, Paris, 1659 8° OEuvres galantes en .prose et en vers, Paris, t. 1", 1663, t. 2, 1665 ; 9° la Ménagerie, la Haye, 1666 satire contre Ménage, recherchée des curieux ; 10° plusieurs ouvrages en prose ; la plupart sur des sujets pieux; l'Oraison funèbre d' Abel Servien, etc. 11 avait prêché le carême pendant seize ans dans les diffé- rentes chaires de la capitale ; mais la crainte des critiques de Boileau l'empêcha de faire imprimer ses sermons, qui sont perdus : ils étaient ce- pendant fort courus. Plusieurs successions étant échues à l'abbé Cotin, avec quelques procès à soutenir, il préféua céder le tout à un de ses amis contre une pension viagère. Ses parents voulurent le faire interdire, pour faire ammler cet acte ; l'abbé se contenta d'inviter les juges à venir l'entendre prêcher. Au sortir du sermon, les juges, indignés de l'injustice des parents, les condamnèrent à une amende. Cotin était fort assidu aux séances de l'Académie française, et on dit même qu'il y brillait encore en 1678., quoique âgé de 75 ans
  • Charles COTOLENDI( 1600) : né vers le milieu du .17e siècle, à Aix, ou, suivant d'autres, à Avignon, vint de bonne heure à Paris, et s'y fit recevoir avocat. 11 suivit pendant quelque temps le barreau ; mais bientôt son amour pour les lettres le fit renoncer aux affaires. On a de lui : Voyage de Texeira, ou Histoire des rois de Perse, depuis Kayumnrras, leur premier roi, jusqu'en 60o, ar. sc t'origine du royaume d'Ormus, etc., Paris, 1681 2 vol., traduit de l'espagnol ; 2° Vie 7, la duehesse de Montmormei, supérieure d, la , isitation Ste- Marie rie Moulins, Paris, 1664, ; 3° Vie de Si. François de Sales, évégue de Genet? • Paris, 4689, ; Vie de Christophe Colone), traduite de l'espagnol, 1681 ; 5° Ar/iquiniana, Paris, 1604; Anis-. teniam, 1735 ; 6 ethode pour assister les malades traduite de Polaneus, 1603 ; 7n les Nouvelles de Michel t'et- vantes, traduites de l'espagnol, Paris, 167R, 2 vnl. ; 80 Mademoiselle de Tournon, nouvelle historique, Park, j 67 2 vol. ; 9° Dissertation sur les - Ignare COTOLENDI, de la même famille, né à Ihignole, fut fait é‘éque, in partibus, de Metellopolis, et vicaire apostolique de la Chine orientale, résidant à Nanking. Sa vie, écrite par Gasp. Auger, prédicateur du roi , a été traduite en italien, Livourne, 1681
  • Charles COTTON( 1630) : poète anglais , né en 1630 d'une bonne famille du comté de Stafford, se distingua particulièrement dans le genre burlesque. Le plus célèbre de ses ouvrages, les Scarronides, lriryil t ravest i , poème burlesque sur les 1" et 4° li-\Tes de l'Énéide , ne ressemble pie par le titre à l'ouvrage de Scarron, et c'est, suivant quelques cri- tiques anglais, après Iludibras, la meilletut pro- duction de ce genre qui existe dans aucune langue. Rapprocher les Searronidés d'Ihidibras, c'est com- parer une caricature à une peinture qui, bien qu'un peu changée, a le mérite d'un grand fond de vérité. Quoique Cotton ait rempli autrement le cadre de Scarron, il lui doit toujours ce cadre et l'idée de l'ouvrage. Ce poème a été souvent réimprimé, notamment pour la huitième fois en 1700, et pour la quinzième en 1771, et ce succès est peut-être moins dû à l'esprit et au talent de l'auteur, qu'aux détails licencieux dont l'ouvrage est rempli. Son autre poème intitulé Burlesque sur burlesque, ou le Rail- leur raillé, contenant quelques- uns des dialogues de Lucien mis en gàlimathias anglais, réimprimé pour la huitième fois en 1771, a le même mérite et le même défaut. Un ouvrage plus estimable est la tra- diction des Essais de Montaigne, traduction digne de Pœiginal , au rapport de quelques bons juges. Charles Cotton mourut dans un état assez misérable à Westminster, en 1687, à ce qu'on présume, après avoir été persécuté pendant les dernières années de sa vie par une foule de créanciers, de procureurs et de sergents, « ennemis plus redouta-« Mes, » ditil dans un de ses poèmes , « que les « Goths et les Vandales. » Il eût pu cependant, avec un peu moins de penchant au burlesque, passer sa vieillesse dans l'aisance, du moins si l'on en croit l'anecdote suivante. Sa grand'mère, qui vivait à Peak, dans le Derbyshire, avait fait un testament, où elle lui léguait un bien de 4 ou 500 liv. sterl. de revenu par an; mais le poke s'étant permis, dans son Virgik travesti , de plaisanter sur une espèce de vertugadin qu'elle portait habituellement, cette bonne femme en fut tellement irritée qu'elle révo- qua son testament, et laissa tout son bien à un étranger. Charles Cotton est auteur de plusieurs ouvrages et de quelques traductions du français 10 La traduction en vers de la tragédie des Horaces, de Corneille, 4671 2° Histoire de la vie du due e Épernon , 1670 3° Voyage en Irlande, poème burlesque en trois chants; 4° la Belle de Tunis, roman traduit du français, 1674; 5° Commentaires de Blaise de Montluc, maréchal de France , 1674 ; 6° le Manuel du plan- teur, on Instructions sur la culture de toutes sortes d'arbres à fruits, 1675Instructions pour pécher la truite , et l'ombre dans l'eau douce , im- primées à la suite du Parfait Pécheur de Walton, ami intime de Cotton ; 8° la traduction des Mémoires du sieur de Pont is, 1694 On a imprimé pour la sixième fois en 1170, en un volume et un recueil de ses Poésies composées en différentes occasions
  • Charles CRAPELET( 1762) : né à Bourmont, près de Chaumont en Bassigny, le 13 novembre 1762, fut en 1774 envoyé à Paris, où il fit chez Ballard l'ap- prentissage de l'art de l'imprimerie. 11 avait tant de goût et de disposition pour cet état qu'en peu de temps il se fit remarquer. Il avait dixhuit ans quand Stoupe, imprimeur, le mit à la tête de son établissement. Ce fut à l'époque de la révolution que Çrapelet éleva son imprimerie, et bientôt il devint un imprimeur célèbre. Les ouvrages sortis de ses presses sont remarquables par la correction des textes, la netteté et l'elégance de l'impression. Aucun détail ne lui paraissait indigne de son attention, et le même soin qu'il apportait à la lecture des épreuves, il le mettait à la disposition des titres, à l'emploi et au mélange des caractères. On peut remarquer que ses éditions sont débarrassées de ces prétendus ornements qui surchargeaient les titres, les fins et souvent toutes les pages d'un livre. La plupart des vignettes qu'il employa furent faites d'après ses dessins. Crapelet mourut le 19 octobre 1809. C'est de ses presses que sont soitics les éditions des Fables de La Fontaine, 1796, 4 vol. ; des Aventures de Télémaque, 1796, 2 vol. des OEuvres de Gessner, 1797, 3 vol. petit ; 1799, 4 vol. les OEuvres de Boi- leau, 1798 la seconde édition de la Traduc- tion d'Hérodote par Larcher, 1802, 9 vol. dont quelques exemplaires ; les Annales de l'imprimerie des Aide, par M. A. A. Renouard, 1803, 2 vol. ; mais on doit surtout remarquer les Oiseaux dorés : l'imprimeur est certainement pour beaucoup dans ce magnifique ouvrage; l'Histoire naturelle des oiseaux chanteurs, 1805 le Dictionnaire de poche anglais- français et français- anglais, 1806 et l'Histoire des oiseaux de l'Amérique septentrionale, 1807, 2 vol.
  • Charles DAVID( 1600) : graveur au burin, naquit à Paris vers 1600 ; on ignore le nom de son maître, mais tous les ouvrages de cet artiste annoncent qu'il ;'était formé d'après les meilleurs graveurs de son temps. 11 a su si bien copier d'après Villamena les Cris de Rome, suite de 16 pièces où sont représentées en pied différentes figures grotesques, qu'il est fort difficile de distinguer la copie d'avec l'original. David a gravé, avec le même succès, d'après Phippe izarre, est fort rare : nous croyons que l'idée en appartient au crayon original de Callot. — Dr6me ) Av! D, son frère, aussi graveur, travailla longtemps m Italie ; il était surtout habile à graver le por.rait. Ceux qu'il a faits représentent tous des per;onnages historiques, tels que Charles I", roi d'An?,leterre, Henriette, sa femme, Anne, reine de ?rance, Gaston, le cardinal de Richelieu, etc., etc., .t ce qu'il y a de remarquable dans ces portraits, I .-!'est que presque tous les personnages y sont représentés à cheval. On trouve aussi un grand nombre de portraits gravés par Jérôme David dans l'ouvrage de Tomasini. Cet artiste a gravé à l'eauforte, d'après les dessins de Montano, habile ciseleur de Milan, une suite de 42 pièces représentant des r3glises, des tombeaux, et des autels de Rome. Cette suite a été publiée en 1708, par Soria. Le style de lérôme a beaucoup de ressemblance avec celui de Charles ; l'oeuvre des deux frères est composé d'eniron 220 pièces
  • Charles DEERING : médecin saxon, ayant pris ses degrés à Leyde, vint en Angleterre à la suite d'un ambassadeur, vers 1720, et s'y fixa. Son goùt pour la botanique le lia avec Dillen et Martyn : il exerça d'abord sa prOfesSion à Londres ; mais par les conseils de Sloane, il vint s'établir à Nott gham. C'était au moment où une épidémie de petitevérole y faisait de grands ravages. Il la cornbattit avec succès en employant le régime rafraiclissant qui était peu employé alors, et il décrivit sa méthode dans une lettre adressée à sir Parkins, 1737 Voulant ensuite se distinguer dans sa pratique, et n'étant pas toujours heureux, il encourut la censure de la faculté. Bientôt il se vit abandonné, et tomba dans la misère, dont il se consolait en se livrant à la recherche des plantes des environs : il en publia le catalogue 1738. Ce catalogue n'est pas très-étendu, car il ne com- prend que 800 espèces ; mais, dans le nombre, il s'en trouvait beaucoup de 'nouvelles, principalement des mousses et autres plantes cryptogames. Il les avait comnumiquées à son ami Dillen, et celuici lui en fit honneur dans son Histoire des - u' sses. Deering s'occupa aussi de recherches If .antiquité, et quelques personnes lui ayant.com- I uuniqué des matériaux, il entreprit une Histoire Nottingham, qu'il avait dédiée au duc de New- ' stle, ce qui semblait lui promettre un avenir plus aleureux, lorsqu'il succomba à une maladie, suite le ses chagrins. Deux de ses créanciers adminis- rèrent ses biens, et firent imprimer son ouvrage ;ous ce titre : Nottinqhamia velus et nova, oit Des- ription de l'état ancien et actuel de la ville de Arottingharn, faite d'après des restes d'antiqui-:és, etc., ornée de 4 planches, Nottingham, 1-751, .n-,1°. Decring à laissé aussi un traité manuscrit De re obstetricaria. M. Robert Brown a consacré in genre à sa mémoire sous le nom de Dee- ringia. Il appartient à la famille des amaranta- cées
  • Charles DÉMIA( 1636) : instituteur des soeurs de StCharles Borromée, naquit à Bourg en Bresse, le 3 octobre 1636, d'une famille honorable Peu d'événements signalent la vie de ce pieux ecclésiasti- que, qui fut nommé archiprêtre de Bresse et visiteur extraordinaire du diocèse en 1665. L'année précédente il avait fondé les petites écoles dans le diocèse de Lyon, et il en fut nommé directeur gé.. al en 167:2. Le bien que firent cesétablisse-. 1 nts fut tel, que les évêques de Châlons, de Gre- Î) le, de Toulouse et d'Agde, voulurent avoir des îtres formés par cet habile instituteur des clas- es indigentes. En 1676, il établit la i communauté 'is soeurs de St- Charles i, pour l'éducation des petics filles. C'est la seule institution de ce saint prère qui subsiste i encore i aujourd'hui. Son opinion tait que l'éducation primaire ou classique ne deait être donnée que par des ecclé.;iastiques. r,puisé par le travail, il termina, le 25 octobre 11 a de lui : I' i Les litanies de St. Charles Borro- née i ; 20 i Remontrances à messieurs les prévôts des narchands, échevins et principaux magistrats de G ville de Lyon, touchant la nécessité des écoles i )our i l'instruction des enfants pauvres i. La vie de :e vertueux ecclésiastique a été récemment publiée ;ous ce titre : i Vie de M. Démia, instituteur des eoeurs de St- Charles, suivie de l'esprit de cet insu- 'ut et d'une histoire abrégée de son premier patron St. Charles Borromée i avec approbation de Monsei- gneur l'évêque d'Amasie , Lyon, 1829 orné d'un portrait de Démia . C'est i une heureuse pensée i d'avoir réveillé le souvenir d'un prêtre dont.Pinfluence a contribué à propager l'esprit religieux qui domine encore aujourd'hui dans le diocèse de Lyon, après tant d'orages révolutionnaires
  • Charles DAHLMAN : agronome suédois, commença en 1'746 la publication d'un ouvrage important sur l'agriculture de son pays. Le 1" volume intitulé : Svenska h ushalls rcen, fœrsta delen, Stockholm, 1746 traité de la culture des champs, des prairies et des forêts ; dans le 2° qui parut en 1147, l'auteur rapporte les différentes expériences qu'il avait faites pour augmenter la fécondité des plantes céréales. Dans le 3', qui parut en 1'7:;0, il traite de maladies des troupeaux. Dans un autre ouvrage publié à Stockholm en 1746 il traite d'abord de la culture du houblon. et veut que, contre l'usage reçu, on y mêle des indu ictus milles, disant qu'il vaudrait mieux le cultiver dan- des houblonnières particulières, que de se borner à celui qui croit naturellement. Il y donne beaucoup de détails sur tout ce qui est relatif aux arbres indigènes de la Suède. 11 fit paraitre un mémoire sur la manière de retirer le sucre de l'érable. — Laurent 1?% 1ILMAIS, autre Suédois, publia un ouvrage intitulé: De conservai ione sylarum in patrie , Stock-1101m, 17`t t
  • Charles DATI( 1619) : descendant en ligne directe `de l'ancien Goro Dati, naquit à Florence le 2 octobre i 619. Après avoir appris les langues anciennes, il fit sa principale étude de celle de sa patrie, et devint un des plus savants philologues italiens. Dès l'âge de vingt et un an, il fut reçu à l'Académie de la Crusca, dans laquelle il prit le nom de* lo Smarito, et peu de temps après à l'Académie Florentine, dont il fut consul en 1649. Selon la trèslouable coutume des plus nobles familles de Florence, la sienne avait toujours fait le commerce ou dirofessé quelqu'un des arts utiles. Charles choisit e métier de batteur d'or, et, déjà possesseur d'une grande fortune, il l'augmenta encore par ce com- merce. Il se maria en 1656, eut plusieurs enfants qu'il élevait avec beaucoup de soin, et partagea rcnstamment l'emploi de son temps entre les cupations mercantiles, celles d'un père de faille et les traNaux littéraires qu'il n'interrompit amais. Il joignit à l'étude des belleslettres celle des sciences. Il eut pour maître, en physique Torricelli, et en géométrie Galilée qui avait été intime ami de son fière, et dont il aimait à se rappeler *qu'il avait souvent reçu dans son enfance des bonbons et des caresses. Il était en liaison avec les gens de lettres les plus distingués, nonseulement de l'Italie, mais des pays étrangers, entre autres. avec Ménage, Spanheim, Nicolas Heinsius, Lambécius, Bartholin, Gronovius, 1.11ilton, etc. Pendant le séjour de quatre mois que l'Homère anglais fit à Florence, Charles Dati fut celui des littérateurs italiens qu'il vit avec le plus d'intimité. De retour dans son pays, il entretint avec lui une correspondance suivie, et il l'a loué dans ses poésies latines. Le célèbre naturaliste François Redi, en lui dédiant ses Expériences sur la génération des insectes, lui écrivait : « Tous les sa. ants voient briller en vous « le phis haut degré de savoir, fortifié par la phi- « losophie, et noblement décoré d'une érudition « si variée, que notre Toscane en est fière et n'en- « vie ni Varron au Latium ni Plutarque à la « Grèce. » 11 fut choisi en 1648, par le grandduc, pour succéder à J.B. Doni dans la chaire de belleslettres grecques et latines. La reine Christine de Suède voulut, mais inutilement, l'attirer à Rome ; Louis XIV lui fit aussi proposer de venir en France, mais il ne voulut point quitter son pays, et le roi, loin de lui en vouloir, lui fit une pension annuelle de 100 louis. Une mort prématurée l'enleva le 11 janvier 1676.11 réunissait aux dons de l'esprit une figure ouverte, prévenante, et des manières polies. Son portrait est peint sur l'une des voûtes de la galerie de Florence. 11 se proposait toujours pour but dans ses travaux l'utilité ou la gloire littéraire de sa patrie. Ses principaux ouvrages sont : I° Discours sur la nécessité de bien parler sa propre langue, Florence, 1657 2, réimprimé plusieurs fois ; 2° la Lettre à Ph ilalète écrite sous le nom de Timauro Anziate, sur la véritable histoire de la cycloïde et de la célèbre expérience du vifargent, Florence, 1663 Dans cette lettre, il fait voir que ce n'est pas au. P. Mersenne, mais à Galilée qu'appartient l'invention de la cycloïde, et que Torricelli, loin de s'être approprié, comme on l'avait prétendu, l'hypothèse de la pression de l'air, pour expliquer la suspension du mercure, en est le premier auteur. 3° Il imagina le recueil connu sous le titre de Prose florentine, pour offrir aux amateurs de la langue toscane des modèles dans tous les genres d'écrire, et il en fit paraitre le 1 " volume, Florence, 1661 c'est le seul qu'il ait publié. La préface générale est regardée, avec raison, comme un excellent morceau de philologie. Les autres volumes ne parurent successivement qu'après sa mort, au nombre de 17 ; ils ont tous été réimprimés à Venise, 1735, en 5 vol. 4° Son Panégyrique de Louis XIV, Florence, 1669 est l'expression de sa reconnaissance pour les bienfaits de ce grand roi. Il fut traduit en français par Gérard de Mothier, et réimprimé à Rome en 1670. On inséra ce panégyrique dans la suite des Prose florentine donnée après sa mort, ainsi que son Éloge du commandeur Cassiano del Pozzo, deux autres Éloges et quelques Leçons, les unes sérieuses, les autres plaisantes , lues dans l'Académie florentine. 5° Dati avait entrepris un grand ouvrage en trois volumes, sur la peinture des anciens. Le premier devait avoir pour objet l'art même, ses progrès, ses procédés, ses mystères ; le second, les Vies des grands peintres de l'antiquité sur lesquels il nous est parvenu le plus de renseignements ; le troisième une table alphabétique de tous les autres, contenant le peu que l'on sait de chacun, et suivie des renseignements et des détails qui pouvaient compléter l'ouvrage. 11 avait repris et quitté plusieurs fois ce travail, dans lequel il avoua qu'il trouvait de .grandes difficultés. Le second volume seul était øèt. Surpris en quelque sorte par la générosité de Louis XIV, et pressé de lui en témoigner sa gratitude, il publia ce volume et le dédia au roi, sous le titre de Vite de' pittori antichi, Flo- rence, 1667 Lepidezze di spiriti bizzarri, e curiosi avvenimenti, Firenze, Magheri, 1829 srelta di prose, pubblicata da B. Gamba. Ve- nezia, tipogr., d'Alvisopoli, 1826 Ces pe Ires sont au nombre de quatre, Zeuxis, Parrliasius, Apelle et Protngène. Leurs Vies sont suivies de notes savantes, remplies des recherches, citations et discussions qui auraient interrompu le récit des faits. L'auteur 4,:ant renoncé à exécuter l'ouvrage entier, a fait entrer dans ces notes plusieurs morceaux et des chapitres entiers pli étaient destinés au premier et au troisième volume. Celuici forme tin tout complet, et l'un des meilleurs écrits que l'on ait sur la peinture antique. 11 a été mis, par les auteurs du grand vocabulaire de la Crusca, parmi ceux qui font autorité pour la languie. Dans l'avis au lecteur qui suit l'épitre dédicatoire, il est tout simple que Mati ait beaucoup loué Louis XIV ; il est encore trèsnaturel qu'il ait associé aux éloges du roi celui de son ministie Colbert ; mais on est fâché que, par une réticence peu adroite, il dise qu'il ne dira point que Chapelain est, comme il l'est en effet, l'Homère de la France. Chapelain était son ami, et axait sans doute contribué à lui faire obtenir une pension du roi : la haine et le ressentiment font solo ent dire des sottises aux gens d'esprit, mais, comme on le voit, la reconnaissance et l'amitié leur en font quelquefois dire aussi
  • Charles DAUBUS : ), né à Auxerre , était ministre de la religion réformée, au commencement du 17° siècle. Les capucins s'étant établis à Nérac, Daubus s'éleva contre l'article de leur règle qui les autorise à mendier, et fit imprimer un livre intitulé : l'Ébionisme des 'moines ; de la pauvreté et mendicité volontaire vouée et pratiquée contre l'Écriture sainte, l'orthodoxe antiquité et la saine raison On a encore de Daubus, l'Échelle de Jacob, ou la doctrine touchant le vrai et unique médiateur des hommes envers Dieu, à savoir J.- C., contre l'intercession, l'adoration et invocation des anges et des saints, pratiquées en l'Église romaine avec la réponse aux objections des cardinaux Bellarmin et Duperron, et des jésuites Grégoire de Valence, Fronton du Duc, Cotton, Gauthier, Richeome, Coster, et autres, SteFoy , 1626 ; de plus de 1,200 pages. baillé, Claude et Jurieu ont souvent mis à contribution cet ouvrage, sur lé titre duquel l'auteur prend la qualité d'Auxerrois
  • Charles DAVENANT( 1656) : fils aîné du précédent, naquit en 1656. Après avoir fait ses études à Oxford, il vint à Londres, où il donna au théâtre en 1675, n'ayant encore que dixneuf ans, une tragédie intitulée : Circé, qui fut imprimée en 1677, avec un Prologue de Dryden et un Épilogue du comte de Rochester. Malgré le succès qu'obtint cette tragédie, il parait avoir renoncé dès lors à la littérature, pour se livrer entièrement à l'étude des lois. En 1685, il fut choisi pour représenter au parlement le bourg de StYves, dans le comté de Cornouailles, et fut chargé, conjointement avec. l'intendant des spectacles de la cour, d'examiner les pièces de théâtre, sous le rapport de la décence et de la morale. 11 occupa la place de commissaire de l'excise depuis 1683 jusqu'en 1689, et se conduisit, dans ces différentes fonctions, avec autant d'habileté que de zèle. Les nombreux écrits qu'il publia ensuite sur des matières de gouvernement mirent ses talents plus en évidence, mais lui suscitèrent une foule d'ennemis. Les premiers de ces écrits ne parurent que quelques années après la révolution, entièrement dans les principes qui l'avaient amenée. Dav errant, pendant toute la vie de Guillaume III, se montra en opposition avec le ministère, dont il attaqua les mesures avec une liberté sans bornes. Quelques réflexions peu favorables pour le clergé d'alors, insérées dans son ouvrage intitulé : Essais sur la balance du pouvoir, lui attirèrent, en 1700, une censure trèssévère de la part d'une des chambres de convocation. 11 n'y eut pas un de ses écrits qui ne fût l'occasion de quelques pamphlets, dont les auteurs essayaient de le présenter comme un séditieux et un homme sans honneur et sans foi. Quoiqu'il eût écrit avec chaleur contre la France, on alla jusqu'à l'accuser d'être secrètement vendu au gouvernement français, dont il recevait, disaiton, une pension considérable. Davenant fut élu, en 1698, membre du parlement pour le bourg de Greatbedwin. S'étant ensuite réconcilié avec) les ministres, il obtint la place d'inspecteur général des exportations et importations, place qu'il conserva jusqu'à sa mort, arrivée le 6 novembre 1714. Tous ses ouvrages furent bien accueillis par le public dans leur nouveauté, et sont encore estimés en Angleterre. On y trouve beaucoup de connaissances et des vues excellentes pour un temps oit la science de l'économie politique était encore dans l'enfance. On reproche néanmoins à Davenant d'avoir trop sacrifié à l'esprit de parti, et de s'être trop laissé entraîner à son goût pour l'arithmétique. Voici les titres de ses principaux ouvrage politiqueà : Essai sur les moyens de subvenir aux frais de la guerre, 1695 Cet ouvrage fut si bien accueilli, que Davenant, pour assurer le succès de ses ouvrages subséquents, les signait presque tous depuis : l'auteur de l'Essai sur les moyens. 2° Discours sur les revenus publics et le commerce de l'Angleterre, 2 vol. 1698 ; 3° Essai sur les méthodes probables de donner l'avantage à une nation dans la , balance du commerce, 1699 ; 4° Essais sur la balance du pouvoir, le droit de faire la guerre, la paix et les alliances, la monarchie universelle 0701Essai sur la paix dans l'intérieur et la guerre au dehors, 1704 Sir Charles Whitworth a publié un recueil des OEuvres politiques et commerciales de Charles Davenant, avec un index fort étendu, 1771, 5 vol. — DAVENANT , frère de Charles, étudia à Oxford, et obtint vers l'année 1680 un bénéfice dans le comté de Surrey ; mais, ayant bientôt après accompagné en France, en qualité de gouverneur, Robert Wymondsole de Putny, auquel il devait ce bénéfice, il se noya en 1681, en s'amusant à nager dans une rivière des environs de Paris. On a de lui la traduction anglaise des Observations sur les grands historiens grecs et latins
  • Charles DEROSNE( 1780) : né à Paris le 23 janvier 1780, membre du conseil d'administration de la société d'encouragement pour l'industrie nationale, de l'Académie de médecine, administrateur de la caisse d'Épargne, chevalier de la Légion d'honneur, appartenait à une famille où le goût et l'étude des connaissances chimiques étaient en quelque sorte héréditaires; il se fit remarquer de bonne heure par son ardeur à étudier les procédés industriels alors en usage, et sa vie tout entière fut consacrée à les perfectionner. Dès 1806, associé de son frère aîné pour la gestion de la pharmacie Cadet Derosne, il fit avec lui des recherches sur l'esprit pyro« étique fourni par la distillation de l'acétate de cuivre ; en 1808, il s'occupa du blanchiment du sucre brut par l'emploi de divers moyens, et, entre autres, par l'alcool à 33°, En 1809 et 1810, il t divers essais de fabricat ion de sucre de betterave, d'après l'idee première iiit'avait émise en 1741 le chimiste prussien Magret, et que rés cillèrent les publications des résultats obtenus par un autre chi-1 n iste prussien, Achard . Modifiant les f «Ca& mis en usage par ce dernier et par Hermstitedt, il était déjà parvenu, le 20 mars 1811,à obtenir 4 pour 1 l de betterave, traduit et abrégé de l'allemand par D. Angar, avec des notes et observations par Charles Derosne, Paris, 1812 Ses travaux le charbon animal appliqué au traitement des sirops de sucre , nonseulement pour les décolorer, mais encore pour les purifier des matières étrangères, nuisant à la cristallisation, ont amené en Europe la création d'une nouvelle industrie, la fabrication du noir animal par la carbonisa, ion des os. De concert avec CellierBlumenthull, il établissait en 1817 l'appareil distillatoire continu est encore aujourd'hui la base de toutes les grandes distillations ; et, dans le même temps, il posait les principes de tous les appareils évaporaloures à simple, double et triple effet, qui ont abouti aux appareils perfectionnés, maintenant employés dans toutes les fabriques de sucre. Pendant que Charles Derosne paraissait exclusivement occupé de ces travaux importants, il trouvait encore le temps de créer une nouvelle branche de produits. Il avait remarqué que le sang frais, desséché à Fasse température, formait un produit sec, pub érident, mais sol ble, qui, mélangé avec quatre fois et demi son poids d'eau, reconstituait du sang liquide avec toutesles propriétés résultant de l'albumine qu'il contient. Partant de cette observation, il dotal'industrie saccharine d'une substance propre à la clarification des jus et sirops sucrés, et l'agriculture d'un engrais des plus actifs et des plus estimés dans les colonies transatlantiques. Enfin, à partir de 1825, s'aidant de la coopération de Cail, il étendit ses opérations sur tous les points du globe, et fonda, sous la raison Derosne et Cail, nu établissement industriel dont les déNeloppements furent tels, qu'il put se charger de la fabrication des locomotives, à l'époque oit l'on commença à construire les chemins de fer français, et ses produits ont obtenu, à l'exposition de Londres, en 1851, la grande distinction pour machines et appareils. Presque chaque année de la carriè're de Charles Derosne a été marquée par des progrès dans les branches d'industrie auxquelles il s'appliqua; et il préparait encore de nouveaux perfectionnements, lorsque la mort vint le frapper à Paris, le 21 septembre 1846
  • Charles DESLON : docteur régent de la Faculté de médecine de Paris , et premier médecin ordinaire de Monseigneur, comte d'Artois, s'enthousiasma pour le magnétisme animal, et s'enrôla sous les drapeaux de Mesmer, qu'il connut en 1778. Pendant quelque temps, il ne fut que son disciple zélé ; mais la soif de l'or, qui divise tous les hom- mes, lui inspira le désir d'avoir part aux immen- ses gains de son maitre. Il profita d'un voyage de Mesmer à Spa, pour ouvrir un baquet à son compte, et la foule des crédules accourut. chez lui. Il fit plus , il publia, dans le Journal de Paris , du 10 janvier 1784, de vives récriminations contre l'homme auquel il devait ses nouvelles connaissan-1 ces. Du reste, Deslon ne fit faire aucun progrès à la science fantastique dti magnétisme animal. Ses écrits, assez peu importants, sont : 10 Observations sur le magnétisme animal, Londres , 1780 ; 2° Lettre à M. Ph ilip, la Haye, 1782 Cette lettre a pour objet de se disculper devant la Faculté de médecine, qui voulait le rayer du ta-. bleau. On lui attribue, mais sans preuves suffisan- tes, des Observa! ions sur les deux rapports des com- missaires nommés par le . roi pour l'examen du magnétisme animal ; Philadelphie Deslon mourut le 21 août 1786
  • Charles DESMARETS( 1763) : fameux chef de la po- lice impériale, naquit en 1763 à Compiègne, fils d'un artisan qui obtint jour lui de résèque de Soissons une bourse au collége de Louis le Grand, oit il fut élevé avec l'abbé LegrisDuval, devenu 1 plus tard célèbre par la fondation d'une maison de charité pour les orphelins savoyards. Doué d'un es- prit fin et délié, Desmarets brilla parmi ses com- pagnons d'études. Il s'était voué à l'état ecclésiastique lorsque la révolution survint, et changea ses projets. Prêtre et chanoine de la cathédrale de Chartres, il abandonna aussitôt le ministère sacré. Entreprenant par caractère et révolutionnaire par goût, il ne put rester spectateur impassible de la lutte qui s'engagea entre les divers partis. D'abord employé dans une administration militaire, il , épousa une demoiselle de Neufchâtel en Suisse, et fut attaché à l'administration des vivres dans l'armée d'Italie. Quoique dans un poste secondaire, il eut plus d'une fois l'occasion de se faire remarquer par les chefs de l'armée, et particulièrement par Bonaparte, à qui l'on croit que dès lors il rendit quelques services. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'aussitôt après le 18 brumaire il remplaça à la police M. Tissot, dans la direction des affaires les plus importantes et les plus secrètes. D'un caractère souple et rusé, ayant beaucoup de mémoire et une aptitude particulière à poser des questions insi- dieuses, il était parfaitement à sa place. Impassi- ble et sans attachement pour personne, il vit tomber Fouché, et sut gagner les bonnes grâces de Savdry qui lui succéda. JI conscr‘a son emploi pendant quinze années, et fut successivement chargé de sun ciller, de réprimer et même, on peut le dire, quelquefois d'inventer ou tout au moins d'arranger tous les complots qui occupèrent la police impériale pendant ce long intervalle. On cite no- tamment l'affaire du faux Kolly, envoyé à Valen- çay au roi . Toute la correspondance et les pièces contrefaites, afin de tromper le jeuneprince, étaient de la main de Desmarets. Personne assurément n'a dû plus que lui être dans le secret de tous les actes ténébreux de cette époque. Cette opinion généralement répan- due fit espérer que les Mémoires posthumes qu'il avait laissés °Miraient les révélations les plus cil_ rieuses ; mais sur ce point l'attente du public fut complétement trompée. Ces mémoires, que l'on a publiés en 1833, 1 vol. ne sont évidemment
  • Charles DEVILLERS( 1724 - 1809) : né en 1724, vint, encore trèsjeune, s'établir à Lyon, et y donna des cours de physique. Il s'était formé un trèsbeau cabinet, qu'il vendit moyennant une rente viagère de 2,000 fr. En 1188, il forma un nouveau cabinet de physique, et obtint une salle dans l'hôtel de ville de Lyon, pour y donner des cours de cette science. La révolution interrompit ses travaux, qu'il reprit cependant pour les interrompre de nouveau, à cause de son grand âge. 11 mourut en 1809. On ignore le lieu de sa naissance et les noms de ses tiffe et mère. On a de lui : IO Journées physiques, 1761, 2 vol. : c'est une suite d'entretiens avec une comtesse, sur les diverses parties de la physique. Cet ouvrage est dans le même genre, et a été fait dans le même but que Les mon- des de Fontenelle et les Lettres à une princesse d'Al- lemagne, par Euler ; 2' Le colosse aux pieds d'ar- gile, 1784 : le colosse qu'attaque Devillers n'est antre que le magnétisme animal. M. Deleuze kremarque que l'auteur « ne dit point d'injures à r'« cetii dont il combat l'opinion. » Devillers était depuis 1761 membre de l'Académie de Lyon, et y a lu beaucoup de mémoires ou de rapports sur des objets relatifs aux sciences physiques. 11 a eu une trèsgrande part à la Théorie des trois éléments ; mais son principal titre littéraire est l'édition qu'il a donnée de l'entomologie de Linné, SOUS ce titre : Caroli Umm, ' entomologia, M'Ince Suecicoe descriptionibus aucta, Db. Scopoli, Geof- froy, de Geer, Fabricii , Schrank, etc., speciebus , vet in systemate non enumeratis, vel nuperrime detec- tis, ce! speripbus Gall ioe australis locupletata, generu ni speeierumque rariorum iconibus ornata, cu- rante ac augente C. Devillers, Lyon, 1789, 4 vol. : Devillers appelait luimême ce travail te son « grand ouvrage. » C'était, disaitil, le fruit de vingtcinq années d'études, de courses, de recher- ches. Les planches qui accompagnent le livre sont estimées encore aujourd'hui. Les descriptions qu'il donne des insectes qu'il a observés dans le midi de la France sont exactes, niais il n'a décrit qu'un petit nombre d'espèces nouvelles; il n'éclaircit point la synonymie de celles qu'il insère dans son Catalogue d'après Fabricius, de Geer, etc., et sort livre ne peut être considéré que comme une compi- lation utile. Devillers a mis si souvent au bas des descriptions le mot vidi, que quelques entomo- logistes doutent qu'il ait réellement • tout vu. La partie entomologique de la Fauna STIP« Ca de Linné étant ici refondue avec son Entomologia, fait aujourd'hui le plus grand mérite des 4 volumes de Devillers
  • Charles DIBDIN( 1748) : auteur dramatique, naquit en 1748, à Southampton. De Winchester, où il recevait une éducation dirigée vers l'Église, son goût pour la musique le fit allerà Londres, où il entra au théâtre, et débuta à peine âgé de 15 one. Doué d'une rare facilité, il ne tarda point à l'aire luimême des pièces qui n'étaient pas plus mauvaises que tant d'autres qu'on offrait à la bonhomie de John Bull: elles étaient même souvent meilleures; car au moins l'auteur connaissait la scène, et plaçait toujours dans ses bluettes des rôles analogues à ceux dans lesquels il savait être goûté du publie. Cette double industrie le mit à même de devenir spéculateur. Il fut deux ans directeur du Cirque, puis il fit bâtir , comédie, 1768; le ifauvais Lot, 1772; le Déser- teur, t 773; la Métamorphose, opéracomique, 1716; le Sérail, opéracomique, 1770 ; le Quaker, opéra- comique, 1777; le Pauvre Vulcain, farce ; les Bo- ? iens, opéracomique, Bose et Colas, opéraco- mique ; la Revanche des veuves, opéracomique; Annette et Lubin, opéracomique, toutes de 1778 ; le Pensionnaire de Chelsea, opéracomique, 1779; 1, Miroir, on Arlequin partout, farce, 1779 ; là 1, ergi. re des Alpes, opéra- comique, 1 780 ; les Islan- dais, opéracomique, 1781 ; Àcte de mariage, 1. 7R1 . Ces titres seuls indiquent que beaucoup de ces Nièces ne sont que des imitations ou des traductions libres. Indépendamment de telles qui ont été. imprimées, Dibdin en a composé beaucoup , 4 Nol. 1802; 4" histoire du thécitre, 3 vol. 1795 ; 5° Chants, vol. ; Observations sur I n voyage en Angleterre et en. Écosse, 1803 7" Le Précepteur harmonique, poème didactique, 1804 On peut y joindre beaucoup de publications en prose nui traitent de la musique.y on de l'art de l'enseigner, le Mentcir musical, la Musique réduite en épitomé, etc. — Charles Uranes, fils du précédent, comme lui fécond auteur dramatique, est mort le 12 janvier 1833, après avoir diriï,,é plusieurs théâtres de Londres. Ses ouvrages sont Claudine, bluette, 1801, le Grand Diable, pièce féerie, 1801, le Vieillard des montagnes, Barbara Allen, Myrtes et Mètres, recueil de poésies, 1807
  • Charles DITTERS DE DITTERSDORF( 1739) : célèbre compositeur allemand, naquit à Vienne eu 1739, et reçut une éducation soignée. Dès l'âge de sept ans, il montra une passion extraordinaire pour la musique, et se forma à l'école des premiers violons de l'Allemagne. Un solo qu'il exécuta sur cet instrument, dans une musique d'église, excita l'admiralion de tous les auditeurs; le fameux corniste Hubaczek, qui était présent, prit Ditters en affection et le recommanda si fortement au prince de Hildburghausen, auquel il était attaché, que ce prince reçut le jeune artiste au nombre de ses pages, quoiqu'il n'eùt pas encore douze ans, et n'oublia rien pour perfectionner son instruction musicale. Après avoir fait longtemps l'ornement de la petite ,ur de son bienfaiteur, oit il se lia d'une étroite amitié avec Métastase, il passa au théâtre de la cour de Vienne, accompagna Gluck en Italie, et y fut accueilli de tous les grands maîtres. Un jour, entre autres, ayant exécuté avec succès un concerto de violon, il reçut un billet anonyme accompagné d'une montre fort riche. On ne sut que longtemps après que c'était un présent du célèbre Farinelli. De retour à Vienne, Ditters profita beaucoup de la connaissance qu'il y fit du célèbre Haydn. Après s'être distingué à Francfort, au couronne- :1, il passa au ervice de l'évêque de GrossWardein en Hongrie. 1 n'avait jusquelà composé que , qui furent exécutés à Vienne avec le plus grand succès. L'évêque de GrossWardein lui permit d'élever un petit théâtre pour lequel Dîners travailla sans relâche. L'impératrice "AlarieThérèse, en ayant été informée, exigea la suppression de ce théâtre profane, peu conforme à la gravité épiscopale, et le musicien profita de cette circonstance pour parcourir l'Allemagne, dans la vue de se perfectionner encore. Il était âgé de trente ans. Le prince-évêque de Breslau le retint quelques mois à son petit orchestre de Johannisbourg, lui laissa élever un petit théâtre, et voyant qu'il connaissait parfaitement la grande chasse, le nonllna maître des forêts de sa principauté en 1770 et en 1773 Landes hauplman ;capitaine du pays), de Freyentwaldau. Pour qu'il pût exercer cette charge honorable, il obtint pour lui de la cour impériale des lettres de noblesse et le nom de Dittersdorf, que Ditters porta toujours depuis. Il fut encore pendant quelques années, trèsrecherché à Vienne, et surtout à Berlin, on il était souvent appelé; mais ayant, quelque temps après, perdu les bonnes grâces de l'évêque de Breslau, il se vit, à la fin de ses jours, accablé d'infirmités, et aurait été réduit à la dernière misère sans les bienfaits du baron Ignace de Stillfried, qui le prit dans son château en Bohèmes,et le mit, ainsi que sa famille, à l'abri du besoin. Il y mourut le 1" octobre 1799, deux jours après avoir achevé de dicter à son fils l'Histoire de sa Vie, que ce dernier publia à Leipsick, 1801 , ouvrage intéressant par le ton d'originalité naïve qui y règne, et dans lequel les jeunes musiciens peuvent trouver des instructions utiles. Elle renferme aussi des anecdotes curieuses et peu connues sur Lolli et d'autres grands maîtres, sur Joseph II, sur FrédéricGuillaume, etc. Dittersdorf avait beaucoup d'imagination, possédait plusieurs langues, et passait pour excellent compositeur. Indépendamment de beaucoup de concertos et de symphonie, sur des sujets tirés d'Ovide; il composa, sur des paroles allemandes, un grand nombre d'opéras qui se firent distinguer pat la richesse et la variété du style, et par de grandes beautés d'harmonie. Son oratorio d'Esther, joué en 1785, à Vienne, passe pour son chefd'oeuvre. Celui de Job, exécuté l'année suivante, fut aussi reçu avec applaudissement. Les Allemands comparent cet artiste à Grétry pour la composition des opérascomiques, et son meilleur ouvrage en ce genre , fut joué sur le théâtre de Vienne en 1786 et 1787, avec le plus grand succès. Nous ne parlerons pas de ses autres ouvrages; on en peut voir le détail dans la Neue Allem. Deutsche Bibliothek, t. 84. Nous indiquerons seulement ses Métamorphoses d'Ovide, pièce originale, composée de quinze sym phonies, qu'il publia luimême à Vienne, en 1785
  • Charles DOLCI( 1616 - 1686) : Ou Dolce, comme l'écrivent quelques biographes, né à Florence en 1616, fut élève de Jacques Vignali; il tirait ordinairement les sujets de ses tableaux de l'histoire sainte; peu de peintres ont terminé les ouvrages avec autant de soin que Dolet : on ne saurait imaginer un coloris plus suave et plus harmonieux, une touche plus douce et des teintes mieux fondues. Avec des qualités aussi précieuses, Dolci devait peindrgle portrait avec un grand succès; ceux qu'il a.faits sont regardés comme autant de Chefsd'œuvre de l'art. 11 joint au fini de Gérard Dow une exécution phis libre et plus facile. L'empereur, qui vit de ses ouvrages, l'appela à sa cour, et se fit peindre lui et la famille impériale par cet artiste habile qu'il se plut à combler d'honneurs et de bienfaits. Le temps, loin de porter atteinte à la réputation dont a joui Dolci de son vivant, semble l'avoir accrue. Ses tableaux sont fort recherchés; ils dccupent un rang honorable dans les galeries les plus riches et font un des prin. cipaux ornements des cabinets les mieux choisis. Dolci mourut à Florence én 1686, dans sa 70e année
  • Charles DOVALLE( 1807) : poète, né le 23 juin 1807, à MontreuilBellay , fit ses études au collége de Saumur, et montra des dispositions tellement heureuses qu'un prix de vers fiançais fut fondé en sa faveur. Destiné au barreau par sa famille, il fit ses études de droit à Poitiers, et, sans négliger les travaux sérieux qui lui étaient impo- sés, il envoya, en 1827, sous le nom de mademois- selle Pauline 1. , quelques essais poétiques au Mercure de France, dont le directeur, dupe de cette pseudonymie, le combla d'éloges empreints de la plus sérieuse galanterie. Nous citerons parmi ces pièces l'Oratoire du jardin, esquisse légère qui respire la grâce féminine. Plus heureux que DesforgesMaillard, quand Dovalle, arrivé à Paris en 1828, fit paraître sons son propre nôm de nouveaux essais, il reçut du public l'accueil le plus flatteur, et persista dans sa vocation poétique, tout en griffonnant de la procédure chez un aN oué. Une chanson sur la liberté, adressée à Béranger, lui valut une réponse dans laquelle ce chansonnier disait : « Je « vous engage bien à entremêler vos copies de « jugements, d'actes aussi agréables que celui dont « communication vient de m'être faite. C'est ainsi « que Collé, notre devancier, en usait chez le pro- « curent', et vous savez, monsieur, que Collé était « un grand clerc dans notre Bazoche. » Le Curé de Meudon, chansonnette empreinte d'une douce philosophie, insérée au Mercure, eut un succès di. vogue el devait, après la mort de son auteur, fournir la donnée d'un trèsjoli vaudeville représenté au théâtre du PalaisRoyal. Sans quitter ses travaux de jurisprudence, Dovalle prit bientôt une place parmi cette jeunesse ardente et frondeuse qui, dans maints petits journaux, torturait chaque matin à coups d'épingle cette pauvre restauration qui ne savait se défendre contre personne. 11 écrivit d'abord dans le Figaro; puis dans le Trilby, Journal des salons, à la rédaction duquel il s'attacha sans réserve, et où il insérait souveht de ses vers. Pour Dovalle la poésie était une affaire d'enthousiasme et par conséquent de conscience ; défiance contre son extrême facilité, il méditait profondément des productions en apparence si lé- gères. Adepte de l'école romantique, il a cependant toujours respecté la langue et la mesure dans ses poésies. 11 se préparait à en publier un recueil, lorsque, dans son article spectacle, il of- fensa la susceptibilité de M. l'un des admi- nistrateurs du théâtre des Variétés : il fallut se rétracter ou se battre. Placé entre sa conscience et un mensonge conciliateur, Dovalle affronta un adversaire réputé l'un des meilleurs tireurs de la capitale. Percé d'une balle, il succomba le 30 novembre 1829 : ce coup fatal fit quelque sensation dans Paris. Une souscription fut OU\ erte pour l'érection d'un tombeau à cette nouvelle victime d'un affreux préjugé. MM. Cartiller, Vaillant et Desnoyers, collaborateurs et amis de Dovalle, publièrent ses Poésies avec une notice par M. C. Louvet . Ce volume, imprimé avec luxe, est préeMé d'iule Lattre c? Messieurs les éditeurs, dans laquelle M. Victor Hugo fait l'éloge de Dovalle et l'apologie de son école
  • Charles DRELINCOURT( 1595) : célèbre ministre de la religion réformée, né en 1595, à Sedan, fit ses humanités et sa théologie à l'université de cette ville, et sa philosophie 'à Saumur, sous Marc Duncan. 11 fut nommé pasteur d'une église dont on sollicitait l'établissement à Langres; mais ce projet n'ayant pas réussi , il fut appelé à. Paris eu 1620, oit il commença à prêcher avec un succès toujours croissant. Il publia aussi des traités de controverse qui achevèrent de lui faire une réputation très-étendue dans sou parti. Les écrivains de sa communion louent, dans les ouvrages de Drelincourt, la méthode, le sage emploi des textes de l'Ecriture, et enfin un style plein de douceur et d'onction. Cependant ils sont relégués dans les grandes bibliothèques, oit on ne les consulte plus guère. Les principaux sont : un Cathéchisme; unAbrégé des controuerses ; Consolations contre les frayeurs. de la mort; li, ites chat itables, et des sermons. Tous ces ouvrages ont été imprimés un grand nombre de fois, et la plupart traduits en anglais, en italien, en allemand et cii flamand. Parmi ses livres de controverse, on doit remarquer, pour sa rareté et la singularité du titre, celui qu'il écrivit contre le P. Véron. Voici .ce titre vraiment original: Véron ou le Hibou des jésuites, opposé à la corneille de Cha- renton , avec la messe trouvée au 13e chapitre des Actes des apdtres, vers. 2, par ledit hibou, Villefranche, sans date de 82 feuillets. Quelques bibliographes prétendent que la Découverte de la messe est de Lucas Jansse . Draa court mourut en 1669, extrêmement regretté dans son parti. Il avait eu de son mariage avec la tille d'un marchand nommé Bolduc seize enfants, dont plusieurs se sont distingués dans la théologie et dans les sciences. Les plus connus sont Laurent, Henri et Charles
  • Charles DRELINCOURT( 1633) : médecin, né à Paris en 1633, termina ses études à Montpellier, oit il reçut le doctorat en 1654. Dès l'année suivante, Turenne le choisit pour son médecin particulier, et l'emmena à l'armée, en lui faisant donner le titre et les fonctions de médecin militaire, qu'il remplit avec distinction. Après la paix, il revint à Paris, fut nommé, à l'âge de vingtsix ans, médecin ordinaire du roi, et se livra à l'étude avec une nouvelle ardeur. Il obtint, en 1668, la chaire de professeur en médecine à Leyde, et y occupa, deux ans après, la première chaire ; l'édition de 1696 est la meilleure et la, plus complète. Cet ouvrage est rempli d'une im- mense érudition, mais un peu confuse. Les ouvrages de Drelincourt relatifs à la médecine et à l'anatomie ont été recueillis par Boerhaave, La Haye, 1727 mais le grand nom de l'éditeur ne nous empêchera pas de dire que ce recueil, fait avec trop peu d'ordre, est imprimé sans aucun soin
  • Charles DRYDEN : fils du précédent, fut °fil-' cier du palais du pape Clément Xl. Il laissa sa charge à son frère, vint en Angleterre, et se noya en 1704, en traversant la Tamise à la nage près de Windsor. 11 a écrit plusieurs morceaux de poésie, et traduit la sixième satire de Juvénal. — DRYDEN , frère du précédent, traduisit la quatorzième satire du même poète, et composa une comédie the Hwband lus own Cuckold , et qui fut imprimée en 1696. H accompagna un de ses compatriotes, Il. Cécil, dans une excursion en Sicile et à Malte, et mourut peu de temps après son retour à Rome, en 1701. La relation de ce voyage ne fut publiée que longtemps après, sous ce titre : Voyage en Sicile et Malte, etc., en 1700 et 1101, Londres, 1776 Ce livre est écrit sans prétention. Les éditeurs l'imprimèrent pour servir, direntils, de supplément à la relation de Brydone. Le voyage, commmé le 19 octobre 1700 et terminé le 28 janvier 1701, fut entièrement fait par mer. On y trouve des observations sur les îles du golfe de Naples, sur quelques illes de Sicile et sur Malte. Au total c'est peu de chose. — HENRI, troisième fils de Dryden, entra dans un ordre religieux
  • Charles DUCHESNE : médecin de Henri IV, a laissé des Mémoires sur le règne de ce prince, qui ont été iiiiprimés à la suite du Journal de l'Estoile, dans l'édition donné par Lenglet Dufresnoy . Ces mémoires comprennent depuis l'avénement de ce monarque jusqu'à la bataille d'Arques, c'est-àdire, un espace de trois mois. Duchesne, qui n'avait point quitté le roi, devait être instruit de bien des détails ; cependant on n'ap- prend dans ses mémoires que les faits racontés avec plus d'étendue dans ceux du duc d'Angoulême ; mais le rapport exact qui se trouve dans les récits des deux auteurs, en garantit la fidélité
  • Charles DUFOUR : curé de St Maclou de Rouen, IOUFVU ensuite de l'abbaye d'Aulnay, ordre de Ci - eaux, dans le diocèse de Bayeux, et du prieuré '. e Beausaut, fut aussi chanoine et trésorier de ré- ;lise de Rouen. Il était fils de Charles Dufour, nort en 1638, et de Marie Camus, sœur de l'évêque I le Belley, et il fut fort lié avec les solitaires de 'ortRo)al. Le 30 mai 1656, ayant prêché un sernon synodal dans lequel il attaquait la morale 'eltichée, le P. Brisacier, jésuite et recteur alors lu collége archiépiscopal de Rouen, crut y voir une tgression contre la société dont il était membre. 1 dénonça ce sermon à l'archevêque de Rouen, qui Hdonna à, Dufour de déclarer dans un autre sermon, lu'il n'avait eu dessein d'attribuer à aucun ordre religieux, la morale contre laquelle il s'était élevé. Dufour obéit : cela n'empêcha point les jésuites de e plaindre de lui de nouveau, au sujet d'un autre pour avoir soutenu que le pape a pouvoir sur le temporel des rois, et qu'il a droit de les établir et de les déposer. 11 parait que ces ermites et les ursulines de Caen étaient fort zélés contre le jansénisme et tous ceux qu'ils regardaient comme ses partisans. Cellesci refusè- rent à l'abbé Dufour, à cause de l'attachement à cette opinion, qu'elles lui supposaient, de l'admettre à dire la messe dans leur église, où il s'était présenté. 5° Quelques autres écrits qui tiennent à des questions agitées alors avec beaucoup de vivacité de part et d'autre, et qui ont perdu 14 plus grande partie de leur intérêt
  • Charles DUMOLARD( 1709 - 1772) : littérateur , naqtfit Paris, le 22 juillet 1709. Après avoir terminé ses études, il se livra spéeialement à la linguistique, et l'on peut conjecturer qu'Il y fit des progrès remarquables, puisque Voltaire le désigne fréquemment dans sa Corréspondancp par les surnoms d'homme à tant de langues ou de bibliothèque orientale. Le président Hénault le choisit pour son bibliothécai- re; mais, désirant Ini procurer un poste plus ean- tageux, il écri\ d à Voltaire pour lui recommander Dumolard. Muni de lettres du président, du comte de Caylus et de Thiériot , le jeune philologue se rendit au mois d'août 1740 à Bruxelles qu'habitait alors l'auteur de la Ilehriade. Le 20 de ce mois, Voltaire écrivit au président Hénault : «Vous croyez « bien que j'ai reçu M. Dumolardcomme un homme . Dumolard s'était occupa de la traduction du poème de Coluthus l'Enlèvement d'Hélène; il la fit paraître en l42 avec des remarques his- toriques et mythologiques. Voltaire avec lequel il e sur le Fleuve ° axes, et des Réflexions sur l'Hécube d'Euripide . Durnolard publia, eu 11507 Disserta- tion sur les principales tragédies anciennes et mo- dernes, qui ont paru sur le sujet d'Electre, et en particulier, sur celle de Sophocle, Londres C'était, comme on le devine, une nouvelle attaque contre Crébillon. Voltaire, que l'on soupçonne d'en avoir retouché le style, fit réimprimer cette dissertation à la suite de sa tragédie d'Oreste; et depuis elle est entrée dans toutes les éditions de ses ceu- \l'es. Malgré sa prévention pour Voltaire, La Harpe n'a pu s'empècher de porter un jugement défavo- rable de ce morceau. « C'est, ditil, l'ouvrage d'un « amateur aveugle de l'antiquité, qui trouve tout « beau dans Sophocle et rien dans Crébillon ; il « manque de goût et d'équité » . Dumolard eut, en 1752, l'i- de bizarre de faire jouer Philoctète en grec par les écoliers de l'université : « La pièce , écrit Vol- « taire à madame Denis, réussira sùrement , car « personne ne l'entendra. Les gens qui font des ca- « baies à tris n'entendent point le gi'ej » . C'est Dumolard qui fit connaitre à Voltaire la descendante de Corneille et qui le décida, du moins en partie, à se charger de son éducation. Dans une lettre du 25 janvier 1761, Voltaire lui donne des détails sur les soies qu'il prenait, ainsi que madame Denis, pour corriger l'accent N cieux de la jeune Corneille et l'habituer à une bon- ne prononciation. Cette lettre est, dans la volumi- neuse Correspondance de Voltaire, la seule adressée à Dumolard; mais on doit présumer qu'il y en eut beaucoup d'autres d'écrites. Dumolard mourut il Paris le 26 mai 1712, laissant une traduction d'Ho- mire, qu'il était sur le point de publier, et dont le manuscrit a disparu
  • Charles DUMOULIN( 1500) : en latin Molinceus , célèbre jurisconsulte, naquit à Paris vers la fin de l'année 1500. ll était issu d'une famille noble, alliée à Anne de Boulen, mère de la reine Elisabeth d'Angleterre. Cette princesse ne désavouait point cette alliance, qui n'est point une fable, comme quelquesuns l'ont cru. Dumoulin fit ses premières études à l'université de Paris, et son droit à Poitiers et à Orléans. Dès l'an 1521, il donna dans cette dernière ville des leçons qui commencèrent sa réputation. Ayant été reçu avocat au parlement, en 4522, il fut obligé d'abandonner la plaidoirie et de se borner à la consultation et à la composition des livres, à cause d'un bégaiement auquel il était sujet. L'étude était pour lui une passion si impérieuse, qu'il fit raser sa barbe, contre la coutume d'alors, pour ne pas perdre les moments qu'il aurait fallu employer à la soigner. 111a reprit néan- Il signait son nom Du Mutin, mais l'usage a prévalu de l'appeler Dumoulin. moins dans ses dernières années. Pour se mettre encore à l'abri des distractions et des embarras, il refusa les emplois qu'on lui proposa, et ne voulut s'assujettir au ,service d'aucun prince, ni d'autres personnes puissantes. Enfin il prit la résolution de ne jamais se marier, et il fit une donation de tous, ses biens à un frère puîné, ne conservant pour son entretien que les profits de son cabinet. 11 ne tarda pas à se repentir d'un si rare désintéressement. Son frère se montra à son égard barbare et dénaturé. Sa profession lui fournit heureusement un moyen de s'en venger. 11 se maria, et ayant eu des enfants, il rentra, en vertu de la loi, dans la propriété des biens dont il s'était dépouillé si légèrement étant célibataire. Dumoulin eut par là, tout à la fois, le plaisir de punir un ingrat, et l'avantage de rencontrer dans Louise de Beldon, fille d'un secrétaire du roi, qu'il épousa en 1538, une femme qui ne lui apporta à la vérité qu'une dot médiocre; mais dont la vertu, la douceur et l'attachement pour son ménage furent pour lui un grand soulagement, au milieu des orages presque continuels dont il fut assailli. Le repos, qu'il ,désirait avec tant d'ardeur, sembla le fuir sans cesse. Il avait une âme vive, ardente, passionnée ; incapable de dissimuler sur rien, surtout quand il croyait la justice ou la vérité compromise, ou qu'il s'agissait des intérêts de son pays, qu'il aimait au delà de toute expression, suivant le président de Thou. Dumoulin, comme tant d'autres savants de son siècle, se laissa entrainer dans les nouvelles opinions, en matière de religion. 11 suivit quelque temps les étendards de Calvin; mais il les abandonna ensuite pour le luthéranisme de la confession d'Augsbourg, qui lui paraissait moins exagéré et plus raisonnable. Les calvinistes lui conservèrent un long ressentiment de cette désertion, et ils firent plusieurs fois trêve à leur haine mutuelle avec les catholiques, pour la diriger de concert contre lui. Ce fut en 1552 que commencèrent des persécutions qui durèrent presque autant que sa, vie. Le roi Henri H avait fait, deux ans auparavant, un édit pour réprimer les abus , les fraudes et même les faux qui se commettaient à la daterie romaine dans l'impétration des bénéfices, au grand détriment de l'ordre ecclésiastique. Des brouilleries étant survenues entre ce prince et le pape Jules 111, il défendit, par un nouvel édit, de faire passer de l'argent à Rome, sous quelque prétexte que ce fût. Cela déplut extrêmement au pape, qui prétendait qu'il n'était pas permis au roi de rien ordonner touchant ce qui regardait la juridiction ecclésiastique, et que l'autorité du saintsiège était blessée par ce procédé. a Il est pourtant vrai, s dit à cette occasion l'historien de Thou, a que nos rois ont toujours été en possession de ce droit; et e Charles Dumoulin, grand et célèbre juriscon« suite, dont le nom était en grande vénération, e nonseulement par son jugement solide et sa proa fonde érudition, mais aussi par la probité et la sainteté de ses mœurs, homme consommé en la « science du droit [vantais ancien et moderne, et « trèszélé pour sa patrie, l'a solidement prouvé « par des raisons et des exemples, dans le coma mentaire qu'il a fait sur cet édit. » En respectant l'autorité spirituelle du pape, il n'épargna pas les prérogatives que les fausses décrétales avaient introduites, et que les véritables avaient encore étendues. Ce fut un grand trait de lumière, dans un temps où ces matières n'étaient pas encore autant éclaircies qu'elles l'ont été dans la suite. Le pape luimême en fut tellement déconcerté, qu'il devint plus docile aux propositions pacifiques du roi. C'est à cette occasion qu'Anne de Montmorenci, alors maréchal, ensuite connétable de France, dit au roi, en lui présentant Dumoulin : Sire, ce que Votre Majesté n'a pu faire avec 30,000 hommes, ce petit homme l'a achevé avec un petit livre. La cour de ROIlle, n'a jamais pardonné à Dumoulin le tort que son commentaire lui avait fait ; elle n'a rien oublié pour flétrir sa mémoire. Clément VIllcondamna ses ouvrages à être brûlés. Ils furent mis à l'index au premier rang des livres défendus. Dans les permission de lire les ouvrages qui y sont placés, on exceptait toujours ceux de Machiavel et de l'impie Dumoulin ; c'est ainsi qu'on le qualifiait. Ceux qui, dans les pays où les défenses de ce genre sont respectées, ont voulu profiter des lumières que renferment ses écrits de jurisprudence, les ont fait réimprimer sous le nom supposé de Gaspar Caballinus de Cingulo. Ce n'est qu'à la faveur de ce déguisement qu'il est permis de le citer. En France, quoique le commentaire de Dumoulin fût. dédié au roi, et imprimé avec privilége, il ne le rendit pas moins odieux à quelques Français, qui avaient alors tout le pouvoir, et qui, suivant de Thon, étaient plus portés pour les intérêts de Rome que pour les droits du' royaume : l'autorité du parlement put à peine le soustraire aux persécutions qu'ils lui suscitèrent. N'ayant pu le perdre légalement, on l'attaqua par la violence ; sa maison fut pillée et sa vie en danger : il ne la sauva qu'en cherchant un asile, en Allemagne, où il fut trèsbien accueilli. 11 séjourna quelque temps à Tubingen, où l'on accourait de toutes parts pour prendre ses avis ou assister à ses leçons. Ayant obtenu la permission de rentrer en France, par le crédit de ses protecteurs et de ses amis, il pensa à y retourner.11 s'arrêta, chemin faisant, à Strasbourg, à Dôle, à Besançon, où l'on montra autant d'empressement à l'entendre, que l'ore avait fait en Allemagne. 11 donna à Montbelliard une preuve de la fermeté de son caractère. Le duc, qui lyavait attiré, voulut lui faire signer une consultation contraire à son opinion. Il aima mieux subir trois mois de prison que de mentir à sa conscience. Il ne recouvra sa liberté que par l'adresse de sa femme, qu'il eut le malheur de perdre quelque temps après : il s'en consola en en épousant une autre. A peine rentré à Paris, où il avait repris ses occupations habituelles, les troubles de religion qui s'élevèrent dans cette ville l'obligèrent de la quitter encore, après avoir vu sa maison pillée une seconde fois. 11 se retira à Orléans, ensuite à Lyon, où il fut emprisonné sur la dénonciation des ministres calvinistes. Lorsqu'il eut été élargi, il revint à Paris, où de nouveaux orages l'attendaient. Les jésuites, dont la société naissante fixait déjà l'attention publique, demandaient de pouvoir y établir un collége. L'université s'y opposa. Dumoulin justifia cette opposition dans une consultation qui n'empêcha pas l'université de perdre sa cause. Les jésuites, protégés par le chancelier de l'Hôpital, l'emportèrent. Ce qui détermina le parlement, au rapport du président de Thou, de les admettre dans l'instruction publique, c'est qu'on regarda l'éducation qu'ils offraient à la jeunesse comme un préservatif certain contre les nouvelles erreurs. La consultation de Dumoulin réveilla la haine de ses ennemis, qu'une affaire plus sérieuse fit bientôt éclater. Le concile de Trente venait enfin d'être terminé; les ambassadeurs du pape et des princes les plus puissants de l'Europe pressaient le roi de le faire publier en France. Les membres les plus influents du conseil du roi n'étaient pas de cet avis; ils craignaient de ressusciter par là les dissensions civiles, qu'on avait eu tant de peine à assoupir pour quelques instants; et d'ailleurs plusieurs décrets du concile contenaient des règlements contraires à nos libertés et même à l'autorité royale, qu'ils ne pouvaient approuver. Dans un conseil tenu à Fontainebleau, le 27 de février 1564, il y eut à ce sujet une altercation trèsvive entre le chancelier de l'Hôpital et le cardinal de Lorraine: il fut décidé que le concile de Trente ne serait pas publié. Dumoulin, sollicité d'appuyer de son avis la décision du conseil, publia son Conseil sur le fait du Concile de Trente, Lyon, 1564 C'est une consultation en cent articles, dans laquelle il examinait en détail les décrets du concile, et tachai t de faire voir, par plusieurs raisons, qu'il était nul, qu'il y avait eu des défauts dans la publication, qu'il avait été tenu et fini contre les décrets des anciens Pères et contre la liberté du royaume de France. Il ne ménageait pas les expressions, étant naturellement porté aux sarcasmes et aux injures, comme tous les écrivains de ce temps. appelle la réformation faite par le concile une vraie déformation. Les ennemis de Dumoulin avaient là une trop belle occasion de lui nuire pour la laisser échapper. lls l'accusèrent d'avoir voulu exciter une sédition et troubler la tranquillité publique : ils firent tant de bruit, que ceux mêmes qui l'avaient engagé à publier sa consultation, l'abandonnèrent. Le parlement, malgré l'estime qu'il avait pour lui, se vit forcé de le faire arrêier. 11 ne recouvra sa liberté, qu'à condition qu'il ne pourrait plus rien faire imprimer qu'avec la permission du roi. A peine Dumoulin avait obtenu quelque relâche de la part des catholiques, qu'il déclara luimême la guerre aux calvinistes, qui n'étaient pas les moins dangereux de ses adYermires. Depuis qu'il les avait Ilisbandonnés, il n'est pas de tracasserie qu'ils ne lui ussent suscité soit en France, soit pendant son sé- :à l'étranger. Ses ouvrages étaient proscrits et lés à Genève comme à Rome ; et tel est l'ascillent de la haine, que dans l'affaire du concile , . Trente, où les opinions de Dismoulin se troulient, sur ce point, si bien d'accord avec celles des lisinistes, ils montrèrent autant d'acharnement 'contre lui flue les catholiques. H voulut enfin en avoir raison ; il les dénonça au parlement, par une requête qui lit beaucoup de bruit dans le temps, et où il peignit leurs ministres, presque tous étran,,érs et gens de néant, comme ne venant en France , pour y porter l'esprit de discorde et de sédi„ a, et y allumer la guerre civile; sons le prétexte d'une liberté imaginaire, bouleverser la con:titution du royaume, et le réduire en un État populaire. Le pal lement fit informer sur cette requête; mais ou ne voit pas qu'elle ait eu d'autres suites. La mort v int mettre un terme à une vie si agitée. Dimioulin rendit l'âme le 27 décembre 1566, entouré de trois docteurs de Sorbonne, auxquels il développait et expliquait d'une manière tresclaire, suivant l'auteur de sa vie, le mystère de la prédestination. Le président de Thou raconte que Dumoulin avait reconnu ses erreurs, et était redevenu catholique quelque temps avant sa mort. Ce qui l'avait le plus disposé à ce retour vers la religion de ses pères, c'était d'avoir vu que la réforme qu'il avait si ardemment souhaitée dans la religion, avait dégénéré en licence et en faction : il promettait, s'il visait plus longtemps, d'en retirer beau- :we., par ses leçons et son exemple, de l'erreur IWYaccroissait chaque jour. Dumoulin était sans contredit nonseulement un des plus grands jurisconsultes, mais encure un des hommes les plus „érudits de son siècle. ll manque, à la %érilé, quel- liquerois de critique, science encore peu avancée de son temps; mais, outre qu'il connaissait à fond les F du droit civil, il possédait bien les Pères, les oriens ecclésiastiques, les canons des conciles. canonistes et même les théologiens scolastiques. Il est étonnant qu'un seul homme ait pu lire et écrire autant d'ouvrages qu'il l'a fait. Il trouva le premier les véritables sources et les règles fondamentales du droit français, chose d'autant plus difficile, que les monuments de notre histoire, où l'on pou% ait les découvrir, étaient encore ensevelis dans l'obscurité la plus profonde. 1.4 force de son génie et la constance de son application suppléèrent aux ressources qui lui manquaient. Ce qu'il a fait sur une partie de la coutume de Parissa toujours passé pour un chefd'crusre. Il revit également les plus importantes des autres coutumes de France, et les éclaircit par des explications : il aurait voulu Ôter le» contradictions, les différences et les ambiguités qu'il y avait entre elles, et tarir la soitrce de procès auxquels elles donnaient lieu. El toucha aussi les ouvrages des plus célèbres jurisconsultes qui l'avaient précédé, et en iirctitia les opinions. Son style manque d'élégance ; il est môme quelquefois haubane. Mais il lachète ces défauts par une sagacité rare, un jugement supérieur, qui ramènent tout aux principes de la raison et de la justice. C'est, sui•ant d'Aguesseau, l'auteur le plus analytique qui ait écrit sur la jurisprudence : il remonte toujours aux principes, pour descendre par gradation aux dernières conséquences. Son espritsubtil et pénétrant axait saisi toute la métaphysique de la jurisprudence : c'est en en puisant les éléments dans ses ouvrages, et en les exposant d'une manière plus méthodique, dans son Traité ( Ifs Obligations, que Pothier s'est placé au rang des premiers jurisconsultes. Jamais aussi personne n'a joui dans les tribunaux d'autant d'estime et de considération ; ses opinions y étaient regardées comme des oracles. Dumoulin avait le sentiment de sa force : il savait tout ce qu'il valait, et il s'exprimait même làdessus avec une franchise peu modeste, à la vérité, mais qu'il mettait dans tout ce qu'il faisait : « Moi qui ne le « cède à personne, et à qui personne ne peut rien « apprendre , disaitil en tète de ses consultations. Il a failli cependant céder aux attiiptes du temps et des révolutions, qui détrUisent les réputations comme les empires. Les ouvrages de Duhioulin, publiés d'abord par lui séparément, ont été recueillis en plusieurs volumes ; savoir : 3 vol. en 1612,4 vol. en 1654 ; la meilleure édition et la plus rare est celle de Paris, 1681,5 vol. donnée par les soins de Franeois Pinson. Garrigan, libraire à Avignon, avait fait distribuer, en 1773, le prospectus d'une non édition de Dumoulin, qui n'a pas eu lieu ; il avait mis dans ce prospectus l'éloge de Dumoulin , que itcurion de Pensey avait lu dans une assemblée des avocats, et placé à la tête de son Analyse des Fiefs, tirée des commentaires de Dumoulin sur la coutume de Pa, ris, 1773 Plusieurs auteurs ont écrit la N ie de ce célèbre jurisconsulte : la plus étendue est celle de Brodeau, avocat au parlement de Paris, 1654 Les infortunes qui l'avaient poursuivi pendant sa vie s'étendirent jusqu'à sa postérité. Son fils mourut d'hydropisie, trois ou quatre ans après lui ; sa fille, mariée à Simon Bobé , avocat au parlement, et bailli de Coulommiers, fut assassinée avec ses deux enfants, par des voleurs qui s'introduisirent dans sa maison
  • Charles DUPERIER( 1600 - 1692) : l'un de nos meilletus poaes latins, né à Aix en Provence, dans le 17e siècle, d'une famille féconde en hommes de mérite, était neveu de François Duperier, à tilli : Ialh. rrhe a adressé les stances si touchantes Ta douleur, Duperier, sera donc éternelle? La lecture de cette pièce et l'admiration qu'elle lui inspira déterminèrent le penchant de Charles Du-' perier pour la poésie. Il vint demeurer à Paris, oui il se lia avec Ménage, Rapin, Commire, Boithours et les autres écri \ ains qui cultivaient alors le même genre de littérature. Il composa d'abord des vers kfrançais et ii remporta même les prix de l'Académie, en 1681, pour une églogue sur ce sujet : On voit toujours le roi tranquille, quoique dans un mouvement continuel; et en 1683, pour un poënie. Fur les grandes choses que le roi a faites en faveur de la religion cathol, que; mais c'est principalement à ses vers latins qu'il doit sa réputation. C'est surtout dans le genre de l'ode qu'il a excellé. Ménage le nomme le prince des poeles lyriques de son siè- cle; mais les odes de Duperier, quelque belles qu'elles soient, ne sont pas supérieures à celles de Commire et de Santeul, et d'ailleurs il a été bien moins fécond que ces deux poètes. Duperier se i vantait d'avoir appris à Santeul à faire des vers ; Sautent n'en convenait pas, et ils eurent, à ce sujet, une violente dispute qui mit tout le Parnasse en rumeur et dans laquelle Ménage remplit le rôle de médiateur. Duperier avait un orgueil excessif. ll rompit avec Bouhours, parce qu'il n'axait fait aucune mention de lui dans son Recueil des pensées ingénieuses. Il citait ses vers avec complaisance, et entrait en fureur quand on ne les louait pas à son gré. C'est à Duperier que s'applique ce passage de l'Art poétique Gardezvous d'imiter ce rimeur furieux, Qui, de ses vains écrits lecteur harmonieux, Aborde en récitant quiconque le salue. Duperier mourut, à Paris, le 28 mars 1692. Ses N'ers latins, épars dans les recueils du temps, méri- teraient bien (l'être réunis. Ses vers français sont 1 rèsintérieurs, et on ne peut souscrire au jugement de StMarc qui dit, dans son Commentaire sur RoiIca'', que si Du perler en faisant des odes françaises n'axait pas resserré son génie dans une imitation servile de llalherbe, il tiendrait un des premiers rangs parmi nos poètes de ce genre. On conviendra qu'il y a de la douceur, de l'harmonie et un choix heureux d'expressions dans les traductions qu'il a faites de queltines pièces de Santeul, niais il était soutenu par son modèle, et ses pièces sont d'ailleurs trèscourtes ; et combien ne suppose pas plus de talent la composition d'une belle ode que toutes ses imitations! Duperier était au nombre des auteurs qui formaient la Pléiade parisienne. Les autres sont : Rapin, Commire, Lame, Santeul, Ménage et Petit
  • Charles DUPIN( 1731 - 1808) : né à Clamecy le 11 août 1731, porta d'abord pendant un art rhabit de la compagnie de Jésus, puis rentra dans le monde, et exerça divers emplois de finance et d'administration. 11 se lit méme recevoir avocat au parlement TdUIOUSe, et fut SneceSSiN v- ment secrétaire particulier deIMM. de St.Priest et de Balaimithers, intendants du Languedoc. En 1777, il fut choisi par les états de cette province pour défendre les diocèses et communautés contre les prétentions du domaine, au sujet de certains droits. Ses principes religieux Voye:au sujet de cet ouvrage, une note assez curieuse'que Barbier consignée dan, Io dernibre édition ail • donnée i.e 7.1 Dirtionnair, des ouvrages anonymes. Faye, » mei /a Po., iilbsrAire sir M. Qoérard, t. 2. p. 69-1. tournés xers lr jansénisme ne le rendirent polui défavorable aux idées dominatptes en 1?89: puais il demeura étranger aux excès n'ivolution'?ires. Nommé, dès la première assemhtéeéleetorde de l'Hérault, procureurgénéral syndic du departement , il occupa cette place jusqu'en l'an 4 , époque à laquelle il devint membre de la cour de cassation. Après la révolution du 18 fructidor. il rentra dans la carrière financière et fut directeur de l'enregistrement et des domaines : Rouen, puis à Montpellier. ou il mourut le 9 novembre 1808. On a de lui : instructions sur diverses questions relatives aux droits de contrôle , d'insinuation , rie centièmes , dames, et autres, Montpellier , '1787 et 1788 DRR.
  • Charles DUPUIS( 1685 - 1742) : graveur, né à Paris en 1685, fut élève de Duchange. Ses talents le firent recevoir à l’académie très jeune. Appelé en Angleterre à plusieurs reprises , il y exécuta 'divers ouvrages. La manière de Charles Dupuis »est large, sa touche savante, sans être heurtée ' son genre est agréable. Sa meilleure estampe ii.est, sans contredit, son Mariage de la rierye, d'après *Vanloo. 11 a gravé divers sujets pour la galerie de Versailles , d'après Lebrun. On met au nombre de ses bons ouvrages le portrait de madame Boucher, peinte en Vestale, par Raoux ; la Terre et l'Air, d'après L. de Bonlongue, St- Jean dans le désert, d'après Carle Maratte, estampe qu'il a gravée pour le recueil de Crozat ; Alexandre Sévère faisant distribuer du blé aux Romains , et Ptolémée Philadelphe , ac- cordant la liberté aux Juifs, et les portraits de Coustou et de Largillière , qu'il a faits pour sa réception à l'académie. Ch. Dupuis est mort à Paris, en 1742
  • Charles DUROZOIR( 1790) : littérateur, frère du précédent, né à Paris le 15 décembre 1790, fit ses premières études à SteBarbe. Son amour du travail et les heureuses dispositions que chacun lui reconnaissait , engagèrent sa famille à le faire concourir pour l'obtention d'une demibourse au Prytanée français . 11 subit les épreuves avec succès et fut admis dans cet établissement où il termina ses études. Son père, avocat au parlement de Paris , caissier de la Comédie italienne et intendant des biens de la maison de Duras, voulut d'abord lui faire suivre la carrière du barreau. Bien que manifestant un goût prononcé pour les lettres, le jeune Durozoir se livra donc pendant quelque temps, et par obéissance , à l'étude des lois et de la procédure ; mais la Providence lui ayant fait rencontrer alors M. de Lacretelle , dont il suivait le cours d'histoire à la Faculté des lettres, il s'attacha à lui et devint son secrétaire. On était à l'époque des grandes guerres de l'empire. Durozoir dut bientôt, comme tous les jeunes gens, payer sa dette à la patrie. Homme de plume, plutôt qu'homme d'épée , il espérait toutefois, en se rendant à l'armée , y trouver un emploi qui convint à ses goûts. 11 ne le rencontra pas tout d'abord ; mais, grâce à la recommandation de Lacretelle , qui veillait sur lui avec une bonté toute paternelle, il fut enfin admis dans les bureaux d'un ordonnateur des armées. Après les désastres de nos troupes, Durozoir revint à Paris, et il dit luimême quelque part qu'il fut l'un des premiers dans la capitale, à demander le rétablissement des Bourbons et à saluer leur retour dans le journal la Gazette de France, où il écrivait . Il était alors cruellement éprouvé, et cette époque fut sans contredit la plus difficile de sa vie. Outre que sa santé s'était profondément altérée dans les camps, il était sans argent, et se fût vu réduit à la plus affreuse misère, si la main qui l'avait déjà soutenu, ne fût de nouveau venue à son aide. Il fut recueilli et secouru par de Lacretelle et par la mère d'un de ses anciens condisciples de SteBarbe. Son protecteur , pour lui créer quelques ressources, le présenta alors au journal l'Indépendant, dans lequel il commença à écrire. C'est en 1815 qu'il fit paraître son premier ouvrage intitulé : Le Dau phin , fils de Louis XV. et père de Louis XV I, de Louis XVI I I , etc. C'était un livre de circonstance. Cependant, l'auteur, en y témoignant de son affection et de son dévouement pour les Bourbons, parle avec toute l'ardeur d'une conviction sincère, et ce serait se tromper, selon nous, que de ranger cette publication parmi celles qu'inspirèrent seuls l'esprit de réaction qui se lit sentir en 1815 contre les institutions impériales et l'engouement intéressé qui entraînait auprès des Bourbons le plus grand nombre de ceux qui naguère se courbaient devant l'Empereur. Nous en disons autant d'un autre volume: Louis XVII I à ses derniers moincnt. , etc., conçu dans les mêmes idées et tout plein aussi d'expressions d'attachement pour l'ancienne dynastie. La foi politique de Durozoir était, sans nul doute, de plus vieille date et puisée à plus noble source. Mais s'il fut plus sincère que la plupart des écrivains de ce temps, il ne fut pas toujours plus juste qu'eux envers les hommes et les choses qui avaient existé en France depuis vingtcinq ans. En 1817, il fut nommé examina- leur des livre près la direction de la librairie, dépendante d'abord du ministère de la police générale , puis de celui de l'intérieur, et conserva cette place jusqu'en 1822, époque à laquelle elle fut supprimée. Déjà depuis 1818, et ptobablement sur la recommandation de de Lacretelle, RoyerCollard l'avait appelé à professer l'histoi•e au collége 'LouisleGrand. Il devint en /820 titulaire de cette même chaire, et le 20 décembre 1823 , il ouvrait , comme suppléant de de Lacretelle , le cours d'histoire ancienne à la Faculté des lettres de Paris. C'est à cette position élevée dans la carrière de l'enseignement; dont ses études d'ailleurs le rendaient digne, que les conseils éclairés et la persévérante sollicitude de son maître, l'avait enfin fait monter. Exemple consolant à enregistrer, honorable pour Durozoir, honorable surtout pour l'académicien distingué, qui d'un pauvre jeune homme presque abandonné , a su faire un homme instruit et un homme utile! Durozoir n'oublia jamai,; la . Cet ouvrage, dont le premier volume seul a paru, devait , d'après le plan de l'auteur, en renfermer trois. Composé en vue de la jeunesse des colléges , il fut approuvé par le En 1857 lorscpte Lacretell,,. à cause .de sa neble conduiteli l'A cu'k mie frauçaise, fut privé de la:place de censeur driuratiquc, /oie publia le 8 janvier dons le Journal des Wats . o lettre qui lui fait beaucoup irloiwieue et fini fent Je faire destnucr ,,nnine sen conseil de l'université et recommandé pour l'enseignement de l'histoire ancienne dans les écoles publiques. Tout en jetant un regard approfondi sur les questions importantes que présente l'origine de la plupart des peuples de l'antiquité, Durozoir n'a cependant pas fait de son livre un amas de science indigeste. Recueillir avec soin les opinions les plus probables émises par des auteurs consciencieux , substituer rarement ses propres hypothèses à celles des maîtres, apprécier enfin les faits de façon à en tirer toujours le sujet de réflexions morales , tel est le dessein qu'il semble s'être proposé et qu'il a fidèlement suivi. L' Histoire la république romaine publiée en 1828 de concert avec son collègue, M. Dumont, lequel s'était chargé d'écrire Phis." foire de l'empire, est moins complète. Durozoir s'est efforcé d'y renfermer beaucoup de l'aie dans peu de phrases. Ce n'est qu'un livre ék, mentaire, mais très utile encore à ceux qui veulent avoir de saines idées sur l'histoire des Romains. Ces publications furent suivies de la traduction de Salluste, qui a paru dans la collection des auteurs latins de Panckoucke. Ctt n'était pas une chose facile que celle de rendr - dans notre langue le plus concis peut-être de historiens romains, et, au dire même des anciens l'émule de Thucydide. Durozoir s'en est acquit avec succès. Sans doute, dans bien des circonstances. il est resté audessous de son modèle mais, en constatant sa défaite, on comprend les efforts qu'il a tentés et l'on doit lui en savoir gré. Il a aussi réussi, après de patientes recherches, à restituer aux érudits un granl nombre de fragments de Salluste qu'il a reliés entre eux ig recomposant en quelque sorte la grande histoire dont la perte est si regrettable. Enfin, faisant' droit pour ainsi dire à la requête de l'Empereur qui disait à Stellélène de la conspiration dc Catilina , où il mourut p1'.1 septembre MA. Ditrozoir était sincèrenent religieux. 11 avait appris, par sa propre ',xpérience , de quel secours la religion est à 'homme, au milieu des traverses de la vie. C'est L cette source et à l'école du malheur qu'il sut puiser, ce semble, la noblesse et la chaleur du uoeur qui distinguent ses écrits et qui préviennent en sa faveur. Disciple des bons maîtres de la langue. son style est élégant et .facile: ses ouvrages se font remarquer par une sobriété de bon 201Ait qui n'est pas la sécheresse, et en dehors des affaires de la politique contemporaine , par une rectitude de jugement et une impartialité qui avertissent le lecteur qua a affaire avec un i,crivain consciencieux . — Voici la I i te des ouvrages qu'a publiés Durozoir :10 Le Dauphin / ils de Louis XV el père de Louis XVI et de _ Louis . 11- Ill, ou Vie privée des Bourbons, dei. luredu cours d'hi, toire ancienne , prononcé le 20 décembre 1823, Paris, Pillet aîné et A. Bertrand, 1824, ens" de 28 pages. 4- Discours prononcé le 12 novembre 1824, aux funérailles dee de Gueule, : ,.nseur des études au collége Lou isleG rand . Pa- s, imprimerie de G ratiot , 1824, brochure 1r) Eloge lti6torique et religieux de Pie VI, ec l'histoire religieuse de l'Europe sous son ' ntificat, accompagné de pièces officielles et de 1. : cuments authentiques et précédé d'un discour; éliminaire sur les papes qui ont rég,né pert- nt le 18e siècle, Paris, A. Bertrand , 1825, io . 6° Louis XVI II à Quoique attaehé de coeur h la dynastie des Bourbons, Duroutir, I. suite d'un noble sentiment d'honneur et d'indépentlan,, s est toti- •s tenu en dehors du Parti ultra- royalisie, et il éprouva mème punr tte raison quelques pei,ecutions de la part des zélé. C'est ainsi qu'en .15, il se prononça dans` le Journal errerai contre la majesté ne la chambre, surtout h I occasion du a apport ne M. Corbière sur la lui d'amnistie, et contre la donation du clergé sans auto isation du goure' liement. La droite fut si mécontente de ses articles, qu elle demanda qu'il l'avenir i il tilt exclu d, la salle des séances ; quelques membres mente voulaient , non exil , et M. Chai, t son inearreration ; il ne fallut pas moins que la haute influence , Paris, Lebrun, 1842 avec un portrait. 16° Avec M. Savagner Abrégé de l'histoire de Carthage, Paris, Pat'en 1Des barres , 1843 , i u -12 . bu ro zoir a de plus fourni de nombreux articles au Jo.. innl général de France, à 1 Indépendant , à la Gazette de France , au Illessager des chambres, aux politiques, au Journal des woeurs , Bon fiances , à , à la Biographie des demoiselles de madame Dufrénoy , au DicPon- naire de la conversation , au Moniteur, au Jour- nal des Débats, ait gepsoke des hommes etc. Plusieurs de ces articles, et entre autres les morceaux intitulés De. t' Ilistoire, et Apercii his- torique sur lii Grèce ancienne, ont été tirés à part. Durozoir enfin a été l'un des collaborateurs les plus assidus de la Biographie des honnies virantx, et de la _ Biuyraphe selle et de son supplément. Parmi les notices qu'il y a fournies, il faut remarquer celles qu'il a é.cri tes sur la plupart des Romains célèbres, et parmi les Français, celles de Raynal, Richelieu, l'abbé Terray , Turgot , Vergennes, l'abbé Voisenen, Voiture , Volney , etc lla pris en dernier lieu une part active à la publication des pie- miers volumes de la 2e édition de la Biogra- phie universelle. Il y a révisé et corrigé de nombreux articles, et fourni beaucoup d'autres entièrement nouveaux, parmi lesquels nous citerons ceux de Barnave, Beaumarchais , de Bonald , Armand Carrel , Charles X , ChauveauLagarde, maréchal Clauzel, etc
  • Charles DUVAUCEL( 1734 - 1820) : né à Paris le 5 avril 1734, s'appliqua de bonne heure à l'étude de l'astronomie , et travailla longtemps avec Lande. 11 adressa à l'Académie des sciences quelques mémoires, insérés en 1768, dans le t. 5 des Alentoires de malhémat. ques et dc phy, ique présentés à cette compagnie, dont il devint correspondant le 24 mai 1776. On trouve dans ce volume le calcul des éclipses, que Duvaucel entreprit à la sollicitation de Lalande, pour satisfaire la curiosité de Louis XV, et dont le résultat fut que, depuis 1767 jusqu'à 1900, aucune éclipse totale de soleil ne serait visible à Paris. L'Ad de vérifier les dates , édition de 1783, contient la dernière partie du travail de Duvaucel sur les éclipses, servant de complément aux tables que Lacaille et Pingré a? aient déjà fournies pour les premières éditions. En 1790, Duvaucel l'ut élu maire d'Evreux, et donna sa démission en 1.792. Il iwnirut dans cette ?ille en 1820. Depuis 1803, il était correspondant de l'Institut
  • Charles EISEN : dessinateur, né à Paris, fut élève de François Eisen , son père , peintre de genre, né à Bruxelles en 1700, et mort à Pa- ris en 1777. Charles Eisen s'appliqua avec succès à la composition de petits sujets destinés à orner les ouvrages de littérature. Parmi ses nombreuses productions, exécutées presque toutes à la mine de plomb, nous citerons une partie des figures des métamorphoses d'Ovide, édition de Base ; les petites vignettes et culs de lampes qui ornent celle des Baisers de Dorat, qui ont beaucoup contribué au succès de cet ouvrage ; et surtout les figures de l'édition des Contes de Lafontaine, dite des fermiersgénéraux. Si les productions d'Eisen sont en général trop maniérées , et dénuées d'un certain effet, le goût, la grâce et la prodigieuse variété qu'il savait y répandre, rachètent en quelque sorte ces défauts. Eisen a peint aussi quelques tableaux quine sont pas dénués de mérite ; il est mort à Bruxelles le 4 janvier 1178, dans un état voisin de l'indigence
  • Charles ERRARD( 1606 - 1689) : peintre et architecte, né à Nantes en l fa;, fut chargé de la direction des ou vrages de peinture que Louis XIII avait ordonnés pour l'embellissement du Louvre. Dans la suite, une commission plus importante l'appela en Halle. Le cardinal de Richelieu, d'après les conseils du Poussin, voulait réaliser le projet conçu par François I", de former une collection de statues, de basreliefs et de modèles des différents ordres d'architecture, moulés sur les plus beaux antiques de Rome : il s'agissait même de se procurer les plâtres de toute la colonne Trajane, et des deux colosses de la place de Monte- Cavallo, qu'on suppose représenter Alexandre domptant Bucéphale ; ces deux groupes devaient être jetés en bronze, et placés devant le palais du Louvre. Enfin des ordres furent donnés pour copier aussi les tableaux des plus grands maîtres. Errard surveilla les commencements de cette entreprise ; il y concourut luimême avec beaucoup de zèje, et fit, d'après l'antique, un grand nombre de dessins qu'il envoya en. France. Malheureusement on abandonna l'exécution d'un projet si propre à favoriser les progrès des arts; mais les services qu'Errard leur avait rendus ne. furent pas moins appréciés que ses talents ; nommé directeur de l'Académie de Paris, il obtint la mème place à Rome, où il mourut en 1689 , âgé de 83 ans. C'est à cet artiste qu'on doit la construction de l'église de ?Assomption de Paris, commencée en 1670 et achevée en 1676, dont le dôme, d'un effet lourd et désagréable, a été critiqué avec raison, et nommé par plaisanterie le sot dôme
  • Charles FAURE( 1594) : abbé de SteGeneviève et premier supérieur général des chanoines réguliers de la congrégation de France, était né à Lucieniies, près de StGermain en Laye, en 1594, d'une famille noble , originaire d'Auvergne. D'une lmmeur douce , d'un esprit docile , d'un coeur sensible et généreux, le jeune Faure montra dès son enfance des inclinations vertueuses et un penchant naturel vers la piété, qui le faisait se plaire aux offices et aux cérémonies de l'église. 11 n'avait guère que huit ans lorsque le tonnerre tomba sur lui ; on le vit tout environné de flammes , et ce ne fut pas sans surprise qu'on trouva qu'il n'avait reçu aucun mal. Son père, homme vertueux et instruit, fut son premier maitre. On l'envoya ensuite à Bourges étudier chez les jésuites. Il y fit une partie de ses humanités , et revint dans la maisonpaternelle. Dans la suite, il alla les achever à la Flèche. 11 était à peu près dans l'âge où l'on songe à prendre un état, lorsque son père mourut , ne laissant point une fortune considérable. La mère du jeune Faure crut favoriser ses inclination et en même temps pourvoir à son sort, en le faisant entrer dans l'abbaye de StVincent de Sen lis; il y prit l'habit . Le jeune chanoine régulier mena dans cette maison la vie la plus édifiante et la plus pénitente, partageant son temps entre les exercices de piété et l'étude. Après avoir pris le degré de bachelier en théologie, on le sollicita de faire son cours de licence pour prendre le bonnet de docteur ; mais, soit humilité, soit que des soins plus importants le rappelassent dans son abbaye , où il souhaitait ardemment que la régularité se rétablit il s'y refusa. Il s'y était fait de grands changements et lien conformes aux voeux du P. Faure. Le zèle , l'exemple , les sages conseils de M. Ransson n'avaient pas été sans fruit. Ils avaient fait une forte impression sur deux religieux de l'abbaye de StVincent, les PP. Baudouin et Branche. lls avaient sincèrement repris l'esprit de leur état , et souhaitaient qu'une bonne réforme s'établit dans leur maison. Le prieur et tous ceux qui s'opposaient à ce pieux dessein, comme par un coup de la Providence , étaient morts dans le courantd'une année. Le P. Baudouin fut élu prieur, et le P. Faure contribua beaucoup à son élection. Luimême fut nominé sousprieur et maitre des novices. Tous deux mirent la main à l'oeuvre. Bientôt la maison changea de face, et devint aussi régulière qu'auparavant elle l'était peu. On travaillait alors, par ordre de Louis X111, à la réforme des différents ordres religieux ; plusieurs congrégations s'étaient déjà réformées. Le cardinal de la Rochefoucauld avait été chargé par le roi de ce qui concernait les maisons de chanoines réguliers, et dès l'an 1622 , il avait obtenu de Rome un bref qui l'autorisait à introduire la réforme dans les maisons qui en avaient besoin. Il connaissait le zèle du. P. Faure , et se servait de mi avec succès. Déjà, à l'exemple de StVincent, Ausieurs maisons de chanoines réguliers s'étaient -•éformées. On tirait de cette abbaye des religieux, pour porter l'esprit de régularité dans celles où il l'était affaibli. Le cardinal nomma le P. Faure vi,,iteur et supérieur des maisons réformées. Le projet de cette Eminence était (le prendre quarante maisons de celles qui étaient les moins éloignées de Paris, et de les réunir sous son chapitre général avec la dénomination de Congrégation parisienne ; mais le roi l'ayant nominé à l'abbaye de SteGeneviève, avec l'intention que la réforme y Mt introduite, le plan du cardinal s'agrandit. 11 résolut de faire de cette abbaye le cheflieu de la congrégation , en lui agrégeant des maisons de toutes les provinces du royaume, et de lui donner le nom de Congrégation de France . Cependant douze religieux de StVincent et quelques autres tirés des maisons réformées, avaient été introduits dans I l'abbaye de SteGeneviève et en avaient pris possession le 23 avril M. Le zèle du P.'Faure ne se relàchait en rien : en sa qualité de visiteur et de vicaire général , il parcourait les maisons , faisait des règlements, instituait des séminaires , veillait soigneusement à l'observation Ile la règle, et chaque année la congrégation se grossissait de nouvelles maisons qui demandaient à s'y réunir. D'un autre côté, on sollicitait à Rome la bulle d'érection de la congrégation ; elle fut expédiée le 3 février 1634. ?gyPar les dispositions de cette bulle , l'abbaye de SteGeneviève devait avoir un abbé régulier après la démission du cardinal. Jusquelà , l'abbé élu n'était que son coadjuteur, et il exercait sur la congrégation la supériorité générale pendant son triennat. Le 47 octobre de la même année , le chapitre général s'assembla à SteGeneviève pour l'élection d'un supérieur général. Tous les voeux se réunirent sur le P. Faure. Il fut élu abbé coadjuteur de SteGeneviève et supérieur général de la congrégation. Trois ans après, cette dignité lui fut continuée dans un second chapitre général ; mais comme, par les dispositions de la bulle , on ne pouvait pas être élu trois fois de suite , quelques instances que fissent les religieux pour que le P. Faure fùt encore continué , il dut se démettre après ce deuxième triennat. On élut à sa place le P. Boulart. Néanmoins, un acte du chapitre général conserva au P. Faure des pouvoirs si étendus, que le P. Boulart luimême ne pouvait rien faire que de son conseil. Le triennat du P. Boulard étant écoulé , le P. Faure fut de nouveau élu, pour la troisième fois , à l'unanimité. C'est au commencement de ce troisième généralat triennal, qu'épuisé avant l'âge par les fatigues et les austérités, cet excellent religieux , dans le cours de ses visites , tomba malade d'une manière inquiétante. On le ramena de Chartres à Paris. Quel que fùt son état, il continua ses travaux pendant deux mois que dura sa maladie , et eut le courage de mettre la dernière main à ses Constitutions; il dressa même des mémoires et des instructions sur des objets importants. Il expira le 4 novembre 1644 , àgé de 50 ans. L'ardeur de son zèle l'avait portéà étendre le bien de son institut jusqu'en Irlande. L'année même de sa mort , il avait admis à la profession sept jeunes Irlandais , qui retournèrent dans leur pays prêcher la foi, et dont quelquesuns reçurent la palme du martyre. Les ouvrages (lu P. Faure sont : Io ses Constitutions, ouvrage admirable et tout rempli de l'esprit de Dieu , » dit son historien ; le Directoire des Novices , plusieurs fois réimprimé, et que le P. Adam Schirmbech , jésuite allemand, a traduit en latin et publié à Munich sous le titre de Paloestra religiosa ; Biffé; cents Traités manuscrits, dont un de la persévérance, et un autre intitulé : Idées des choses qui serviront à conserver l'esprit de piété dans la congrégation ; Samuel christianus , Paris, 1638 , livre composé pour les séminaires de la congrégation ; 5. des Exhortations et des Dissertations sur divers sujets; 6. des Lettres inédites en grand nombre, où il est traité des matières lesplus importantes du salut et de lapofection religieuse. Il y aune Vie du P. Faure, Paris, 1698, I vol. Il paraît que le père Lallemand , prieur et chancelier de SteGeneviève, e» avait ramassé les matériaux et l'avait commencée. Le père Chartonnet , aussi prieur de SteGeneviève , y a mis la dernière main, et l'a publiée. On y trouve l'histoire des chanoines réguliers, dont le P. Faure a été le principal supérieur
  • Charles FEARNE : FEARNE , fils d'un savant magistrat qui prit part au procès de l'amiral Bing, fut élevé à Westminster et admis ensuite à Inner Temple. Dans ses études il ne négligea presque aucun genre de connaissances , et s'il s'attacha particulièrement à la jurisprudence, ce fut seulement afin d'y trouver les moyens de vivre honorablement. Recherché comme avocat consultant , il ajouta à sa réputation par la publication de deux ouvrages utiles : Carte légigraphique de la propriété foncière; Essai sur la matière des testaments exécutoires, etc. Employant les loisirs qui lui restaient à des expériences de chimie et à des combinaisons de mécanique plus onéreuses que profitables pour lui, il vécut au jour le jour, et lorsque la maladie survint , il se trouva absolument dénué de ressources. Il mourut, n'ayant encore que 45 ans, en 1794. Ses amis, par intérèt pour une famille restée dans l'indigence, recueillirent quelquesuns ; un (11 On a encore de Fea : 1° Miscellanea filologico- crilica ed antiquaria , Rome, 1790 Ce volume, qui devait être suivi de plusieurs autres, contient une Lettre au cardinal Borgia sur quelques auteurs latins, et notamment sur Pline l'ancien; des Notices sur les fouilles faites à Rome à diverses époques, et des morceaux inédits d'Allacci, de Luc Holstenius, de J.M. Suarès, du P. kircher, , tirés des manuscrits de la bibliothèque Chigi. 2,, Relazione d' un viaggio ad Oeil: cd alla villa di Plinio, 15; 02 , ; 2° loscrizioni di monumenli pubblichi ,,, attuali escavaz ion; , Rome, 1813, \V—s. Mémoire produit dans l'affaire singulière du général Stanwix ; une suite de Procès et opinions
  • Charles FÉAU( 1605) : prêtre, né à Marseille en 1605', entra à l'Oratoire, et professa les humanités dans différents colléges de cette congrégation. Il composa pour ses élèves plusieurs petites pièces en langue provençale, auxquelles il attachait trop peu de prix pour en publier un recueil, ou pour en refuser des copies. Un anonyme en fit imprimer quatre, sous le titre de Loti jardin deys . 1Iusos provençales, Marseille, , contient : l'Embarque? lent, les conqzutes et l'heureux voyage du carnaval; Intérêt, ou la Ressemblance ; l'Assemblée des men- liants de Marseille, et le Procès du carnaval. Le sujet de la seconde, qui est une intrigue amoureuse, ne permet pas de croire que Féau en soit l'auteur. Le P. Bougerel remarque aussi que l'éditeur de ce volume y a glissé des obscénités qui ne se trouvent pas dans les manuscrits. On attribue encore à Féau une comédie intitulée : Brusquet, fondée en partie sur les tours que ce bouffon s'était permis de jouer an maréchal Strozzi
  • Charles FERNAND ou FRENAND( 1400 - 1517) : que le Dictionnaire de Moreri et autres nomment à tort Fer- dinand, naquit à Bourges dans le 15e siècle d'une famille distinguée, mais peu riche. Il enseigna d'abord la théologie, la philosophie et les belleslettres dans l'université de Paris, et fut aussi attaché à la musique du roi. Louis XI en faisait le plus grand cas et l'avait mis au nombre de ses pensionnaires, suivant Naudé. C'est par erreur que Trithème, et après lui Aubert Lemire, Possevin Valère André et leurs copistes ont dit qu'il était aveugle dès l'enfance. On ne trouve dans ses écrits ni dans le grand nombre de lettres qu'il a écrites ou reçues rien qui ait le moindre trait à cette prétendue cécité. Dégdité de la vie tumultueuse où l'entralnait la carrière qu'il parcourait, il quitta la cour et se fit moine dans l'abbaye de ChezalBenon, à trois lieues d'Issoudun, en 1494. 11 changea de résidence en 1510, et se rendit à l'abbaye de StVincent du Mans, dont il fut bientôt bibliothé- caire et où il mourut le 17 juin 1517. 11 était eu relation avec Guillaume Budé, Jacques Lefèvre, Josse Clichtove, Fauste Andrelini, Charles Bouille, Josse Badius, et fort lié avec Robert Gaguin , Jean Raulin et autres. On a de lui : 1" Epistola parce- netica obsercationis reguloe benedictince, ad Sayienses monachos, 1512 2. De tranquillitate aninzi, libri II , 1512 ; 50 deux livres sur l'Immaculée Con- ception ; 40 Des conférences monastiques adressées à Jean Fernand, son frère, 1515 ; 50 Epistole familiares ad hobertum Gaguinurn , sans date de 28 feuillets, sans chiffres; réclames, etc. ; 6. Epistolce, Paris, 1506, grand Il en a laissé un plus grand nombre dans un recueil manuscrit de 525 feuillets, qui contient ceux de ses ouvrages qui n'ont pas été imprimés. Ce manuscrit était conservé dans la bibliothèque de StVincent du Mans. — FERNAND , frère du précédent et moine de ChezalBenolt, a donné une Vie de StSulpieeSévère, évêque de Bourges, que l'on trouve dans le Recueil de Bollandus, 17 janvier, et dans les Actes des saints de l'ordre de StBenoit, t. 2, p
  • Charles ESMANGARD : conseiller d'Etat, mort à Paris en 1837, dans un âge avancé, a publié : lo De la marine française, Paris, Agasse, 18Q0 ; 2. Des colonies françaises et en particulier de St- Do- mingue , Paris, Agasse, an 10 L« Vérité sur les affaires d'Haïti, Paris, 1833 Cet ouvrage a été publié par le comité des anciens propriétaires de StDomingue. 40 Nouvel avis aux colons de St- Domingue sur le payement de l'indemnité, Paris, Dentu , 1836
  • Charles FAUCCI( 1729) : né à Florence en 1729, alla s'établir à Londres, où il a travaillé longtemps pour Boydell. On a de lui une Bacchanale et un Couronnement de la Vierge d'après Rubens; ce dernier sujet est le même qui avait été gravé par Pontius; une Naissance ( le la Vierge et une Adora- ridoll des bergers d'après P. (le Cortone, un Martyre e St-.- 1 ndré d'après Carlo Dolce. Avant de passer en Angleterre, cet artiste avait gravé à Florence plusieurs morceaux du recueil de la galerie du marquis de Gerini. P—E
  • Charles ESTE( 1753 - 1829) : écrivain anglais, né, en 1753, de parents peu aisés , commença par se destiner au barreau. Il y renonça bientôt pour la médecine, qu'il ne tarda pas à abandonner pour la théologie. Il fut ordonné en 1777 et fut nommé chapelain à Whitehall. En 1787, il publia un pamphlet intitulé Ma rie et en 1795, un Voyage en Suisse dans l'année 1793par la Flandre, le Brabant et l'Allemagne. , Londres L'auteur voulait faire étudier son fils dans une université du continent : les circonstances s'opposaient à ce qu'il choisit celle de Paris, qu'il aurait préférée ; il se décida pour l'université de Pavie. La route à travers la France lui étant fermée, il fut forcé de parcourir les pays qui sont nommés dans le titre de son ouvrage. Sa relation s'arrête à son arrivée à Bâle. Il s'occupe peu de géographie ; il s'étend sur la description des villes et sur l'histoire littéraire des contrées qu'il parcourt. Les anecdotes qu'il raconte sur diverses circonstances de la guerre ne manquent pas d'intérèt , et sont parfois piquantes. Ses réflexions, en général trèssensées, annoncent un homme humain , judicieux et impartial. Celles qu'il fait sur différentes universités prouvent que l'amour du pays ne l'aveugle pas; ii avoue que la France offre aux étrangers un accueil plus amical que partout ailleurs, et qu'ils y trouvent ce repos qui invite à l'étude ; il regrette que des événements lamentables en interdisent l'entrée. Son livre est terminé par un supplément contenant une correspondance entre lord Baltimore et le célèbre naturaliste Linné, et un extrait du voyage de Spallanzani au Vésuve. Il était propriétaire et éditeur, conjointement avec le major Topham, d'un journal quotidien intitulé / c . 1/ onde , et ayant affiché la mise en vente de sa part dans cette propriété en '1790, il en résulta entre lui et Topham une contestation qui attira un instant l'attention du public. 11 mourut en 1829. E—s et E
  • Charles ESTIENNE : fils de IIenri ler, fut élevé dans la connaissance des belleslettres et des langues anciennes; il s'appliqua ensuite à l'étude de la médecine, et se fit recevoir docteur de la faculté de Paris. Lazare Baïf lui confia l'éducation de son fils, et voulut qu'il l'accompagnât dans ses ambassades d'Allemagne et ; 2. Abrégé de l'Histoire des vicomtes et ducs de Milan , extrait en partie de Paul Jove, 1552 avec des por- traits bien gravés; 3. Paradoxes ou propos contre la commune opinion, débattus en forme de déclama- tions foreuses pour exciter les jeunes esprits en causes difficiks, Paris, 1554 rare ; c'est une imitation des Paradossi d'Ortensio Lando ; 4" Dictionarium latino- grœcum, Paris, 1551 Estienne avertit qu'il l'a composé en grande partie sur les notes de G. Budé. 5. Dictionarium latino- gallicum, Paris, 1570 Cette édition est la meilleure et la plus complète; mais l'ouvrage n'est plus guère recherché. 60 Prœdium rusticum, in quo cujusvis soli vel cula vel inculti plantarum vocabula ac descriptio- nes , earumque conserendarum algue incolendarum instrumenta sato ordine describuntur, Paris, 1554 C'est la première édition de cet ouvrage dans lequel l'auteur refondit plusieurs opuscules publiés précédemment. Il en fit ensuite luimême une traduction en français , sous le titre d'Agri- culture et Maison rustique, de 11. Charles Estienne; mais il n'eut pas le temps de la publier, et il était loin de prévoir tout le succès qu'elle aurait un jour. Jean Liébaut, son gendre, y ajouta un grand nombre de chapitres omis ou traités superficiellement dans l'original, et la publia . Elle a été traduite en italien par hercule Cato , Venise, 1591, ; en allemand, par Melchior Sebitz, Strasbourg, 1592 ; en anglais, par Gervais Marckam, et en flamand. 7. Première comédie de Térence, intitulée l' Andrie, traduite en prose, Paris, 1540 8° Comédie du SACRIFICE , des profes- seurs de l'académie senoise nommés 1NTRoNATI, tra- duite de la langue toscane, Lyon , 1543 réimprimée sous le titre des Abusés, Paris , 1556 La pièce italienne est intitulée : Gli ingan- nati. La traduction est rare et recherchée. 9. The- saurus Ciceronis , Paris, 1556 Cet ouvrage n'eut aucun succès, et on croit que les frais qu'Estienne avait faits pour l'imprimer l'obligèrent à des emprunts onéreux qui avancèrent sa ruine. 10. Dictionarium historico- geogmphico- poeticum, Ge- nève, 1566 ; il ne parut qu'après la mort de l'auteur, et l'utilité des compilations de ce genre lui donna une vogue non méritée. Les différents éditeurs y firent des additions qui portèrent ce Cette traduction, réimprimée plusieurs fois, et notam- ment en 1629, parut pour la première fois en 1574, selon Sé- guier, on en 1567 suivant Haller. Nous ferons voir à l'article LIÉDAUT que la première édition est de 1564. D. P—s. dictionnaire à un gros volume C'est dans ce format que Nicol. Lloyd le publia à Oxford, 1670, et à Londres, 1686. Ces deux éditions ont été longtemps recherchées; mais l'ouvrage est tombé dans l'oubli depuis qu'il a été surpassé
  • Charles EULER( 1740) : second fils du célèbre Euler, naquit à StPétersbourg en 1740.11 avait à peine un an quand ses parents vinrent s'établir à Berlin; il eut aussi ,du goùt pour les sciences, et particulièrement pour l'histoire naturelle et la médecine. Il entreprit deux voyages dans l'intention de s' en minéralogie et en botanique; l'un en 1756, dans la Thuringe et plusieurs autres parties de l'Allemagne ; et l'autre, en 1760, dans la Belgique. 11 acheva ensuite ses études à Halle, où il prit le degré de docteur en médecine, revint dans sa famille en 1762, et obtint, l'année d'après, la Pi place de médecin principal de la colonie française à Berlin. Il partit avec son père, en 1766, pour retourner à StPétersbourg, où il fut nominé, en ' arrivant, médecin de la cour et de l'académie im- I périale des sciences, et dans la suite conseiller des colléges suprêmes de Russie. Charles Euler remporta le prix proposé par l'académie de Paris, en 1760, sur la question < i> d'examiner si le mouvement moyen des planètes conserve toujours la ? né'« < i> vitesse, ou si , par la succession des temps , il ne subit pas 0 quelque changement. A cet égard, nous élevons avec regret un doute que la sévérité de l'histoire exige tous les biographes qui parlent de Charles Euler le citent comme érudit et excellent médecin, mais non comme mathématicien. Sans doute les fils d'Euler ont tous, plus ou moins, étudié les mathématiques; mais il fallait les avoir approfondies pour produire un travail semblable à celui qui a été couronné. On y reconnalt un esprit familia- visé avec les phénomènes célestes et les difficultés de l'analyse. Comment un homme instruit à ce point n'atil pas cédé aux charmes de la science et poursuivi une carrière qui lui promettait de la gloire? Comment n'atil produit qu'un seul et unique mémoire? Sans vouloir ravir entièrement à Charles Euler l'honneur du travail qu'on lui attribue, nous pensons donc que son père n'y était pas étranger
  • Charles FABRIZI( 1709 - 1773) : jurisconsulte, né à Udine en 1709, lit ses études à l'université de Padoue avec une grande distinction , et y prit ses degrés en droit. 11 revint ensuite dans sa patrie , où ses talents le firent nommer à différentes charges publiques. L'obligation où il se trouva de faire des recherches dans les archives (l'Udine l'engagea à les mettre en ordre, et à extraire des titres qu'elles renferment ceux qui concernent plus spécialement l'histoire du Frioul. 11 se disposait mettre au jour le résultat de son travail, lorsqu'il mourut, en 1775.1.es manuscrits de Fabrizi forment plusieurs volumes On en a tiré deux dissertations qui ont été imprimées, l'une : De l'intérêt de l'argent clans le Frioul au 14esiècle ; l'autre: De l'ancienne monnaie de ce pays. Fabrizi était membre de l'académie (l'Udine et (le plusieurs autres sociétés savantes de l'Italie
  • Charles FEVRET( 1583 - 1661) : naquit l'an 1583 à Sémur en Auxois, de Jacques Fevret , conseiller au parle-. ment de Bourgogne, que Génébrard appelait pa- tronurn rebus omnibus ornatum. Après avoir étudié en droit dans les plus fameuses universités du royaume; il alla se perfectionner dans cette science à Strasbourg , sous le célèbre Denis Godefroy. Lorsque Louis XIII alla à Dijon en 1630 pour y punir les auteurs d'une sédition , Fevret , qui était l'aigle du barreau, le harangua au nom de tous les corps de la ville. Le prince fut si touché de son éloquence, qu'il pardonna aux coupables et accorda à l'orateur une charge de conseiller au parlement de nouvelle création ; mais celuici , ne voulant pas quitter sa profession, se contenta d'un office de secrétaire de la cour, aux appointements de 900 liv. Henri 11, prince de Condé, et le grand Condé son fils, lui avaient donné des lettres de provision de l'état et office de conseiller et intendant ordinaire de leurs affaires. Sa devise était Conscientia virtuti salis amplum theatrum est. Il mourut à Dijon en 1661. Nous avons plusieurs écrits en prose et en vers, en français et en latin, de ce savant jurisconsulte; mais l'ouvrage qui a fait passer et qui conservera son nom à la postérité est le Traité de l'abus; ce livre, le plus savant et le plus parfait que nous ayons sur cette matière, jouit d'une trèsgrande autorité dans les tribunaux. La première édition parut à Dijon en 1653 Les éditions de Lyon, 1667 et 1677, 9. vol. données par Jacques Fevret, fils de l'auteur, et par Antoine Fevret, avec de bonnes notes et les citations en marge, contiennent les critiques qui avaient été faites contre l'ouvrage, avec les réponses de Charles Fevret. La dernière, de 1736 , Lyon , 2 vol. est ornée des notes de Gilbert et de Brunet, et de l'éloge de l'auteur par Papillon. Parmi ses autres écrits nous indiquerons seulement :1" son dialogue De claris fori Burgundici oratorirs , Dijon , 1634 2. De lieds vitce humanœ, sive in Pibraci ten- asticha com- mentarius , Lyon , 1667 badinage poétique assez ingénieux; 3. Carmen de vita u, poème de 300 vers inséré par le P. Desmolets*dans ses Mé- moires de littérature , t. 2. — Pierre FEVRET , son fils, mort en 1706 âgé de 81 ans, conseiller clerc et sousdoyen du parlement, fonda la bibliothèque publique Lie Dijon et laissa des fonds pour l'entretenir et l'augmenter. Le catalogue en parut en 1708 avec une préface par le P. Oudin. Cette illustre famille a produit plusieurs autres personnages recommandables par leur science et par leurs vertus, entre autres Claudine FURET, abbesse de NotreDameduTort de Dijon , qui a composé le Journal des saints de l'ordre de Cîteaux, 1706 mais le plus illustre est celui dont on va parler dans l'article suivant
  • Charles FIGULUS : ichthyologue que Cuvier n'a pas daigné nommer dans sa belle Histoire des poissons , vivait au milieu du 1G siècle. !I était peut-ètre parent de Herman Figulus , d'Ilirschfeld , professeur au gymnase de Marbourg , auquel on doit une édition d'Horace, Francfort, Égenolphe , 1545 A la m'ale date , Charles habitait Coblentz ; mais Gesner, qui nous apprenti cette particularité dans sa Bibliothèque , ne dit pas s'il y remplissait aussi des fonctions d'ans l'enseignement. Tout ce qu'on sait de lui , c'est qu'il cultiva les principales branches de l'histoire naturelle avec tout le zèle dont il était capable ; et cela seul doit nous faire pardonner d'avoir tiré son nom de l'oubli. Il est auteur des trois opuscules suivants , tous fort rares et qui méritent d'are recherchés : Botano- ilethodus, sen gus de herbis , Cologne , 1510 de 8 f. 2. khthyologia , sive diatogns de piscibus, ibid. 1540 de 8 f. 11 y décrit environ vingt espèces de poissons , cités par Ausone dans son peine de la Moselle; 3. De Mustellis, ibid., 1510 de 8 f. C'est une description de la Lamproie
  • Charles FLEETWOOD : viceroi d'Irlande sous le protectorat de Cromwell , descendait d'une bonne famille qui occupait des places à la cour. Le grandpère de Fleetwood avait été receveur de la cour des pupilles, et cet emploi passa en 1644 à son petitfils, qui, dès les premières époques des troubles, se rangea sous les drapeaux parlemen- taires. II devint bientôt colonel de cavalerie , puis gouverneur de Bristol, et fut élu membre du longparlement. Au mois de juillet 1647, l'armée le nomma l'un des commissaires chargés de traiter avec les membres du parlement relativement aux points en litige entre ces deux corps ; mais malgré son zèle ardent pour le parti militaire, il ne prit pas personnellement part à la mort de Charles ler. Quand la république fut établie, Fleetwood fut placé dans le conseil d'État, élevé au grade de lieutenant général , et contribua beaucoup à la victoire remportée en 1650 sur Charles à Worcester. Peu de temps après il assista aux conférences qui eurent lieu entre les principaux officiers de l'armée et plusieurs membres du parlement, et dont l'objet était de déterminer la forme de gouvernement à adopter pour l'Angleterre. Il déclara qu'il trouvait trèsdifficile de déeider si une république absolue ou une monarchie mixte convenait le mieux ; et cependant les militaires en général se montrèrent opposés à to'hte idée de monarchie , tandis que chacun d'eux était un vrai monarque dans son régiment ou sa compagnie. A la mort d'Ireton, Cromwell jeta les yeux sur lui pour lui faire épouser sa fille , veuve de ce général. Le protecteur fut guidé dans ce choix tant par les principes de Fleetwood que par ses relations de parenté avec beaucoup de personnes considérables dans l'armée. Fleetwood, devenu gendre de Cromwell, fut nominé commandant général des troupes en Irlande , et l'un des commissaires civils de cette ide, qu'il ne tarda pas à soumettre entièrement, et dont il eut le titre de viceroi quand son beaupère eut obtenu celui de protecteur. Malgré les liens étroits qui l'unissaient à Cromwell , il s'opposa fortement avec Disbrowe et Lambert à ce qu'il prit le titre de roi quand il y fut invité par le parlement en 1657. Il est prorbable que cette démarche lui fit retirer la viceroyauté , qui fut donnée à Henri Cromwell , second fils du protecteur. Cependant Fleetwood n'essuya pas une disgrâce complète ; car son beaupère le fit entrer dans la chambre haute qu'il forma. Il signa l'ordre de proclamer Richard Cromwell protecteur, quand ce dernier succéda à cette dignité, à laquelle on pense que luiméme aspirait. Ce fut sans doute le renversement de ses espérances qui lui fit bientôt manifester son aversion pour cet ordre de succession , et décider que personne ne serait audessus de lui. Il se joignit en conséquence aux officiers mécontents pour déposer Richard, après qu'il lui eut persuadé de dissoudre le parlement , et inviter les membres du longparlement, qui avait siégé jusqu'au 9.0 avril 1655, à revenir occuper leurs places d'où Cromwell les avait expulsés. Il fut promu au conseil d'État, nommé lieutenant général de l'armée, puis un des commissaires chargés de la régir, et enfin commandant général de toutes les troupes. Tous ces honneurs ne rendirent pas sa position plus brillante ; au mois de décembre 1659, il reconnut que son crédit baissait constammént parmi les militaires qui voulaient que le parlement jouit de sa considération, de sa liberté et de sa sûreté. Cette circonstance et la disposition universelle des esprits lui firent juger que tout tendait au rétablissement de Charles Il. Whitelocke, de son côté, lui conseilla d'envoyer sans délai à Breda quelque personne de confiance pour offrir à ce prince de le rétablir sur le trône, afin de prévenir les démarches que pourrait faire Monk , qui trèscertainement avait le ne:me dessein. Whitelocke consentit à se charger de cette mission : elle n'eut pas lieu, parce que Fleetwood n'eut pas assez de force d'esprit pour résister aux représentations de plusieurs officiers, qui lui persuadèrent qu'il fallait sur un sujet si important consulter Lambert ; mais celuici était trop éloigné dans ce moment pour que l'on prit recevoir à temps sa réponse. Tous les historiens , et entre autres Clarendon , dépeignent Fleetwood comme un homme faible qui , dans cette occasion , manqua de résolution. Il était , dans l'armée, du nombre des hommes d'oraison qui dans les instants de crise se jetaient à genoux pour invoquer les lumières célestes. Cromwell et Lambert, politiques consommés, savaient trèsbien tirer parti des hommes de ce caractère ; ils les mettaient en avant , et quoiqu'ils n'occupassent euxmèmes que la seconde place., ils jouaient le rôle principal. A l'époque de la restauration , Fleetwood fut une des personnes exceptées de l'acte général de pardon et d'amnistie et condamnées à toute peine , sauf celle de la vie , qui leur serait infligée par un acte du parlement à intervenir à cet effet. Il passa le reste de ses jours dans la glus grande obscurité près de Londres, où il mourut peu de temps avant l'entrée de Charles II dans sa capitale
  • Charles FLEURY-TERNAL( 1692 - 1562) : jésuite de la province de Toulouse , né à Tain en Dauphiné le 29 janvier 1692, professa longtemps avec distinction dans les eolléges de la société et mourut vers ri;i0. On a de lui : l Ln vie de St- Bernard, archevéque de n'enfle, dédiée à S. Â. Mgr l'abbé d'Auvergne, abbé général de l'ordre de Cluny, Paris, 17e On cite des éditions de 1728, et 1718. Ce St- Bernard, ou plutôt Barnard, était un homme de qualité de la cour de Charlemagne; il devint archevêque ou évoque de Vienne, et entra dans la conspiration contre Louis le Débonnaire; mais il expia sa faute par un sincère re.: pentir. Son nom n'a jamais été dans le martyrologe romain ; mais on fait sa fae le 23 janvier à Vienne et dans les diocèses voisins. 11 mourut en 845 ; 2- Histoire du cardinal de Tournon , ministre de France sous quatre de nos fois, Paris, 1728 et Ce cardinal de Tournon présidait au colloque de Poissy et mourut en 1562
  • Charles FOLLEN( 1795) : naquit à Giessen le 3 septembre 1795. Après avoir terminé ses études de collége, il s'adonna à la théologie et ensuite à l'étude du droit. Il fit avec les chasseurs volontaires de la liesse la campagne de 1814 contre la France, puis revint terminer ses études en droit à Giessen, et en 1818 il s'y faisait connaltre comme professeur particulier. Sa vie a beaucoup de rapports avec celle de son frère aillé AugusteAdolpheLouis Follen , qu'il avait accompagné sur les champs de bataille. Ils firent en commun plusieurs beau chants patriotiques qui vivent encore dans la mémoire de la jeunesse allemande : Chants libres de la Jeunesse . Des poursuites politiques le forcèrent de quitter Giessen pour Iéna; il dut bientôt en sortir, compromis dans les enquêtes de l'assassinat de Kotzebue par Sand. Il vint en France et de là en Suisse. Il fut d'abord établi dans l'école cantonale de Char, pendant que son frère était à Aarau, puis à Zurich; Charles passa bientôt dans l'université de Bâle ; son adhésion aux principes du carbonarisme , qui se répandirent à cette époque en Suisse, lui attirèrent des tracas ; il fut en butte aux poursuites de l'ambàsade prussienne comme prétendu fondateur d'une société allemande qui n'existait pas en réalité ; le gouvernement de Bâle ne put le garder plus longtemps et il fut obligé d'émigrer en 189,1 avec beaucoup de dangers dans l'Amérique du Nord. Plus heureux que lui , son frère était parvenu à s'établir à Zurich , où il fit même partie du grand conseil. Arrivé en Amérique , Charles Follen visita successivement NewYork , Cambridge , Lexington, où il eut de grands succès, comme professeur de droit romain, de langue et de littérature allemandes. S'étant embarqué pour NewYork, où en 1840 il avait fait devant un public d'élite un cours de littérature allemande, le bateau à vapeur sur lequel il voyageait prit feu , et Follen périt le 15 janvier 18 il avec 175 autres passagers. Sa Grammaire pratique de la langue allemande est trèsestimée dans l'Amérique septentrionale
  • Charles FONTANA( 1634) : architecte et écrivain italien , naquit en 1631 à Bruciato, dans le territoire de Côme. Son nom et le lieu de sa naissance porteraient à croire qu'il était de la famille des célèbres architectes du 'm'aie nom : cependant on n'a làdessus aucune notion positive. Quand Charles Fontana vint à Rome , le Bernin, malgré les défauts trèsgraves et trèsnombreux qui se trouvent dans ses ouvrages , tenait en quelque sorte le sceptre des beauxarts. Fontana le choisit pour son 'naître en architecture, et devint en peu de temps un de ses meilleurs élèves. On lui confia l'exécution de plusieurs monuments d'une assez grande importance, parmi lesquels il suffira d'indiquer le palais Grimani et Bolognetti ; le mausolée de la reine Christine, dans l'église de StPierre; la fontaine de StPierre; la fontaine SteMarie, dans le quartier . Fontana s'occupa beaucoup de la coupole de StPierre qui , disaiton , depuis quelque temps menaçait ruine. Il réfuta des reproches adressés au Bernin, son maitre, pour avoir pratiqué des escaliers et des niches dans les quatre massifs qui la supportent. Bientôt les architectes italiens les plus habiles, réunis par Innocent XI , déclarèrent que la coupole n'avait nullement souffert et ne devait causer aucune inquiétude. C'était, en grande partie, pour faire cesser ces bruits alarmants, que ce pape avait ordonné à Fontana de composer son ouvrage. Les soins prévoyants du pontife et de l'architecte n'eurent pas tout le succès désiré ; car on a renouvelé plus d'une fois , depuis cette époque , les raisonnements sur lesquels on fondait la crainte de voir s'écrouler une masse si énorme. Fontana composa un autre livre qui ne fut pas moins bien reçu des amis des arts que la description de la basilique de StPierre. Un édifice aussi remarquable que le Colisée méritait un historien : il l'eut ul On l'illumine à la fête de StPierre, et cette opération est si Périlleuse , que l'ouvrier à qui on la confie ne manque jamais de se confesser et de communier avant de l'entreprendre. dans Charles Fontana , et l'ouvrage trèssubstantiel de cet artiste ne laisse à peu près rien à désirer ; il a pour titre : Anfiteatro deseritto e delineato dal eavaliere Carlo Fontana , la llaye , 1725, 1 vol. Procédant avec méthode, Fontana dans son introduction traite de l'origine des théâtres et amphithéâtres, de ceux qui les ont construits , des théâtres de Scaurus , de Pompée , de l'amphithéâtre de Vérone, etc. Dans le premier des cinq livres qui composent son ouvrage , il décrit le Colisée ou l'amphithéâtre (le Flavius Vespasien , tel qu'il était, de son temps. Le livre second le représente dans son état originel. Le troisième livre parle des usages auxquels étaient consacrées ses diverses parties, et des fètes qui s'y célébraient. De cette érudition profime, comme il la nomme luimème, Fontana passe à l'érudition sacrée, et donne la longue liste des chrétiens qui selon des légendes plus ou moins authentiques, furent martyrisés dans cet amphithéâtre. Le cinquième livre i ndique les moyens de rendre à l'édifice son ancienne splendeur. En résumé l'ouvrage de Charles Fontana est celui d'un artiste habile , d'un trèslion dessinateur et d'un homme qui n'a rien négligé pour envisager son sujet sous toutes ses faces. L'auteur mérite moins d'éloges comme écrivain ; mais il vivait en Italie au 17e siècle : on ne doit pas s'étonner qu'il ait sacrifié au goùt peu sûr de son temps et de son pays , en se permettant quelquefois des concetti dans un livre dont le ton général devait ètre une noble simplicité. Outre les deux ouvrages dont on vient de parler, Charles Fontana en écrivit plusieurs autres , dont on se contentera d'indiquer les titres : Traitai° delle arque eorrenti , Rome, 4691 et 1696 ; Descrizione della capella del fonte battismale sella basilica t/ aticana, home, d697 Discorso sopra il monte Citorio dell' Antio, Rome, 1708, Antio e sue antichitâ, Roule, 1710 Cet homme habile et laborieux mourut à Rome en 1714, à 80 ans. Deux neveux qu'il eut cultivèrent aussi l'architecture, mais sans s'élever audessus de la médiocrité. Il en fut de mème de ses élèves, qui, il l'exception (l'Alexandre Specchi , constructeur Hm assez beau palais dans la rue du Cours, ne aléritèrent pas que leur mémoire fût sauvée (le l'oubli
  • Charles FONTAINE( 1515) : né à Paris le 13 juillet 1515, d'un marchand qui demeurait place NotreDame, s'adonna entièrement aux lettres qui ne le conduisirent pas à la fortune. Il alla la chercher à la cour de la duchesse de Ferrare , et ne l'y trouva pas davantage. 11 revint en France et en 15=I0 épousa à Lyon Marguerite Larme, qu'il a chantée sous le nom de Marguerite. L'ayant perdue, il se remaria en 1544 à une autre Lyonnaise, qu'il a fort souvent célébrée dans ses vers sous le nom de Flore. Un procès l'obligea de venir à Paris quelque temps après son mariage. Voilà tout ce qu'on sait sur son compte ; on ignore l'époque de sa mort, que l'on croit cependant postérieure à 1588. Il avait été l'élève et l'ami de Marot. On a de lui : Estreines à certains seigneurs et dames de Lyon , Jean Detournes , 154G, petit C'est un recueil de quatrains à l'adresse et en l'honneur de diverses personnes , telles que Sébastien Gryphius, Jean Et non pas 1478 comme le dit Paquot dans ses Mémoires pour sertir à l'histoire littéraire des Pays- Bas, t. 3, p. 273. Detournes, Jean Desgouttes, Antoine Dumoulin, B. Aneau , auquel il dit : L'anneau que l'on met a la joincte N'est point tant uny à moytié, Comme est ton amytié A tes amys unie et joincte. On trouve à la suite un chant nuptial par Ch. Fontaine, et une églogue sur son mariage avec Marguerite Carme. 2. La contr'amye de coud : cette réponse à l' Amye de court de la Borderie a été imprimée dans les Opuscules d'amour par Héroet, la Borderie et autres divins poêles, Lyon , J. Detour nes, 1547 et encore à la suite de l'édition du Mépris de la court avec la vie rustique, nouvellement traduit d'espaignol en frais- rois , Paris, J. Ruelle , 1550 50 Le Quintil Horatien , 1551 ainsi intitulé du Quintilius Varus, dont parle Horace . C'est en effet une critique de la Défense et illustration de la langue française parJ. du Bellay, et de l'Olive , sonnets antérotiques , odes et vers lyriques du im?me. Cette critique a été imprimée sous le titre de Quintil censeur, à la suite de l'Art poétique François , 1576 Io S'ensuyvent les ruisseaux de Fontaine , oeuvre contenant épîtres, élégies, chants divers , épigrammes, odes et estrennes pour cette présente année 1555; Lyon, Payen, 1555 Dans une de ces pièces il s'établit le défenseur de la rime. Parmi les personnes auxquelles il adresse quelquesuns des ouvrages de ce recueil , on remarque Tiraqueau , Touchet d'Orléans, Fernel , Ronsard , J. du Bellay, J. Dorat, Jodelle , des Autels , R. Belleau , Amyot , Bayf. On trouve à la suite XXVIII énygmes, traduitz des vers latins de Symposius , ancien poète , et le Passetemps des amis, livre contenant épîtres et épigrammes en vers françois, et composé par certains auteurs modernes , et nouvellement recueilli par Ch. Fontaine , auteur d'une partie, et enfin la traduction en vers français du premier livre du Remède d'amour, c'est-àdire de la moitiédu livre unique de ce poërne d'Ovide. 5° Les XXI épîtres d'Ovide , Lyon,J. Detournes et G. Gazeau, 1556 dédié à madame Crussol : une première édition des dix épîtres faites en 1552 était dédiée au fils de cette dame; les dix premières épîtres sont de la traduction de Fontaine, qui les a enrichies d'annotations. Les 17e et 18e sont l'ouvrage d'un StRomat, et enfin les neuf autres sont le travail d'Octavien StGelais, retouché par Fontaine : la Fable des amours de . 1Iars et de Vénus, trad. d' Homère , et le Ravissement de Proserpine, imitation d'Ovide, se trouvent dans ce volume, où l'auteur a inséré encore le Muséus des amours de Léandre et de Héro, trad. en rime françoise par Cl. Marot. Le volume est terminé par un Petit avertissement aux lecteurs. Après la dixième épître, on lit quelques mots des Translateurs ans lecteurs, Il est plaisant de voir Ch. Fontaine vanter l'utilité de sa traduction , quant aux meurs, pour ce qu'il n'y ha personne tant adonnée et eschau 8'ée en l'amour volmfume , girl n'en soit bien refroidie et destournée après qu'elle aura bien leu ici dedens , et bien considéré les peines et misères des amoureus... Quand sont racontées les grandes facheries et in fortunes des dames amoureuses, c'est un miroir et exemple de ne faire comme elles, ; une Ode sur l'antiquité et excellence de la ville de Lyon, 1,1556; une traduction des Sentences de Publius etc. Il avait le premier fait une traduction de l'Art poétique d'Ilorace. C'était l'ouvrage de sa jeunesse; il le mit de côté pour le revoir plus tard, puis l'oublia. Ce fut dans cet intervalle que parut la traduction d'lIorace par Peletier du Mans , qui se trouva le premier et pendant quelque temps le seul traducteur de l'Art poétique
  • Charles FONTON : orientaliste français, est auteur de deux ouvrages qui se trouvent manuscrits à la Bibliothèque impériale, sous le numéro V ",V, ils sont datés de Constantinople en 1751. L'un est intitulé : Aventures de Zélide et de Ferannès , composées en persan et traduites du turc en français; l'autre, plus curieux et contenu dans le ?ême volume , est intitulé : Essai sur la musique orientale comparée à la musique européenne. L'auteur ne parait pas trèsversé dans la matière qu'il traite, et souvent il s'embrouille en voulant exposer le système musical des Orientaux. Ce que l'on peut conclure de ses discours est que les Persans et les Turcs ont comme nous vingt et un sons à l'octave , quoiqu'ils ignorent les calculs dont nous nous servons pour les déterminer. Au 15e siècle, ajoute Fonton , vivait un certain Hodgie ou savant, qui passe pour le restaurateur de la musique chez les Persans. Nul ne chantait comme lui ; mais il ne communiquait à personne ses compositions. Ilosaïn, fils de Baïkra et arrièrepetitfils de Tamerlan , qui gouvernait alors le Khoraçan, désirait néanmoins ardemment avoir un élève de lui. Pour y parvenir, il mit auprès de l'agie un esclave qu'il lui dit être sourd et muet et dont il lui fit présent. Ce dernier, sans démentir son rôle , profita si bien qu'en peu de temps il égala son maître, qui, découvrant la supercherie, parvint à le faire exiler. Cet esclave revint depuis en Perse, monté sur un chameau qu'il avait instruit à marquer la mesure par le mouvement de ses pieds. L'époque la plus florissante de la musique chez les Turcs fut sous Achmet III. Fonton traite ensuite de leurs instruments musicaux. Ce sont le ney, espèce de flûte d'environ deux pieds de long , percée de sept trous; c'est sur cet instrument que s'accordent tous les autres.; le tambour , sorte de guitare dont le manche de trois pieds a trentesix divisions; elle a huit cordes, c'est-àdire quatre doubles ; on la pince comme la mandoline avec une lame , flûte de Pan à vingtdeux tuyaux , et le violon turc ou keman , formé de la coque d'une noix de coco; il a trois cordes de soie et se joue comme le nôtre avec un archet. Les Turcs n'ont pu s'em:- pécher de donner au ney une origine miraculeuse. Ils disent qu'un jour Mahomet confia à son gendre Ali des paroles mystérieuses, avec défense de les répéter. Ali , ne pouvant retenir sa langue et se trouvant sans témoins, dit ces paroles, la bouche tournée vers l'ouverture d'un puits. Bientôt il crût dans ce puits un roseau d'une longueur merveilleuse. Un berger trouva ce roseau , le coupa , en fit un chalumeau , et, au grand étonnement de tous , le chalumeau répéta les paroles qu'Ali avait indiscrètement divulguées. Cette fable rappelle celle du barbier de Midas
  • Charles FORSTER( 1784 - 1841) : pete et traducteur allemand, naquit le 3 avril -178'r à Nauinbourg sur la Saale. Il commença son éducation dans l'école épiscopale de cette ville, puis étudia la théologie Leipsick jusqu'à sa seizième année. Un de ses proches parents l'engagea alors à étudier l'histoire, la philosophie, la philologie à Koenigsberg ; il suivait les cours de l'Académie de cette ville , lorsque la mort prématurée de son père le força à accepter une place de précepteur à Dresde. Bientôt naturalisé dans cette ville , il obtint par de puissantes protections d'ètre nommé à l' École des cadets, en 1806 professeur adjoint, et en 1807 deuxième professeur. Il était principalement chargé de l'étude des langues et des littératures latine et allemande et d'un cours de morale. 11 devint professeur titulaire en 1828. Dans ses courts moments de loisir, il s'adonna aux travaux poétiques et à l'histoire de la littérature européenne, principalement de la littérature italienne. Ensuite il étudia les ouvrages de la vieille Allemagne, ainsi que les beauxarts. Par crainte de la publicité , il écrivit de longues années en gardant l'anonyme, jusqu'à sa traduction des Poésies de Pétrarque . Plus tard il fit paealtre la traduction d'un Choix de poésies lyriques de Torquato Tasso ; Recueil de poésies choisies ; un Précis de l'histoire générale de la littérature , et la traduction de la Vie nouvelle, par Dante . La. bibliothèque des poêles allemands du siècle, commencée par Wilhelm Müller, fut continuée par lui et achevée en 1838 avec le 14. volume. Fiirster mourut le 18 décembre 1841. Ses poésies, dont plusieurs ont été mises en musique par Weber et d'autres compositeurs distingués, parurent après sa mort avec une préface de Louis Tieck , réunis par sa femme Louise Ftirster, soeur de l'historien Frédéric Mirster et d'ErnestJacques Ftirster, critique d'oeuvres d'art. C'est aussi aux soins . Quelques autres petits essais et quelques nouvelles, en partie publiés sous le pseudonyme d'Alexis der Wanderer , se trouvent dans les journaux du temps
  • Charles FOX( 1749) : peintre et écrivain anglais, naquit à Fahnouth en 1719. Après avoir partagé sa jeunesse entre l'étude du dessin et les études littéraires, il s'établit libraire dans son pays natal ; mais un incendie ayant consumé presque tout ce qu'il possédait , il fut obligé de chercher des moyens de subsister dans l'exercice de ses talents. Il se livra de préférence à la peinture. Il avait un frère patron d'un bâtiment marchand , qui l'emmena avec lui dans un de ses voyages dans la mer Baltique. Fox parcourut seul et toujours. à pied la Suède, la Norvége et une partie de la Russie, s'arrètant pour retracer avec son crayon les sites sauvages et romantil pies qui se présentaient à sa vue ; il perfectionna ainsi le talent qu'il avait pour 1;' genre du paysage. A son retour en Angleterre, il donna des preuves de ce talent dans plusieurs tableaux estimés, et il exerça en même temps le genre plus lucratif du portrait. Avec un goût pro- fit) Fox a eu en Angleterre plusieurs biographes. Il avait paru dès 1783, Londres u»e JJisl. ire de la vie politique el des services publics, comme orateur et homme d'État, de C. J. Fa:, etc. B. C. Walpole publia en 1806, Londres , Re- collections of the l ie , etc. , c'est-àdire, Souvenirs de la vie de Ch.- J. Fax; cet ouvrage e t orné d'un portrait de Fox en buste, et d'une charmante gravure où il est représenté tel qu'on le vit dans sa jeunesse, se promenant dune le pare de StJames en habit français brodé, avec un petit chapeau en soie sous le bras, dee souliers à talons rouges , et tenant à la main un énorme bouquet. R. Full donna, en 1808, un 41./ éntoire sur la vie publique de Fox, Londres, 1 vol. ., plein d'intérét, mais où son enthousiasme pour sen héros l'a rendu injuste à l'égard 4,e ses antagonistes. Ce mémoire a été traduit en allemand, en français et en italien. Des articles nécrologiques qui parurent au moment de la mort de Fox , soit dans les journaux , les ouvrages périedigues, soit dans d'autres ouvrages anglais, on a formé un recueil qui a été publié en 1809, Londres, 2 vol. in 8u, sous le titre suivant : Caractères de feu Ch.- J. Fox , choisis et en partie écrits par ehilopalris Varvicrnsis : cette indication pseudonyme cachait, à ce qu'on prétend , le ne AU du docteur l'arr , ami de Fox , et qui fut regardé après la mort du docteur Johnson comte le premier littérateur vivant du l'Angleterre. Ce choix est en général trèsbien fait : le second volume est totalement rempli par des notes instructives et intéressantes. Ruth il a paru eu 1811, Londres, de- a Mémoires sur les dernières ( innêes de Ch.- J. Fax par, Jean Bernard Trotter, secrétaire particulier de Fox. Ces Mémoires, écrits , comme les précédents, àvec toute la partialité de l'amitié, nous ont paru trèsprécieux, nonseulement par les détails qu'on y trouve sur le sujet du livre niais aussi par dus jugements sur nombre du personnages fameux, français et étrangers, partieulièr,,nwnt à la cour du premier consul de France. 11 a paru, en 1815, en un volume une Correspondance de Ch.- James Fox arec feu Gilbert 11-" fil,: field, de l'année 1796 à 1801, principa, einent sur des sujets de littérature classique. On a aussi : Vue politique, littéraire et peinée de C. J. Fox, trad. en français , Paris, 1808 , un vol. Lord Rolland a tait précéder l'ouvrage historique de son oncle, dont il est l'éditeur, d'une excellente notice sur ,;a vie. Es. foncé pour le caractère et les ouvrages des Orientaux et plus particulièrement des Persans , il acquit une connaissance fort étendue de leur langue et de leur littérature et forma une collection nombreuse de manuscrits orientaux. Ce genre (l'étude avait naturellement donné à ses pensées et à son style une couleur orientale. En 1797 il donna au public , comme simple traduction , un volume intitulé : Série de poêmes , contenant les plaintes , les consolations et les plaisirs d' Aehmet . 1rdebelli, exilé persan, avec des notes historiques et explicatives , On a eu lieu (le supposer qu'Ardebelli était purement un être fictif , et que ses plaintes et ses consolations étaient entièrement des effusions de la muse de Fox. L'imposture a même paru peu adroite, en ce que le costume oriental y est mal observé et surtout en ce qu'on y retrouve des pensées et des passages empruntés à des pones anglais. Cependant l'ouvrage fut favorablement accueilli, parce qu'on y remarquait de la force dans les pensées, de la douceur dans les sentiments, une grande richesse d'images et de l'harmonie dans la versification : les notes d'ailleurs en sont instructives. Vers 1803 il prépara pour l'impression deux volumes de poésies, qu'il donnait également comme traduites du persan ; mais cet ouvrage , non plus que beaucoup d'autres qu'il avait composés, ne fut pas imprimé, par l'effet de son dégoût pour les relations avec les libraires. Les détails qui accompagnent la publication d'un livre lui paraissaient comme des glaçons qui arrêtent la verve du pone. Il avait rédigé une relation de ses voyages, qu'il s'est borné à lire à ses amis; et c'est peut-être celui de ses écrits qu'on doit le plus regretter. C'était un homme d'un caractère doux et bienfaisant, et qui se plaisait surtout à encourager les jeunes littérateurs. 11 est mort à Bath en 1809
  • Charles FRACASSATI ou FRACASSATO : médecin italien du siècle; exerça et professa successivement à Bologne et à l'ire. Bien que ses écrits soient peu nombreux et composés seulement de quelques feuillets, ils méritent cependant d'être signalés, parce qu'on y trouve des descriptions exactes , et 'lierne parfois des idées neuves 1° Prcelectio medica in aphorismos Hippocratis , il) MarcAntoine Franciotti, évêque de Lueques, fait cardinal en 1634 , mort en 1t;66. Bologne , 1659 ; 2' Dissertatio epistolica res- 4 onsoria de eerebro ; Exercitatio epistolica de lingua , ad Johannent Alphonsum Borellium. Ces deux lettres , dont la première est adressée à Malpighi , sont insérées parmi celles de ce professeur illustre, collègue et ami de l'auteur, Bologne, 1665 ainsi que dans le tome second de la Bibliotheca anatomica de Leclerc et Manget,Genève, 109 l'racassati est surtout recommandable par les injections diversement colorées qu'il a pratiquées dans les canaux les plus déliés. Il combat le système de sur la différence des fonctions départies aux nerfs du cerveau et à ceux du cervelet; il prétend avoir découvert le canal de la vessie natatoire des poissons ; il donne des détails sur la structure de la langue du veau et du chien ; il décrit les papilles qui revêtent cet organe musculeux et dont la langue des poissons est , selon ltri, dépourvue. Fracassati a publié en outre l'éloge funèbre de Bartln Massario, dont il avait été le disciple
  • Charles GANILH( 1758) : économiste et membre de diverses assemblées législatives , naquit à Allanche le 6 janvier 1758. Il se voua d'abord au barreau , mais ne tarda pas à être porté sur la scène politique par le flot révolutionnaire qui allait abîmer le trône du malheureux Louis XVI. Avocat et électeur à Paris lors des premiers trou-?les, il s'était fait connaître par son zèle pour la cause de la révolution. Dans la journée décisive du 14 juillet, qui vit tomber la Bastille et s'élever assez haut la municipalité de Paris pour qu'elle osât déjà traiter de puissance à puissance avec la couronne , Ganilh fut chargé par le comité permanent de l'hôtel de ville d'accompagner Bancal des Issarts, envoyé à l'assemblée nationale, pour lui peindre l'état de la capitale et demander l'organisation régulière de la garde nationale qui se formait d'ellemême. La réponse de l'assemblée fut qu'elle n'avait cessé de réclamer le renvoi des troupes cantonnées autour de Paris et de Ver' sailles, et qu'elle persisterait dans ce voeu jusqu'à ce qu on y eût fait droit. Arrêté pendant la terreur, Ganilh fut, le 17 messidor an 2 , déclaré dans le cas de subir la déportation; mais le 9 thermidor empêcha l'exécution de cette me! sure , et peu de temps après il recouvra la liberté. Détestant l'anarchie dont il avait failli luimême être victime , il prit une part active au 18 bru' maire. Bientôt les portes du tribunat s'ouvrirent pour lui. Les projets de loi qui se succédèrent ne lui permirent pas de douter que le chef du nouveau gouvernement ne tendit à rétablir l'unité dans le pouvoir. Croyant l'ordre assuré, il se porta vers la liberté menacée, pour tacher de mainte- ti Voyez les Lettres hist. riques et galantes de madame Dunoyer. nir l'équilibre. Vain espoir ! la réaction fut complète : elle s'étendit jusqu'à l'ordre judiciaire, qui, distinct de la politique, devrait rester immuable comme les sphères célestes. Ganilli protesta contre la réforme de la cour de cassation , défendit l'indépendance du jury et combattit la réduction proposée des justices de paix, Il n'épargna pas non plus les mesures financières du gouvernement consulaire , qui s'empressa de se débarrasser de son incommode opposition au premier renouvellement du tribunat, en 1802. Les finances et l'économie politique devinrent dès lors le but de ses méditations, de ses travaux. 11 publia sur ces matières des ouvrages qui lui valurent en 1815 l'honneur de représenter le département du Cantal à la chambre des députés. Il vint siéger sur les bancs de la deuxième section de gauche, mais ses suffrages suivirent toujours les seules inspirations d'une conscience peut-être encore plus mobile qu'indépendante. Cependant on put le ranger dans l'opposition : à la séance du 2 janvier 1816 , il repoussa énergiquement les catégories que la commission de la chambre proposait d'introduire dans la loi d'amnistie. Lors de la discussion du budget , il prononça un discours qui fut imprimé par ordre de la chambre, et dans lequel il combattit à la fois le projet ministériel et celui de la commission. Réélu cette même année, 1816, il fit partie de plusieurs commissions, notamment de celle du budget. En 1817, lors de la discussion du projet de loi sur la presse , il se lit inscrire contre et prit la parole dans la séance du 11 octo?re. Il occupa trèslongtemps la tribune et termina par cette. péroraison remarquable : « Il faut « réunir tous les sentiments, toutes les pensées, « toutes les volontés dans le culte de la charte. « Il faut repousser toutes les atteintes directes ou « indirectes qu'on voudrait lui porter. Elle ne « veut que la répression des abus de la liberté de « la presse; et le projet de loi veut prévenir ces « abus et suspendre la liberté des journaux. Le « projet de loi est donc en opposition avec la « charte; en conséquence j'en vote le rejet. » Nommé quelques jours après l'un des membres de la commission chargée du règlement définitif de la loi de finances, dans la séance du 4 avril , il improvisa sur ce projet de loi un discours dont l'impression fut demandée par la chambre. Dans ce discours, après avoir examiné le système et l'administration des finances de la France , il s'attacha à démontrer que la progression des dépenses publiques, d'abord regardée comme une Iles causes de l'accroissement des richesses, était reconnue pour être un fléau. Dans la séance du r il établit que la loi de 1816 , en ouvrant la voie des emprunts, avait laissé le ministre sans règle, sans direction; que s'il y eût eu concurrence ouverte entre les prêteurs, les conditions eussent pu être moins onéreuses pour le trésor, et il proposa pour remédier au mal trois amendements qui furent rejetés. Le 8 février 1819 , il fit un rap- port lumineux sur le projet de loi relatif au changement de l'année financière. Envisageant ce projet sous trois points de vue principaux , sa nécessité, son efficacité et sa constitutionnalité, il conclut pour l'adoption. La chambre des députés suivit cet avis, mais celle des pairs se prononça contre. A l'expiration de son mandat Ganilh , nommé par ordonnance royale du 22 août 1819 président du collége électoral du Cantal , fut réélu à la chambre des députés par ce collége. Le projet de loi relatif aux reconnaissances de liquidation et les opérations de la caisse d'amortissement furent de sa part l'objet d'un long examen et de plusieurs amendements qu'il ne parvint pas à faire adopter. Le projet de règlement définitif du budgt (le 1820 trouva en lui un adversaire plus opiniâtre qu'heureux. Telle est la série à peu près complète des travaux législatifs de Canilh. Ils portent l'empreinte d'un.esprit actif, éclairé, mais souvent systématique. Aussi , quoique trèsconsidéré pour son caractère privé , son influence était nulle à la chambre. 11 a beaucoup écrit. Soit comme financier, économiste ou publiciste , il est difficile de voir en lui un de ces esprits puissants qui découvrent ou fécondent. Mais dans le vaste domaine de la science il faut tenir compte de tous les efforts, car aucun n'est perdu. On a de lui : 1° Essai politique sur le revenu public des peuples de l'antiquité , du moyen dge, des siècles modernes, Paris, 1" édition , 1806, 2 vol. une 2» édition plus complète parut en 1823; 2. Des . systèmes de l'économie politique , de leurs inconvénients, de leurs avantages , ibid., 1" édit. , 1809 ; 2. édition, 1821, 2 vol. ; 3^ Réflexions sur le budget de 1814 , ibid. 4° Considéra- tions générales sur la situation financière de la France en 1815, ibid., 1816 5° la Théorie de l'économie politique fondée sur les faits résultant des statistiques de la France et de l'Angleterre, sur l'expérience de tous les peuples célèbres par leurs richesses , et sur les lumières de la raison , ibid. , Ire édition, 1815, 2 vol. 2. édition, 1822 ; 6" Des droits constitutionnels de la chambre des députés en matière de finances , ou Réfutation de M. le comte Garnier, dans son rapport à la chambre des pairs, sur le budget de 1815, ibid., 1816 7. De la législation . de l'administration et de la comptabilité des finances de la France depuis la restauration , ibid., 1817, in•8.; 8° Réfutation de deux écrits anonymes , sous le titre l'un : d'Éclaircissements sur les lois , les budgets et les comptes de finances; et l'autre : d'Errata de quelques brochures sur les finances tous deux en réponse à l'écrit sur la législation , l'administration et la comptabilité des finances, ire partie, ibid., 1817 9. la Contre- révolution en France, ou De la restauration de l'ancienne noblesse, ibid., 1823, feuille 1 0° Du pouvoir et de l'opposition dans la société civile , ibid., 1821 De la réduction des rentes en 1821, ibid., 1821 12" De la science des finances et du ministère de M. le comte de Villèle, ibid., 1825 13° Dictionnaire ana- lytique de l'économie politique, ibid., 1826 ; 14. Dictionnaire de l'économie politique , 4830 ; 15. Principes d'économie politique et de finance, ibid., 1835 Les trois principaux ouvrages de cette longue liste sont : l'Essai politique sur le revenu des peuples, qui contient de précieux renseignements sur l'état social du moyen age; les Systèmes de l'économie politique, où l'auteur, après avoir réhabilité la richesse aux yeux des moralistes, en suit le développement et l'influence sur la félicité individuelle et publique ; enfin la Théorie de l'économie politique , que Ganilh entend déduire, non de principes posés à priori, comme le veut J.B. Say, mais de l'exacte observation des faits d'après la saine statistique. Ces ouvrages suffiraient pour classer Ganilh parmi les économistes les plus laborieusement consciencieux et les plus éclairés de notre temps. 11 était d'un caractère bizarre , mais droit et sûr ; aimé de ceux qu'il admettait dans son intimité , honoré de tous. Il mourut en 9836, figé de 78 ans, et jouissant jusqu'au dernier moment de la plénitude de ses facultés
  • Charles GARDANE-DUPORT( 1746 - 1815) : chirurgien , né à Toulon le 12 novembre 1746 , mort à Paris le 9 avril 1815, fut reçu maitre au collége de chirurgie de Paris le 16 novembre 1782 , après avoir soutenu sur la luxation de la clavicule , et sous la présidence de P. Sue , une thèse intitulée : De jugulo luxato , 16 pages Il a publié en outre un ouvrage qui a pour titre : Méthode mire de guérir les maladies vénériennes par le traitement mixte , Paris , 1787 seconde édition revue et augmentée d'un mémoire sur la salivation , et de plusieurs observations pratiques , Paris , 1805 Cette méthode est absolument la mème que celle qui fut exposée en 1773, par le médecin du mème nom , sous le titre de Manière sure, etc. L'auteur avoue même que son ouvrage peut ètre regardé comme une nouvelle édition de celui du médecin J.J. Gardane , dont il se dit le parent. Toutefois il a modifié l'ordre des matières, et a donné plus de développement à certains objets qui ne sont , en quelque sorte, qu'indiqués dans le livre du précédent. Il a traité surtout de la gonorrhée avec beaucoup plus de détail
  • Charles GAUDICHAUD( 1789) : botaniste , Noyageur descripteur et anatomophysiologiste , naquit it Angoulême le 4 septembre 1789. Sa famille, anciennement établie dans la province, était adonnée à l'agriculture ; mais son père, JeanJacques Gaudichaud, avait rempli les fonctions d'huissier en la cour des monnaies. Nous avons peu de chose à dire sur ses premières années : quoiqu'il eùt perdu fort jeune les auteurs de ses jours, son enfance, entourée des soins de la famille, fut exempte de ces adversités qui ont accueilli tant de grands hommes à leur entrée dans la vie. Les rudes épreuves, qui sont comme la trempe des âmes fortes, étaient réservées à son âge mûr, et quand vint le temps des difficultés et des luttes, Gaudichaud déploya cette énergie persévérante , cette indomptable fermeté qui formait un si frappant contraste avec la grâce exquise de ses manières et l'aménité parfaite de ses moeurs. Cette singulière association de qualités disparates formait véritablement le trait distinctif de cette nature élevée. De bonne heure le jeune orphelin manifesta des aptitudes trèsprononcées pour l'étude de la nature, et lorsqu'il s'agit d'embrasser une carrière il choisit celle de la pharmacie comme la plus propre à satisfaire le penchant qui l'attirait vers les sciences d'observation. C'est dans l'officine d'un de ses beauxfrères, établi à Cognac, qu'il fit ses premiers essais. Cependant Gaudichaud , sentant combien son éducation était incomplète, ne voyait pas sans inquiétude approcher l'époque de la conscription. Le sort lui fut favorable, et dès lors, libre de toute préoccupation comme de toute entrave , il vint à Paris pour y terminer ses études scientifiques et se perfectionner dans l'art de la pharmacie. Le célèbre Robiquet, l'un de ses maîtres , ne tarda pas à apprécier les facultés de son jeune élève, et s'il ne pressentit pas en lui le futur académicien , il comprit du moins tout le parti que Gaudichaud pourrait tirer de ses heureuses dispositions. Celuici , encouragé par le grand chimiste , s'adonna à l'étude avec plus (l'ardent' que jamais , mais il se passionna surtout pour la botanique. Le bon Desfontaines et le savant LouisClaude Richard devinrent ses professeurs de prédilection. Grâces à un travail assidu, il acquit en peu de temps une instruction solide et variée. Ayant donc pris quelque confiance en luiméme, il sollicita et obtint l'honneur d'ètre embarqué sur un navire de l'État en qualité de pharmacien de la marine militaire. Nommé en avril 1810, il ne tarda pas à ètre compris dans une mesure générale de licenciement qui lui permit de revenir à Paris, au mois de septembre suivant, pour s'y perfectionner. Rappelé au service en juillet 1811 , il fut attaché au port d'Anvers jusqu'à la fin de 1814. Ces trois années passées en pays conquis furent pleines de charmes et de distractions pour le jeune pharmacien de marine, et vraisemblablement la science pure fut un instant oubliée. D'ailleurs Gaudichaud n'avait jamais eu pour la botanique un culte exclusif : le savant n'absorbait pas en lui l'homme du monde. C'était alors un cavalier au visage fin et gracieux, à la tournure souple et élégante , un peu petit, mais bien pris dans sa taille, et portant assez fièrement l'épée , qu'il maniait avec une rare habileté. Il n'était pas moins habile dans les autres exercices du corps , mais l'escrime avait toujours été son délassement favori , et il y avait acquis une redoutable supériorité, qu'il fit plus d'une fois sentir à ceux qui eurent l'imprudence de le provoquer par des procédés blessants ou des paroles injurieuses. Personne n'avait plus que lui le ressentiment d'une injustice et d'une atteinte portée à ce qu'on nomme le point d'honneur : aussi, malgré la douceur de son caractère et la répugnance que lui inspiraient de tels combats, le nombre des duels qu'il eut à soutenir dans toute sa carrière s'élèvetil au chiffre extraordinaire de vingtneuf. L'une de ces rencontres faillit lui être fatale : un coup d'épée lui traversa la poitrine , et les suites de cette blessure eurent une influence fâcheuse sur sa santé pendant tout le reste de son existence. Après l'évacuation d'Anvers, Gaudichaud fut dirigé sur Rochefort en qualité de pharmacien entretenu de troisième classe. Cependant la paix étant conclue et la restauration accomplie , le nouveau gouvernement songea à utiliser ses navires de guerre et à faire servir l'intelligente activité du personnel de la marine militaire à l'avancement (les sciences. Un voyage autour du monde fut résolu; M. Desaulset de Freycinet fut chargé de commander l'expédition et M. le docteur Quoy, actuellement inspecteur général du service de santé de la marine, fit nommé chirurgienmajor et chef des travaux zoologiques. C'est à la sollicitation de ce savant et éminent confrère que Ch. Gaudichaud dut sa nomination à l'emploi de pharmacien botaniste de l'expédition. Les deux officiers de santé quittèrent ensemble Rochefort pour se rendre à Toulon , et furent embarqués sur l'Uranie, où se trouvait déjà M. Gaimard , chirurgien zoologiste en second , devenu plus tard célèbre par ses expéditions an pôle nord, en Islande et en Scandinavie. L'armement de l'Uranie, commencé en 1816 , ne fut terminé que l'année suivante. Gaudichaud profita de ces loisirs pour se préparer à tle lointaines expéditions en étudiant à fond l'histoire naturelle de la Provence, en compagnie de l'illustre et malheureux Dumontd'Urville et de quelques autres personnes avec lesquelles il se lia d'amitié. L'Uranie, partie de France le 17 septembre 1817 , toucha successivement à Ténériffe , à Rio de Janeiro, au cap de BonneEspérance , aux îles de France et de Bourbon et à la presqu'île Péron; puis elle visita les îles de la Sonde, celles des Papous, l'archipel des Mariannes , les Sandwich et enfin une grande partie de la NouvelleHollande. MM. Quoy, Pellion et Gandichand sont les premiers Français qui aient franchi les montagnes Bleues. Du port Jackson, la corvette l'Uranie parcourut le grand Océan, alla reconnaltre le cap Born , mouilla dans la baie du BonSuccès sur la TerredeFeu, d'où elle fut chassée par un coup de vent furieux. Quelques jours plus tard , par un temps magnifique , aux abords des Iles Malouines, une effroyable secousse avertit l'équipage que le navire venait de donner contre des rochers. Après douze heures d'indicibles angoisses et d'efforts surhumains, on parvint à la côte; à quatre heures du matin l'Uranie échoua misérablement sur le sable de la baie Française. A peine échappé aux périls de cette nuit terrible, le botaniste songea à ses collections englouties ; mais ce ne fut qu'au bout d'une quarantaine de jours de recherches et de labeurs qu'il parvint à en sauver environ les deux tiers. Pendant les quatre mois de relâche forcée qu'il lit avec ses compagnons d'infortune dans la baie Française ou baie de la Solitude, Gaudichaud se consacra aussi à l'étude de la curieuse végétation des lies Malouines, dont il publia la première Flore. La corvette la Physicienne le ramena en France, où il arriva en décembre 1820, et s'occupa aussitôt de publier la partie botanique du voyage. Dix ans plus tard il s'embarqua sur la frégate l'Herminie, commandée par M. Henri de Villeneuve Bargemont, et. sur ce second navire il visita de nouveau le Brésil, le Chili et le Pérou; puis il revint à Rio de Janeiro, où il obtint de séjourner, et rentra en France au mois de juin 1835. C'est alors qu'il rédigea son grand travail sur rorganographie,
  • Charles GILDON( 1665 - 1723) : écrivain anglais , né en 1665 à Gillingham , près de Shaftesbury, dans le comté de Dorset, de parents catholiques romains , fut envoyé faire ses études au collége des Anglais , Douai. Sa famille le destinait à la carrière ecclésiastique , qui n'était pas sa vocation. De retour dans sa patrie et devenu son maitre, il commença par venir dissiper à Londres la plus grande partie de son bien , qui était considérable. H épousa à vingttrois ans une femme sans fortune, dont il eut plusieurs enfants ; et, réduit bientôt à l'indigence, il se fit auteur par nécessiti:. Il n'a écrit qu'en anglais : son premier essai fut un recueil de cinq cents lettres , sous le titre de Postillon déva- lisé , Londres , 1692. 11 donna ensuite quelques traductions , et publia en 1693 un ouvrage impie . Gildon a donné au théâtre quelques tragédies écrites d'un style emphatique , et des comédies qui furent reçues froitlement. C'était un homme d'une vaste littérature, mais d'un esprit médiocre , qui s'essaya dans pres- que tous les genres d'écrire , et n'eut quelques critiques sur un chefd'oeuvre, lu Boucle de cheveux enlevée , de Pope , qui en re- tour l'accola au critique Dennis , dans la Dunciade. C'est néanmoins connue critique que Gildon parait avoir montré le plus d'habileté; cette opinion est confirmée par ce qu'on rapporte que Pope était persuadé qu'Addison l'employait à écrire contre lui. On a aussi de Gildon une vie de Bet- terton , 1710 , une grammaire anglaise et un traité intitulé l'Art poétique complet , 1718 , 2 vol. et les Lois de la poésie , telles qu'elles sont établies par le duc de Buckingham dans son Essai sur la poésie, par le comte de Roscommon dans son Essai sur les traductions en vers, et par le lord Lansdown sur les Écarts en poésie, éclaircies et expliquées, 1721 Il mourut le 12 juin 1723, de sa mort naturelle, quoique dans sa notice sur Charles Blount , trente et un ans auparavant, il eût déclaré qu'il terminerait ses jours comme I lui
  • Charles GOBINET( 1613 - 1724) : docteur de la maison et société de Sorbonne, né à StQuentin l'an 1613, fit ses études d'une manière brûlante à l'université de Paris. Il s'était tellement distingué dans son cours de licence, que plusieurs évêques désirèrent se l'attacher en qualité de grand vicaire pour s'en aider dans le gouvernement de leur diocèse ; mais les circonstances décidèrent d'une autre manière du sort de sa vie et de l'emploi de ses talents. Le cardinal de Richelieu, après avoir pour ainsi dire adopté la Sorbonne, dont il était proviseur, et en avoir fait reconstruire les bâtiments avec une magnificence royale, y réunit le collége du Plessis, qu'il avait aussi fait restaurer, et en donna l'administration à cette maison. Elle jeta les yeux sur Gobinet , comme devant être le premier principal. Aucun choix ne convenait mieux ; il y fit un bien incroyable par le soin qu'il prit d'y établir un bon plan d'instruction , par les solides et fréquentes leçons qu'il donnait luimême aux élèves, par ses bons exemples et par une excellente économie des revenus qui lui fournit les moyens d'étendre et d'augmenter les bâtiments de ce collége. 11 le gouverna pendant quarantetrois ans, et y mourut le 'J mars 1690. Rollin , son collègue, a célébré dans un beau poème latin ses vertus et ses longs et utiles services. Gobinet avait fondé dans le collége du Plessis deux bourses pour y élever deux jeunes étudiants tirés de sa ville natale, et en avait donné la nomination à l'aîné de sa fa- mille. On a de lui les ouvrages suivants , tous de piété, et propres à en entretenir ou à en inspirer les sentiments : 1" Instruction de la jeunesse en la piété chrétienne , tirée de l'Écriture sainte et des saints Pères, Paris, 1655, 1 vol. De tous les livres de Gobinet, c'est celui qui a eu le plus de vogue. On s'en servait autrefois dans les écoles pour y apprendre à lire. Aussi atil eu tant d'éditions qu'il serait impossible d'en fixer le nombre. Un ecclésiatique, nommé Mortier, s'avisa en 1705 ?'en détacher le quatrième chapitre , sur la Correction fraternelle, et y ajouta ses propres réflexions, dont quelquesunes autorisaient , conseillaient même les délations. L'ouvrage fut publié ; ayant paru dangereux , il fut supprimé , et l'auteur fut admonesté. Il existe une Critique de la Correction fraternelle, Bâle, 1707 de 167 pages. L'anonyme contredit avec énergie Gobinet lui- qui , si on l'en croit , a ouvert la voie aux folies de Mortier. 2. Instruction sur la pénitence et la sainte communion, Paris, 1667 , 1 vol. réimprimé pour la huitième fois en 1725; Instruction sur la vérité du Saint- Sacrement Paris , 1677 , 1691 ; .4° Instruction sur la religion , Paris, 1687,1735 tin Addition à l'instruction de la jeunesse, contenant cinq traités, Paris,1689, 1714 ; 6° Instruction sur la manière de bien étudier, Paris, 1689, 1690, 1746 ; 7" Instruction chrétiennedes jeunesfilles, Paris, 1682, 1709 18G20 Tous ces ouvrages ont vieilli pour le langage; mais la morale en est si pure et si substantielle , ils peuvent si bien contribuer à inspirer l'amour des vertus chrétiennes , qu'ils mériteraient glue quelque main habile prit la peine d'en retoucher le style, pour ôter tout prétexte de les écarter de l'éducation , où ils ont été et peuvent être encore si utiles. — Jean GOÉINET , docteur de Sorbonne, et neveu du précédent, lui succéda comme principal du collége du Plessis, où il continua de faire le même bien. Il quitta cet emploi pour are grand chantre de l'église de Chartres , où il mourut en 1724
  • Charles GOLDONI( 1707) : le plus célèbre pete comique de l'Italie dans le 18' siècle , fut nommé dans sa patrie le Molière italien , et se montra, sous beaucoup de rapports , digne de ce surnom. II mérite de notre part une attention particulière, tant par la révolution qu'il a faite dans un art dont il a pris chez nous le modèle , que parce qu'il a passé à Paris , au milieu de nous , les trente dernières années de sa vie , qu'il nous a consacré ses derniers travaux, et qu'il a regardé comme le comble de sa gloire de les avoir vus couronnés en France par le succès. Charles Goldoni naquit à Venise en 1707; son père y était né luimème ; mais son grandpère était de Modène ; celuici , en allant s'établir à Venise , après avoir fait ses études à Parme, y porta un goùt décidé pour les plai- sirs , les tètes , les spectacles, dont le séjour de cette ville n'était pas propre à le guérir. Marié deux fois , il tenait un état qui annonçait l'aisance , surtout à une maison de campagne qu'il avait louée à six lieues de Venise. li y donnait la comédie et l'opéra; on s'y rendait en foule de plusieurs lieues aux environs. C'est dans ce joyeux fracas que naquit son petitfils; et cela peut avoir contribué au goùt qu'il eut toujours pour les spectacles, pour les plaisirs du monde , les fêtes, les amusements, à son insouciance et à sa gaieté. On observa qu'en naissant il n'avait jeté aucun cri ; on en tira pour la douceur de son caractère un r bon augure qui n'a pas été démenti. Son père fit bâtir chez lui un théâtre de marionnettes, et il les faisait mouvoir luimême pour l'amuser. La mort imprévue du grandpère de Charles Goldoni en 1712 , et de sa grand'mère peu de temps après, amena un changement fâcheux dans la fortune de la famille. Son père se trouva dans des embarras dont il ne sut pas se dégager : ennemi des affaires contentieuses, il fit pour s'en distraire un voyage à Rome , laissant à la tète de sa maison sa femme, qui venait de lui donner un second fils. Elle mit le plus jeune de ses enfants en pension , et donna un précepteur à rainé , qui annonçait les disposi- tions les plus heureuses. Dans les moments de loisir que lui laissaient ses éVides, Goldoni lisait surtout . Ses humanités finies, il fit sa philosophie à Rimini , ville qui était alors renommée pour ce genre , et reprit le chemin de Venise. Dans ce collége du pape, il n'y avait guère que de jeunes abbés dissipés et coquets : Goldoni n'avait que seize ans; il le fut comme les autres. Il y prit peu de leçons de droit civil et de droit canon; mais il apprit à faire des armes, la danse , la musique , le dessin et tous les jeux de commerce et de hasard. 11 alla passer les vacances à Chiozza , près de ses parents. Ce qu'elles eurent de plus remarquable, c'est qu'il y lut pour la première fois la Illandragore de Machiavel , et qu'il la relut dix fois de suite. Ces lueurs de goût comique sont toutes à observer dans le restaurateur de la comédie italienne. La seconde année , il fut moins dissipé, et il étudia davantage ; niais aux vacances il descendit le Tésin, 'et ensuite le Pô, dans une barque remplie de gens de plaisir et de bonne chère , qui ne tirent que rire, chanter, jouer de dix à douze instruments; il improvisa des couplets, mit en vers le récit du voyage, qui fut tout entier une espèce d'orgie lyrique. Arrivé à Chiozza, ce fut un sermon qu'il lui fallut faire pour un jeune abbé que sa mère protégeait. Le sermon eut un brillant succès. L'auteur en était connu; il rentra au collége de Pavie avec une réputation d'éloquence. Par malheur, il s'en fit bientôt une autre , celle d'un satirique mordant et scandaleux. De faux amis lui tendirent ce piége , lui promirent Je plus profond secret, et Je trahirent. 11 n'avait péché que par étourderie; il fut puni avec la dernière rigueur, honteusement chassé du collége, et même de la ville, où il n'eût pas été en sûreté. Déchu de toutes ses espérances, il n'osait plus reparaltre dans sa famille ; il entreprit d'aller à Rome. 11 n'avait point assez d'argent; un moine s'empara de lui , l'engagea au repentir, à la confession, reçut pour le distribuer aux pauvres le peu d'argent qui restait au jeune voyageur, et le conduisit à Chiozza , où ses parents, irrités d'abord, finirent par lui pardonner. Son père l'emmena avec lui dans le Frioul. Tandis qu'il exerçait à Udine son état de médecin, son fils y reprenait ses études de droit plus sérieusement qu'à Pavie; ce qui ne le garantit pas de quelques étourderies de jeunesse. Après divers déplacements, où il importe peu de le suivre, son père obtint pour lui une place d'adjoint au coadjuteur du chancelier criminel de Chiozza ; peu de temps après, ce chancelier, qui passait à Feltre avec le même titre, lui proposa la place de coadjuteur en chef, s'il voulait ry suivre : il accepta. Installé à Feltre à vingtdeux ans, il Montra beaucoup d'ardeur à remplir ses devoirs , et n'eut d'autre amusement que le théàtre, où jouait une assez bonne troupe. Bientôt il eut une jouissance plus vive. Il y avait une petite salle de spectacle dans le palais du gouverneur; une société d'amateurs résolut d'y jouer la comédie et même la tra-. gédie. Goldoni en fut nominé directeur. Il arrangea en tragédies, déclamées sans musique, la Didon et le Siroê, de Métastase. Il composa deux petites.comédies, le Bon père et la Cantatrice; il y jouait deux rôles à caractère; ses pièces et son jeu réussirent parfaitement. Mais en attendant que sa propre inconstance le fit souvent changer de carrière et de séjour, il était pour ainsi dire à la merci de celle de son père : celuici venait d'accepter une place de médecin avec des honoraires fixes, à Bagnacavallo, dans la légation de Ravenne, et ue fut content que lorsqu'il y eut fait venir son fils. 11 mourut un an après, d'une fièvre maligne, laissant sa femme et son fils avec une fortune médiocre et dans la plus profonde douleur. Dès que Goldoni put s'occuper de luimême, il résolut définitivement de se faire recevoir avocat. 11 alla soutenir son examen et prendre la licence à Padoue , et de là se rendit à Venise pour y suivre le barreau. 11 y fut reçu , en l 752, dans le corps des avocats, et présenté au palais avec toutes les cérémonies d'usage. Les clients vinrent lentement : le jeune avocat, tout en étudiant son métier, avait besoin de distractions; il fit des almanachs : il en fit un qui avait pour titre : Expé- rience du passé, astrologue de l'avenir, etc., avec plusieurs morceaux sérieux et plaisants, en vers et en prose, qui réussit dans le public et l'amusa beaucoup luimême; il revint à ses projets de travaux dramatiques; mais ayant besoin d'un produit qui fût plus prompt et plus fort que ne l'était celui des pièces comiques, il se mit à travailler à un opéra d'Amalasonte. Cependant , une cause de quelque importance, mêlée de civil et de criminel , se présente : il la plaide contre le premier avocat du barreau vénitien, et il la gagne. Au milieu de ce premier triomphe , une intrigue d'amour, où il s'était engagé malgré lui, tourne mal; un mariage , qu'il allait contracter pour se ven- ger autant que par inclination , est rompu par le mauvais état de sa fortune : il prend le parti de quitter Venise et de se rendre à Milan , ayant avec lui pour tout trésor son opéra d'Amalasonte. Bien accueilli dans cette capitale, il croit pouvoir lire son opéra chez la directrice du théâtre , devant le premier chanteur Gaffarelli et devant d'autres virtuoses; les grands airs de ces messieurs, les difficultés qu'ils lui font, l'arrêtent dès le début de sa lecture. Il trouve plus d'hounéteté dans l'un des principaux directeurs, qui écoute avec attention sa pièce tout entière, mais qui lui prouve par de bonnes raisons qu'elle n'est pas faite pour la musique, et qu'elle ne peut être présentée à aucun compositeur. Il brûle sa pièce,
  • Charles GORING( 1743 - 1829) : fils d'un baronnet, naquit en 1743, fit ses études à CharterHouse, puis à Oxford, où il devint un des associés du collége d'AllSouh. Après la mort de son père, en •769, il alla prendre possession du domaine de la famille, en Essex , et continua d'y résider pendant presque toute sa longue carrière, alternativement occupé dans la Convention française. Cette brochure fut suivie de deux autres : Recherches sur la seconde venue de Notre- Sauveur, 1796, et Remarques sur les prophéties d'Isaïe, 18427. Goring , trèsattaché à l'Église anglicane, ne manque pas d'attribuer la dégradation et la chiite des États aux corruptions idolâtriques de l'Église roinâine. Du reste, il était bienfaisant et charitable sans ostentation. Il est mort en 1829, âgé de 85 ans
  • Charles GRANELLI( 1700) : jésuite italien, né au commencement du 18. siècle , enseigna les belleslettres dans plusieurs collégeS de la société avec beaucoup de rtputation. Appelé à Vienne pour y professer l'histoire , il se lia bientôt d'une étroite amitié avec le savant P. Froelich,son confrère , et s'appliqua dès lors presque uniquement à l'étude de la numismatique. Son titre de confesseur de l'impératrice lui donna accès à la cour; il profita de la faveur dont il jouissait pour faire faire des fouilles dans différentes provinces, et se procura de cette manière une quantité assez considérable de médailles , la plupart inconnues aux antiquaires, et qui lui fournirent le sujet de plusieurs dissertations. Le P. Granelli mourut à Vienne en 1740. On a de lui : 1. Appendicula ad numos coloniarun z , per . 4. Vaillantium editos e cimelio Uindobonensi ce- jusd. e soc. Jesu ; 2. Appendicula ad nurnos Augus- torunz et Coesarum ab urbibus groece loquentibus cusos, quos A. Vaillantius collegerat , concinnala e cime- ho Vindobonensi cujusdam e societate Jesu ; 30 Topographia Germanie austriacce. Cette description de l'Autriche est estimée; l'édition la plus complète est celle de Vienne, 1759
  • Charles GRANT( 1746) : homme politique anglais, connu surtout comme directeur de la compagnie des Indes, était né en 1746, en Écosse, la veille mème de la mémorable bataille de Cullodefi . Son père, zélé jacobite , combattait alors en faveur de Charleî-Édouard ; et peu d'heures séparèrent la naissance du fils de la mort de l'auteur de ses jours. Le jeune Grant pourtant ne fut point élevé dans le regret des Stuarts et la haine de la maison d'Hanovre. Peu de temps après sa sortie du collége d'Elgin, où l'avait placé un oncle pour lequel il conserva toujours la plus tendre vénération , il embrassa la carrière militaire et partit pour l'Inde ; mais dès son arrivée il déposa l'épaulette et l'épée, pour accep- ter un emploi subalterne sous le patronage immédiat d'un membre du conseil de Bengale, Rich. Becher. A son retour en Europe , il se maria, sollicita un poste meilleur, et obtint, sinon la place qu'il demandait, du moins la promesse de la place. Sur la foi de ces paroles, il se rembarqua pour l'embouchure du Gange , suivi de sa femme, sa mère, sa soeur et quelques amis. Il en perdit un au Cap dans un duel , et jaloux de venger sa mort, il 'nit ses soins à recueillir des documents et à rédiger un mémoire sur l'événement : le résultat fut l'emprisonnement du va à Bombay, puis sa translation à Londres, où, finalement, la cause fut portée au conseil du roi et fit grand bruit tant dans le palais que dans les journaux et les brochures. Pour Grant, pendant ce temps il était à Calcutta , où, dès qu'il eut mis pied à terre , il vit se réaliser les promesses qui l'avaient séduit. D'abord placé en qualité de facteur, il fut ensuite secrétaire du bureau de commerce , puis résident commercial de la compagnie, et enfin charg.',é de gérer la riche fabrique de soie de Melda . En 1787, il revint à Calcutta, où Cornwallis le rappela pour le créer quatrième membre du bureau de commerce. Comme le commerce de l'Inde était exclusivement la propriété de la compagnie, le bureau de commerce jouait alors un rôle des plus vastes, des plus éle- vés, et il correspondait directement avec la cour. Dans tous les postes où nous venons de voir Grant , il avait donné des preuves de talent et rendu des services éminents à la compagnie mais probablement il ne serait point monté plus haut : les‘ seules places sur lesquelles il pouvait encore jeter un mil de convoitise aux Indes ne se donnaient qu'à des illustrations ou à de grands noms. Il songea donc à revenir, et la faible santé de sa femme servit de prétexte à sa démission, en 1790. 11 emporta les regrets les plus vifs de Cornwallis , doat les recommandations le suivirent en Europe. Sa fortune, après dixhuit ans de fonc- tions lticratives , le classait parmi les riches, meme en Angleterre. Lors donc qu'après trois ans donnés au repos et à ses affaires particulières, il se mit sur les rangs pour un siége parmi les directeurs de la compagnie des Indes, deux mois à peine se passèrent qu'il fut élu à l'unanimité. 11 ne regarda point cette tuante position comme une sinécure. Bientôt les frais énormes du nolis que la compagnie payait pour louage de navires subirent, en grande partie par ses soins, des réductions presque inimaginables . Les dispositions administratives relatives au commerce de l'Inde et aux précautions à prendre contre la contrebande devinrent plus sages , plus fructueuses. L'innocence, jusquelà un peu problématique, des principaux actionnaires de la compagnie dans le trafic des places aux Indos, fut nuise en lumière par sa persévérance et son habileté . Depuis 1797, l'opinion publique avait l'éveil sur ce trafic que désignaient comme notoire une foule d'annonces scandaleuses, et que cependant on ne pouvait atteindre. En 1800 et 1801, Grant se prononça trèsfortement pour la nécessité d'une justitication solennelle ; et à cet effet une assemblée générale des actionnaires donna un bill publie de confiance au comité, que soupçonnait l'opinion. Mais cette espèce de jugement, d'acquittement de famille, ne calma point les méfiances. Grant en •O9, à la suite de quelques indiscrétions qu'il saisit au vol à la chambre des communes, suivit à la piste et pied à pied les opérations qui compromettaient la compagnie, et, muni de ces renseignements, il déposa sur la tribune de la chambre une pétition de son frère, tendant à demander la création tl'un comité spécial qui fût chargé d'ins- truire sur ces abus. L'enquête eut lieu, et le comité fut réhabilite; aux yeux de Londres et de l'Europe. A cette époque , Grant était depuis sept ans membre de la chambre basse. Envoyé en 1802 comme représentant de la ville d'Inverness, il fut réélu en 180i par le comté de ce nom et siégea quinze ans à ce titre. Cette participation du directeur à la puissance législative ne pouvait manquer d'accroître sa sphère d'action. Aussi pritil piirt à tous les débats relatifs aux Indes, tant sous le rapport économique et social que sous le point de vue militaire. Rarement il approuvait. Lord Wellesley. avait en lui un censeur impitoyable. Grant, tout en reconnaissant son aplomb sur le champ de bataille, son énergie dans le conseil, blAniait le système belliqueux adopté par le gouvernement à la voix du général , et il demandait à quoi bon des conquêtes qui en fait n'avaient produit ni pacification dans l'Inde, ni améliorations dans les troupes et les finances de la société. Il n'exceptait de cet anathème que la guerre du Maïssour, guerre provoquée par la déloyauté de TippouSaa et par le machiavélisme de la France. Mais les négociations fallacieuses entamées avec les nababs du Karnatik et de i'Aoude, mais le démembrement des États du second étaient à ses yeux des crimes inexcusables. La formidable confédération des Mahrattes, il la regardait comme nécessitée par le système suivi à leur égard. Ces jugements sur les mesures adoptées aux Indes étaient ceux de Cornwallis. 1hlippe Francis aussi était un adepte zélé de ce systéme ; et Grant et lui faisaient souvent chorus à la tribune et sur les bancs. C'est ainsi que, le 5 avril 1805, Grant appuyait la motion de Francis qui proclamait tout plan de conquêtes et d'exten- sion de territoire en Inde contraire à l'honneur et au système politique de la GrandeBretagne. L'année suivante , lors de la proposition d'impeachment , risquée par Paul , et à l'appui de laquelle venaiew nombre de griefs spéciaux Grant se prononça pour le bill accusateur, tout en demandant le retard de l'impression des griefs jusqu'à la production des pièces. Il ne se montra pas moins rude antagoniste de toutes les mesures oppressives dans une troisième session, lorsque, en adhérant à la motion sur la conduite du gou- vernement à l'égard des Poligars, il attribua l' de Vellore au voeu que formaient les mahométans de revoir les fils de Tippousan sue le trône, et non à la lutte religieuse du christianisme et des cultes indigènes. Vint enfin, en 1808, la déposition du nabab du Karnatik. A cette occasion, Grant manifesta la plus vive indignation contre le cynisme et l'hypocrisie de l'ambition qui spoliait ce malheureux prince, et passant en revue tous les documents déposés sur le bureau de la chambre, il se résuma en disant « Non-
  • Charles GRASS( 1781 - 1822) : peintre et pone allemand, né vers 1781 , apprit la peinture du paysage chez un maitre, son compatriote ; ensuite il se rendit à Rome, où il est mort vers 1822. Il sentait vivement, et répétait souvent qu'un artiste doit avant tout étudier la nature, puis le monde, puis l'art; qu'il doit se plaire dans la solitude et ne pas laisser éteindre pourtant le feu de l'amitié. On a de lui en Allemagne plusieurs tableaux qui annoncent ce qu'il aurait pu devenir s'il n'avait été enlevé si tôt à l'art qu'il pratiquait avec une sorte de passion. Il s'était occupé aussi de la partie technique de la peinture, et avait fait de grandes recherches et beaucoup d'essais sur les divers procédés employés par les anciens et les modernes. Les recueils périodiques d'Allemagne ont inséré un grand nombre de pièces (le vers de sa composition, entre autres un peine intitulé Agnès, contenant des scènes de la vie (le couvent. Il rédigea pour le Morgenblatt des articles sur les arts et sur les moeurs à Home; et en 1815 il fit paraître à Stuttgart, la relation de son Voyage en Sicile, 2 vol. ornés de gravures au trait représentant les paysages de cette île. C'était particulièrement pour l'étude (lu paysage que l'auteur avait entrepris le voyage. Sa relation contient à cet égard des détails pleins d'intéra et exprimés avec un sentiment chaleureux : aucun voyageur, peut-ètre , n'a mieux écrit sur les paysages qui embellissent la terre de Sicile. Le Kunstblait a publié en 182t3 des lettres posthumes que Grass avait écrites, de 1808 à 1810, à son ancien maitre allemand
  • Charles GREPPI( 1751) : auteur dramatique italien naquit à Bologne en 1751. Il montra de bonne heure un goût décidé pour la poésie, qui lui fit abandonner la profession d'avocat, à laquelle ses parents l'avaient d'abord destiné. Ses pre-'Mères compositions furent trèsapplaudies; elles roulent presque toutes sur des sujets d'amour, et sont écrites avec élégance et pureté. Greppi n'avait pour tout bien que son talent. Ses amis parvinrent à le placer en qualité de secrétaire auprès d'un seigneur distingué; mais son humeur indépendante et un caractère parfois un peu trop vif lui firent bientôt quitter cet état, et il se vit itors contraint d'exister du faible produit de sa muse. Il travailla pour le théâtre, et ses pièces eurent beaucoup de succès. Dans un voyage qu'il fit à Rome, il fut présenté au cardinal Zelada , alors ministre d'État, qui l'honora de sa protection, l'employa dans ses bureaux et lui obtint de Pie VI le titre de chevalier. Greppi, né avec un coeur extrêmement sensible, aimait le beau sexe avec idolâtrie; mais il ne se piquait pas de la constance du Dante et de Pétrarque. Devenu follement épris d'une princesse, proche parente du souverain, non Content de la célébrer dans ses vers, il osa lui déclarer sa passion. Cette audace fut aussitôt punie. Le cardinal Zelada le priva de son emploi et le renvoya dans son pays natal. Là, Greppi vécut plusieurs années, partageant ses loisirs entre l'amour et la poésie, jusqu'à ce que, parvenu à l'âge de quarante ans, il résolut d'épouser une demoiselle d'Imola . Mais se trouvant un soir, en compagnie d'un de ses amis, au spectacle où il savourait les applaudissements qu'on donnait à sa Teresa e Claudio, il reçut une lettre : c'était de sa future , qui lui apprenait la nouvelle qu'elle venait de donner sa main à un rival, que ses parents, disaitelle, l'avaient forcée attirait la foule, parmi plusieurs religieux qui chantaient au choeur il reconnut le chevalier Greppi, qui, revêtu de l'habit séraphique, lui assura qu'il ne songeait plus qu'à faire pénitence de ses erreurs passées. Mais Greppi avait peu de sagacité pour vivre dans la société, et moins de philosophie encore pour se plaire dans la retraite. Il oublia bientôt ses beaux projets, se brouilla avec les moines; et comme il n'avait pas encore fait profession, il lui fut facile de quitter le cloitre. A l'entrée des Français en Italie , il fut un des plus chauds partisans d'une liberté chimérique; mais ses défaut tenant plus à son esprit qu'à son coeur, on n'eau jamais à lui reprocher de lâcheté ni de bassesse. Il joua un rôle assez brillant pendant l'existence éphémère de la république cisalpine. 11 passa ensuite à Milan; il y occupa successivement différents emplois, et y mourut en janvier 1811. Il laissé au théatre italien des comédies et des tragédies : ;parmi les premières, on distingue Teres,. e Claudio, jouée pour la première fois à Venise en 1786; Teresa vedova, jouée à Milan l'année suivante, et Teresa maritata, représentée à Bologne vers la fin de 1787. Ces trois pièces , qui, par le sentiment et le comique qui y dominent tour à tour, ressemblent assez au Glorieux de Destouches, ont , il est vrai, le défaut de ne former l'un seul sujet représenté en trois actions; mais I . défaut est racheté par une foule de beautés. plan est sage, le style pur, le dialogue natu- I ; elles ne contiennent aucune scène inutile et téressent constamment jusqu'à la fin. Les ca- ictères y sont bien tracés : deux rôles tout à it. comiques d'un philosophe et d'un poète sont cites avec un égal talent. La première de ces ièces est supérieure aux deux autres. Elles obtirent un succès étonnant sur tous les théâtres 'Italie; on en fit un grand nombre d'éditions à lilan , Venise, Bologne, etc., de 1786 à 1796. )ans le nombre des tragédies de Greppi on reaarque avec raison sa Gertrude d'Aragon, jouée t imprimée pour la première fois à Milan en 1785. :eue pièce, sous différents rapports, a quelque .essemblance avec le Macbeth de Shalispeare et ivec l'Agamemnon d'Alfieri , et on la regarde ornme une des plus intéressantes du théâtre italien. Le style, sans avoir la précision énergique d'Alfieri ni la rapidité de celui de Monti , est t'ininemment tragique, et l'on y trouve des morceaux d'une éloquence sublime. On a réuni tous les ouvrages de Greppi , et on les a imprimés à . tologne , en 1812, en 2 volumes contenant es poésies fugitives, huit comédies et quatre traigédies, toutes jouées à plusieurs reprises et toujours avec succès
  • Charles GUALTERUZZI( 1400) : littérateur, naquit à Fano vers la fin du 15e siècle. Étant venu fort jeune à Rome , ses talents et sa douceur lui méritèrent la bienveillance de personnages éminents, et bientôt il dut à leur protection une place importante dans la chancellerie papale. Cette place lui fournit l'occasion de rendre à son tour de nombreux services; et, chose remarquable, il n'eut jamais qu'à se louer de tous ceux qu'il avait obligés. Le pieux et savant évoque de Vérone, Giberti' l'institua son exécuteur testa- mentaire, et il•reçut la même preuve de confiance du célèbre Bembo, ; Naples , 17'24 Florence , 1778-8'2, 2 vol. avec les notes du savant DominiqueMarie Manni ; Turin , 180'2 édition revue et soignée par .1.-13. Clio; Milan, 4825 édition attribuée à l'abbé Michel Colombo , enrichie d'une préface fort agréable et de Sentences morales tirées d'un manuscrit de la bibliothèque Laurentienne ; et enfin Modène, 18'26 belle et trèsprécieuse édition dont on est redevable à M.1arcAntoine Parenti , augmentée de onze Noirvelles tirées du livre de Francesco Barberino : Del regimento de' costumi delle donne; d'une des Nouvelles ajoutées par Borghini à l'édition de 1572 , et de notes très-- curieuses . Les recueils de Lettere volgari, publiés en Italie dans le 16e siècle, contiennent quelques lettres de Gualteruzzi , mais le sénateur Jacq. Soranzo en possédait dans son cabinet une collec- tion manuscrite
  • Charles HAYES( 1678 - 1760) : savant anglais, né en 167R, fut longtemps l'un des administrateurs le la compagnie royale d'Afrique, qui fut dissoute en 1752. Il mourut à Londres, le 18 décembre 1760, àgé de 82 ans. La plupart de ses ouvrages ont été publiés en anglais sans nom d'auteur : Traité des fluxions, 170.4 On croit que c'est le premier sur ce sujet qui ait été publié en langue anglaise. 2° . 1féthode nouvelle et facile de trouver la longitude, par l'observation de la hauteur des corps célestes, I7'10La Lune , dialogue philosophique, où l'on essaye de démontrer que la lune n'est pas un corps opaque, mais qu'elle est lumineuse par ellemème, 1723 40 Disser- tation sur la chronologie des Septante. 1741 avec un Supplément publié en 1 757 ; 5° Chrono., graphite asiaticee et œgyptiacoe specimen , in quo, 1. Origo chronologite LXX interpretum investigatur ; 2. Couspectus totius operis exhibetur, 1759
  • Charles GUILLEMEAU( 1588 - 1656) : fils du précédent, naquit à Paris en 1588, et mourut dans la naine ville le 21 novembre 1656. Il exerça d'abord la chirurgie et obtint le titre de premier chirurgien du roi. S'étant ensuite fait recevoir docteur en médecine, il abandonna sa première profession, et tint un rang distingué dans la faculté, quoiqu'il fût plutôt homme de cour et de plaisir que savant médecin. Il fut disgracié par le cardinal Mazarin, pour son attachement au parti de Marie de Médicis. La faculté de médecine le choisit en 1634 pour occuper la charge de doyen. En cette qualité, il eut à soutenir devant le parlement les prérogatives de sa compagnie contre les médecins de Montpellier, qui refusaient de reconnaître la prééminence de la faculté de Paris. Dans le cours de ce procès , auquel le docteur Courtaud, de Montpellier, avait donné lieu, Guillemeau se signala par des écrits d'une fort bonne latinité, mais tous composés dans un ton de satire , alors à la mode, et dont Riolan et Guy Patin avaient donné le scandaleux exemple. Guillemeau sortit victorieux de cette lutte ; elle avait duré dix ans, et fut terminée par un arrèt du parlement de Paris condamnant les médecins de Montpellier. Voici le titre des ouvrages polémiques de Guillemeau : 10 Discours apologétique touchant la vérité des géants, Paris, 1614 ; 2° Cani injurio, sive CURTO furtis, hoc est. responsio pro se ipso ad alteram apoloyiam impud. entissimi et impurtunissimi CURTI Monspel. canin cellarii , hoc est, Joh. COURTAUD , medici Monspeliensis, Paris , 1654 3° Delensio altera adverses impias, impuras et impudentes, tum in se, tom in principem mediciace scholam Parisiensem, anonymi coprem calomnias ac contumelias , Paris, 1655 ; 4° Margarita sci licet e sterquilinio et cloaca Leonis... Cotyttii baptce, spurcidici, barbari solœcistoe, imu holobarbari, verberonis CUKTI heroardi, verissimi aniatri , indignissimi, quot fiierunt, archiatri, ut vulgo loquuntur, hepatis purulentia. Ad solidos, lividos, indoctos, absurdos ejus amatores, admiratores , buccinatores, et infamis ° perce diribitores, Paris, 1655 Les seuls titres de ces écrits trop célèbres suffisent pour. donner une idée de leur virulence vraiment licencieuse. On regrette que Guillemeau ait ainsi prostitué son beau talent , qu'il pouvait employer utilement pour les progrès de l'art de guérir. Ses premiers ouvrages relatifs à la chirurgie annonçaient d'heuretises dispositions. Ce sont : 1' Histoire des muscles du corps humain, etc., imprimée dans le recueil de son père ; 20 Ostomyologée ou Discours des os et des muscles, Paris, 1615 3" Aphorismes de chirurgie , Paris , 1622„
  • Charles GUTTENBERG( 1744 - 1790) : graveur, né à Nuremberg en 1744, apprit le dessin et la gravure dans sa patrie. Arrivé à Paris vers 1780 , il se perfectionna dans son talent, à l'aide des conseils de George Ses ouvrages les plus remarquables sont la Suppression des ordres monastiques dans toutes les villes soumises à la domination de l'empereur Joseph II, grande estampe d'après Franck de Liége ; une trèsjolie copie de la Mort du général Wolf; un sujet d'intérieur d'appartement d'après Rembrandt pour la galerie du PalaisRoyal. Le burin de cet artiste est brillant et agréable : ses ouvrages sont trèssoignés et d'une touche assez fine. Guttenberg est mort à Paris en 1790
  • Charles GUTZLAFF( 1803) : missionnaire et voyageur, naquit le 8 juillet 1803 à Pyritz en Poméranie. Dès sa première jeunesse il manifesta un grand esprit de piété, un vif désir de s'instruire et des talents peu ordinaires. Il voulait se vouer aux missions évangéliques et s'y préparer par des études spéciales ; mais ses parents étaient pauvres et ils l'envoyèrent à Stettin apprendre le métier de bandagiste. Dans cette humble situation , le jeune Gutzlaff composa un petit pot me où il exprimait ses voeux et les sentiments dont il était animé. Cette composition fut adressée par lui au roi de Prusse en ce moment à Stettin , et ce prince le fit admettre à l'école des missions établie à Berlin sous la direction du docteur Jaenike. Deux ans après Gutzlaff put être envoyé à la société, des missionnaires de Rotterdam, où on lui assigna la destination de Batta et de Sumatra. Toutefois voulant se bien préparer à sa dangereuse et pénible vocation , il différa son départ jusqu'au mois d'août 1826. Retenu à Java par suite de la guerre qui venait d'éclater à Sumatra , il se fixa à Batavia , où il épousa une riche Anglaise. Le missionnaire anglais Medhurst l'introduisit auprès des Chinois fixés à Batavia, et Guztlaff s'adonna à l'étude de leur langue avec une ardeur et un succès tels que deux années lui suffirent pour se l'approprier entièrement. Il se familiarisa même si complétetnent avec les habitudes et les moeurs des Chinois qu'il fut reçu sous le nom de Schihli dans la famille Kuo, de la province Fokien. Au mois d'août 1828, Gutzlaff, accompagné de M. Tomlin, missionnaire anglais, partit pour visiter le royaume de Siam. Il séjourna avec lui pendant six mois à Bankok, capitale de Siam, ville d'une grande population , où il fut reçu avec respect et hospitalité par le peuple et les autorités. Le bouddhisme était la religion de l'État ; mais toutes les autres religions étaient tolérées et il arriva souvent que nos deux missionnaires s'adressèrent à la multitude dans les temples païens. Gutzlaff profita de son séjour dans le royaume de Siam pour se perfectionner dans la langue chinoise, et apprendre le siamois. En même temps qu'il donnait ses soins à la propagation de l'Évangile il composait à cette époque une grammaire siamoise , et travaillait avec M. Tomlin à traduire en siamois le Nouveau Testament. Cependant la fatigue avait altéré sa santé, et en 1831 il entreprit pour la rétablir, sur les conseils d'un de ses amis chinois, un voyage en Chine , et il résolut de porter l'Évangile au sein de cet empire. Ayant pris un nom chinois, vêtu du costume des Chinois et se conformant à leurs habitudes , il visita, sans ètre inquiété, avec l'équipage de la Jeunesse, une grande étendue de la côte. Le 13 décembre 1831 , après un voyage de six mois, il arriva à Macao , où il fut reçu par le docteur Morrison , avec qui il se lia assez intimement. Il s'occupa alors à répandre de petits traités religieux écrits en chinois , et , secondé par M. Medhurst, qui l'avait suivi à Macao , et par deux autres synologues, il se mit à traduire la Bible en chinois. Puis il fonda avec Morrison une société dont le ,but était de répandre les connaissances utiles dans le Céleste Empire , et publia un magasin mensuel chinois. Au mois de février 1832 , la compagnie des Indes , voulant établir de nouvelles relations commerciales , envoya une expédition pour surveiller les côtes et s'informer des ports où elle avait le plus de chances de succès; Gutzlaff monta à bord du vaisseau Lord . lenherst, en qua- lité d'interprète et de chirurgien, et visita ainsi les côtes , Gutzlaff fut nommé premier interprète de la surintendance britannique, et ensuite secrétaire du plénipotentiaire , secrétaire du gouvernement de Hongkong et surintendant du commerce en Chine; il conserva ces emplois jusqu'à sa mort. Au mois de mai 1835 il essaya de pénétrer dans la province de Fokien , mais cette tentative échoua compléternent. Vers le même temps furent publiées des défenses d'imprimer en chinois des livres relatifs au christianisme. Il fallut transporter l'imprimerie de Macao à Singapore. On dut même renoncer à la distribution gratuite des écrits de ce genre parmi la population de Canton. Ainsi arrêté dans ses travaux de missionnaire , Gutzlaff n'en devint que plus actif au moment de la guerre des Anglais contre la Chine , pendant laquelle il rendit des services essentiels par sa connaissance de la langue et des pratiques du pays. 11 eut aussi sa part de coopération au traité de paix conclu avec le Céleste Empire en 1842. Enfin il fonda en 1844 une société soidisant chinoise, dont le but était de faire pénétrer le christianisme jusqu'au coeur de l'empire par des chrétiens nationaux. Mais on n'a guère obtenu de fruits des sommes considérables souscrites à cet effet et transmises notamment de l'Allemagne par Barth de Kalb en Wurtemberg en faveur de cette société . Gutzlaff au surplus n'encourut en cette circonstance d'autre responsabilité que celle de s'être laissé duper par le témoignage d'un grand nombre de ces chrétiens équivoques de la côte chinoise. Afin de soutenir les intérêts de la mission, il fit en 1849 le voyage d'Europe , visita l'Angleterre ainsi que sa patrie allemande et plusieurs autres contrées. Il rendit compte de ce voyage dans un écrit assez étendu qu'il adressa à la direction de la fondation chinoise de Cassel. L'année suivante il retourna en Chine , et en janvier 1851 il débarquait à Hongkong. Il se rendit à son poste à Victoria, où il mourut le 9 août suivant. Gutzlaff a publié en diverses langues un certain nombre d'ouvrages utiles et précieux. Nous citerons seulement 1. Journal de trois voyages sur les côtes de la Chine en 1831 et 4832, avec des notions sur Siam. Corée et les îles Loo Choo , publiée en anglais par Ellis, Londres, 1834 3e édition, 1840 ; en allemand , Bâle , 1835. Ce journal , écrit correctement et sans prétention , contient beau- Voyez Gaillan , Relations de la Chine depuis le milieu de 1841 jusqu'à la fin de 1846, en allemand, Cassel, 1850. coup de renseignements utiles. Il est rempli des aventures personnelles de l'auteur. 2. Esquisse de l'histoire de la Chine ancienne et moderne , Londres, 1834, 2 vol. ; 5. la Chine ouverte, ou Description de la topographie, de l'histoire . etc., de l'empire chinois , revu par André Reed , Londres, 1858, 2 vol. Cet oui rage contient les détails les plus complets et les plus exacts que la littérature populaire anglaise eût encore donnés sur la topographie , l'histoire, les coutumes, les lois et la littérature du Céleste Empire. Histoire de l'empire chinois depuis les temps les plus anciens jusqu'à la paix de Nankin , publiée par Neumann, Stuttgard , 1817; 5. Vie de Taou- Kwang , dernier empereur de Chine, avec des mémoires sur la cour de Peking, Londres, 1852 ; traduit en allemand, Lei psick. , 1852 E. D—s
  • Charles HENTZ( 1750) : conventionnel , né en Lorraine vers 1750, dans la petite ville de Sierk, où il se livra dès sa jeunesse à la pratique de la jurisprudence sans y obtenir beaucoup de succès, embrassa avec beaucoup de chaleur la cause de la révolution dès le commencement des troubles en 789, et fut nommé juge de paix en 1790. Dès lors , il se montra fort acharné contre les émigrants qui passaient par son pays pour se rendre à Coblentz, et vint même à Paris dans le mois de mai 1792, à la tète d'une députation, pour y an- noncer l'arrestation de M. Dechappe et de deux de ses amis, qu'il avait arrêtés avec ses gardes champètres. L'assemblée législative applaudit vivement à cette démonstration de patriotisme, et elle accorda au juge de paix de Sied: les honneurs de la séance. Un peu plus tard, Hentz fut nommé députéà la convention na tionale par leeparternent de la Moselle. Dès le commencement, il s'y montra l'un des plus chauds partisans des mesures révolutionnaires. Dans le procès de Louis XVI, il vota contre l'appel au peuple, et opina pour la mort sans sursis. Envoyé à l'armée du Nord avec ses collègues Peyssard et Duquesnoy, il contribua à la défense de Dunkerque , et dénonça le général llouchard, qu'il fit arrêter. Cet officier porta peu de temps après sa tète sur l'échafaud. A la fin de 1793, il fit arrêter tous les membres de l'adminis- tration du département des Ardennes, qui avaient pris le parti de Lafayette, après la révolution du 10 août 1792, et tous périrent sur l'échafaud. Il se transporta ensuite à Givet, où il fit encore emprisonner les principaux habitants , et mit leurs biens entre les mains de la convention. Il éloigna des fonctions publiques les nobles, les parents d'émigrés et les hommes de loi, qu'il appelait les chapeaux noirs et autres scribes. Hentz en voukiit surtout à l'or et à l'argent : u La richesse nuit à la « santé, disaitil, et conduit rarement à la vertu.» En 4793 , il fut dénoncé par Merlin de Thionville pour avoir fait incendier la ville de Ruschel, dans le Palatinat, disant que ce poste était inutile pour lcs armées françaises, qu'il avait circulé de faux assignats dans cette petite cité , et qu'il fallait allumer le patriotisme des habitants , etc. Envoyé dans la Vendée, il fut accusé d'atrocités qui font frémir. Voici ce qu'on lit sur son compte dans une adresse de la société populaire d'Angers, lue à la convention le 14 août 1795 : Peuton sans hor- ,, reur reporter les yeux sur cette innombrable a multitude de victimes conduites à la boucherie o au son d'une musique militaire, sous les fenètres C' du représentant du peuple. Des hommes barbares ont immolé l'enfant et la mère ; de jeunes a victimes de deux ou trois ans, portant les mar- « ques de baïonnettes et de sabres, existent en- « core dans nos murs*, et peuvent être appelées « en témoignage contre leurs bourreaux...» ficial , en parlant de l'interminable guerre de la Vendée , n'hésita pas , dans la séance du moine jour, 14 août 1795, de l'attribuer à la conduite de ses collègues Hentz et F., qui , ditil , firent massacrer 2,700 hommes , lesquels avaient mis bas les armes sur la foi de l'amnistie. La conven- tion, après toutes ces dénonciations, ne put s'em- pêcher d'ordonner l'arrestation de Ilentz; mais une nouvelle amnistie et la nécessité où elle fut de se mettre encore une fois sous la protection des plus ardents démagogues la déterminèrent à lui rendre la liberté. Il devint ensuite directeur de l'enregistrement dans le département du Nord, perdit cet emploi, et erra longtemps dans la mi- «Fre rt k mépris. Lutrin on l'a vu, ires bit nu .1u gon- "errent de Bonaparte, tqabli dans un faubourg ,, 1.4.J111.11,1, elii sl nt ait misérablement, loin de ion pays ri du thtre ile ire er14iites , tuais d l'obligea ensuite de lu la 1 rauer ; et li te rendit ê Philadelphie, DU $i est mort au moment où d'autres rayontiaoces allaient lui rousne les portes de la patrie
  • Charles HERSENT( 1500) : chancelier de réglisse de Metz, naquit à Paris vers la fin du 16e siècle. Les biographes le qualifient de docteur en théologie, titre qu'il ne prend dans aucun de ses ouvrages, à la tète desquels il ne manque jamais d'étaler tous ceux qui pouvaient lui appartenir. Il entra , en 1615, dans la congrégation de l'Oratoire, nouvellement établie, et se fit une grande réputation comme prédicateur. Ses succès en ce genre lui enflèrent le coeur, et lui donnèrent des prétentions qui , jointes à son caractère naturellement hautain et impétueux , le rendirent d'une société difficile à ses confrères. Il leur causait d'ailleurs beaucoup d'inquiétudes par ses emportements en chaire contre les moines. Furieux d'avoir manqué un prieuré que M. Miron , évêque d'Angers , avait fait unir au collège de l'Oratoire de cette ville, il sortit de la congrégation, et se déchalna contre elle dans les deux libelles suivants : Avis touchant les prêtres de l'Oratoire, par un prêtre qui a de- meuré quelque temps avec eux, 16:26 — Ar- ticles concernant la congrégation de l'Oratoire en France. Dans l'épître dédicatoire à l'assemblée du clergé, de 1616, il dénonçait le père de Bérulle comme chef d'une nouvelle secte qu'on devait s'empresser de proscrire. L'auteur y avait déguisé son nom sous ceux de Philippe Morel et de Jacques Lefèvre. Le mauvais effet que ces deux écrits produisirent contre lui dans le public le portèrent à en publier un troisième sous ce titre : Jugement de la congrégation de l'Oratoire de Jésus, par un prdtre qui en est sorti depuis peu de temps, Paris, 1626. C'est une ample rétractation de toutes les calomnies contenues dans les deux précédents, où l'on voit néanmoins qu'il conservait de la rancune, pour la privation du bénéfice dont il avait été frustré. L'oraison funèbre de la duchesse de Lavalette, qu'il prononça l'année suivante à Metz, lui valut la dignité de chancelier de la cathédrale de cette ville, que lui donna l'évoque, frère de la duchesse. Il publia, en 1632, un Traité de la souveraineté du roi Metz, pays Messin , etc., contre les prétentions de l'empire et du duc de Lorraine, et contre les maximes des habitants de Metz, qui ne voulaient reconnaître d'autre titre au roi que celui de protecteur de leur ville. Comme Ilersent s'y intitule luimême très- révérend père, Richard Simon en a conclu qu'il était rentré dans l'Oratoire, d'où il fut exclu de nouveau en 1634, par le P. de Condren, à cause de ses sorties accoutumées contre les moines. D'autres croient que toutes ses tentatives pour y rentrer avaient été inutiles. A l'époque des démêlés de la cour de France avec celle de Rome, Hersent composa son fameux ouvrage, Optati Galli de cavendo schismate , ad ill. et rev. eccl. Gall. primates, archiep., ep. liber parceneticus. Ce livre est daté de Lyon , du 1 er janvier 1640 ; il est extrêmement rare. On en donna une contrefaçon , qu'on distingue de l'édition originale à la page 7 , lignes 15 et 16 , où on lit superiore pour superiorum; et à l'arrêt du parlement qui a douze pages, et seulement onze, dans la contrefaçon. L'objet de cet ouvrage, dont il envoya un grand nombre d'exemplaires à Rome , était (l'alarmer le public sur le projet attribué au cardinal de Richelieu de se faire déclarer patriarche en France; sur la publication du traité Des libertés de l'Église gallicane, qui se débitait alors ouvertement malgré la censure qu'en avait faite le clergé et où l'on proposait de réduire les Annates; sur la déclaration de 1639 concernant les mariages, qu'il représentait comme contraire au concile de Trente, etc. Ce livre fut censuré par seize évoques réunis à Paris, ayant à leur tète l'archevêque de la capitale, comme faux , scandaleux, plein de calomnies, et fut condamné par le parlement à être brûlé , comme plus propre à exciter qu'à prévenir le schisme. Le cardinal de Richelieu y fit faire quatre réponses, dont la meilleure est celle (l'Isaac llabcrt, sous ce titre De consensu hierarchioe et monarchiee. C'était attacher trop d'importance à un ouvrage assez mal écrit, plus mal raisonné encore, rempli (le lieux communs, surchargé d'une foule de passages entassés les uns sur les autres, sans aucune liaison entre eux, L'auteur, pour prévenir les effets du ressentiment du cardinal de Richelieu, s'il venait à être découvert, s'empressa de chanter la palinodie par un écrit dont il est fait mention parmi les manuscrits du chancelier Sé. guier, sous ce titre : Optati Galli libellus nitentiœ ad ill. ecclesiœ Gall. primates, etc. Le huitième article de cette rétractation contient une ample justification du cardinal ministre sur ses prétentions au patriarcat de France. Dans un voyage qu'Hersent fit à Rome en 1645, il présenta au pape Innocent X un mémoire apologétique pour Jansénius contre la bulle d'Urbain VIII. Ce mémoire , qui a été inséré dans le journal de SaintAmour, est intitulé Super ballas Urbani VIII adverses Janseniunz admonitiones quœdam Innocentio X. Cinq ans après, il prêcha, dans l'église de StLouis de la même ville, le panégyrique de ce saint roi, où il entreprit encore la défense de la doctrine de Bains et de Jansénius, récemment condamnée; il le fit imprimer à Rome avec l'approbation du maitre du sacré palais, et une épître dédicatoire au même pape : mais le tribunal de l'inquisition l'ayant cité à comparattre, il se sauva promptement en France; ce qui n'empêcha pas ce tribunal de condamner son discours et d'excommunier sa personne. Cet homme turbulent termina sa carrière au château de Largoue, en Bretagne , après 1660. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, il est l'auteur des suivants : 1° Caroli Hersentii presbyteri , etc., D. Dionysii Areopagitœ de mystica theologia librum apparatus , interpretatio, notez , commentarii, periphrasis , Paris, 1626 Ces notes et commentaires sont précédés d'un discours préliminaire, destiné à l'apologie de la Théologie mystique. 20 La pastorale sainte , ou Paraphrase du Cantique des cantiques, selon la lettre, et selon le sens allégorique et mystique, Paris, 1635 Dans l'introduction, il réfute ceux qui entendent ce livre du mariage de Salomon avec la tille du roi d'Égypte; il n'y voit que l'union de JésusChrist avec son Église , même dans le sens que la lettre présente à l'esprit : malgré la diffusion de cette paraphrase , elle contient d'assez bonnes choses. 5° Le sacré monument dédié à la mémoire de Louis le Juste, Paris, 1643 : ce sont trois oraisons funèbres de Louis XIII , prononcées dans trois différentes églises de Paris. On y retrouve tout le mauvais goùt des orateurs de cette époque. Hermant lui attribue un Traité de la fréquente communion et du légitime usage de la pénitence , Paris , 161.4 dans lequel l'auteur prétend que M. Arnauld et les jésuites sont tombés dans des excès opposés, et où il se flatte d'avoir été suscité de Dieu pour concilier les deux partis. Gabriel Martin , dans le catalogue imprimé de la bibliothèque de M. Dufay, avance, sur le seul fondement de quelques lettres initiales de nom et de prénom, qu'Hersent est auteur d'une traduction française du Mars gal- lieus de Jansénius, évêque d'Ypres, imprimée en 1637, sous le titre de Mars français. Enfin Vigneul Marville dit que les cinq volumes d'instructions chrétiennes de M. de Singlin ne sont que des serinons de Charles Hersent
  • Charles HOPKINS( 1664 - 1700) : fils tin précédent, né à Exeter en 1664, étudia à Dublin et à Cambridge. Lors de la rébellion de l'Irlande en 1688, il y re- tourna et déploya sa valeur pour la défetise de son pays et de sa religion. Lorsque la tranquillité fut rétablie, il repassa en Angleterre, où il publia, en 1694, des poésies épistolaires et des traductions (lui ont été imprimées dans la Collection choisie (le Nichols. Plusieurs autres ouvrages de poésie, écrits avec pureté et avec harmonie, lui firent de Pa réputation et lui procurèrent l'amitié de Dryden , du comte de Dorset et de plusieurs autres littérateurs et beaux esprits. Ces ouvrages sont Pyrrhus, roi d' Épire, tragédie , avec un épilogue par Congrève, 1695; 20 l'Histoire de l'amour, suite de fables tirées des Métamorphoses d'Onde, 1695; 50 l' Art d'aimer; 40 Coup d'œil sur la cour; 50 Boa- dicée, reine d' Angleterre, tragédie, 1697; 6. l' Amitié épurée, ou la Femme soldat, tragédie, 1699. L'au- teur mourut (l'épuisement l'année suivante, par suite de son attachement aux plaisirs de la table et de la galanterie
  • Charles HURÉ( 1639 - 1717) : né à ChampignysurYonne, diocèse de Sens, le 7 novembre 1639, vint étudier à Paris , où il eut une bourse au collége des Grassins. II fut professeur de troisième et de seconde dans le même collége pendant vingtcinq ans. Sa connaissance des auteurs grecs et latins dans toutes les branches de la littérature, une mémoire trèsheureuse, beaucoup de délicatesse dans l'esprit, une grande facilité à s'exprimer avec pureté et beaucoup de grâce en vers comme en prose; tous ces avantages réunis avaient fait de Huré un des professeurs d'humanités les plus remarquables de l'université de Paris. 11 se livra ensuite tout entier à l'étude de l'Écriture sainte, qui lui fut d'autant plus facile qu'il pouvait la lire en grec, en latin et en hébreu. Janséniste trèsprononcé, il a empreint tous ses ouvrages de ses opinions. Il fut élu principal du collége de Boncourt, où il mourut le 42 novembre 1717. 11 a laissé : 1° une édition latine du Nouveau Testament avec de courtes notes, Rouen, 1692, 2 vol. ; 2. Novum Testamentum regulisillueratum, seu canones sacrœ Scripturoe certa metliodo digesti , Paris, 1696 , 50 Il abrégea ensuite cet ouvrage, et le donna en français sous le titre de Grammaire serrée, où Règles pour entendre le sens littéral de l'Écriture sainte, Paris, 1707 4° En 170'2, il avait donné une traduction française du Nouveau Testament et de ses notes latines augmentées, 4 vol. On imprima aussi sa traduction sans les notes en différents temps et en divers formats. Comme cette traduction n'était guère que celle de Mons, retouchée en quelques endroits, les évêques de Marseille, de Toulon et d'Apt la censurèrent presque aussitôt qu'elle parut. 5. Un Dictionnaire de la Bible, qu'il avait d'abord composé en latin et qu'il publia en français, Reims, 1715, 2 vol. Son but dans cet ouvrage est d'expliquer les différentes significations des termes de l'Écriture, les hébraïsmes et les autres façons de parler usitéeS dans les livres saints. 6° Charles Iluré revit aussi avec quelques autres les Épîtres de StPaul , de la traduction de Sacy, avec le sens littéral et spirituel, les Épîtres catholiques et l'Apocalypse. On a même inséré sa traduction dans un Recueil d'épîtres et d'évangiles, augmenté de prières pour les dimanches et fêtes, à l'usage des fidèles
  • Charles HUTTON( 1737 - 1823) : mathématicien anglais , naquit le 14 août 1737, à NewcastlesurTyne. Sa famille était alliée à celle de Newton ; et son père, qui joignait aux fonctions d'administrateur des propriétés rurales de lord Ravensworth l'emploi d'inspecteur aux mines , savait juste assez de mathématiques pour sentir qu'il en savait peu. Destinant son fils à la mène carrière, il voulut qu'à l'étude de l'anglais et du latin Charles joignit celle des sciences exactes. Cette éducation se fit au village et sous ses yeux : elle eut tout le succès qu'il souhaitait; le zèle et l'aptitude du jeune homme suppléèrent à l'imperfection du maitre auquel il devait les premiers éléments et auquel il succéda n'ayant que dixhtiit ans. il venait alors de perdre son père. Bientôt son école de mathématiques au village de Jesmond obtint quelque renom. Parmi ses disciples il compta le futur chancelier Cition. Loin de se circonscrire aux matières bornées de l'enseignement, il parcourut le cercle entier des hautes mathématiques telles qu'elles existaient à cette époque, et lut toutes les productions remarquables que la science devait aux Grecs, aux Romains, aux Français, aux Allemands, se faisant ainsi un cours d'histoire des mathématiques, tout en se familiarisant avec les principes et les formes, ce qui ne l'empècha pas d'écrire sur cette matière. Dès 1760, on lisait de lui clans le Journal des dames , et dans le Journal de l'honzme du monde , ainsi que dans le Magazine de Martin , plusieurs articles sur des problèmes remarquables, les uns par la difficulté, les autres par des applications utiles; car l'utile, tel fut toujours le caractère du génie de Ilutton. En 1764, il donna aux écoles un Traité d'arithmétique et de tenue des livres, modeste début où l'on pouvait déjà reconnattre une main de maitre, et où la clarté de l'exposition laissait bien loin tout ce qui s'était publié en ce genre. Ensuite vint son Traité théorique et pratique de l'arpentage, qui fut suivi de beaucoup d'autres plus élevés, les uns relatifs aux mathématiques pures, les autres ayant trait à des applications de la science. Pendant ce temps, les magistrats de Newcastle avaient jeté les yeux sur lui pour le levé du plan de la ville et du comté ; et il s'était tiré à merveille de cette opération géodésique trèsdifficile . La destruction du pont de Newcastle et de quelques autres ponts sur la Tyne par suite d'une crue extraordinaire, en 1771, lui fit écrire son Traité de la construction des ponts. A peine le livre sortait de la presse, qu'il réimprimait avec de nombreuses additions les Ladies's diary depuis les premiers numéros. L'année suivante , après un concours où il ne comptait pas moins de neuf compétiteurs, il fut nommé professeur de mathématiques à l'académie militaire de Woolwich. Devenu membre de la société royale de Londres quelque temps après , il y remplit, de 1779 à 1783, les fonctions de secrétaire, jusqu'à ce que l'espèce de ligue formée contre les mathématiciens déterminât les Maskelyne , les Horsley et leurs amis à quitter l'association. Pendant ce ti court espace de temps, il avait lu dans les séances publiques de la société plusieurs mémoires importants dont nous indiquerons plus bas le sujet. Les années suivantes le virent, déployant la mème activité, tantôt reculer par des recherches neuves les limites de la science , tantôt par des ouvrages méthodiques, par des répertoires commodes, par des éditions ou réimpressions d'auteurs anciens, aplanir les difficultés aux élèves. Celle de ces compilations qui l'occupa le plus longtemps fut l'Abrégé des transactions philosophiques de la société royale de Londres, énorme ouvrage dans lequel il eut les docteurs Pearson et Shaw pour collaborateurs et qui ne valut pas moins de cent cinquante mille francs aux auteurs. Il était septuagénaire lorsque, après six ans de travail, il y mit la dernière main en 1809, et il venait de résigner sa chaire à Woolwich , au bout de trentequatre ans d'exercice. Ses économies, les fortes sommes qu'il avait tirées de ses ouvrages, la retraite de douze mille cinq cents francs que lui servait le gouvernement le mettaient à l'aise. Quelque temps encore il fut au nombre des examinateurs, soit à l'académie militaire, soit pour les réceptions dans les corps de l'artillerie et du génie ou au collége des Indes orientales à Addiscombie. Il cessa totalement d'y prendre part en 1817. Mais son activité d'esprit était encore loin d'ètre éteinte. En 1819 et 1820, il entra en correspondance avec le célèbre Laplace, pour réclamer contre l'omission de son nom sur la liste des mathématiciens qui avaient tenté d'apprécier la densité de la terre; et il eut le plaisir de voir Laplace , dans la Connaissance des temps pour 1825, rendre amplement justice au savoir et au talent qu'il avait déployés dans ce problème difficile. En 1821, il entreprit de revoir les calculs de la moyenne densité de la terre par Cavendish; et dans une note envoyée à la société royale de Londres, et imprimée dans les Transactions philosophiques de 1821 , il signale quelques inexactitudes du savant physicien et les corrige. Hutton avait alors quatrevingtquatre ans. 11 mourut dixsept mois après, le 27 janvier 1825. Voici la liste des ouvrages qu'on lui doit : 1. Traités de mathématiques et de physique, 1786 Les morceaux les plus remarquables de ce volume sont une dissertation sur la nature et la valeur des séries infinies; une nouvelle méthode pour l'évaluation des séries numériques infinies, dont les termes sont alternativement positifs et négatifs; une autre méthode pour sommer les séries qui convergent trèslentement; des recherches pour une règle générale d'extraction des racines; de nouvelles méthodes pour trouver les racines des équations ; une démonstration de la vérité du théorème du binôme dans le cas des exposants fractionnaires; un exposé de quelques curieuses propriétés que possède la section commune du cône et de la sphère ; la division géométrique du cercle et de l'ellipse en un nombre , Nouvelle méthode générale pour trouver des séries convergentes simples et qui convergent rapidement. La méthode de Ilutton l'emporte sur celles de Maclaurin, d'Euler, de Simson, en ce qu'elle est plus universelle , qu'elle contient leurs séries et qu'elle fournit en sus un grand nombre de .séries à rapide convergence. 2. , De la force de la poudre à canon au moment de l'explosion, et de la vitesse des balles que projette l'artillerie. Ce travail , pour lequel il avait suivi cinq ans des expériences, valut à l'auteur une médaille d'or de la part de la société et reçut autant d'éloges à l'étranger qu'en Angleterre. La première partie a été traduite en français par Villantroys, Paris, 180'2 la seconde par M. Terquem, ibid., 1826. 3. , Calculs tirés des observations faites et mesures prises sur le mont Shichallin an comté de Perth pour obtenir la moyenne densité de la terre. Les observations astronomiques et autres avaient été faites sous la direction ou l'inspection de Maskelyne : seul, Hutton les couronna par les laborieux calculs devant lesquels reculait ce dernier : il obtint pour résultat le chiffre beaucoup trop faible de .3 1e, l'eau étant I ; mais plus tard, reconnaissant son erreur, il sollicita de Playfair des données géologiques plus exactes, et cette fois il approcha davantage du chiffre vrai en trouvant pour l'inconnue cherchée 4,9i, conclusion qu'il inséra dans son Abrégé des transact. phil. 4. , Calculs pour déterminer le point du ale d'une colline oui l'attraction opère avec le plus de force; 5. , Sur les équations cubiques et les séries infinies ; 49 Dictionnaire des sciences mathématiques et physiques, Londres, 2 gros vol. . Cette compilation nonseulement était au pair de la science, mais encore elle contenait beaucoup de recherches, de solutions, de méthodes vraiment nouvelles; elle se recommande par la clarté, la multiplicité des détails, et la proportion des diverses parties. On y rencontre avec plaisir des articles historiques et biographi- ques que pourtant un goût plus sévère aurait exclus, pour n'admettre que des articles de choix et d'exposition. Ce dictionnaire a eu les honneurs d'une deuxième édition , en 1815. 5° Nouveau cours de mathématiques â l'usage des cadets de l'académie royale militaire de Illoolwich, Londres, 1798, 2 vol. Cet ouvrage , classique en Angleterre , a eu beaucoup d'éditions : en 1811 , Ilutton y ajouta un troisième volume pour lequel il s'aida . Ce manuel indispensable du géomètre se substitua rapidement dans toutes les maisons d'éducation à ceux de Ilawney et de Robertson, auparavant en usage. L'inélégance, l'obscurité du premier, l'absence de démonstrations , de vues théoriques chez le second, laissaient irmnensément à désirer , et l'apparition du travail de Ilutton, en satisfaisant aux plus sévères exigences, causa une révolution. C'est sans contredit un des plus élégants traités qu'on ait jamais écrits sur une branche quelconque des mathématiques, du moins en Angleterre; et les auteurs qui sont venus ensuite n'ont eu que la peine de l'abréger. Réunissant avec un art et un ordre parfaits toutes les recherches et découvertes faites depuis Wallis et Huyghens, et notamment depuis l'invention des calculs différentiel et intégral sur les rectifications de courbes , sur les cubatures , quadratures, etc., et éparses çà et là dans des recueils; joignant toujours la discussion aux énoncés pratiques et les exemples aux énoncés ; élaguant les détails inutiles, éclaircissant ce qui pouvait sembler obscur dans les primitives démonstrations, et faisant disparaitre les erreurs, Hutton y expose les principes de la trigonométrie plane, les nidthodes pour déterminer les hauteurs et les distances, donne les surfaces des figures rectilignes et circulaires, les mesures des prismes, des pyramides de la sphère, des pyramides, des sections coniques , leur rectification , leur quadrature , leur cubature, etc., etc. A la fin du livre se trouvent des traités spéciaux d'arpentage, de jau- geage , de toisé , de mesurage des bois. Enfin l'ouvrage est enrichi d'une table détaillée des aires des segments circulaires. 8° abrégé du manuel de l'arpenteur, Londres, 1784 8" édit., 1820. C'est le précédent ouvrage, moins les discussions et les démonstrations, réduit aux règles, aux exemples et aux tables. 9° Eléments des sec- fions coniques, suivis d'un choix d'exercices mathématiques et physiques, ibid., 1787 Ces exercices consistent surtout en problèmes qui roulent les uns sur la dynamique, l'hydrodynamique, etc., les autres sur les fossés des fortifications. 10. Table des produits et des puissances des nombres, Londres, 1781 ; 11. Tables mathématiques contenant les logarithmes communs, hyperboliques, etc., Londres, 1785 5e édit., 1811 ; 6e, 1820. Les fautes dont fourmillent les tables des logarithmes de Sherwin ,et Gardiner nécessitaient la publication d'un ouvrage de même nature et plus parfait. Celui de Hutton n'a pas 'encore été dépassé : l'arrangement en est commode , quelquesunes des tables sont entièrement neuves : l'avis aux calculateurs contient d'utiles indications sur la manière de calculer par logarithmes et aussi sur la résolution des triangles tant planes que sphériques; enfin en tète du volume on lit une excellente Histoire des travaux relatifs aux logarithmes. la" Tables de l'intérêt de 1 liv. sterl. à 500,000,000 livres sterling pour un jour, 1786, iu-8.; 15. Principes de la construction des ponts, Newcastle, 1772 Ce traité, où jeune encore Ileton établissait mathématiquement les propriétés des arcs , l'épaisseur à donner aux pierres, la force avec laquelle la pression de l'eau agit sur elles, fut réimprimé en 1801, à l'occasion du projet conçu par Telford et Douglas d'élever un pont. de fer sur la Tamise à Londres. Hutton avait recueilli , contenant divers articles de mathématiques soit de lui, soit des Emerson , Simson , Dunthorne et autres savants ; 15° Abrégé des Transactions philosophiques , 1805-09, 6 vol. Ce recueil est (l'une haute saleur pour tous ceux qui se livrent à l'étude des sciences. Le plan seul de l'entreprise était une idée heureuse; l'exécution n'en est pas mauvaise, quoique quelquefois peut-être on y sente un peu la main d'un vieillard. Toute la partie précisément scientifique est de Ilutton : les articles historiques et littéraires sont dus à ses deux collaborateurs.16.: 1. Une édition des Principes d'artillerie de Robin, avec les corrections nécessitées par l'état de la science, Londres , 1805 ; '2.. une traduction des Récréations mathématiques, etc., d'Ozanam , conti- nuées par Montucla, 1803, 4 vol. 2e édit., 1814; 3. une traduction du Choix d'amusements en mathématiques et philosophie naturelle de Despiau, in 12. Nous avons signalé plus haut la Carte topographique de la ville et du comté de Newcastle
  • Charles INCLEDON( 1764 - 1826) : chanteur anglais, né dans le comté de Cornouailles vers 1764, était Je fils d'un médecin de campagne. Ne se sentant point de vocation pour la thérapeutique, il passa, dès l'âge de huit ans, à la cathédrale cl'Exeter comme choriste, sous le célèbre compositeur Jackson ; mais il ne parait point qu'il en ait profité pour devenir un habile contrepointiste : c'est mème tout au plus si , sortant de ses mains, il savait la musique par principes. Heureusement la nature l'avait bien doué : sa voix était juste , sonore, étendue. Avec de semblables qualités, on peut s'étonner qu'à quinze ans il se soit avisé de déserter la sacristie pour le tillac d'un navire, et de prendre service à bord du vaisseau le Formidable, lui faisait voile pour les Indes orientales. Cependant la beauté de sa voix, jointe à l'amabilité de son caractère, le fit connattre et bien recevoir de son capitaine, et par suite du commandant de la flotte, l'amiral Pigot, qui l'envoyait chercher souvent afin de chanter avec lui et l'amiral Hughes. De retour à Londres, ces braves marins lui donwnèrent des lettres de recommandation pour Sheridan et pour Colman : elles ne lui servirent pas à grand'chose, car les deux superbes directeurs, plus difficiles à contenter, en fait de chant, que les deux amiraux, éconduisirent le solliciteur, et Incledon se rabattit sur le théâtre de Southampton : Collins l'admit volontiers parmi ses acteurs, après l'heureux début qu'il fit dans le rôle d'Aifonse du Chdteau d'Andalousie. Il trouva ensuite tin engagement pour Bath, et, dans cette ville de plaisirs, de luxe et de bon ton , il devint un des favoris du public : protégé par Rauzzini, qui l'introduisit dans les concerts, il y gagna des sommes assez rondes. A la fin de 1789, il passa au Vauxball, et, au mois d'octobre 1790, on lui permit de parattre sur les planches de CoventGarden. Le succès qu'il obtint dans le rôle de Dermot du Pauvre soldat lui valut un engagement avantageux qui ne l'empocha ni de courir les concerts spirituels et autres, ni de visiter pendant ses mois de congé l'Irlande, où jamais artiste chantant ne jouit d'une vogue plus éclatante, ni enfin de traverser l'Atlantique pour faire entendre aux oreilles angloaméricaines les sons qu'avaient tant admirés Dublin et Londres. Ce dernier voyage fut peu fructueux. A son retour en Angleterre, Incledon trouva les places prises à tous les théâtres, et, au lieu d'avoir la patience d'attendre qu'il s'ouvrit une porte pour lui , il se mit à parcourir la province, prenant le titre de mélodiste nomade , et chantant presque exclusivement des morceaux de sa composition. Il se proposait de donner ainsi une série de concerts à Worcester, lorsque, au commencement de 1826, une affection paralytique le força de se mettre au lit; il n'en sortit plus, et quelques semaines après il cessa de vivre. Il avait été marié deux fois. Incledon fut quelque chose de plus que le Ponchard anglais. Son triomphe était la romance de salon : il la chantait avec méthode, âme et sûreté; mais sa voix limpide, légère et brillante, avait quatorze cordes pleines sans le fausset, et, avec cette addition , y compris les notes de tète, elle embrassait, à une note près, la triple octave. Du reste , il n'usait que sobrement de ces riches avantages, et les amateurs de chants simples et un peu nus le regardaient comme le dernier représentant du vrai chant anglais
  • Charles HOWARD( 1536 - 1624) : comte de Nottingham, grand amiral d'Angleterre, était fils tic Guillaume, comte d'Eflingham , titre qu'il porta d'abord, et petitfils de Thomas second , duc de Norfolk. Il naquit eu 1556. Des 1559, il fut chargé par Ëlisabelli d'aller complimenter François 11, roi tic France, sur sou avénement au trône. 11 fut ensuite membre du parlement pour le comté tic Surrey; et plus tard il commanda un corps de cavalerie sous le comte de Warwick , contre les comtes de Northumberland et . Huit ans après, un craignait une nouvelle attaque il partit avec une flotte de cent soixantedix vaisseaux. Cadix fut pris; la flotte espagnole fut brillée dans le port. Le comte d'Essex commandait les troupes de terre dans cette expédition . A son retour, lloward fut créé comte de Nottingham. Cette distinction et les expressions flatteuses employées dans les lettres patentes qui l'accordaient excitèrent la jalousie d'Essex, qui prétenditsqu'à lui seul était tlù le succès de l'entreprise : il offrit 'Unie de soutenir cette prétention en combat singulier. On conçoit que ces bravades durent piquer vivement Nottingham ; mais son profond respect pour sa souveraine prévint l'explosion de son ressentiment contre le favori. Toujours empressé à donner des preuves de sa fidélité, Howard concourut à pacifier l'Irlande , soulevée par les manoeuvres d'Essex. Lorsque cet imprudent se fut enfin attiré la colère d'Élisabeth , Nottingham , qui avait si longtemps étouffé sa haine, lui donna l'essor en empêchant sa femme de remettre à la reine l'anneau qui aurait sauvé la vie d'Essex. Quand Élisabeth était mourante, Nottingham fut un des trois membres du conseil députés vers elle pour connaître ses deniières volontés. Jacques ler le confirma dans tous ses emplois, quoiqu'il 64 figuré parmi les juges de sa mère ; et, en 1605, il le nomma son ambassadeur en Espagne pour aller ratifier la paix avec Philippe III. La magnificence de la légation et la bonne mine des Anglais frappèrent de surprise les Espagnols, qui , trompés par les rapports des moines, croyaient, disent les historiens, que ces insulaires avaient à peine figure humaine. Nottingham se retira du service en 1618, et mourut en 1624, laissant un grand nom et une mince fortune. Il avait souvent avancé de grosses sommes pour le service de sa patrie
  • Charles HOWARD( 1630) : comte de Carlisle, homme d'État, naquit en Angleterre vers 1630. Ses premiers pas dans la vie publique fuirent marqués par son zèle à concourir au rétablissement de Charles 11 sur le trône de ses ancêtres. Ce monarque le récompensa de sa fidélité en le nommant son ambassadeur en Russie, en 1663. Le motif de cette mission était d'engager le czar à rendre aux commerçants anglais les immunités qui leur avaient été accordées en 1:i55, quand Chancellor vint en Russie pour la seconde fuis , , mais dont les avait privés Alexis Mikaïlovitch , en apprenant la mort violente de Charles ler. L'ambassade était magnifique , et composée de plus de cent vingt personnes. Carlisle essuya plusieurs désagréments durant son voyage , qui ne se fit qu'avec une lenteur extraordinaire; car il avait mis à la voile le 14 juillet 1663, et l'entrée solennelle à Moscou n'eut lieu que le 6 février 1661. Le jour où il obtint son audience publique du czar, les Anglais, qui ne se faisaient pas une idée de la cour de ce prince, furent surpris de l'éclat et du faste qui frappèrent leurs yeux : mais l'issue des négociations ne répondit pas aux désirs de Carlisle; elles tratnaient en longueur, lorsqu'il obtint une audience particulière : malgré l'éloquence de ses discours, elle ne produisit rien. Il quitta donc Moscou le 21 janvier 1665 : arrivés sur la frontière suédoise , les Anglais furent si bien accueillis qu'ils se félicitèrent de se retrouver parmi des chrétiens. Carlisle partit de Riga par mer, le 18 aoùt, sur un vaisseau de guerre suédois. Il visita, conformément à ses instructions, les cours de Stockholm et de Copenhague, où, malgré la bonne réception qu'on lui fit, il ne put effectuer une triple alliance entre l'Angleterre et les royaumes de Suède et de Danemarck, parce que ceuxci étaient brouillés. L'ambassadeur revint incognito par le Holstein, la basse Saxe, la Westphalie, la Belgique et Calais. Avant qu'il.fùt de retour, il était arrivé à Londres un ambassadeur russe, envoyé exprès pour porter des plaintes contre lui. Carlisle se justifia par un mémoire. Charles II donna ensuite le gouvernement de la Jamaïque à Carlisle, qui mourut en 1686. Guy Miége, qui l'avait accompagné à Moscou, rédigea, d'après ses papiers et sous ses yeux, la relation de cette ambassade. Elle parut sous ce titre en anglais : Relation des trois ambassades du comte de Carlisle, etc., Londres, 1669 on la trouve aussi dans le tome 1" de la Collection des voyages, par Harris. — Miége en publia une traduction intitulée la Relation des trois ambassades de la part du roi de la Grande- Bretagne , Charles I!. vers Alexis Alichaelowitz. cz. ar, Charles XI, roi de Suède, et Frédéric III, roi de Danemarck, en l'an 1665, et finie en 1665, Amsterdam, 1670, 1 vol. Mais ce n'est pas une simple version du texte anglais : Miége annonce qu'il a refait le livre presque en entier, qu'il l'a rendu plus détaillé et plus exact. La relation anglaise avait été publiée à la hâte pour satisfaire la curiosité du public, et justifier l'ambassadeur du mauvais succès de sa mission. Ainsi, ditil, cette traduction doit être regardée comme l'ouvrage original. Miége en donna, en 1672, une nouvelle édition , qui diffère encore beaucoup de la précédente, et qui est réellement bien meilleure. Elle fut réimpriiiu à Rouen la même année, et à Amsterdam en 1700; enfin traduite en allemand, Francfort, 1701 , un vol. Quoique ce livre ne contienne pas de grands détails géographiques sur la Russie , on y trouve néanmoins des particularités curieuses sur l'état de ce pays à l'époque de l'ambassade de Carlisle. Il parait que le ton hautain de ce diplomate et son ignorance des usages choquèrent les Russes. Ceuxci étaient jaloux des grands avantages que les Anglais retiraient de leur commerce à Archangel ; et leurs commissaires l'exprimèrent assez hautement dans les conférences qu'ils eurent avec Carlisle, ajoutant que les Russes n'y trouvaient aucun profit. Cette relation, écrite avec esprit et avec un ton de vérité, offre beaucoup 11, de traits satiriques contre les Moscovites. Rousset lir a inséré dans le tome 2 de son Corps diplomatique, mais en l'abrégeant et en mettant de côté les sarcasmes, tout ce qui concerne la réception de Carlisle à la cour du czar : cet envoyé avait donné à ce prince le titre d'empereur, imitant en cela l'exemple de son compatriote Guillaume Prideaux , que Cromwell avait expédié, mais sans succès , vers Alexis pour le mème objet. Ce fut sur l'exemple du comte de Carlisle que les ministres russes s'appuyèrent lorsque, dans les conférences tenues à Vienne , ils demandèrent que la cour impériale reconnût le titre d'empereur que Pierre ler avait pris
  • Charles JENNER( 1737 - 1774) : littérateur anglais, né en 1737, fit ses études dans l'université de Cambridge, et obtint, en 1767 et 1769, les prix fondés par Seaton. il fut depuis recteur de quelques paroisses en différents comtés, et mourut en 1774. Les ouvrages qu'il a produits en plusieurs genres, tant en prose qu'en vers, n'ont pas eu un grand succès, et ne sont plus guère lus aujourd'hui. Ce sont Louisa, conte, poésie, in49; le Don des langue., poilue; La destruction de Ninive; des Églogues urbaines ; Lettres de Lothario à l'énélope, 2 vol.; quelques comédies, etc
  • Charles JOHNSTON : avocat anglais, est auteur de plusieurs ouvrages dans le genre du roman, et parmi lesquels nous citerons seulement Chrysal, ou Aventures d'une guinée, publiée en volumes vers 1760, et qui eut un succès scandaleux et peu surprenant, parce qu'il y tra-çait le portrait et la vie d'un grand nombre de personnes (lu grand monde et de libertins titrés. On y trouva beaucoup de talent et de vérité. L'auteur y ajouta, en 1765, deux autres volumes qui eurent un égal succès. Il en a été fait beaucoup d'éditions , et il en existe une traduction française par M. Frenais, Paris, 1768 et 1769 2 vol. Johnston mourut aux Indes vers 1800
  • Charles JOHNSON( 1600 - 1744) : auteur dramatique anglais, né dans la derniere partie du 17« siècle, quitta la carrière du barreau, à laquelle il était destiné, pour la carrière plus séduisante de la littérature. Son esprit, son caractere aimable et ses manières polies, lui procurerent l'entrée dans les meilleures sociétés et la connaissance , ou la Coutume du ma- noir, 1715 qui continue de se jouer avec succès. — Un autre Charles JOHNSON , capitaine, est auteur d'une 11i41uire des pirates anglais. dont il existe une traduction française, Utrecht, 1725
  • Charles KEMBLE( 1775 - 1854) : frère du précédent, naquit le 25 novembre 1775 à Brecknock, , et y obtint un succès marqué. Après avoir rempli divers rôles pendant une année à Newcastle et à Édimbourg , il se rendit à Londres. En avril 1794, il débuta sur le théâtre de DruryLane, d'où il passa à celui de Haymarket, où il resta jusqu'en 1802-, époque à laquelle il dut passer sur le continent , pour rétablir sa santé altérée par les fatigues du théâtre. En 1803, il retourna à Londres, et il se réunit à son frère au théâtre de CoventGarden, dont son frère était devenu directeur. En 1828, it vint à Paris, avec une troupe d'artistes anglais, et obtint de brillants succès. 11 visita également l'Allemagne et d'autres pays. En 1832, il se rendit avec toute sa famille dans l'Amérique du Nord. 11 y resta jusqu'en 1840 , et sa popularité fut au comble. Charles Kemble est mort en 1854. Kemble , suivant un biographe, n'était pas comme son frère un acteur de premier ordre. Il manquait d'énergie, mais il avait de l'intelligence et jouait correctement. Si son jeu n'était point entraînant, du moins étaitil exempt de grands défauts. Il réussissait trèsbien dans le genre tendre et dans le rôle de Roméo, ainsi que dans ceux qui exigent de l'aisance dans les manières et de la vivacité. On lui doit quelques pièces de théâtre , traduites ou originales, qui ont obtenu quelques succès. Nous citerons : 1° Le Point d'honneur, comédie , 1800 ; c'est une traduction du Déserteur de Mercier 2. le Fugitif ou les droits de l'hospitalité , draine historique en trois actes , traduit de Kotzebue ; 5. Intrigue et contre- intrigue, farce , 1808 ; 4.1e Portrait de Cervantes, traduit de Dieulafoy 5. Kamschatka, drame en trois actes , traduit de Kotzébue ; l'Enfant du hasard. farce ; la Tète de bronze, mélodrame traduit du français. — Marie Thérèse KEMBLE, sa femme, née en 1774, à Vienne , était fille d'un musicien nommé de Camp. Elle fut destinée au théâtre dès l'âge de six ans, et joua le rôle de Cupidon dans les ballets de Noverre. Elle fut engagée, à la recommandation particulière du prince de Galles, au théâtre de Haymarket : ensuite elle passa au théâtre de DruryLane, où elle parut dans le rôle de Julie de Richard Coeur de lion. En 1799 , mademoiselle de Camp fit représenter au théâtre de DruryLane une comédie intitulée tes Premières laides, qui obtint du succès. Un M. Earle , qui avait fait paraître une comédie , les Fautes naturelles, prétendit que mademoiselle de Camp l'avait copié, mais elle n'eut pas de peine à se justifier de cette accusation. A la fin de 1806, elle quitta le théâtre de DruryLane pour celui de CoventGarden : elle épousa la même année Charles Kemble, et fut la digne compagne de sa carrière dramatique et de ses succès. Elle est auteur de l'intermède le Lendemain des épousailles, 1808 Elle est morte le 3 septembre '838
  • Charles KITE : chirurgien anglais, membre du collège royal des chirurgiens, mort à Gravesend, dans le comté de Kent, vers 1811 , est auteur de nombre d'articles insérés dans le Journal médical et dans d'autres ouvrages périodiques ayant le même objet , et des deux brochures suivantes 1. Sur les moyens de rappeler à la vie les asphyxiés, 1788 2. Essais et observations physiologiques et médicales sur la submersion des animaux et sur la résine de l'Acaroïdes resinifera , ou résine jaune de BotanyBay 1795
  • Charles LABBÉ( 1582 - 1657) : jurisconsulte, né à Paris en 15823annonça dès son enfance une ardeur extraordinaire pour l'étude ; avant l'âge de vingtquatre ans, il avait déjà un noni parmi les savants , et il était en correspondance avec les hommes les plus distingués par leurs talents ou leur érudition. « Labbé, écrivait alors le célèbre Scaliger, est un honnète jeune homme , docte « et infatigable. » Il se fit recevoir avocat au parlement, où il tint un rang honorable, et mourut à Paris , en 1657, dans sa 76" année. On cite de lui : 1° Une édition de dix Novelles de Justinien , corrigées d'après plusieurs manuscrits, en grec et en latin , Paris, 1606 ; 2" Observationes et emen- dationes in Synopsin Basilicon, ibid., 1606 Il donna trois ans après, d'après le manuscrit de Cujas , le texte des livres 38 et 39 des Basiliques, qui n'avaient pas encore vu le jour, 1609 Scaliger, à qui il avait adressé un de ces ouvrages, lui écrivait : « La préface m'en a paru excellente, « et beaucoup de ceux qui font profession d'écrire n'auraient pas si bien fait. » 5" Cyrilli, Phi- loxeni, aliorumque veterum glossaria latino- grœca et grœco- latina collecta, cura ranis emendationibus. Il n'eut pas le temps de mettre au jour cet immense travail , qu'il avait entrepris sur les de Jos. Scaliger et dis. Casaubon. 11 en légua le manuscrit à Ménage, et ce fut Dueange qui le publia, Paris, 1679 . On doit à Charles Labbé le Recueil des oeuvres de P. Pithou , Paris, 1609 , Il devait publier une édition latine de l'Imitation de Jésus- Christ , avec un Sommaire d'observations pour la restitution de ce livre à Jean Gerson , chancelier de Paris ; tuais l'on n'en conne que le privilége du roi , de 1654 , rapporté par Dupin , dans le Geesoniana. Klefeker a consacré un article à Ch. Labbé , dans sa Biblioth. eruditor. prœcocium ; son portrait a été gravé par Bosse junior. Ws .
  • Charles LABITTE( 1816 - 1845) : littérateur et critique, né le 2 décembre 1816 à ChàteauThierry, mort à Paris le 19 septembre 1845. Son père , d'abord procureur du roi à ChàteauThierry, passa peu après en cette mème qualité à Abbeville. Charles Labitte y fut élevé dès son bas àge ; c'était la patrie de sa mère. Il y fit de bonnes études , et en nième temps il jouit, tout enfant, d'une certaine liberté pendant des séjours d'été à la campagne ; il n'en usa que pour se livrer plus entièrement à la lecture, qui était sa passion dominante. Trèsjeune, il était déjà érudit. Il faisait cependant des vers, et, comme presque tous les jeunes gens de son temps, il les faisait mélancoliques et dans le goût de Lamartine. On a cité quelques passages de lettres qu'il écrivait, encore adolescent, à un ami de son àge ; la grâce et la sensibilité y respirent. Venu à Paris à dixhuit ans , sous prétexte d'y faire son droit , mais en réalité pour y tenter la fortune littéraire , il essaya un moment de se partager entre l'imagination et l'étude. 11 était neveu, à la mode de Bretagne, de M. de Pongerville, et le voyait souvent; il vit aussi madame Tastu, et il lui adressa des vers. Mais bientôt l'étude l'emporta, et il se sentit entralné par un goût irrésistible vers l'histoire littéraire et vers la critique. Trèslié avec M. Charles Louandre , fils du savant bibliothécaire , il donna de grands portraits très- étudiés de M. Raynouard , de Népomucene Lemercier , de Marie- Joseph Chénier, de AI. Michuud, même de H. St- Marc Girardin , et , en abordant ce genre d4licat de la biographie contemporaine , il contribuait pour sa part à l'élargir. Il avait conçu toute une suite de ces portraits et biographies sous ce titre : les Poétes de la révolution et de l'empire ; il n'en a traité que quelques- uns : il devait parler encore de Beaumarchais , d'Andrieux , . On a vu depuis lors, et l'on voit chaque jour des thèses, soutenues devant la faculté des lettres, devenir le lendemain des volumes d'histoire fort estimés du public. Charles Labitte est l'un des premiers qui aient donné l'exemple du développement dans cette branche de littérature, et qui lui ait appris à sortir de l'enceinte scolaire. Son livre a cela de particulier qu'il renferme beaucoup de choses neuves, et qu'il ne vise pas à une solution paradoxale. En entrant au coeur de la Ligue , et en nous en étalant les orgies oratoires, l'auteur n'a pas fait comme ces historiens de la révolution française qui se sont épris de leurs teibuns, et que l'éloquence des clubs a enivrés. Il garde, jusque dans l'abondance de ses citations, tout le sangfroid et toute la liberté de son jugement, et ne s'enivre pas , comme tant d'autres, du vin qu'il a versé. Il reste fidèle à la bonne tradition française; sa tendance et sa conclusion ne diffèrent en rien de la solution pratique qui a pré- valu, de celle de la Satire Ménippée, et des lionUtes gens d'alors parlementaires et bourgeois. Il est de la religion politique des Lhôpital , des de Thou , des Pasquier, des Pithou , des bons citoyens non fanatiques; ce qui le mène à réprouver les excès des deux parts, et à se rallier à Henri IV, dès que Henri IV devient le roi désigné et possible. Pendant que Charles Labitte écrivait son volume sur la Ligue, on publiait peur la première fois, dans la , Collection des documents historiques , les Prorès- verbaux des états généraux de 151) 5. C'était M. Auguste Bernard qui était chargé de cette publication, dont il s'acquitta avec le soin qu'il met à tous ses travaux. Mais il se montra plus favorable à ces états de 1593 qu'on n'est accoutumé à le faire; il parut disposé à leur accorder un caractère national et incontesté, fait pour surprendre ceux qui avaient été nourris de la vieille tradition française. Les accusations de vénalité , qui sont restées atta- chées aux noms des principaux meneurs , lui paraissaient sans base. Bref, il était, sur bien des points capitaux , trop opposé au sentiment de Charles Labitte pour le dissimuler, et il se déclara son adversaire dans un article critique de Revue . Il y faisait la guerre à la fois à la Satire Ménippée et à Charles Labitte ; c'était rendre la cause de celuici plus facile et plus belle. Aussi , sans répondre à ce qui lui était personnel , Charles Labitte reprit en main la question , et la discuta vigoureusement dans un article de la Revue des deux Mondes, intitulé une Assemblée parlementaire en 1593 . Sauf quelques points secondaires où il n'avait pas' porté d'abord assez de précision et d'exactitude , et où M. Auguste Bernard l'avait pu prendre en défaut, il n'eut qu'a maintenir l'ensemble de son opinion et la tradition historique modérée et ferme, où il rencontrait de si bons appuis. Cette discussion , cette espèce de duel autour de la Satire Ménippée. est le pr épisode de sa vie littéraire. — La vie de province, même au sein d'une faculté et dans l'étude , ne convenait qu'imparfaitement à Charles Labitte ; il fut ramené à Paris par la suppléance de la chaire de poésie latine au collége de France, que lui offrit M. Tissot. C'est dans cette position que Charles Labitte passa les deux ou trois dernières années de sa trop courte carrière. Des fonctions si nouvelles le rejetèrent à l'instant dans l'étude de l'antiquité; et, comme il ne faisait rien à demi, connue il portait en toute veine d'étude le même besoin insatiable de recherches et de lectures complètes , il devint_en trèspeu de temps un érudit classique fort distingué. Mais estil surprenant que la vie s'use vite à un régime intellectuel si rempli d'accidents et si sujet à excès ? Et il faut y ajouter encore une habitude de journaliste qui se continuait à côté, qui revenait à tout propos jusqu'à travers les sérieux emplois et les veilles assidues de l'érudition : il ne cessait d'écrire dans la Revue der deux Mondes , sur quantités de sujets à l'ordre du jour, et d'une plume légère qui ne sentait en rien la fatigue ni le dégoût. 11 était vite en train dès qu'on le réclamait , et on le réclamait souvent. Un de ses plus jolis articles est celui qu'il écrivit sur madame Ëinile de Girardin, à l'occasion des Lettres Parisiennes; Charles Labitte s'y montre digne , par l'ironie et par la malice , de la spirituelle Clorinde, avec qui il croisa le fleuret ce jourlà. — Cependant, les leçons qu'il professait sur la littérature latine commençaient à se résumer, selon son habitude, dans des morceaux littéraires fort étendus , qui étaient de nature à satisfaire les érudits , et aussi à plaire aux gens instruits, à ceux qui n'étaient pas proprement du métier. Deux articles sur Varron et sur Lucite sont particulièrement remarquables et montrent ce que Charles Labitte aurait pu faire. Il en était là, dans le plein courant de l'activité et de la vie, lorsque tout d'un coup il fut saisi d'une violente, d'une forte fièvre, qui parut, aux meilleurs médecins euxmèmes, à M. Chomel, ne devoir ètre qu'éphémère, et le jour où l'on en pronostiquait en ces termes, le vendredi 19 septembre 1845, vers six heures du soir, ceux qui s'approchèrent ; Etudes littéraires, Paris, 1846, 2 vol. . Il a donné une édition de la Satire Ménippée, avec des commentaires et une notice, Paris, 1841 dans la bibliothèque Charpentier
  • Charles LANGE ou LANGIUS : en flamand de Lnnglee , chanoine de StLambert de Liége, et ami de Juste Lipse, naquit à Gand selon les uns, selon d'autres à Bruxelles, et mourut à Liége le 29 juillet 1573, dans un age' peu avancé. Son père , successivementsecrétaire intime de CharlesQuint et de Philippe 1,4 lui donna une éducation l'Ignée. Ses études terminées, Langius voyagea en Italie, et y fut créé docteur en droit. De retour dans ses foyers, il se livra avec passion à la philologie et à la critique; il s'exerçait aussi à la poésie latine; et enfin la culture des plantes et des fleurs exotiques, de celles de l'Inde en particulier, eut un grand attrait pour lui. Juste Lipse DOLS donne quelques détails sur ce goùt de Langius, dans ses Quastiones epistolicce , liv. 4, ép. 17 . 11 laissa en mourant une bibliothèque considérable, composée en grande partie de manuscrits grecs et latins , dont Lmvinus Torrentius fit l'acquisition, et que luimème légua par son testament aux jésuites de Louvain. Nous avons de Langius : 1° Cicerohis Officia, de amicitia ac de muante, e membranis belgiris emendata notisque illustrata, Anvers, 1563 Il avait projeté le meule travail sur toutes les oeuvres de Cicéron. e Variantes lectiunes in Plauti corncedias , dans l'édition de Plaute, imprimée à Anvers, chez Plantin , en 1566, et dans (l'autres éditions postérieures; 3° Carmin lectiora, à la suite d'une édition de ses notes sur Cicéron, publiée à Anvers en 1615 avec les Obserrationes Numance du P. André Schott. Il n'y a qu'une seule pièce de Langius, intitulée In Europarn seditionibus agitatam , et frappée au bon coin, dans les Deliciœ poetarant belgarum. t. 3. Il avait écrit des notes sur Sénèque, sur Suétone, sur Solin , sur Pline, sur Théophraste, sur Dioscoride; mais elles n'ont pas vu le jour. 11 avait formé une collection de diplômes, chartes, etc., de la ville et de l'église de Liége , qui ont passé depuis dans la bibliothèque du baron de Crassier
  • Charles LANGLOIS( 1761 - 1851) : supérieur du séminaire des Missions étrangères, né à Rennes en 1761 , mort à Paris le 13 juillet 1851. Il fut ordonné prêtre, en 1791, au séminaire des Missions étrangères. Son ordination eut lieu secrètement ; car la chapelle venait d'être fermée à cause du refus par les membres de la communauté de prêter serment à la constitution civile du clergé. La 'lierne année , six jeunes missionnaires s'embarquèrent pour l'Asie : dans ce nombre étaient M. Langlois et M. ,Dubois. Cinquante ans plus tard, les deux missionnaires devaient se retrouver à l'autel , et célèbrer ensemble le jubilé demiséculaire de leur ordination . Le voyage fut ' un commencement des épreuves apostoliques. A bord du navire se trouvait un détachement de troupes destinées à nos établissements de l'Inde, et l'effervescence de la métropole s'était répandue dans l'armée : ces indisciplinées recrues, ivres d'idées révolutionnaires et irréligieuses, firent infiniment souffrir les jeunes prêtres, qui se virent obligés de chercher le secret afin d'accomplir leurs obligations essentielles, telles que la récitation de l'office divin et les autres devoirs ecclésiastiques. Langlois, désigné pour le Tongking, entra dans sa mission le 7 mars 1793, et bientôt après la persécution éclata. Les missionnaires allaient errants parmi tes forèts et les déserts des montagnes, e sans autre église que le « ciel et la terre, comme l'écrivait M. Leroy, , l'un de ces hommes apostoliques, célébrant la sainte messe en plein air, au milieu des oiseaux, if qui chantaient les louanges divines en leur déa licieux langage. Pendant que les mandarins a nous enlevaient nos églises , ajoute le mème a missionnaire, nous finies une grande croix, que a nous plantâmes au sommet de la montagne, a priant en même temps leSeigneur d'élever réa tendard de sa foi sur tout le royaume. » On transportait les missionnaires dans des filets , recouverts de vieilles nattes, dans l'appareil et la manière usités pour enterrer les cadavres. Un jour, l'un d'entre eux voyageant ainsi fut rencontré sar le chemin par des chrétiens qui transportaient un moribond vers l'église, afin qu'il y fit sa confession à Dieu et s'y disposât à la mort. Le prêtre descendit de son filet, entendit la confession du mourant, et en finissant de lui administrer l'extrêmeonction , reçut son dernier soupir. Les révolutions politiques interrompirent la persécution, qui se ralentit vers l'année 1799 et cessa complétement en 1802. Deux ans après , l'empe- C'est par erreur qu'on a attribué ces Mémoires au P. Ernetic Langlois, jésuite attaché aux Missions étrang.eres, et qui ne prit aucune part à cette controverse
  • Charles LEE : général anglais, né d'une famille . C'était un homme courageux, mais trèsirritable et toujours prêt à mettre l'épée à la main. On a de lui des Essais politiques et militaires , avec ses Lettres à la suite des Mémoires de sa vie, publiés par Edward Langworthy, Londres, 1792
  • Charles LEE-LEWIS ou LEWES : comédien anglais du 18e siècle, se fit de la réputation sur le théâtre de CoventGarden, et ensuite sur celui de Dublin. Il en acquit encore davantage par ses bons mots. On a publié après sa mort, en 1804, ses Esquisses corniques, ou le Comédien se servant à lui- même de directeur. On y trouve des anecdotes curieuses sur le lord Orrery, sur Garrick, Smith, Hogarth , Quick, Foote, etc. Le portrait du l'auteur est à la tète du livre. On a aussi publié, en 1S13: 1, les Mémoires de Charles Lee- Letves , contenant des anecdotes historiques et biographiques des thatres anglais et écossais, pendant une période de quarante années, écrits par„luimème, 4 vol
  • Charles LEBEAU( 1701 - 1778) : historien , né à Paris le 15 octobre 1701, faisait de brillantes études au collége de SteBarbe lorsqu'il se décida à en sortir, sur les reproches amers et les menaces sérieuse que lui adressaient ses maîtres, qui avaient trouvé dans ses mains un volume de J. Racine. Le jeune Lebeau passa au collége du Plessis; et à l'àge de vingtsix ans il y occupa une chaire de seconde. Un mariage qu'il contracta en 1736, pour venir au secours de sa famille, ne lui permit pas de rester dans cette place; mais il obtint, au collége des Grassins, la chaire de rhétorique, qu'il céda à son frère. Après la mort du cardinal de Polignac, il fut, par_l'abbé de Rothelin, chargé de mettre en ordre les matériaux de l'Anti- Lucréce il ne fut pas simplement l'éditeur de ce peme ; il y mit l'ordre et y fit quelques corrections. Six ans après , l'Académie des inscriptions et belleslettres l'admit au nombre de ses associés : dès l'année suivante, il y faisait les fonctions de secrétaire perpétuel; il obtint ce titre en 1755, lors de la démission de Bougainville. Il succéda, en 1752, à Piat dans la chaire d'éloquence au Collége de France. Il mourut le 13 mars 1778. On a de lui : 1° Des Poésies latines et Discours latins publiés à différentes époques, et recueillis sous le titre de Carmina et orationes, 1782, 3 vol. La seconde édition trèsaugmentée est intitulée Opera Latina. 1816, 2 vol. La seconde partie du 2. volume contient les additions. On peut joindre à l'une et à l'attire édition les Parallèles curieux des fables en vers latins de il. Lebeau avec la Fontaine et tous les poêles latins qui ont traité les mêmes fables, 1784 20 Les Eloges de Falco- net, L. Racine , Lebeuf, Passionéi, d'Argenson , Caylus, etc., imprimés d'abord à part de 1762 à 1766, et réimprimés dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belleslettres. 3° Plusieurs klémoires dans ce mème recueil, dont six sur les médailles restituées, et vingtsix sut hi légion romaine. 4° Histoire du Bas- Empire en commençant à Constantin le Grand, 1757 et année suivante. Lebeau est un froid et diffus narrateur qui n'écrit pas toujours correctement, et ne montre pas toujours une excellente critique. Gibbon, qui a depuis traité le mème sujet, a laissé bien loin derrière lui l'historien français. Lebeau étant mort pendant l'impression du 22. volume, Ameilhon l'acheva, et continua ensuite l'ouvrage, dont le 27e et dernier tome, divisé en deux parties, n'a vu le jour qu'en 1811. Une nouvelle édition de cet ouvrage a été donnée avec la continuation parZStMartin et Brossel, 1821-1836, 21 vol. Elle est enrichie de notes et de commentaires qui la rendent estimée. M. Caille a publié depuis une Table alphabétique, 1817, 2 vol. L'Eloge de Lebeau, par Dupais, est dans le 42e volume des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles- lettres. — Jean- Louis
  • Charles LEBOULANGER DE BOISFREMONT( 1773) : peintre français , né à Rouen le 22. juillet 1773. Leboulanger, fils d'un conseiller au parlement de Normandie, entra, en 1787, dans les pages (le la grande écurie du roi. Il se trouvait aux Tuileries à la journée du 10 août et y défendit courageusement la personne de Louis XVI. Ce ne fut pas sans courir de grands dangers qu'il échappa à la fureur de la populace ; il gagna sous un déguisement sa ville natale, et, afin d'échapper aux poursuites dirigées contre les royalistes, entra à l'HôtelDieu de Rouen en qualité d'élève. Il avait alors l'intention de se faire recevoir chirurgien de marine, et comptait par là mettre sa vie à l'abri (les dénonciations. Mais Leboulanger se dégoûta promptement des études médicales, et sa vocation pour les arts le conduisit à l'école de dessin de la ville, alors dirigée par Descamps. Il y fit ses premières études de peinture. Le souvenir du rôle qu'il avait joué au 10 août, la famille à laquelle il appartenait, étaient pour lui un motif constant d'alarmes, et la terreur devenant plus grande que jamais à Rouen, Leboulanger prit un parti extrême: il s'engagea, en qualité de novice, sur un bâtiment, la République, et partit dans les premiers jours de novembre 1793 pour l'Amérique. On ne tarda pas, parmi ses compagnons de bord , à découvrir ses antécédents et ses opinions. Leboulanger se vit en butte à de mauvais traitements, et sa vie courait même des dangers, quand , profitant du voisinage de la côte des ÉtatsUnis, il sauta sur une barque de pêcheur, s'y cacha et réussit à tromper la vigilance de ses chefs; il gagna ainsi la Virginie, puis NewYork. Ayant épuisé ses faibles ressources, il fut contraint d'entrer comme apprenti chez un vernisseur. Mais tout en exerçant cette modeste profession, Leboulanger trouva moyen de continuer ses études de peinture; il fit des progrès rapides, et, dans un pays où les artistes n'abondaient pas, trouva promptement de l'occupation. Le musée de NewYork le chargea d'achever quatrevingts portraits des principaux personnages de la guerre de l'indépendance. Leboulanger ramassa ainsi une assez forte somme et ne songea plus qu'à se rendre en Italie pour refaire ses études, qui avaient été nécessairement incomplètes. Le bâtitiment qui le portait étant tombé, près de Gibraltar, au pouvoir de corsaires algériens, Leboulanger fut quelques mois esclave à Alger; mais, par l'intermédiaire du résident français, il obtint sa liberté, se rendit alors en Italie avec le peu qui lui restait. Il arriva dans la péninsule précisément au moment de la révolution qui éclatait à Naples, et quand il gagna Rome , ce fut encore pour tomber au milieu des troubles qu'ensanglanta le meurtre du général Duphot. En dépit de toutes ces traverses, Lehoulanger se mit avec ardeur à étudier les mitres, s'attacha à faire des connaissances utiles , et s'attira surtout la bienveillance de lord Bristol, dans lequel il trouva un protecteur. De retour à Naples, Leboulanger, reconnu par la populace comme Français, alors que cette qualité n'était rien moins qu'un titre de recommandation, se vit en butte aux fureurs des lazzaroni , et on le maltraita à ce point qu'il fut laissé pour mort sur la place. Recueilli par quelques personnes charitables, Leboulanger dut quitter la ville au plus vite , et il revint en Ffance se livrer, dans un calme qu'il avait si, chèrement acheté, tout entier à la peinture. Il exposa à Paris, en 1803, la Mort d'Abel, lit la connaissance de Chaudet, dont il devint l'élève et l'ami. Son talent grandit alors rapidement, et en 1806, il obtenait à l'exposition une médaille d'or de cinq cents francs, pour son tableau représentant les Reproches d'Hector â Pdris. Quoique l'école de David fût alors dans tout son éclat, Leboulanger n'en adopta pas les principes et suivit ses propres inspirations. En 1808, il exposa Orphée aux enfers, qui lui valut la grande médaille d'or. En 181:5, son tableau représentant la Clémence de Napoléon enrers la princesse de Hatzfeld lit sensation, tant par le talent avec lequel il était exécuté que par le sujet que son auteur avait choisi. L'année suivante , il exposait un plafond destiné au pavillon de Marsan, que Louis XVIII lui avait commandé: le sujet en était l'Education de Jupiter par les nymphes de l'Ida. A peu près à la même époque appartiennent un grand nombre d'autres oeuvres qui achevèrent de fonder la réputation de Leboulanger; nous citerons : [ 'irgile lisant l'Enéide à auguste, la Colombe chérie, le Déshabillé, la Chasteté de Joseph. Leboulanger exécuta pour M. de Sornuiariva : Vénus déposant Ascagne sur le mont Ida et Psyché asphyxiée par la boite de Pandore et réveillée par une blessure de t'Amour. Ces deux compositions ont été gravées par Micon. Leboulanger, fixé à Paris, s'était lié étroitement avec Prudhon. Admirateur du grand artiste, il en reçut les conseils, et on peut recorsnaître dans ses derniers tableaux l'influence exercée par cette direction. Le musée de Rouen possède encore de Leboulanger la Samaritaine qui avait été exposée en 1822, et la Mort de Cléopâtre, qui parut au Salon en 1824. Leboulanger lit hommage, en 1835, à l'académie (le sa ville natale dont il était membre, d'un tableau représentant Boieldieu composant la Dame blanche. Ce fut un de ses derniers ouvrages. Il mourut à Paris, le 5 mars 1838. On trouve son éloge, avec son portrait et la gravure de quelquesunes de ses compositions, dans les Mémoires de l'académie de Rouen pour '1858
  • Charles LEBRIS : savant théologien basbreton, exerça les fonctions de recteur de la paroisse de Cléder, près Morlaix. On n'a aucun détail sur sa vie; il n'est connu que par un grand nombre de livres de piété, qu'il composa ou traduisit en langue bretonne, idiome dans lequel il était trèsversé. Ces ouvrages, écrits avec onction, dans une langue qui pr•te aux images les plus vives, font encore, de nos jours, le charme des veillées basbretonnes. Les plus connues sont : 1. Réflexions utiles sur les fus dernières de l'homme, traduites du français du père Crasset , sous ce titre : Reflexionou profitabl var an finvezon diveza, StPol de Léon, 17242 réimprimé à Quimper, 1771 2. Instruction var on excellant , au frocs an indulgeançou bras hac an deregrou ar Vrenriez ur Rosera, Castel , 17-22, et Quim?er, in. 8°, en deux parties. Cette instruction sur le rosaire, le plus intéressant et le mieux écrit des ouvrages de l'abbé Le?ris, contient l'histoire des miracles opérés par l'intercession de la sainte Vierge, notamment en faveur d'un soldat qui, ayant été recouvert par les ruines de la grosse tour du chàteau du Taureau, près Morlaix, lorsqu'elle s'écroula en 1609, resta longtemps sous les décombres et dut la vie à NotreDaine du Rosaire. 3° L'Horloge de la passion de notre Sateeur, arec des prières dévotes pendant la messe pour les jours de la communion; la Vie de sainte Barbe et celle de saint Cunogan , écéque de Quimper, en basbreton, StPol de Léon, 172:? 4° les Stations de notre Sauveur pendant la pas. sion, traduites du l', Adrien l'avilliers , StPol de Léon, 1725 et Quimper, 1781 ; 5) le Bouquet spirituel de la mission et de la retraite, ou Abrégé des heures bretonnes et des cantiques sur ce qui est requis et nécessaire à un Breton pour son salut , en vers bretons, Brest, 1741 ibid., 1784; ibid., an 12 ; 6. Colloque du Calcaire et des stations de notre Seigneur Jésus- Christ dans le cours de sa passion , Quimper, 1737; ibid., 1784 7. Introduction dar ruez derot, trad. de l'Introduction à la vie dévote de St- Prançois de Salles, Castel , 1W.;5 ; Quimper, 1780, 8° édition, traduction fidèle, élégante et digne de la piété de son auteur , dit Olivier Hervé, pénitencier de Léon, dans l'approbation de ce livre. 8° Ileuryon brezonec ha latin ; Quimper, 4760 StI3rieuc, 1808, 9e édit. Parmi ces productions, plusieurs ont été mprimées quinze ou seize fois
  • Charles LEBRUN( 1619) : célèbre peintre, l'un des chefs de l'école française, naquit à Paris en 1619. Le chancelier Séguier, frappé de ses dispositions, le plaça chez Vouet, et l'envoya ensuite à Rome, où il l'entretint à ses frais pendant six années. l'époque où Lebrun se rendait en Italie, le Poussin quittait aussi la France pour retourner à Rome. Le jeune peintre eut lebonheur de joindre ce grand maitre à Lyon. Ils arrivèrent ensemble à Rome; et Lebrun n'eut point d'autre demeure que celle du Poussin , qui le prit en affection et l'initia dans tous les secrets de son art. Pendant son séjour à Rome, il peignit plusieurs tableaux dans la manière du Poussin, auquel même on les attribua. Rappelé à Paris en 16I8, il y exécuta pour l'église NotreDame le Crucifiement de St- André et le Martyre de St- Etienne. Aloïse frappant le rocher, et quelques autres tableaux, fixèrent sa réputation. Cette même année, il fut reçu à l'académie de peinture. L'année suivante , il peignit, en concurrence avec Lesueur, l'hôtel du président Lambert ; et les peintures dont il orna la galerie de cet hôtel sont au nombre de ses plus beaux ouvrages. Fouquet, si renommé par son amour éclairé pour les arts et par l'emploi qu'il faisait de ses richesses, jeta les yeux sur Lebrun pour lui confier les peintures de son château de Vaux, et se l'attacha par une pension de 12,000 livres, indépendamment du prix de ses ouvrages qui lui étaient payés à part. C'est chez ce ministre que Lebrun connut le car- dinal Mazarin, qui se plaisait à venir le voir tra- vailler. Le cardinal, parlant un jour devant ce peintre du tableau de la Défaite de Ifaxence, peint par JulesRomain sur les dessins de Raphaël, lui demanda s'il se sentait capable de traiter le même sujet. Alors Lebrun lui montra un carton qu'il avait peint par ordre de Fouquet pour les tapisseries 1111 roi. Mazarin fut tellement frappé de la beauté de cette composition , qu'il présenta l'artiste à Louis XIV. Ce fut le premier degré de la faveur de Lebrun auprès du roi. BientM la reine mère lui commanda un tableau pour son oratoire, et Lebrun lui peignit le tableau connu sous le nom de Christ aux Anges. qui a été gravé d'une manière si admirable par G. Edelinck, et qui fait partie aujourd'hui . Cette galerie offre un I les exemples les plus heureux des ressources L'explication a été imprimée séparément à Paris, 1753 en un volume Glue l'allégorie peut offrir à la peinture. Rubens en avait déjà fourni un bien frappant dans la galerie du Luxembourg; mais si Lebrun n'a point la verve et l'enthousiasme d'exécution du peintre flamand, s'il n'atteint point à cette puissance de coloris qui donne la vie à tous les objets que fait naître son pinceau, il l'emporte incontestablement pour la sagesse de la composition et la manière ingénieuse dont il a conçu ses fictions. Colbert, qui lui avait confié la peinture de la chapelle et du pavillon de l'Aurore, dans son château de Sceaux, lui fit obtenir la direction générale de tous les ouvrages de peinture, de sculpture et d'ornement qui se faisaient dans les bâtiments de la couronne. 11 fut placé à la tète de la manufacture des Gobelins, où il eut un logement avec un traitement considérable. Il fut nommé successivement recteur, chancelier et directeur de l'Académie de peinture; et quoique absent et étranger, il obtint le titre de prince de l'académie de StLuc à Rome. 11 sut mettre à profit la faveur dont l'honorait Louis XIV, pour attirer, sur l'académie de peinture, les bienfaits du roi. Ce fut lui qui, en 1666, engagea ce prince à créer l'école française de Rome, en y envoyant, pour y ètre entretenus aux frais du gouvernement, les jeunes gens qui avaient remporté à Paris le premier prix, soit de peinture, soit de sculpture. Mais après la mort de Colbert, Louvois, qui lui succéda, fit ressentir à tous ceux qu'avait protégés son prédécesseur le poids de la haine qu'il lui avait toujours portée. Lebrun fut un de ceux qu'il enveloppa dans sa disgrâce; et, dans toutes les occasions, il s'empressa de favoriser Mignard aux dépens de son rival . Malgré l'estime que Louis XIV ne cessa de lui témoigner, les désagréments qu'il essuyait toutes les fois qu'il reparaissait à la cour altérèrent sa santé. Il tomba dans une maladie de langueur, et mourut le 12 février 1690. Il fut inhumé dans une chapelle de l'église de StNicolas du Chardonnet, où se trouvait déjà le tombeau en marbre de sa mère. Sa veuve lui fit élever tin magnifique mau- solée orné d'un buste par Coysevox. Ce qui dut surtout exciter l'envie contre Lebrun, ce fut l'es- pèce de dictature qu'il exerça pendant un grand nombre d'années sur toutes les parties de l'art. Rien ne se faisait que sur ses dessins ou d'après ses avis. Cette influence ne s'aperçoit que trop dans les travaux qui eurent lieu à cette époque : ils ont tous la même physionomie, et la manière du maitre se montre dans les ouvrages mème les plus étrangers à la peinture. Cette influence de- vint plus funeste encore sous les artistes qui sans avoir les talents de Lebrun , succédèrent at titre et aux prérogatives de premier peintre di roi. On a reproché à Lebrun la faiblesse de soi coloris, toujours sombre et sans relief; un dessin mou et lourd, une exécution pénible, une exagé ration dans l'expression qui dégénère le plus sou vent en grimace, et qui lui mérita le surnom d Comédien ; mais quoiqu'il ne puisse être comparé 1 polir la grâce et l'expression à Raphaël , pour l'énergie et la science du dessin à MichelAnge, pour la vérité du coloris au Titien et à Paul Véro- nèse, pour la verve et l'enthousiasme à Rubens, pour le naturel et la simplicité à Lesueur, pour la profondeur de la pensée au Poussin, il doit cependant étre considéré comme un des plus p habiles artistes qui aient honoré l'art de la e turc, en réunissant à un haut degré plusieurs de leurs qualités principales; et sous le rapport de la poésie et de la science, l'école française ne cessera de regarder les compositions de Lebrun comme un de ses plus beaux titres de gloire. On lui doit : Conférences sur l'expression des différents caractères des passions, Paris, 1667, et Amsterdam, 1702 , 1 vol. — Traité de la physionomie, ou Rapport de la physionomie humaine avec celle des animaux, 1 vol. orné de 56 planches, dont les dessins originaux font partie du musée du Louvre. Cet établissement possède sept autres dessins du même maitre, tous remarquables par leur beauté, leur grandeur ou leur rareté : t, la 62 Défaite de Porus. — . Alexandre couvrant de sa cotte d'armes le corps de Darius. Il devait faire suite aux autres tableaux de la vie du conquérant macédonien. — 'S. Premier projet pour le plafond de la galerie de Versailles. L'artiste voulait repré- senter la vie de Louis XIV sous les traits de la vie d'Hercule. --- 4. Second projet pour le plafond de la galerie de Versailles. Lebrun l'exécuta en deux jours. Ainsi que le précédent, il est à la plume, légèrement colorié à l'aquarelle. ---5° Coupe de la galerie d'Apollon au Louvre sur la longueur. — 6. Le Réveil de la terre. — 7° Le Portrait de la Brinvilliers. Il est aux trois crayons sur papier gris. Outre les cinq vastes compositions des Ba- tailles d'Alexandre, le musée royal possède de Lebrun le portrait en pied de l'artiste, peint par luinième, Charles Lebrun adolescent; Alphonse Dufresnoy ; la Pentec6te ; le Christ au désert ; St- Etienne ; la Madeleine pleurant les fautes de sa jeu- nesse. Il est faux qu'il y ait donné à la sainte les traits de madame de la 'Vallière. On doit ajouter la Mort de Caton, demifigure, et dix tableaux de chevalet, parmi lesquels nous citerons celui de la Vierge apprétant, le repas de l'Enfant Jésus, tableau connu sous le nom du Benedicite , gravé en 1704 par Edelinck d'une manière supérieure. Tels sont les ouvrages de Lebrun exposés au musée royal ; mais on y trouve encore de ce maure deux autres magnifiques compositions qui n'ont point été • jusqu'ici placées sous les yeux du public, et qui , représentent la Chasse du sanglier de Calydon et la I Mort de : 11éléagre. Le musée du Louvre possédait i enfin de Lebrun un tableau représentant la Ma- 1 deleine chez le pharisien. 11 a été donné en 1815 à t l'empereur d'Autriche, en échange du fameux ta- bleau des Noces de Cana, de Paul Véronèse, que - ce souverain réclamait comme provenant de la e , ville de Venise, mais qui eût risqué d'être en- :ièrement détruit par le transport. Lebrun s'est exercé à graver quelques planches à l'eauforte; elles sont au nombre de six, savoir : le buste de St- Charles Borromée, d'après Gabriel Lebrun, son Frire ; l'Enfant Jésus à genoux sur la croix, et les Quatre Heures du jour, en quatre pièces, petit ufolio en travers. Son Portrait en pied, peint par Largillière, a été gravé par Edelinck. Cet habile gravent' ainsi que le fameux G. Audran et sébastien Leclerc sont les artistes dont le burin a reproduit avec le plus de succès les ouvrages de Lebrun. Il serait trop long de rappeler toutes les gravures faites d'après lui; il suffit de citer la suite des Batailles d'Alexandre, la Bataille contre Ilaxence et le Triomphe de Constantin. le Mme de la chapelle et le Plafond du pavillon de /'Aurore à Sceaux, le grand Escalier et la grande Galerie de l'ersailles. On peut voir une 'liste complète des gravures faites d'après ce maître dans le cabinet de M. PaignonDijonval. Les disciples les plus célèbres de Lebrun sont Charles Lafosse, Claude Audran , Antoine flouasse, Verdier et Claude Lefèvre
  • Charles LECÈNE( 1647) : né à Caen, vers 1647, d'une famille calviniste, fit ses cours de théologie dans les académies protestantes de Sedan, de Genève et de Saumur, et devint en 1682 ministre à Honfleur. Appelé en 1612 à Charenton, il laissa percer dans ses sermons des germes de pélagianisme et de socinianisme, dont il se justifia trèsmal devant le consistoire de cette église qui finit par lui refuser un certificat d'orthodoxie. Les soupçons formés sur sa doctrine furent confirmés l'année d'après par son livre De l'état de l'homme après le péché et de sa prédestination au salut, Amsterdam, 1681 où il soutint ouvertement le pélagianisme. Cet ouvrage ayant été attribué à Allix, Bayle soutint avec raison dans ses Lettres qu'il était de Lecène. La révocation de l'édit de Nantes l'obligea de se retirer en Angleterre, où le crédit d'Allix, qui l'avait chaudement défendu en France contre la rigueur du consistoire de Charenton , lui procura une existence aisée. On vit paraltre, en 1685, à Amsterdam ses Entretiens sur diverses matières de théologie , dont la seconde partie était de J. Leclerc, son ami. Dans celle qui est de lui, il développait davantage le système de l'ouvrage précédent sur la grAce et la prédestination. Lecène se rendit luimeme en Hollande, et y publia des Conversations sur diverses matières de rt ligiun. avec un Traité de la liberté de conscience , dédié au roi de France et à son conseil; Philadelphie , chez Timothée de StAmour , 1687 Ce dernier ouvrage n'est qu'une traduction de celui de Creil, intitulé Junii Bruti puloni Vindicice pro religionis ltbertate. Naigeon a r'elouché cette traduction de Lecène, et l'a mise la suite de l'Intolé? ance convaincue de crime et de Wie, du baron d'Holbach, Londres , 1769 Lecène, étant repassé en Angleterre vers 1697, voulut organiser à Londres une église socinienne ; mais le gouvernement s'y opposa. Dès le temps de son ministère à Honfleur, il s'était sérieusement occupé d'une nouvelle version française de la Bible; il n'en publia le projet qu'en 169G, à Rotterdam Ce projet fut vivement attaqué par Gousset, savant professeur de Groningue, dans ses Considérations théologiques et critiques, Amsterdam , 9698 La version était finie lorsque l'auteur mourut à Londres , en mai 1703. Elle ne fut imprimée, par les soins de son fils ,libraire à Amsterdam, qu'en 1741, 2 vol. Lecène, sous prétexte de ne point s'asservir à une traduction trop littérale, mais dans le vrai pour favoriser ses systèmes pélagien et socinien, s'y est permis des licences propres à dénaturer le texte sacré, par des suppressions, des additions, des changements et des corrections (le tonte espèce. Il traduit les noms des grands officiers d'Assyrie, de Perse, par ceux de pachas , d'agas, de cadis, de muphtis, qui lui paraissent plus con' venables que ceux de satrapes, de lieutenants, de gouverneurs, de conseillers. Dans le Nouveau Testament, les scribes et les docteurs de la loi de' viennent des notaires, des docteurs en droit : tout cela n'est que ridicule; mais ce qui était trèsindiscret, c'était le soin pris par l'auteur pour affaiblir ou faire disparaître les termes les plus for. ''insinuer en faveur de la divinité de JésusChrist, pour 'Insinuer son socinianisme sous la garantie du texte sacré. Aussi l'ouvrage futil condamné dans sa propre communion par le synode wallon tenu à la Brille en 1742. Lecène était sans contredit un homme savant, mais trop hardi, soutenant ses paradoxes avec une assurance capable de faire illusion, et qui profitait de toute l'étendue du principe fondamental de la réforme pour se frayer des routes nouvelles, sans se mettre en peine des conséquences.
  • Charles LEFEBVRE-DESNOUETTES( 1775 - 1822) : général français, né à Paris le 1 4 décembre 1775, était fils d'un marchand de drap de cette ville. S'étant enrôlé dans un bataillon de volontaires en 1î92, il fit les premières campagnes de la révolution dans l'armée de Dumouriez et parvint au grade de capitaine. Attaché, après le 18 brumaire, à la personne du premier consul, il devint son aide de camp et le suivit en cette qualité à la bataille de Marengo. En 180'•, il était colonel du 18e régiment de dragons, et il commanda ce régiment à la journée d'Austerlitz où il se fit remarquer, et fut nommé commandant de la Légion d'honneur. Promu au grade de général de brigade en sep. teint« 1806, il passa au service de Westphalie , reçut, après la paix de Tilsitt, la décoration du Lion de Bavière, et fut nommé général divisionnaire le 29 août 1808. Employé immédiatement après dans la guerre d'Espagne, il concourut d'abord au siége de Saragosse , puis alla dans l'Estramadure, où sa témérité l'ayant entralué, avec les chasseurs de la garde , à la poursuite de l'armée anglaise jusqu'au delà d'une rivière, il ne put la repasser, lorsqu'il fut attaqué par des forces supérieures. Blessé et fait prisonnier , il fut conduit en Angleterre, où il obtint une ville pour prison , sur sa parole ; mais il s'échappa quelque temps après, et revint en France, où Napoléon approuva sa conduite, l'emmena avec lui en Autriche , et lui donna encore le commandement des chasseurs de sa garde. En 1812, LefebvreDesnouettes suivit Napoléon en Russie, et fut toujours auprès de lui pendant la retraite, partageant, avec le mameluk Roustan, un des traîneaux qui formaient son escorte. L'année suivante, il fut employé dans la campagne de Saxe : le 19 mai il contribua au succès de la bataille de Bautzen , et s'empara le 19 août des montagnes de Georgenthal. Après avoir éprouvé le 29 septembre un échec trèsgrave à Altenbourg , où il fut attaqué par Phetinann Platow et le général saxon Thielmann , il s'en vengea le 50 septembre sur un corps , il se porta sur la mère pour se rendre maître de l'arsenal et de la garnison . LefebvreDesnouettes se dirigea ensuite sur Compiègne, où il tenta en vain de mettre en mouvement les chasseurs , ils y formèrent la colonie du Champ d'asile, qui eut peu de du- rée. Après beaucoup de vicissitudes, Lefebvre s'établit à Aigleville, capitale d'une autre colonie qui ne réussit pas davantage. La voyant près de sa ruine, il fut contraint de la quitter, et s'embarqua à bord (lu paquebot l'Albion , polir venir en Belgique; mais ce bàtiment échoua sur ICS côtes d'irlande, près de Kingsale, et le malheureux LefebvreDesnouettes périt dans ce naufrage le 22 avril 1822
  • Charles LEGENTIL( 1788) : économiste français , à Rouen le r mars 1788. Legentil , issu d'une fan?* médiocre, obtint une bourse au lycée de sa Mlle natale. Il s'y lit remarquer par ses heureuses dispositions, et les succès qu'il y obtint lui valurent tin prix spécial , fondé par k comte Betignot, alors préfet du département, et plus tard l'exemption du service militaire. Legentil vint à Paris étudier le droit , avec l'intention d'embrasser ensuite le notariat. Il entra pendant quelque temps dans tint• étude d'avoué où il arriva jusqu'au grade de maitre clerc. Mais son aptitude pour les affaires commerciales lui lit bientôt préférer le négoce ; il se fit admettre en qualité de commis dans la maison d'un riche négociant de Paris , M. ChenveetixAubertut , dont il devint plus tard l'associé. La grande intelligence de Legentil !Jour les affaires et pour les questions économiques frappèrent de bonne heure l'autorité. Legentil avait publié en 1821 une brochure sur la question tics laines , dans laquelle il combattait les luis de 18.1 et 182'. qui , en élevant à un taux prohibitif les droits d'entrée sur les laines, avaient produit les plus fâcheux résultats. M. de SaintCricq, placé sous la restauration à la tete de l'administration supérieure du commerce, appela plusieurs fois prés de lui Legentil, pour avoir son avis touchant les questions qui rassortissaient à son département. Le 21 mars 1829, Legentil fut appelé à faire partie du comité consultatif des arts et manufactures, et à dater de cette époque on l'a vu figurer dans tous les conseils et toutes les commissions instituées par l'État pour donner leur avis sur des questions commerciales et industrielles. Nommé membre du jury central de l'exposition de l'industrie en 1827, il fit partie des jurys de toutes les expositions subséquentes , et celui de 1849 le nomma son président. Enfin il fut ér,a'..tnent un des membres du grand jury international de l'exposition universelle de 1855, et s'occupa à cette époque d'une manière toute particulière de faciliter aux étrangers la réexpédition de leurs produits. En 1814, Legentil fut, à la suite de l'exposition des produits de l'industrie, envoyé en Allemagne à l'exposition de Berlin. 11 étudia avec un soin particulier l'état de l'industrie germanique, parcourut les différentes villes d'Allemagne, se livrant à une enquète sur leur situation industrielle. Le rapport de Legentil, qui a été imprimé dans les Annales du commer. e extérieur, est un modèle de clarté et de précision. Trois ans après, Legentil se rendit à Bruxelles comme président de la commission française chargée d'examiner les .produits de l'industrie belge. En même temps que Legentil s'occupait de tout ce qui pouvait contribuer au développement de l'industrie de son pays, il se livrait à des opérations financières, moins encore dans le but de s'enrichir, ce qu'il réussit cependant à faire, que dans celui d'étre utile à sa patrie. Dès 1830, il avait été l'un des fondateurs et directeurs du comptoir d'escompte de Paris, qui sauva le commerce d'une ruine complète. Et en 1848 , dans des circonstances anabigues , il poussa à la création d'un pareil comptoir ; mais, tout en provoquant son établissement, il exprima l'opinion que pour ètre utile au commerce, le comptoir d'escompte ne devait avoir qu'une existence temporaire, limitée aux circonstances qui en avaient amené la création. La haute réputation que s'était faite Legentil dans le commerce de Paris et le crédit mérité dont il jouissait lui valurent, eu 1834, son élection au conseil général de la Seiné, par le troisième arrondissement de la capitale , et, en 1837, il fut élu député par le mèine arrondissement. N'appartenant à aucun parti politique, Legentil vota exclusivement selon les inspirations de sa conscience et les lumières de sa raison, tantôt avec le ministère , tantôt avec le centre gauche , dont il se rapprocha en plusieurs circonstances notables. En 1844, Legentil fut nommé régent de la banque. Il appartenait depuis 1832 à la chambre de commerce de Paris, dont il a été l'un des membres les plus éminents, et qu'il présida dans la dernière période de sa vie. ll a personnellement beaucoup contribué aux deux créations les plus importantes de cette chambre : le développement du service de la manutentiiin de la douane, et l'établissement de la condition des soies et des laines. Dans le conseil général de commerce, dont il fut élu président en 1841, il traita plus particulièrement les questions de douane ; déjà en 1834, il avait été l'un des délégués près la • célèbre commission d'enquête dont les travaux eurent pour résultat une révision du tarif des douane§; il se chargea du rapport sur la question des lins. Nommé pair de France en 1816, Legentil suivit dans la chambre des pairs la même ligne de conduite qu'auparavant. De même qu'A la chambre des députés, il prit surtout part aux discussions relatives aux questions commerciales, et on lui doit un trèsremarquable rapport sur la réforme de la législation des sociétés commerciales, qui a été inséré au Moniteur. La révolution de 1848 rendit Legentil à la vie privée, et il consacra dès lors tous ses soins aux questions économiques et aux intérèts du commerce français. Il mourut dans sa propriété de StOuen , le ter octobre 1855, laissant une réputation sans tache, et unanimement regretté. La chambre de commerce décida que son buste serait placé dans la salle de ses séances
  • Charles LEGOBIEN( 1653 - 1708) : historien jésuite, naquit à StMalo en 1653; il professa d'abord à Tours, puis vint, à Paris, où il fut secrétaire et ensuite procureur des missions de la Chine, Il tnourut le 5 mars 1108. On a de lui : 1° Lettre sur les progrès de la religion ci la Chine, Paris, 1697 2. Histoire dé l'édit de l'empereur de la Chine en faveur de la religion chrétienne, Paris, 1698 traduite en Italien par Ch. Ferreri, Turin, 1699 Depuis un grand nombre d'années, les chrétiens de la Chine souffraient la persécution : l'empereur lihanghi la Lit cesser par un édit rendu le 22 mars 1692. Ce prince, dit Legobien, avait luimême donné des conseils aux missionnaires sur la meilleure manière de rédiger leur requête, pour qu'elle fût favorablement accueillie par le tribunal des rites. L'ouvrage est terminé par un précis sur les relation ;politiques entre les Chinois et les Moscovites. 3' Eclaircissement sur les /mineurs que les Chinois ri tient à Confucius et aux morts. Paris, 1698, On sait que les missionnaires jésuites, regardant ces cérémonies comme des honneurs purement civils , les avaient permises. D'autres religieux, venus postérieurement en Chine, prétendirent au contraire qu'elles tenaient à un culte religieux plein de superstition et d'ttlulàtrie. Le P. Legobien expose que l'on ne peut, sans injustice, faire aux jésuites un crime de leur conduite, et que beaucoup de fervents mis- sionnaires de dilL'rents ordres avaient partagé leur opinion. Cet out rage et le précédent ont été réimprimés ensemble; ils foraient le tome 3 des Nouveaux Mémoires sur la Chine par le P. Lecomte. Le P. Legobien écrivit aussi une Défense des nouveaux chrétiens, contre les dominicains mis- sionnaires, qui répondirent par une .- Ipotoyie, Co- logne, 1699 •. Histoire des îles . 1Iariannes, Paris , 1700 , 1 vol. , cartes; ibitl. , 1701. A l'exception de quelques pages consacrées à la des, cription de ces lies, connues aussi sous le nolu Ladroues, qui leur fut donné par Magellan quand il eu fit la découverte , ce livre mie contient que l'histoire des premiers succès des missionaires et des catastrophes ultérieures qu'ils ont essuyées- Néanmoins, k peu de détails géographiques que - renferme cet ouvrage est. précieux , parce qu'il fait bien connaltre l'état ancien de cet archipel, dont , la population intuitive? a «é presque entièrement s exterminée. A la tin du volume se trouve une . lettre du P. Clain sur la découverte de trentedeux lies au sud des Mariannes : ce sont les Carolines, 8 encore trèspeu connues. 5° Lettres de quelques missionnaires de la compagnie de Jésus, écrites de te la Chine et des Indes orientales, 1702, 1 vol. L'accueil favorable que reçut cc premier recueil eugigea bientôt Legobien à le faire suivre d'un second sous ce titre : Lettres édifiantes et curieuses écrites es missions étrangères , pur quelques missionnaires de la compagnie de Jésus, îe recueil. Ces deux volumes furent les premiers de la collection connue sous le nom de Lettres édifiantes , etc. Legolii..0 en donna six autres volumes; Duhalde continua le recueil , auquel on joint neuf volumes de illérrzoires des Missions au Levant ; et l'on peut y ajouter les Nouvelles des missions orientales reçues au séminaire des missions étrangères en 1785, 86, 87 et 88, 4 part. . On a annoncé depuis une réimpression en 44 volumes de la nouvelle édition, et l'on a commencé en 1819 une collection de Arouvelles Lettres édifiantes. 6. Lettre aux jésuites français, missionnaires de la Chine et des Indes, sur la mort du R. P. Verjus, arec un abrégé de sa rie, Paris ; elle se trouve aussi en tète du 8e volume de la 1" édition des Lettres édifiantes , et:à la fin du 10e vo- hune de l'édition de Querbeuf. Le P. Verjus avait été premier directeur général des missions françaises à la Chine et aux Indes orientales
  • Charles LEIGH( 1650) : naturaliste, naquit vers 1650, dans le Lancashire. Après avoir pratiqué la médecine avec succès dans différentes villes de ce condé, il vint à Londres et fut admis à la société royale en 1681 Son goût pour l'histoire naturelle le ramena bientôt dans sa province, qu'il visita dans tous les sens pour en étudier le sol et les productions. Il profita d'une occasion favorable pour aller continuer ses observations dans l'Amérique du Nord; mais il dut en parcourir trop rapidement les provinces pour pouvoir en donner une description satisfaisante. Lcigh mourut en Angleterre, vers 1710. Outre plusieurs mémoires dans les Transactions philosophiques dont un sur le natron d' Egypte , t. I 4, p. 609, on connalt de lui : Phtisiologia- lancastriensis, cum tentamine philosophiro de mineralibus aquis in eodem comitatn, Londres, •694 C'est un traité des maladies qui règnent le plus communément dans le Lancastre, et qu'il attribue à l'humidité de l'air, occasionnée par le grand nombre d'étangs et de marais. 2" Exercitationes quinque de aquis minera- libus , thermis calidis , etc. , ibid. , 1697 3" the , Vatural History of Lancashire, Cheshire and the Peak in Derbyshire, with an account of the antigl? ties, Oxford, 1700 avec 13 planches, ouvrage rare, curieux et fort estimé. On en trouve une bonne analyse dans les Acta erudit. Lipsiens., 1701, p. 511-19, avec une planche représentant l'intérieur de la fameuse grotte nommée Poolo pole. C'est le fruit de près de vingt ans de travaux et de recherches. 4', History of Virgiuia, Londres, 1705 ouvrage superficiel
  • Charles LENNGREN( 1750 - 1827) : conseiller du commerce et de l'académie des sciences de Stockholm , naquit, le 28 mai 1750, dans la paroisse de Westerljung, en Sudermanie, où son père était ministre. 11 lit ses premières études sous la direction de son père, jusqu'à l'époque où il passa à l'université d'Upsal. Ayant fini ses cours académiques, il se rendit à Stockholm, où il entra au college du commerce et fut d'abord simple copiste. Après avoir rempli différentes fonctions avec zèle et exactitude, il fut nommé conseil ler. Le 24 avri11805, il fut élu membre de l'académie des sciences, qui le choisit pour président l'année suivante. En quittant le fauteuil, il prononça un discours où il traita du rapport des métiers des villes avec l'agri- culture. Le ler mars de la même année , le roi le nomma chevalier de l'Etoile polaire. Aux connaissances propres à la carrière dans laquelle il était entré, Lenngren joignait la réputation d'un savant trèsversé dans les belleslettres. Ce fut lui qui, dans le mois de novembre 1778, commença la rédaction du journal nommé Sforkhatms Pas-: en. Par son intelligence et celle des collaborateurs qu'il s'était adjoints, au nombre desquels on doit citer le fameux poète Kellgren , il sut donner beaucoup de vogue à ce journal. Lenngren avait épousé mademoiselle Malinstedt, l'un des poètes les plus remarquables de son temps; ses poésies, pleines d'imagination, sont regardées à juste titre en Suède comme des ouvrages clas- siques. Cette femme célèbre mourut avant son mari , et cette mort le plongea dans la plus vive douleur. Le conseiller Lenngren donna sa démission le 15 décembre 1826, pour vivre dans la retraite , où il mourut le 16 novembre de l'année suivante
  • Charles LEROY( 1726) : frère du précédent, chimiste et médecin distingué, né à Paris en 176, apporta en naissant une constitution délicate qui paraissait devoir l'éloigner de la profession dans laquelle il s'est illustré. Après qu'il eut fait avec distinction ses humanités et pris des inscriptions en médecine à Paris, l'état chancelant de sa santé l'engagea à se rendre à Montpellier, où il fut doublement attiré par la beauté du climat et par la juste célébrité de l'école. Charles Leroy vit sa santé s'améliorer, et il résolut de rester à Mont-, pel lier au moins le temps nécessaire pour y pren- dre ses grades. En 1750, il fit un voyage en Italie qui lui procura une diversion agréable, en mème temps qu'il put mettre à profit et en quelque sorte à contribution cette terre classique. Il observa , pour ne parler que de ce qui faisait l'objet spécial de ses études, les asphyxies et les phénomènes produits dans la grotte du Chien , près de Naples, par le dégagement du gaz carbonique. il décrivit aussi et tenta d'expliquer la phosphores- cence des eaux de la Méditerranée. Leroy revint à Paris au milieu de sa famille, et lit part de plu- lu C'est contre cet ouvrage crie Fleurieu s'élève dans un écrit anonyme intitulé Examen critique d'un memoire publié par M. Leroy, hordoger du roi, sur l'epreuve des horloges propres à déterminer les lonewles en mer, et star les prihcipes de leur const, uction, à Londres, et se trouve à Paris chez Vente, 176t, in 40de mi et 72 pages. Fleurieu ne mit pas son livre en circulation, et en detruisit tous les exemplaires: celui que j'ai ru est peut-être unique. sieurs observations intéressantes à l'Académie des sciences. 11 retourna en 175'2 à Montpellier, où il fut reçu docteur et devint professeur en 1759. Il avait donné, dans un concours solennel, des preuves de son savoir , de sa méthode sévère, et de l'excellent esprit avec lequel il appliquait et rapportait toutes ses connaissances à la médecine pratique. Il porta donc dans sa chaire les qualités les plus essentielles à un professeur. On l'entendit traiter tour à tour, et avec une égale profondeur, de la suspension de l'eau dans l'atmosphère, doctrine encore admirée aujourd'hui, et de l'analyse de plusieurs eaux minérales naturelles, ainsi que des procédés à suivre pour en imiter quelquesunes, entre autres les sulfureuses. Deux mémoires sur la respiration de la tortue et sur la structure de l'organe de l'ouïe permirent, d'apprécier les connaissances étendues et exactes de Charles Leroy sur l'anatomie de l'homme et des animaux. On applaudit moins unanimement au mémoire sur le mécanisme par lequel l'oeil s'accommode aux différentes distances des objets. Charles Leroy, singulièrement considéré comme professeur, jouit de bonne heure de la réputation d'un habile praticien. Ce double succès se trouve justifié par les idées qu'émit ce savant médecin sur le scorbut, sur le pronostic, et sur les fièvres aiguës, qu'il décrivit admirablement d'après la nature. Trèsversé dans la lecture et dans la méditation des anciens, il n'enseignait, d'après eux que ce que la raison et l'expérience avouaient et confir- maient ; c'est ainsi , pour ne citer qu'un exemple, qu'en reconnaissant l'existence et l'utilité de la belle doctrine des crises, il s'éleva un des premiers contre celle des jours décrétoires • qui présente en effet tant d'obscurité et d'incertitude. Sa réputation et les intérèts de sa famille l'appelèrent en 1777 à Paris, où il fut, dès son arrivée, l'un des médecins les plus recherchés. Épuisé de fatigues, il mourut des suites d'un squirrhe au pilore, le 12 décembre 1779. Ce médecin a publié plusieurs écrits que le progrès des sciences fera oublier; mais la postérité admirera ceux dont les titres suivent : 1. Mémoires et observations de mé- decine , partie contenant deux lléinoires sur les fièvres aiguës, Montpellier, 1766 2.. 1/ é/ an- ges de physique, de chimie et de médecine, Paris, 1771, W• ; 5. Mélanges de médecine, '2' partie, id., Paris, 1776 Voyez son éloge par de Ratte, à Montpellier ; à Paris, par Vicq d'Azir; et par Castilhon dans le / Véry- otage de 1781
  • Charles LEROY DE LA CORBINAYE( 1790 - 1739) : lexicographe, naquit à StBrieuc le 21 novembre 1790. Son père, avocat au parlement de Rennes, lui fit commencer ses humanités chez les bénédictins de PontleVoi. Ces religieux, charmés des heureuses dispositions qu'il n'unirait pour l'étude, l'engagèrent à entrer dans leur ordre ; mais, après quelques mois de noviciat , le jeune élève, ne se sentant point de vocation, vint à Paris, où il suivit un cours de philosophie au collége du Plessis. S'étant trouvé en relation avec des imprimeurs , il prit goût à l'art typographique, et, en 1721 , il accepta, dans la maison de Faulcon , imprimeur du roi, à Poitiers, le modeste emploi de correcteur, qui exige plus de connaissances qu'on ne le croit communément et que de savants hommes, tels que Jean de Lascaris et Frédéric Sylburg, n'ont pas dédaigné de remplir. Leroy consacrait à la littérature, et surtout aux études grammaticales, les loisirs , pour un fort bon abrégé , de tous les traités d'orthographe qui avaient paru jusqu'alors , aucun n'avait égalé celuici par l'exactitude, l'ordre , la méthode et l'utilité que l'on pouvait en retirer ; et il ajoutait que le nom de l'auteur irait de pair avec ceux de nos grammairiens les plus estimés. Le succès du livre jusjitia ces éloges ; une 2e édition parut en 4742; une 3., avec un avertissement de l'abbé Goujet, en 4747; une e, revue et augmentée par Restant, en- 4752 ; une 5. en 1764 ; une 6, augmentée par Rondet, en 1775. Toutes ces éditions, sorties des presses de l'imprimerie Faulcon, firent donner au Traité de l'arthbgraphe le nom de Dic- tionnaire de Poitiers. 11 en a paru dans la même ville, chez François Barbier, une nouvelle édition, 1792 On en a fait aussi un abrégé sans parler de nombreuses contrefaçons tant en France qu'à l'étranger. Quoique l'ouvrage ait été revu , corrigé, presque entièrement refondu par des continuateurs , c'est à Charles Leroy qu'appartiennent le fond et la forme qui constituent le mérite de ce lexique. P—RT
  • Charles LESLIE : mina la cour à faire arrêter et mettre en prison le Mais, quoiqu'il se crût autorisé à résister aux actes illégaux du souverain , il était loin d'approuver qu'on portât ces principes de résistance jusqu'à priver le roi du pouvoir suprême. En persévérant avec fermeté dans cette opinion, il demeura fidèle à Jacques II, même après la révolution qui le priva du trône, et il refusa de prêter aucun nouveau serinent contraire à l'obéissance qu'il croyait lui devoir : aussi futil privé de tous ses emplois. Les troubles qui s'élevèrent en Irlande en 1689 le forcèrent à se retirer en Angleterre avec sa famille. Il passa tout son temps à mettre au jour des écrits polémiques en faveur de la cause qu'il avait embrassée ; son esprit et ses vastes connaissances le rendaient un champion redoutable aux non- jureurs. Le premier ouvrage qu'il fit paraître à ce sujet fut une réponse à l'écrit de l'archevêque King sur l'état des protestants en Irlande sous le gouvernement de Jacques II. Leslie se montra, dans sa réfutation, aussi opposé aux principes des catholiques qu'à ceux de l'auteur qu'il réfutait. 11 écrivit aussi contre la secte des quakers, et employa en même temps sa plume à défendre la religion chrétienne en général contre les déistes, les juifs et les sociniens. Ses divers écrits et ses fréquentes visites aux cours de StGermain et de BarleDuc le rendirent suspect au gouvernement ; niais il le devint encore davantage après la publication de l'ouvrage sur le droit héréditaire à la couronne d'Analeterre, dont on le croyait auteur : craignant pour sa sûreté, il quitta l'Angleterre, et vint se réfugier à la cour du prétendant, à BarleDuc, où on lui permit d'officier dans une chapelle privée suivant les rites de l'Église anglicane. Il parait certain qu'il fit de grands efforts pour convertir le prétendant à la religion protestante , mais ces efforts furent vains. Néanmoins, pour soutenir les intérêts de ce prince, tandis que son parti en Angleterre conservait et cherchait à répandre l'espoir de son rétablissement , il écrivit de BarleDuc , sous la date du 23 avril 1714, une lettre dans laquelle il faisait le plus grand éloge du prétendant. Elle fut imprimée et répandue à profusion parmi les royalistes. Il suivit ce prince en Italie, malgré e peu d'égards qu'on avait pour lui à sa cour. En 1721, désirant finir ses jours dans sa patrie, il se détermina enfin à se rendre en Angleterre, quelques risques qu'il pût y courir. Ses amis ayant fait connaître son dessein à lord Sunderland et sollicité sa protection , celuici l'accorda avec beaucoup de générosité; il empêcha que Leslie ne fût inquiété, et reçut même fort mal l'avis qu'un membre de la chambre des communes crut devoir lui donner de son arrivée. Leslie se retira en Irlande, où il mourut le 13 février 1722. Les écrivains protestants qui ont parlé de lui le représentent comme un homme rempli de fermeté et de savoir. Invariablement attaché à la cause de son roi légitime , il ne l'abandonna ja- mais, partagea tons ses revers, et lui fut même fidèle après sa mort , en défendant avec chaleur les intérêts et les droits de son fils. 11 a publié un grand nombre d'ouvrages sur la politique et la théologie. Nous indiquerons seulement : 1" Récite ou Répétitions . Commencé en 1 704 et continué pendant six à sept ans, ce fut d'abord un journal hebdomadaire, qui fut publié ensuite deux fois la semaine, en forme de dialogue sur les affaires du temps. 2. La Bonne Vieille Cause, ou le Mensonge dans la vérité, contre l'évêque Burnet , 1710. Ce pamphlet irrita tellement la chambre des communes qu'elle lança un warrant contre l'auteur , ce qui le força de quitter l'Angleterre. 3. Le Serpent sous l'herbe , 1697 Bayle estimait beaucoup cet ouvrage, dirigé contre les quakers. 4° Etat présent du quakerisme en Angleterre, 1701 ; 5. Méthode courte et aisée pour combattre les déistes, 169 Cet ouvrage, qui passe pour ce qu'il a fait de mieux, lui a été contesté. Le docteur Gleigh a fait de grands efforts pour prouver qu'il appartenait à Leslie, quoiqu'il fût publié parmi les ouvrages de l'abbé de StRéal, mort en 1692. 7. La Vérité du chris- tianisme démontrée dans un dialogue entre un chrétien cl un déiste, 1711 8° Méthode courte et aisée pour combattre les juifs, 1689, tirée principalement (lu traité de Limborch intitulé Arnica collatio. Le P. Houbigant l'a traduite en français sur la 7e édition avec quelques autres ouvrages de Leslie, Paris, 1770 9° Le Socinianisme dis- cilié, 1708; 10° Examen de l'accusation de socinianisme portée contre le docteur Tillotson par un vrai fils de l'Eglise ; 11. Du jugement privé et de l'autorité en matière de foi, et plusieurs autres écrits contre les catholiques. Tous ces ouvrages, excepté celui contre Tillotson , ont été publiés par Leslie en 2 volumes 1721. En 1837, M. J.J. Pacaud a publié, traduit de Leslie, Paris le Déisme réfuté par une méthode courte et facile, suivi d'une Lettre de l'auteur à un déiste converti, et d'une Démonstration de la vérité de la religion chrétienne, ou Dialogue entre un chrétien et un déiste
  • Charles LOTH( 1632) : peintre, que les Italiens nomment Carlotto , naquit à Munich , en 1632. 11 reçut les premières leçons de son père Ulric Loth, peintre estimé de la cour de Bavière , et de sa mère, qui peignait fort bien la miniature. Envoyé jeune encore à Venise, il étudia sous le chevalier Pierre Liberi , devint son plus habile élève et l'égala dans la manière de draper et de peindre avec franchise ; il le surpassa même dans la igueur du coloris et la science du dessin. Ou le chargea de peindre un tableau pour l'église de StSylvestre, à Venise ; et il exécuta son beau tableau de St- Joseph. 11 peignit ensuite le dôme de l'église de l'hôpital , et y représenta la Mort de Jésus- Christ. A SteMarieGiubenica, il peignit la Vierge encourageant un martyr. 11 enrichit encore plusieurs cabinets d'un grand nombre de tableaux de chevalet, remarquables par la noblesse de l'invention, la correction et la délicatesse du pinceau. Le désir de revoir sa patrie l'ayant ramené à Munich, il y exécuta plusieurs tableaux, notamment celui de Silène ivre, qui fut regardé comme un chefd'oeuvre. S'étant rendu à Vienne, il y fit le portrait de l'empereur Léopold 1 d'une manière tellement supérieure, que ce prince le chargea de peindre toute la famille impériale. Pendant son séjour dans cette ville , il eut occasion d'exécuter plusieurs tableaux d'histoire qui lui firent le plus grand honneur. 11 voulait cependant retourner en Italie ; mais, dans toutes les villes où il passait, il était forcé de s'arrêter pour peindre. Ce fut à Florence qu'il fit le plus long séjour. Le grandduc lui confia l'exécution de plusieurs tableaux dont il voulait enrichir sa galerie. Les plus célèbres sont : la Dispute d'Apol- lon et de Marsyas; Lucrèce surprise par Tarquin; Loth et ses filles ; la Nativité ; un Ecce homo ; la Résurrection de Jésus- Christ; mais pardessus tout, Adam et Eve pleurant sur le corps d'Abel, tableau qui a été gravé avec un grand talent par Porporati. Enfin, après avoir encore travaillé pour les villes de Vérone et de Milan , Loth se retira à C'est par erreur que quelques historiens donnent MichelAnge de Caravage pour maître à Charles Loth , puisque le Caravage mourut en 1609, avant la naissance de ce dernier. Venise, où il mourut en 1698. Il faisait aussi des portraits remarquables par la ressemblance , la vigueur du coloris et le relief. Le sien , qu'il a peint luimême, se trouve dans la galerie de Florence
  • Charles LOYSEAU( 1566 - 1627) : jurisconsulte, né à No- gentleRoi , près de Chartres, en 1566, fut reçu avocat au parlement de Paris, où il continua la réputation de son père , Renaud Loyseau , jurisconsulte distingué que Diane de Poitiers et le duc d'Aumale , son gendre, avaient honoré de leur confiance. Six ans plus tard , il fut nommé lieutenant particulier du présidial de Sens, dont il prépara la soumission à Henri 1V. Peu de temps après, il devint Bailly de Chàteaudun, et remplit cette place pendant dix ans avec beaucoup de •11 . tr'ut nie. (langerP en(-11a:l.seopn éjersdroeulra (\ltaiielspclerttlta. vchilule , te l'un plancher qui ensevelit sous ses ruines plusieurs personnes, entre autres son frère unique ; ui seul écharpa comme par miracle. 11 reprit .,nsuite la profession davocat, et mourut à Paris e 27 octobre 169.7. Ses nombreuses occupations ie l'empêchèrent point de donner au public, en HI i, plusieurs traités, tels que ceux des Offices, les Seigneuries, des Ordres et simples dignités, du Déguerpissement et délaissement par hypothèques, le la Garantie des rentes et abus de la justice des villages. Ses oeuvres, publiées d'abord en 1660 ont eu trois éditions par les soins et avec des remarques (le C, Joly, , chanoine de Paris, et une quatrième par la compagnie des libraires de Lyon , 1701 c'est la meilleure et la plus complète. Loyseau avait une connaissance profonde du droit romain , - dont il s'aidait pour ré, soudre les difficultés de notre droit coutumier. Une des matières les plus ardues de ce droit fut éclaircie par son traité du Déguerpissement, qui est son chefd'oeuvre et dont Bordeau lui a vainement contesté l'honneur. Ses autres ouvrages (?nt conservé de l'estime comme monuments de votre ancienne constitution féodale
  • Charles LOYSON( 1791 - 1820) : , littérateur et publiciste, naquit en 1791 à ChâteauGontier, département de la Mayenne. Après avoir fait de brillantes études au collège de Beaupréau , il se voua à la carrière de l'instruction publique , et professa successivement les humanités et la rhétorique dans plusieurs colléges de département. Malgré les succès de son enseignement, il sollicita comme une faveur d'être admis, pour y compléter ses études , à l'école normale que venait de fonder Napoléon , en créant son université impériale. Loyson se distingua tellement entre ses condis- ciples, qu'il fut bientôt nommé répétiteur de l'école, et professeur d'humanités au lycée Bonaparte. La restauration arriva , et quoiqu'il eût célébré la naissance du roi de Rome dans une ode qui obtint quelque succès, Loyson n'hésita pas à chanter le ,retour de Louis XVIII dans une nouvelle Ode sur la chute , 1 vol. ; et Louis XVIII, qui agréa la dédicace de ce volume, n'avait pas , diton , dédaigné d'y faire quelques corrections . Presque en même temps, Loyson, que la faiblesse de sa santé ne pouvait arracher à l'étude , donna la traduction du Tableau de la constitution d'Angleterre, par Georges Custance, 1817, 1 vol. ouvrage utile, qui offre l'analyse des lois politiques de la GrandeBretagne. Le traducteur fit précéder cette publication d'une préface où il exposait la théorie de l'histoire des gouvernements représentatifs. En 1817 il prit encore une part active à la rédaction des Archives politiques, C'est ce que Loyson fait entendre luimême dans une note qui accompagne ce dédicace au roi. journal fondé par M. Guizot, et qui avait pour Crut de maintenir et de développer les conséquences de l'ordonnance du 5 septembre. Dès ce moment, voué à la politique, Loyson se constitua le défenseur du ministère, soit dans le Spectateur, soit dans une brochure trèsmordante, avant pour titre Guerre à qui la cherche, ou Petites lettres sur quelques- uns de nos grands écrivains, par un ami de tout le monde, ennemi de tous les partis Ce pamphlet , que le ministère fit répandre avec profusion, eut , par ce moyen, trois éditions dans la même année, et fut bientôt suivi de cet autre pamphlet : Seconde campagne . Aussi fécond que zélé pour la cause qu'il avait embrassée , il mit encore au jour deux écrits relatifs aux grandes questions qui occupaient alors le gouvernement : e De la proposition de . 11. le marquis Barthélemy et de la loi des élections, 1819 ; 2° De la responsa- bilité des ministres et du projet de loi présenté sur cette matière dans la séance de la chambre des députés du 29 janrier 1819 Sévèrement inculpé dans la Minerre, par Benjamin Constant, Loyson ne craignit pas d'accepter le combat corps à corps avec un pareil adversaire , et sa Lettre à M. Benjamin Constant, l'un des rédacteurs de la Minerve , pleine de force et de dialectique , lui fit infiniment d'honneur. Quoique d'une santé languissante , malgré les devoirs d'une place importante et des fonctions à l'école normale, Loyson ne cessait de cultiver la poésie. Il donna : Épitres et élégies, par Charles Loyson . Une de ses meilleures pièces insérées est l'ode qu'il composa sur l'attentat du 13 février 1820 , elle fut pour lui le chant du cygne. Une maladie inflammatoire l'enleva le 27 juin 1820, à l'âge de .29 ans. Peu d'hommes sont morts si jeunes avec une vie si bien remplie. Ses obsèques furent honorées d'un concours nombreux. M. Cousin, son condisciple et son ami , prononça sur sa tombe de touchants adieux. M. Patin lui a consacré dans le Lycée une notice intéressante. Outre les ouvrages que nous avons cités, il a paru en 189.1 un roman attribué à Charles Loyson , intitulé Cécilia Delarille Son frère , èlors inspecteur de l'académie de Metz, réclama dans le temps contre cette publication apocryphe
  • Charles LUND( 1638 - 1715) : professeur en droit à l'université d'Upsal , né à lonkioping le 8 avril 1638, acheva dans les universités étrangères les études qu'il avait commencées dans celles de son pays, et fut nommé professeur en 1678. il se fit connaître par une Histoire du droit de Suède, et une Histoire du droit romain et du droit civil et canonique, écrites l'une et l'autre en latin et remplies . L'auteur cherche à y prouver que l'enfer des anciens, le Styx, les Champs-Élysées, etc. , étaient situés dans l'Ilelsingie , province de Suède. Un auteur plus moderne les place dans la Belgique. 2. De origine majestatis civilis, Upsal, 1692; 3° Commentarius in jus retus Liplandicunt, quod Birgerus Suionuniex anno 1295 recognovit, Upsa1,1700 Cet ancien code avait été traduit du suédois en latin par Loccenius et publié par Rudbeck ; Lund y a joint de savantes notes. ( voy. son oraison funèbre par Fabre Toerner, Upsal, 1721 , et Halls la Memoria virorum in. Suecia erudit. rediviva de Nettelblad, semidec. 4, p. 113. — Un autre Suédois du même nom, Daniel LUND, né en 1666, professeur de langues orientales à Abo et à Upsal, puis évêque de Strengnès, s'est fait connaître par son érudition et surtout par une grande connaissance des langues orientales. il traduisit en latin et commenta le traité talmudique du Taanith, Utrecht, 1694. Daniel Lund publia aussi un grand nombre de dissertations académiques, et mourut le 25 décembre 1747
  • Charles MACKLIN( 1690) : comédien irlandais, dont le véritable nom était Maelauchlin , naquit d'une famille pauvre, dans le comté de WestMeath, en Irlande, le 1" mai 1690. Il resta quelque temps à l'unk ersité de Dublin , gagnant son pain à faire les commissions des écoliers. 11 erra ensuite sans dessein et sans profit, s'engagea comme acteur en prov ince, où il joua jusqu'en 1725, qu'il vint L Londres : il débuta dans la tragédie, mais sans succès. Il retourna en province, rey int à Londres un peu plus exercé, et fut assez goûté dans cer- tains rôles. Il partageait, vers 1735, la direction du théiltre de DruryLane avec Fleetwood. C'est à cette époque qu'il tua un de ses camarades d'un coup de bAton, dans une dispute. Après s'è- tre caché pendant plusieurs mois, il se rendit luiinéme à la prison d'OldBailey, et fut mis en jugement ; mais, grAce aux témoignages que donnèrent de lui ses camarades, il fut renvoyé comme ayant été entraîné au meurtre par un Mus ornent involontaire. Cependant cet événement lit dans le public une impression fAcheuse pour lui , et qui ne s'effaça point. La faveur de ses camarades l'abandonna dans une autre affaire, à la vérité, moins sérieuse. Croyant avoir à se plaindre de leur directeur, ils se liguèrent en 1743 , résolus d'en demander justice. Garrick et Macklin étaient les chefs de cette ligue ; ils étaient convenus de se soutenir l'un l'autre, et de n'entrer séparément dans aucun traité avec le directeur : ils adressèrent, en conséquence, au lord chambellan, une pétition pour obtenir la permission de jouer sur un autre thatre, mais ce fut sans succès; ce qui engagea la majorité à accé- der aux conditions du directeur. Le ressentiment de ce dernier se porta sur Macklin, représenté comme le moteur de cette révolte, et il fut exclu de la troupe, ainsi que sa femme. Macklin s'en vengea sur Garrick , qui l'avait trahi. Lorsque celuici jouait le rôle de Bayes, une cabale s'empara du théâtre, et, ayant trouvé de l'opposition, lit tant de bruit qu'il n'y eut point de représentation ce jourlà. Plusieurs autres représentations furent de même interrompues par des rixes entre les deux partis, jusqu'à ce qu'enfin celui de Mack- lin fut obligé de céder. Les pamphlets les plus violents plurent à cette occasion. Voyant le théâtre de DruryLane fermé pour lui , il ouvrit en 1744 celui de HayMarket, où il joua dans une troupe qu'il avait instruite à la déclamation et dans laquelle se trouvait Foote : mais il fit sa paix la même année avec son ancien directeur de DruryLane, où Barry avait succédé à Garrick, qui était alors au théâtre de CoventGarden. Macklin s'attacha à la fortune de Barry, l'aida de ses conseils et en fit son élève favori : il passait pour un bon maître de déclamation. Cependant Garrick ayant pris avec Lacy la direction de DruryLane , Macklin y contracta un. engagement pour l'année 17.18 ; après quoi il alla jouer à Dublin, où le directeur Sheridan lui offrait des conditions trèsavantageuses ; mais à peine un mois s'était écoulé, que la désunion éclata entre eux avec une extrême violence et une insolence intolérable de la part de Macklin, surtout lorsqu'il était ivre, ce qui ne lui arrivait que trop souvent. Il se mit à la tète d'une troupe de comédiens à Chester ; entra, en 1750, à CoventGarden, où il fit débuter sa fille ; mais âgé d'environ cinquantequatre ans, il quitta la scène pour ouvrir une espèce de taverne, l'établissement de ce genre le plus vaste et le mieux décoré de l'Europe, où il devait faire des lectures sur la comédie des anciens , sur le théâtre moderne , Shakspeare , etc. Ces lectures devaient être suivies de discussions sur une question proposée, notamment celleci, qui devait être agitée dans la première séance : Le peuple anglais a- t- il gagné, par ses relations arec la nation fran- çaise ou par l'imitation qu'il en a faite? La curiosité y attira huit cents personnes le premier jour ; mais Foote, craignant que ce nouveau spectacle ne nuisit au sieq, contribua beaucoup à le faire tomber : il se moqua du professeur sur son terrain, et parodia ensuite sa personne et sa manière dans une pièce qui fut jouée à HayMarket. Le pauvre Macklin se vit obligé de fermer son ora- toire pour ne pas prêcher dans le désert, mais non sans avoir répandu beaucoup d'encre et beaucoup d'injures contre Foote, qu'il accusa d'avoir volé la malle d'un de ses amis. Macklin prit le parti de rentrer au théâtre. Il y avait donné jusquelà plusieurs pièces de sa composition qui avaient eu peu de succès ; mais une farce populaire intitulée l'Amour à la mode, qu'il donna en 1759 , fut fort applaudie à Londres et à Dublin, et rétablit ses finances délabrées. Il avait soixantetreize ans , et il eût été temps de jouir du repos ; mais le besoin d'exercer une activité qui le tournkinta toute sa vie, le porta à ouvrir un nouveau cours de déclamation sur les rôles de Macbeth et d'ethello, dans lesquels Garrick enlevait tous les suffrages. Cette prétention lui suscita quelques ennemis qui se permirent de le siffler, de le maltraiter et de l'insulter dans les journaux : à la quatrième séance la salle devint une espèce d'a- rène de gladiateurs, et ce fut l'auditoire qui donna le spectacle. Macklin s'étant présenté peu de jours après sur la scène pour y jouer un de ses rôles favoris, le parterre refusa de l'écouter, et voulut même l'obliger à demander pardon à genoux. Les clameurs ne cessèrent que par la promesse des directeurs que l'acteur ne jouerait plus jusqu'à ce qu'il eût donné satisfaction au public. Macklin préféra de s'adresser aux tribunaux, qui condamnèrent , en effet , les chefs de la cabale à lui payer des dédommagements pour le tort qu'il avait souffert. Ce fut en 1781 qu'il fit représenter à CoventGarden sa comédie de l'Homme du monde, qui réussit, et où il joua le rôle le plus difficile avec une vivacité remarquable, étant àgé de plus de quatrevingts ans. Sa mémoire seule était altérée ; elle lui manqua absolument au milieu de plusieurs représentations : il parut pour la dernière fois au théâtre en 1789. La misère qu'il n'avait point prévue l'aurait assailli dans sa vieillesse , si quelquesuns de ses amis n'eussent formé une souscription pour l'impression de ses deux comédies. Devenu totalement sourd et presque étranger à ce qui se passait autour de lui, il continua de fréquenter le théâtre jusqu'à sa mort, arrivée le 11 juillet 1797, dans sa 108" année. Excepté dans cinq ou six rôles, tels que celui de Shylock dans le Négoc iant de Venise, c'était un comédien assez médiocre : il manquait de dignité, et son débit était pénible. Il était d'une laideur remarquable; mais il avait d'ailleurs beaucoup d'intelligence, de vivacité, et une instruction qui manque trop souvent aux hommes de sa profes- sion. On a publié, en 1804, lesMémoires de Charles 3Iacklin , avec les caractères et les moeurs dramati- ques du siècle où il a vécu, 1 gros vol
  • Charles MAGALLON( 1741) : né à Marseille le 30 mai 1741, reçut dans cette ville une bonne éducation. Lorsqu'il l'eut terminée , il entra dans la . maison de commerce de son père et en forma ensuite une luimême. Après quelques années, il se rendit dans le Levant qu'il visita en homme éclairé , et se fixa définitivement au Caire , où il s'établit comme négociant en 1775. Sa maison ne tarda pas à prospérer, et il acquit nonseulement une belle fortune , mais aussi une trèsgrande influence sur les chefs du gouvernement de l'Egypte par sa probité et son intelligence , et aussi grâce au crédit dont sa femme jouissait dans le harem des principaux beys, où elle avait ses libres entrées. Magallon en profita pour se rendre utile à différents voyageurs français, parmi lesquels nous nous bornerons à citer Sonnini et le baron de Tott, ainsi qu'aux agents que la cour de Versailles envoyait dans le Levant et dans l'Inde. Ce fut surtout à partir de 1777, que le ministère français ayant retiré du Caire le consul qui y était établi pour fixer sa résidence à Alexandrie , Magallon remplaça pour ainsi dire officiellement .cet agent, sans en avoir le titre, et devint l'appui et l'uni- que protecteur de ses compatriotes auprès des beys. Il correspondait directement avec le cabinet de Versailles, ainsi qu'avec les ambassadeurs à Constantinople ; maintes fois ils réclamèrent ses avis et lui confièrent d'importantes et délicates négociations. En 1785, il ménagea entre le pacha d'Egypte, les beys et quelques cheiks arabes, des traités favorables au commerce de la France. Mais la mauvaise foi des indigènes , la rivalité des Anglais , et la préférence que le ministère donnait aux intérêts de la compagnie des Indes, nouvellement créée avec un privilége exclusif, détruisirent les espérances que Magallon avait dû et pu concevoir. Les négociations avec les beys avaient été confiées à Truguet, envoyé au Caire pour cet objet, par le comte de ChoiseulGouffier, ambassadeur auprès de la Porte otto- mare, mais on n'en attribua pas moins leur succès à la considération dont Magallon jouissait. Au mois de février 1786, MouradBey avait ordonné la démolition du couvent des Pères de la terre sainte, existant à Alexandrie sous la protection de la France, et réclamait en outre des négociants français une avance de trois cent mille francs; déjà ses ordres avaient reçu un commencement d'exécution, lorsque Magallon s'entremit auprès de lui, secondé qu'il était par sa femme. Ses démarches eurent un tel succès, que bientôt le fier mameluk fut amené à faire réparer à ses propres frais les dommages qu'il avait causés, et, ce qui paraîtra plus surprenant, à écrire une lettre d'excuses au consul de France à Alexandrie et à l'am?assadeur français à Constantinople. Ce fut la même année que la Porte envoya en Egypte le capitan pacha GhaziIlaçan pour détruire le gouvernement des beys. Cet amiral les attaqua avec vigueur. parvint à les forcer à abandonner le Caire et à se retirer dans la haute Egypte. Il s'empara ensuite de leurs biens, vendit leurs palais, leurs villages et leurs meubles, . et en fit passer le produit à Constantinople. Cette expédition, qui fit sortir des sommes immenses d'Egypte, causa par cela même la ruine des Français, dont les richesses des beys étaient le gage, et en particulier celle de Magallon, créancier des chefs mameluks de près de cinq vent mille tra dont il sollicita sans succès le remboursement. Forcé alors de dissoudre l'établissement formé par lui en Egypte, et qui avait prospéré depuis tant d'années, Magallon rentra en France en 1790. 11 réclama la bienveillance et la justice de M. Thévenard, à cette époque ministre de la marine, et il eut recours aussi à l'assemblée constituante; mais ce fut vainement qu'il mit sous leurs yeux un exposé de sa conduite dans le Levant, appuyé sur les certificats les plus honorables; qu'il parla des pertes énormes qu'il avait supportées et des dangers qu'il avait courus. On fut sourd à ses réclamations, lien qu'elles fussent fortement recommandées par lsmaelBey, qui faisait remarquer au gouvernement français que, grâce à des efforts inouïs, l'hont? ne Magallon était parvenu, non à éviter sa ruine, mais à satisfaire tous ses créanciers. Le roi Louis XVI, s'il ne put lui faire obtenir la réparation qu'il demandait, lui accorda du moins sa bienveillance et lui prouva son estime en lui faisant cadeau d'une tabatière enrichie de diamants et ornée de son portrait. Magallon vivait depuis plusieurs années dans un état audessous de la médiocrité, et n'avait plus conservé aucun espoir de voir la fortune lui sourire de nouveau, lorsque des négociants de Marseille, persuadés que la présence d'un agent de la république obtiendrait quelque faveur au commerce qu'ils y faisaient, sollicitèrent le gouvernement d'y envoyer leur compatriote, dont les talents et l'influence ne pouvaient être contestés. Leur réclamation fut accueillie , et 3.B. Mure, qui exerçait depuis vingt ans, en Egypte les fonctions de consul général de France . avant été rappelé le 30 janvier 1793, le conseil exécutif nomma Magallon à sa place. Celuiri se rendit immédiatement à son poste ; niais ce fut en vain qu'il chercha à améliorer le sort des négociants français en Egypte. Leur position s'aggrava au contraire de jour en jour, soit par suite des préventions IouradBey; soit, ce qui parait plus probable, qu'ils eussent commis le passage d'une lettre , dans laquelle je « n'ai trouvé que des idées sages et grandes. Je « conférerai avec vous sur tous ces objets quand « vous serez en France... » Magallon avait de- mandé un congé d'une année, que le ministre s'empressa de lui accorder. A son arrivée à Paris, il renouvela l'idée d'une conquète dont il déve- loppa l'extrème facilité et les grands avantages. Mais , dans son projet , c'était d'accord avec le Grand Seigneur qu'il fallait trouver dans ce riche pays, sur lequel ce souverain n'avait depuis long- temps qu'une autorité nominale la compensa- tion des pertes commerciales que la France avait essuyées aux Indes et aux Antilles. Au mois de juillet 1797, c'est-àdire un an environ après , Bonaparte, dans les loisirs des préliminaires de Léohen , puisa de son côté la première idée de son expédition d'Egypte dans les archives de Ve- nise, dont on lui faisait alors le dépouillement. 11 consulta même, diton, à ce sujet, divers do- cuments tirés de la bibliothèque Ambroisienne. Un des biographes de Magallon assure que, pos- térieurement à 1798, il retourna en Egypte pour servir d'interprète; que, chargé d'une mission particulière, il fut blessé par les Arabes, pris et conduit à Tunis, et racheté après dix mois d'es- clavage. Nous avons vainement cherché à vérifier l'exactitude de cette assertion, que nous ne con- testons pas cependant. On voit seulement par une des lettres de Magallon au ministre des relations extérieures, Talleyrand, qu'à son retour à Paris il fit, mais sans succès, des tentatives pour titre élu candidat au corps législatif. Le 8 messidor au 10 Q97 juin 1802"), ce ministre le nomma com- missaire général des relations commerciales à Salonique. Parti de Toulon le 16 nivôse an 11 , Magallon se rendit à Constanti- nople pour s'entendre avec le général Brune, ambassadeur de France auprès de la Porte, et après avoir reçu ses instructions et obtenu son exequatur, il se dirigea sur Salonique, où il arriva le 4 mars suivant. Comme. en En pie, Magallon employa ses loisirs à étudier le pays et les res- sources qu'il pouvait offrir au commerce de la. France, et il adressa au ministère de bons mé- moires, un, entre autres, sur la Macédoine. Mais, après un séjour de moins d'une année , il ne put résister à l'influence du climat ; atteint des fièvres pernicieuses, si communes et si dangereuses dans a) A cette époque ambassadeur de France à Constantinople. XXVI. ce pays, il faillit y succomber. Ce ne fut cependant qu'après cinq attaques successives que le général Brune lui accorda d'abord un congé de quatre mois, en l'invitant à s'éloigner le moins possible de sa résidence. Sa situation ne faisant qu'empirer, le ministre l'autorisa enfin, au mois . On manque de renseignements sur la suite de leur carrière, et nième sur ce qu'ils sont devenus
  • Charles MADERNO( 1556 - 1636) : architecte , naquit en 1556, à Bissonna , dans le diocèse de Côme en Lombardie. Il vint à Rome sous le pontificat de SixteQi4nt. , attiré dans cette ville par son oncle maternel Dominique Fontana. Il étudia d'abord la sculpture , et exécuta plusieurs ouvrages en stuc. Mais les conseils et l'exemple de son oncle le déterminèrent en faveur de l'architecture. Il aida tons les Fontana dans leurs travaux, et fut ensuite chargé de l'exécution de quelques édifices particuliers_ Il termina l'église de StJacques des Incurables, que François Volterra avait laissée imparfaite ; il en éleva la façade telle qu'on la voit encore aujourd'hui. Dans l'église de StJean des Florentins , il construisit le dôme et le choeur ; mais il fut gêné par la disposition du terrain , et l'ensemble de l'édifice s'en est ressenti. Les constructions sont trop pointues; l'ensemble est plein de sécheresse, et le tout a l'aspect d'un monument gothique. C'est à lui qu'on doit la façade de SteSusanne, près des Thermes de Dioclétien, église que fit bâtir le cardinal Rusticucci. Ces travaux et plusieurs autres qu'il serait trop Jon. de détailler lui avaient acquis la plus grande réputation, lorsque la mort de Jean Fontana , qui suivit de près celle de Jacques de la Porta , lui fit obtenir le titre d'architecte de StPierre qu'avaient eu ces deux artistes. Par ordre du pape Paul V, il fut chargé d'achever cette célèbre basilique. La tache qui lui était imposée se trouva audessus de ses forces, si l'on en juge par ce qu'il a fait faire. Il ne restait plus qu'à terminer la partie antérieure du temple. Au lieu de suivre les plans de Bramante, de Peruzzi et de MichelAnge , qui avaient donné à l'édifice la forme d'une croix grecque , dont trois branches étaient déjà élevées , Maderno voulut lui donner celle d'une croix latine ; et il résulta de ce changement une disproportion qui a détruit la belle harmonie du plan primitif. Ce défaut provient surtout du peu de rapport qui existe entre la grande nef, faite en partie sur le plan de MichelAnge, et les deux nefs latérales imaginées par Maderno . Il semble que l'architecte n'ait point su mettre ses constructions sur le même axe que les autres parties de la basilique ; aussi le dôme n'estil plus placé au milieu de l'édifice ; et malgré l'étendue de la place StPierre , il est impossible de l'apercevoir en entier. Nonseulement les additions de Maderno sont défectueuses, mais les constructions en furent faites avec tant de négligence, que même avant d'être achevées elles menaçaient déjà de s'écrouler. Les défauts que l'on reproche encore à cet artiste concernant le dessin du portique et de la façade de la même église sont tellement frappants, que les Italiens euxmêmes ont été les premiers à les signaler ; et Milizia, dans ses Memorie degli architetti antichi e moderni, va jusqu'à dire que Maderno peut être regardé comme le plus grand coupable de lèse- Il est résulté en outre de l'allongement de la branche prie- cipale que les piliers de la nef, vue de rentrée, en se couvrant les uns les autres, masquent l'ouverture des arcades; on n'aper-çoit ni les nefs de la croisée, ni l'hémicycle du dôme. Ce n'est qu'après avoir passé les deux premières arcades, où s'arrêtait le plan de MichelAnge, que les intervalles s'ouvrent, que les parties de l'édifice se développent, laissent voir entre les massifs de grands espaces et en font imaginer de plus grands encore. Voy. le Journal des curés du 28 avril 1810. architecture. Cependant, à cette époque , le goût était tellement corrompu , que l'achèvement de StPierre lui acquit la plus grande célébrité, et lui mérita d'être chargé d'une foule de travaux, tels que l'église de la Victoire , édifice assez insignifiant ; celle de SteLucie en Selce, et celle de SteClaire. Il finit le palais de MonteCavallo, ainsi que celui du prince Borghèse, à Ripetta. Enfin, il fit transporter du CampoVaccino sur la place . de SteMarie Majeure une énorme colonne cannelée qui ornait le temple antique de la Paix bâti par Vespasien. Il la fit élever sur un piédestal de marbre, orné d'aigles et de dragons, et plaça au sommet une statue en bronze doré de la Vierge tenant l'Enfant Jésus dans ses bras. Nous ne pouvons désigner tout ce qu'exécuta Maderno. Il est peu d'édifices publics à Rome où il n'ait ordonné quelques travaux. Celui de ses ouvrages qui lui fait le plus d'honneur est le palais Mattei, édifice majestueux, bien disposé, et dont les profils des portes et des fenêtres sont d'un excellent goût. Le pape Paul V l'avait chargé d'inspecter les ports des Etats de l'Eglise , et de tracer le plan de la citadelle de Ferrare. Il le nomma chevalier de l'Eperon d'or. Maderno, parvenu à l'âge de 73 ans, mourut à Rome en 1629 des suites de la pierre. Il fut enterré à StJean des Florentins. — Etienne MADERNO, né en 1576, dans la Lombardie , s'adonna à la sculpture. Il copia d'abord les chefsd'oeuvre de l'antiquité; et plusieurs de ses modèles furent exécutés en bronze. Parmi les ouvrages de son invention, on distingue un basrelief en marbre représentant une Bataille, qu'il exécuta dans la chapelle Pauline, à SteMarie Majeure, ainsi que le modèle du basrelief en bronze qui représente l'Histoire de la fondation de cette basilique. Après un grand nombre d'autres travaux qui tous attestent le talent de Maderno, le comte Gaspard Rivaldi, fermier des gabelles de Rome , pour lequel il avait exécuté un grand nombre de ses ouvrages, voulut le récompenser en lui donnant dans les gabelles .de Ripetta une place qui le mit audessus du besoin ; mais cet emploi occupa tellement tous ses loisirs, qu'il cessa de se livrer à son art. Maderno mourut à Rome en 1636
  • Charles MAIGROT( 1652) : évêque de Conon et vicaire apostolique en Chine , naquit à Paris en 1652 ; il y fit toutes ses études et se distingua dans sa jeunesse par son application et sa piété. Il fut reçu docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne ; et, étant entré au séminaire des missions étrangères, il partit en mars 1681 , avec dixneuf autres missionnaires. 11 passa quelque temps à Siam , où son zèle ne fut pas oisif, et il s'embarqua en 1683 pour la Chine avec Pallu , évêque d'Héliopolis , et d'autres missionnaires. Le bâtiment qui les portait fut forcé par la tempête de relâcher à l'île Formose , où ils séjournèrent cinq mois , et ils n'entrèrent dans la Chine qu'au commencement de 168/. L'évêque d'Héliopolis était nommé administrateur spirituel de tout ce vaste empire. Avant sa mort, arrivée en octobre 1684, ce prélat, usant du pouvoir qu'il avait reçu, nomma Marot viceadministrateur de toute la Chine et vicaire apostolique de quatre provinces. En 1688 , le pape Alexandre VIII érigea deux évêchés titulai- l'es à Pékin et à Nankin, assigna pour diocèse à l'évêque de Macao les deux provinces de Canton et de Quan gsi et nomma plusieurs vicaires apostoliques du nombre desquels fut Mai grot . Celuici eut la province de Fokien en partage. Dix ans après il fut fait évêque de Conon par Innocent XII, et confirmé dans sa qualité de vicaire apostolique. Les missions de Chine étaient alors troublées par des contestations sur des rites et des cérémonies que quelquesuns croyaient pouvoir tolérer, mais que d'autres jugeaient n'être pas exemptes d'idolâtrie. Maigrot et ses confrères du séminaire des missions étrangères restèrent quelque temps sans se déclarer ouvertement sur ces questions , et voulurent attendre qu'ils se fussent mis bien au fait de la langue et des usages du pays. Ce ne fut qu'après un examen attentif de quelques années que Maigrot , qui avait été consulté sur ces rites par divers missionnaires, donna, le 26 mars 1693, un mandement par lequel il condamnait plusieurs rites et cérémonies observés en Chine. Son mandement essuya de vives oppositions. On contesta même à Maigrot son autorité ; et les jésuites prétendirent qu'il avait perdu sa juridiction par la création des nouveaux évêchés pour la Chine ; ce qui n'était pas fondé. Le vicaire apostolique, de son côté, soutint sa première démarche, et interdit les missionnaires de son district qui ne se soumettraient pas à son mandement. Quelques jésuites ayant perdu leurs pouvoirs par cette mesure, des chrétiens qui avaient confiance en eux, mécontents de l'évêque, l'insultèrent le 18 avril 1700, et excitèrent contre lui une sorte d'émeute. Le prélat crut devoir céder en quelque chose, et sans aban.donner son mandement, il révoqua l'interdit. Cependant il avait envoyé ce mandement à Rome , et avait fait partir un de ses missionnaires, l'abbé Charmot, pour défendre sa cause. On peut voir les détails de cette affaire dans Histoire ecclésiastique du IP sicle, par Dupin, t. 4. Il y est fait mention de quelques écrits de ré- velue de Conon, savoir: d'une Lettre du 11 janvier 1699 contre le livre du P. Lecomte, et d'un illémoire à l'appui de son mandement. Nous pouvons citer encore quatre Disser- tations latines rédigées par ce prélat, et qui for- ment un ouvrage assez étendu : elles sont pleines de recherches , de faits et de citations d'écrits chinois ; et elles témoignent assez combien l'auteur avait étudié la matière. Son mandement fut approuvé en 1700, par une consultation de docteurs de la faculté de théologie de Paris ; et les directeurs du séminaire des missions étrangères écrivirent dans le même sens au pape le 20 avril de la même année. D'une autre part, les jésuites accusaient l'évêque d'avoir démenti dans la pratique la doctrine de son mandement. Clément XI, s'étant fait instruire de toute l'affaire par un examen réfléchi et qui dura plusieurs années, approuva le 20 novembre 1704 les réponses données par la congrégation nommée à cet effet ; réponses qui confirmaient presque toutes les dispositions du mandement. Le 20 juin 1702, ce pontife avait écrit un bref de satisfaction à Maigrot, et il le lui envoya par de Tournon, patriarche d'Antioche et son légat en Chine. De Tournon, étant arrivé à Pékin, y manda révèque de Conon pour conférer avec lui sur les objets des contestations • et peu après , celuici fut appelé devant l'empereur luimême ; c'était en 1706. L'empereur voulut lui faire reconnaitre que les cérémo- nies pratiquées en Chine n'étaient point contraires à la religion chrétienne ; ce que l'évêque refusa. Le prince, pour s'assurer s'il était fort instruit dans les lettres chinoises, lui proposa de lire quelques caractères qui étaient au haut de la salle. Maigrot répondit qu'il)' en avait un qu'il ne connaissait pas et un autre que l'éloignement l'empêchait de bien distinguer ; circonstance qui servit depuis de prétexte pour l'accuser d'ignorance. L'empereur mécontent ordonna qu'il restât dans la maison des jésuites de Pékin. Au mois de décembre 1706, ce monarque le fit mettre en prison, et peu après il le bannit de la Chine. Le légat approuva la conduite de l'évêque et lui écrivit une lettre d'encouragement et de félicitation. Obligé de sortir de l'empire, Maigrot ne put même entrer à Macao et se réfugia sur un bâtiment anglais, sans avoir eu le temps de faire aucun préparatif pour son départ. Ayant abordé à Galloway en Irlande , il écrivit au pape , le 4 mars 1708 , pour lui annoncer son retour. Il comptait se retirer au séminaire des missions étrangères à Paris ; mais il y séjourna peu, et se rendit à Rorne, où Clément XI l'appela pour apprendre de lui tout ce qui s'était passé en Chine. Il arriva dans cette capitale en mars 1709 , et y fut reçu de la manière la plus honorable. Il rendit compte au pape de l'état des choses ; et des copies de sa relation furent déposées dans la bibliothèque Casanata. Il continua de résider à Rome, où il jouissait d'une pension que Clément XI lui avait accordée et qu'Innocent XIII augmenta depuis. Benoit Xill lui témoigna également beaucoup (l'estime et de bienveillance. Ce prélat menai t à Rome la vie la plus édifiante simple dans sa dépense, charitable envers les pauvres, il était entièrement livré aux exercices de piété. On lit dans quelques dictionnaires historiques qu'il intrigua dans les affaires du jansénisme : cette accusation ne parait reposer sur aucun fondement solide. Maigrot se montra toujours soumis aux décisions du saintsiége ; et plusieurs des lettres qu'il écrivit de la Chine prouvent son éloignement pour tout esprit de secte et de nouveauté. Il fut opposé aux jésuites de Chine dans un point où il était persuadé qu'ils avaient tort ; mais il s'expliquait sur eux avec réserve et modération. C'est du moins le témoignage qu'on lui rend dans un abrégé de sa vie, rédigé à Rome par un religieux qui l'avait connu. Cet abrégé, que nous avons sous les yeux en manuscrit, fait le plus grand éloge de sa piété de sa candeur et de son zèle. L'évèque de Conon mourut à Rouie le 28 février 1730, à Fige de 78 ans ; il fut enterré sans pompe, comme il l'a ait deniandé, dans l'eglise de la Trinité du Mont , où Ion mit une épitaphe en son honneur. Il ne faut point juger de ce prélat par ce qu'en a dit d'AN rigny dans ses Ilémoir, s chronologiqui's et dogmatiques. Cet écrivain, un peu caustique et partial, essaye tle jeter du ritlicule sur la conduite et le jugement de Maigrot ; et BeraultBercastel. dans sou Histoire de I. Eglise , a copié il Avrigny sur ce point comme sur plusieurs autres. Le, décisions subséquentes du pape justifient assez le parti qu'avait pris l'évèque de Cimon sur la question des rites et des cérémonies chinoises et quant à ses connaissances sur la langue et l'his- toire du pays. elles sont attestées par les disser- tations dont nous avons parlé. Cet ouvrage, qui a pour titre: De singea religione dissertationes qua- tuor. forme en manuscrit % volumes dont on dit qu'il existe plusieurs exemplaires
  • Charles MALLET( 1608 - 1680) : savant théologien , né à Montdidier en 1608 , acheva ses études à l'université de Paris, et fut reçu en 1642 docteur de la maison de Sorbonne. Franois de 'Harlay ar die, . Le P. , jours.. et sm livre peut servir à faire eonnaltre quelle etait de sentemps là prononciation L'e certains mots. 11 écrit bourjois, jees, ils pôur ieurrois, physirine, 9rusilsaimaiekt Au surplus. les trois quartibdu livre sont f.n divagation; el le jeu de daines dont l'auteur croit etre. le premier' qui ( le e7 t1 pela- etre qui an apmre,, onahlemnet trrirt , n'y occupe qu'une centaine de pa.ges. Après avoir montré combien ee jeu est supérieur aux édiecs, el die les plus fanksux jtmeurs connus. surtout P. Héri- i.^one et 'Robert Rerquen. auteur des lire des irelts ° rit- ritales, il en tlôrtne les règles propose un iix.ritl , dans lequel il défie une dieu, uf des meilleurs joueurs européens, ou de quelque partie de la terre . au hasard d'une iienizirie de pistoles par chacune partie. 11 termine par l'ex- pli•atim des jeux de Co('inbert de la Poule et du Renard. 11 prmiet de donner dans un autre ou\ rage un Free des jeux naturels et magiques et des. lehiriyer
  • Charles MANGIN( 1721 - 1807) : architecte, naquit à Vitry, près de Meaux, en 1721 , et fut élevé à Juill? . Dès son enfance, il manifesta son goût pour l'architecture. Le libraire Lottin , son oncle, le lit instruire dans les mathématiques et le dessin , et le plaça successivement chez plusieurs architectes, où ses progrès rapides signalèrent ses ta- lents. ll ne tarda pas à être chargé à Paris (le rivaux inipdttants : ceux qui lui font le plus 'honneur sont la construction primitive de la aile au blé, le séminaire du StEsprit, les tomb- ions et le portail de l'église de StBarthélerny , 'église du GrosCaillou , et surtout la restaura- ion du portail de StSulpice , l'élévation des Ma ours et l'achèvement des chapelles inférieures. oufflot et Chalgrin faisaient de lui un cas particulier. A l'Age de soixantequinze ans , Mangin s'occupait encore d'un projet d'embellissement pour Paris. Ce projet, qu'il soumit au lycée des arts, lui valut une mention honorable et une médaille. Retiré à Nantes depuis quelques années , il y est mort le 4 février 1807
  • Charles MANNAY( 1745 - 1824) : né le 14 octobre 1745, à ' Champeix , commença au séminaire de StSulpice, à Paris, ses études ecclésiastiques, qu'il termina à la Sorbonne. Il y obtint un succès tel, qu'il fut le premier de sa licence, et qu'il prit en 1775 le bonnet de docteur. Après sa licence, il devint, sous le titre de théologien , directeur des études de- l'abbé , depuis prince de TalleyrandPérigord , par suite de l'usage , alors adopté par les grandes familles, de confier à des ecclésiastiques l'instruction de ceux de leurs enfants qu'elles destinaient à l'Église. C'est à cette circonstance qu'il dut d'être connu du cardinal de Talleyrand, archevêque de Reims, qui le choisit pour son vicaire général , et lui donna un canonicat de sa métropole. Lorsque la révolution éclata , Mannay passa en Angleterre, ensuite en Ecosse , et ne revint en France qu'à l'époque du concordat de 1801. Nommé alors évêque de Trèves , et sacré en cette qualité le 18 juillet 1802, il donna tous ses soins à l'orga- nisation d'un diocèse où la différence de langage, de mœurs et d'institutions rendait peu sympathique l'occupation française. L'aménité de son caractère et la circonspection de tous les actes de son administration triomphèrent des obstacles. Un décret du 22 mars 1807 le transféra au siége de Coutances ; mais ce décret ne reçut aucune exé- cution. Membre, en 1809 , du conseil ecclésiastique formé à Paris lors de l'arrestation du souverain pontife, il fut en outre l'un des quatre évêques qui résidèrent à Savone Qt à Fontainebleau pendant la captivité de Sa Sainteté. On croit que Mannay, d'un caractère faible, subit alors bien souvent l'influence de Duvoisin , évê- que de Nantes, avec qui il fut extrêmement lié, et qui , comme lui , était chargé de sui \ ciller Pie VII. Qu'il ait agi spontanément ou qu'il ait cédé à des impulsions étrangères , toujours estil que, voulant récompenser le dévouement dont il lui avait donné des preuves, soit en faisant deux fois le voyage de Savone en 1811 , pour décider le pape à des concessions, soit en participant au concordat de Fontainebleau , Napoléon le nomma successivement baron , conseiller d'État et officier de la Légion d'honneur. Le 11 avril 1814, Mannay se prononça pour la déchéance du gouvernement impérial , et se hâta de retourner à Trèves, que sa réunion à la Prusse avait séparée de la France. Porté, pendant les centjours, sur la liste des conseillers d'État, il fut, pour cette raison, inquiété par le gouvernement prussien, et obligé de se démettre de son siége. Rentré en France, il fut nommé, en 1817, à l'évêché d'Auxerre , rétabli par le concordat de cette année ; mais les obstacles qui empêchaient ce concordat de recevoir son exécution rendirent sa nomination sans objet. Il fut l'un dès signataires de la déclaration souscrite, le 13 septembre 1819, par les cardinaux, archevêques et évêques de France, dans laquelle ces prélats adhérèrent au bref que le pape leur avait adressé le 19 août de la même année. Nommé en 1820 *au siége de Rennes , il s'y concilia promptement l'estime et l'affection de tous ses diocésains par sa charité, sa douceur et sa prudence. Cette ville lui doit l'établissement du petit séminaire de St-.Méen , celui d'une association de missionnaires qui subsiste encore, ainsi que le rétablissement du refuge Our les repenties et de la maison des retraites. Il mourut à Rennes , le 5 décembre 1824, des suites d'une opération qu'il avait subie peu auparavant
  • Charles MASTALIER( 1731 - 1795) : professeur de belleslettres à l'université de Vienne, né dans cette ville en 1731 , y mourut. en 1795. 11 avait embrassé dans sa jeunesse la vie religieuse ; après la suppression des jésuites , il obtint la place de professeur à l'université. Comme auteur, il débuta par les Panégyriques de StKilian , StUlric, StFrançois de Sales , StJean Népomucène et les patrons du Tyrol ; il loua ensuite avec le même zèle , en prose et en vers , les souverains et les grands hommes ; il composa des épithalames, des oraisons funèbres , des odes. Parmi ces pièces de circonstance , on cite un Chant d'un cuirassier autrichien après la revue de Hongrie , 1770 , et une Chanson d'un cuirassier impérial du régiment de l'archiduc Léopold. 11 fit. aussi des vers sur la mort du maréchal Dam et du poëte Gellert. Ses poésies furent imprimées en 1771, et elles eurent une seconde édition en 1789- il a publié , sous le nom de Wetzel , plusieurs brochures qui sont tombées dans l'oubli. On attribue encore à cet exjésuite les Lettres de Berlin sur les paradoxes de ce siècle, Berlin et Vienne , 1781 , 2 vol. Mastalier a passé quelque temps pour un grand poëte et pour un digne émule d'Horace , mais la postérité n'a pas ratifié ce jugement ; le seul mérite de ses poésies consiste dans la correction et dans une imitation assez heureuse des modèles de la poésie moderne
  • Charles MATHEWS( 1776 - 1835) : célèbre acteur anglais, né à Londres le 28 ju in 1.776, à une époque de prédication aussi burlesque que fervente , à l'époque où florissaient Huntington , Whitfield , Wesley, Haniant More. Il était fils du libraire chez lequel se publiaient les sermons et les traités théologiques des dissidents, figures d'une originalité bizarre qui semblaient faites exprès pour servir de modèle à la scène comique. Le jeune Mathews avait été , sous le rapport physique , peu favorisé de la nature. Sa vue seule suffisait pour exciter le rire. Il se consola de sa laideur native en songeant à s'en venger sur les prédicateurs qui fréquentaient la librairie de son père. Tout enfant qu'il était, voulant rire d'eux à son tour, il s'étudia , et réussit admirablement à parodier leur théâtrale gravité , leurs grands mouvements d'enthousiasme , leurs sermons sur les tréteaux. Toutefois, cet instinct mimique lui coûta quelques peines , et lui valut maintes fois les verges pen- dant la durée de ses études. « Si le fouet donnait « la sagesse, atil dit dans ses Mémoires, je se « rais bien certainement plus sage que les sept « sages de la Grèce ; on ne m'épargnait pas. « Aussi , je jetais souvent un regard d'envie sur par un mariage, qui lui apporta de l'affection sans doute, mais aussi un surcroît de charge ; il épousa miss E.K. Shong, auteur de plusieurs volumes de poésie et de quelques nouvelles assez bien faites, mais qui n'était pas beaucoup plus avancée que lui dans la voie de la fortune. Longtemps encore Mathews traîna ainsi son existence de ville en ville, sans argent et même sans pain. En 1798, cependant, il fut engagé dans la troupe du théàtre d'York. En s'observant de près, il réussit à ne pas mourir de faim. Madame Mathew avait cruellement souffert de cette vie de privations ; elle ne put y résister; mais avant d'expirer, elle se montra vivement préoccupée du bonheur de Mathews. Liée par une vive amitié à une actrice de la troupe miss Jackson , elle la lit venir auprès de son lit de souffrance et lui confia ses derniers voeux « Je ne puis espérer de vivre phis longtemps, s lui ditelle; c'est pour moi un devoir de vous « ouvrir mon coeur ; l'amertume de mes derniers « moments s'accroit lorsque je pense à l'isole « ment dans lequel je vais laisser mon mari; « remplissez donc nies derniers désirs, et pro« mettezmoi de ne pas tromper l'espoir d'une « femme mourante. » Alors elle prit la main de son mari , la plaça dans celle de miss Jackson , et les convia d'une manière solennelle à s'unir après sa mort. L'étonnement de Mathews et de miss Jackson fut grand , c'est cette dernière qui parle ellemême ; Mathews, honteux de l'étrange situation dans laquelle il se trouvait placé, désapprouva hautement et même durement l'intention que sa femme venait de manifester. Miss Jackson tomba à genoux au pied du lit, priant son amie de lui pardonner, et l'assurant qu'il lui était impossible de se soumettre à ses désirs. Madame Mathews mourut en effet ; et, malgré la froideur qui avait régné après cette scène entre les deux artistes, ils s'unirent au bout d'une année. Jusqu'alors Mathews n'avait point encore obtenu de véritable succès; relégué le plus souvent dans des rôles secondaires , n'avait point trouvé l'occasion de montrer ce qu'il y avait en lui d'énergie cornique, de naturel et de goét. Peut-ètre aussi a\ aitil épuisé une partie de ses forces à souffrir. A dater de son second mariage, une ère plus heureuse commença. il parut avec avantage devant le public de Londres, et reçut enfin les applaudissements qu'il cherchait vainement depuis si longtemps. Mais à cette époque, parmi les contemporains, il n'y avait plus de sérieux auteurs comiques, partant plus de rôles à la hauteur de l'originalité de Mathews. D'ailleurs , il sentait en lui une puissance créatrice si forte . qu'il crut pouvoir se passer des auteurs. Mal à son aise dans un cadre qu'il ne se traçait pas luimême , il voulut être à la fois auteur et acteur ; il voulut faire parler à sa manière les types qu'il avait observés à sa manière. il alla même plus loin, il pensa que la réplique était une entrave à son jeu ; il imagina . Elles firent bientôt les délices de Londres et de NewYork. Mathews n'écrivait point ses rôles; il improvisait peu cependant ; ses créations étaient le fruit d'une patiente observation et d'une longue étude; jamais il ne dépassait les limites du vrai comique, jamais il ne provoquait l'ennui ; ses At home 1, manquaient jamais de soulever un rire homérique. Quelque grands que fussent alors sessuceès, il ne parvint que lentement à une modeste fortune : ses recettes ne profitaient guère qu'au spéculateur habile à qui , dans son imprévoyance d'artiste , il s'était livré par un contrat sévère. La dureté de son esclavage produisit sur sa santé de fàcheux effets : ce fut alors seulement que k souverain maitre auquel il s'était affermé se relàcha un peu de ses rigueurs premières, et lui accorda quelque liberté. Déjà Mathews était venu à Paris, en 1818 ; il y avait vu avec la Plus grande satisfaction Talma et Potier, Potier sur, tout, qui avait avec lui , assureton , plusieurs traits de ressemblance. Il n'avait pas été non plus médiocrement surpris du spectacle si animé . C'est un tableau varié, spirituel , quelquefois philosophique, des épreuves par lesquelles Mathews a passé avant d'arriver à une réputation solide. On y recueille des documents précieux sur la vie des comédiens anglais dans les comtés et à Londres; et si l'on veut y chercher des enseignements plus élevés, on y voit l'abnégation et le courage de l'homme qui, ayant la conscience de sa vocation , marche devant lui sans s'inquiéter des obstacles
  • Charles MARSUPPINI( 1399) : littérateur, connu aussi sous le nom de Charles Aretin, était né vers 1399, d'une illustre famille de la ville d'Arezzo. Grégoire Marsuppini , son père , docteur en droit, remplit la place de gouverneur de Gènes pour le roi Charles VI, et se fixa ensuite à Florence, où il obtint en 1431 le droit de bourgeoisie. Le jeune Charles avait eu pour maître Jean de Ra- pour être distribué à l'académie de Lyon et à quelques amis , mais inséré dans les n°.4 et 6 du Journal de Lyon, en 1785. A. BT La comtesse d'Hautpoul a donné les OEuvres choisies de Marsollier de Vivetières, précédées d'une notice sur sa vie et ses écrits, Paris , 1825, 3 vol. E. Ds. venue, qui lui fit faire de rapides progrès dans la connaissance des langues et de la littérature anciennes. Il se destinait à la carrière de l'enseignement, et il éprouva un vif chagrin de voir appeler Philelphe à Florence pour y professer les belleslettres. Il se montra l'un des ennemis les plus acharnés de cet illustre grammairien , et Philelphe ayant été banni de Florence en 1434 , Marsuppini le remplaça dans la chaire. Il eut l'avantage de compter parmi ses élèves les neveux du pape Eugène IV, qui lui témoigna sa reconnaissance des soins qu'il leur avait donnés en le décorant du titre de secrétaire apostolique. Il succéda en 1444 à son compatriote Léonard Bruni dans la place de secrétaire de la république. Ce fut en cette qualité qu'il harangua l'empereur Frédéric III à son passage à Florence en 1452. Marsuppini n'avait mis , dit- on, que deux jours à préparer son discours ; mais iEneas Sylvius , secrétaire de l'empereur , ayant répondu au nom de ce prince , le secrétaire ne put jamais lui répliquer , et fut obligé de recourir à l'obligeance de Giannozzo Manetti pour sortir d'embarras. Marsuppini mourut le 24 avril I 453, et fut enterré dans l'église SteCroix, où on lui éleva un tombeau de marbre décoré de son buste. Ses funérailles furent magnifiques : les magistrats d'Arrezzo y envoyèrent des députés, et Matthieu Palmieri y prononça son oraison funèbre. Les louanges que ce professeur a reçues de ses plus illustres contemporains ne permettent guère de douter qu'il ne fût un homme d'un rare mérite. Pogge l'a choisi pour un des interlocuteurs de son dialogue De infelicitate principum. Flav. Biendo , Bebelius , Platina , Ant. de Palerme, etc. , lui donnent des éloges qui paraissent exagérés, si on les compare au petit nombre d'ouvrages qu'il a laissés. On ne connaît de lui qu'une traduction en vers hexamètres de la Batrachomyonzachie , poème supposé d'Homère , Parme , 1492 ; Pesaro , 1509 , ; Florence, 1512 et un Recueil de vers latins dont on conserve une ancienne copie dans la bibliothèque Laurent ienne. L'abbé Lazzeri a publié quelques Lettres de Marsuppini , adressées à Fr. Sforce , duc de Milan, par lesquelles on apprend qu'il remplissait près de ce prince un emploi honorable. Niceron lui attribue la comédie intitulée Philodoxios , que Manuce le Jeune a publiée sous le nom de Lepidus , ancien poète comique , mais qui est certainement de LéonBaptiste Alberti . Marsuppini eut de son mariage avec la fille de Gérard Cuzini, entre autres enfants , un fils nommé Charles , à la louange duquel Politien a composé une épigramme et qui était en correspondance avec Marsile Ficin. On peut consulter, pour plus de détails, les Dissert. Vossiane d'Apostolo Zeno , t. 2; les Mémoires de Niceron, t. 25 ; niais surtout les Scritt. ital. , par Mazzuchelli , t. 1", 2e partie, p. 1001 , où loti trouvera une Notice assez étendue, tirée d'une «Vie inédite de Marsuppuni
  • Charles MASON : astronome anglais, était assistant de Bradley à l'observatoire royal de Greenwich, lorsque les Tables lunaires de Mayer furent envoyées à Londres pour le prix des longitudes. 11 s'agissait d'apprécier ces tables. Mason recueillit douze cent vingt observations faites par Bradley, depuis l'an 1750 jusqu'à l'an 1760 ; il les réduisit , les calcula et les compara aux Tables, dont l'exactitude fut dès lors bien reconnue. L'auteur, en les composant, n'avait pas eu à sa disposition un nombre aussi grand d'excellentes observations. On conçut l'espoir qu'on y trouverait des moyens d'améliorer sensiblement son ouvrage. Mason fut chargé . Ces Tables furent dès lors employées aux calculs du Nautical Almanac. Lalande les réimprima dans son Astronomie en 1792, et elles servirent aux calculs de la Connaissance des temps ; *elles ont depuis été remplacées par les tables de M. Burg, enfin par celles de M. Burckhardt, qui furent adoptées à Londres pour le Nautical Almanac. Mason fut envoyé en Amérique avec un grand secteur pour déterminer les limites de Maryland et de la Pensylvanie. On désirait donner pour bornes à ces deux provinces un arc de parallèle terrestre , sauf quelques déviations que pourraient exiger les localités. Mason était accompané de Dixon. Les deux astronomes saisirent cette I occasion pour mesurer un degré du méridien, dont la latitude moyenne est de 39° 12". Cette opération est unique en son genre , du moins entre les degrés modernes ; elle ne repose sur aucun triangle. Les auteurs ont tracé à la surface de la terre leur ligne méridienne, et l'ont .1 mesurée à la chaîne d'un bout à l'autre. Ils n'avaient à traverser que des espaces vagues ou des forêts, dans lesquelles ils étaient maîtres de faire les percées convenables. Mason mourut en Pensylvanie au mois de février 1787. Son travail avait été envoyé à Londres, où il fut calculé par Maskelyne dont le Mémoire a paru dans les Transactions philosophiques de 17 68 . Maskelyne trouva ce degré de 363, 763 pieds anglais, qu'il évalue 56,90.1 1/2 toises de Paris, c'est-àdire que ce degré est plus court de 50 toises environ , qu'il ne résulterait des opérations faites en France pour l'établissement du système métrique. Cavendish a soupçonné que l'attraction, des montagnes Alleghany, d'une part, et de l'autre la moindre attraction de la mer, avaient pu diminuer ce degré de 60 à 100 toises. Lalande a imprimé dans sa Bibliographie astronomique, p. 601, que « Mason fut désespéré de n'avoir pas les « deux cent cinquante mille livres qu'il croyait « lui être dues pour ses Tables de la lune ; mais il « avait mal interprété l'acte du parlement ; ses « Tables n'étaient pas faites d'après la théorie. Il nous semble difficile que Mason ait porté si loin ses prétentions. Son travail était sans contredit fort estimable ; il méritait une récompense qu'il a sans doute obtenue. Mais pour avoir ajouté quelque perfectionnement de plus à l'ouvrage de Mayer, dont il avait suivi la théorie et les indications, il ne pouvait espérer une récompense beaucoup plus forte que celle qui avait été décernée au premier et véritable auteur. Lalande nous apprend encore, page 501, que Dixon était né dans une mine de charbon , et qu'il mourut vers 1777 à Durham, dans le nord de l'Angleterre
  • Charles MEICHELBECK : savant bénédictin, 0 A dans la Bavière vers 1680 , embrassa la vie ionastique à l'abbaye de Buren , et s'appliqua à étude sous la direction du P. Pez, Il professa k2ndant quelque temps la théologie dans diffé- I tiseisnmgeanispotaIrs ldee pl'ordre ri n e e veèti pfi fut enfin e appelé noin m aa' 11 de ses conseillers, et le chargea de composer istoire du diocèse d'après les monuments conrvés dans ses archives , dont il lui confia la arde. Il s'acquitta de sa tâche avec succès, et tourut le 2 avril 1734, regretté de ses confrères. idépendamment de deux Traités de controverse, li a allemand , Munich, 1.709 et 1710 on a a P. Meichelbeck : I' Historia Frisingensis ab 1 ,: no 7s ad annum 1724, Augsbourg, 1724-29, vol. Cette histoire passe pour exacte. lie est judicieusement écrite , et l'auteur a ap- bavé son récit de plus de quatre cents pièces Mitsiificatives , pour la plupart inédites , qui remissent le deuxième volume, ibid., 1729 ' Une Chronique abrégée de la ville de Freisingen a allemand), ibid., 172/ ; 3° Chronicon enedicto- Buron UM , Augsbourg, 1753 lte histoire de l'abbaye de Benedict- Beuren, s'il avait laissée en manuscrit, a été publiée par son confrère le P. Alph. Haidenfeld. D'autres ouvrages historiques non moins importants , du même auteur, sont demeurés inédits
  • Charles MERLIN( 1600 - 1747) : né au diocèse d'Amiens vers la fin du 17e siècle, entra dans la compagnie de Jésus ; il professa la théologie avec beaucoup de succès. Consacrant le reste de sa vie à l'étude, il s'occupa dans son cabinet des matières qu'il avait traitées dans ses chaires. On remarque, parmi les articles qu'il a fournis au Journal de Trévoux, une Défense du pape Honorius , où la sagacité de la critique est jointe à la pureté de la doctrine , et une nouvelle Exposition relative à la prédestination , où il cherche à concilier les deux sentiments principaux qui avaient jusqu'alors partagé les théologiens catholiques. Mais ce qui a fait la réputation de Merlin , c'est l'ouvrage qu'il composa sur la forme des sacrements , et qui est intitulé Traité historique et dogmatique sur les paroles ou les formes des sacrements de l'Église, Paris, 1745, 1 vol. Ce savant Traité, important surtout pour le sacrement de confirmation et l'histoire du secret des mystères , a été inséré par M. l'abbé Migne dans le tome 21 de son Cours complet de théologie, Paris, 1840. Le P. Merlin mourut à Paris en 1747
  • Charles MESSIER( 1730 - 1817) : astronome, né à Badonviller en Lorraine, le 26 juin 1730, était le dixième de douze enfants ; il n'avait pas onze ans quand il perdit son père. A l'âge de vingt et un ans il vint à Paris , presque sans autre recommandation qu'une écriture nette et bien lisible, et quelque habitude du dessin. L'astronome Delisle le prit chez lui pour tenir ses registres d'observations , et le chargea d'abord de copier une carte de la grande muraille de la Chine et un plan de Péking. Placé dans un observatoire, Messier se rappela le plaisir qu'il avait eu , en 1744, à contempler la comète qui était l'une des plus curieuses qu'on eût encore observées. En 1748 il avait remarqué avec le même intérêt la grande éclipse qui décidait au même instant la vocation de Lalande et celle de l'astronome royal d'Angleterre Maskelyne. Libour, secrétaire de Delisle, le forma aux observations journalières de l'astronomie, à celles des éclipses et à la recherche des comètes. Messier dit dans ses Mémoires que, dès la fin de 1753, il commençait àêtre bien exercé dans le genre de travail qui lui convenait le mieux, et auquel en effet il se borna toute sa vie; car sa curiosité pour les phénomènes astronomiques s'arrêtait au plaisir de les observer, d'en marquer exactement le temps et les autres circonstances, sans jamais sentir l'ambition de pouvoir les calculer et les prédire. Il travailla quelque temps avec Lagrive au plan de Paris , et à la carte de France , pour laquelle il leva le plan du bois de Verrières. Delisle était revenu de son voyage de Russie avec une ample collection de livres , de manuscrits , d'observations astronomiques et géographiques, qu'il avait cédée au dépôt des cartes de la marine , d'où la partie astronomique a passé depuis à l'observatoire de Paris. En échange, Delisle avait reçu le titre d'astronome de la marine , avec un traitement annuel ; et il avait obtenu pour Messier le titre de commis du dépôt, avec des appointements de cinq cents francs par année. Delisle y joignait le logement et sa table. Sur un avis venu de Dresde, Messier suivit la comète de 1758, depuis le 15 août jusqu'au 2 novembre ; et Delisle garda pour lui soigneusement des observations qu'il croyait avoir suffisamment payées. Il en fit de même pour la célèbre comète de 1759, qu'on attendait suivant la prédiction de Halley. Tous les astronomes étaient curieux de voir cette comète dès les premiers jours de son apparition, pour constater d'autant mieux les dimensions de l'ellipse qui l'avait déjà ramenée à des intervalles de soixantequinze et de soixanteseize ans. Clairaut l'avait prise pour le sujet d'un immense travail , par lequel il calculait tous les retards qu'elle devait avoir éprouvés sur sa route, dans le voisinage de Jupiter ; et il était parvenu à marquer, à dixneuf jours près, l'instant où elle se retrouverait à son périhélie. Mais ces calculs tout nouveaux avaient besoin d'être sanctionnés par l'expérience. Delisle avait pris la peine de faire tracer une carte où l'on voyait les routes diverses que devrait suivre la comète, selon le jour de l'année où elle serait revenue à ce périhélie, c'est-àdire à sa plus grande proximité du soleil : car, si la route réelle , vue du soleil , est la même à trèspeu près à chaque révolution , elle peut paraître trèsdifférente pour l'observateur placé sur la terre, et ces différences dépendent du jour où la comète arrive à son périhélie. Par ce travail, Delisle semblait s'être acquis des facilités et même une espèce de droit à voir et annoncer le premier le retour de la comète. D'ailleurs, les autres astronomes, qui n'avaient aucun aide, avaient en outre assez d'autres occupations pour être peu jaloux de perdre leurs nuits , pendant toute une année peut-être, à la recherche d'une comète qui aurait pu ne pas se remontrer. Messier, trop fidèle aux instructions systématiques qu'il avait reçues, se fatigua, pendant près de dixhuit mois à chercher la comète où elle n'était pas : il eût été plus heureux, sans doute, si son patron s'en fût remis entièrement à lui ; car la comète fut aperçue vers la fin de décembre 1758, en Saxe, à la vue simple, par un paysan qui ne s'en occu pait guère. Quelques jours après, elle fut remarquée de même par le docteur Hoffmann, et , le 18 janvier, découverte aussi par un professeur de Leipsick, qui la reconnut pour la comète qu'on attendait, et en calcula les mouvements. Messier, à son tour, la vit enfin vers les derniers jours de janvier ; et sans en rien dire à personne qu'à Delisle, il ta suivit jusqu'au 14 février, temps où elle se perdit dans les rayons du soleil. Enfin le célèbre Mayer de Goettingue avertit La Caille et Delisle de ce retour, qui les intéressait tous également; et ce dernier, voyant que le secret ne pouvait se garder plus longtemps, permit à Messier de parler de ses observations. Les astronomes rejetèrent un secours tardif , offert de si mauvaise grâce, et qui d'ailleurs était loin d'avoir l'authenticité qu'on devait désirer dans une recherche si importante. Ils regardèrent comme non avenues les observations de Messier , et se mirent tous à observer la comète à l'envi , dans la seconde branche de sa courbe , quand , après son périhélie, elle fut dégagée des rayons du soleil. Delisle incorrigible, et dont le goût dominant parait avoir été celui des collections , qu'il gardait pour lui seul comme un avare enfouit son trésor, exigea encore le même secret pour la comète que Messier découvrit en 1760; et cette conduite paraissait d'autant plus inexplicaMe, que Delisle ne calculait aucune orbite et ne tirait aucune conséquence des observations dont il s'emparait exclusivement, bien différent en cela de tous les astronomes, qui, craignant toujours que les mauvais temps ne les empêchent de réunir des observations en assez grand nombre et convenablement espacées pour en déduire avec certitude la route de la comète , se hâtent d'annoncer à toute l'Europe les découvertes de ce genre. Vers ce temps le vieil astronome ayant renoncé aux sciences et à la chaire d'astronomie du collége royal pour se livrer entièrement à des pratiques de dévotion, Messier, abandonné à luimême, s'occupa de ses recherches favorites avec plus d'ardeur et de succès. Pendant quinze ans , presque toutes les comètes qui furent découvertes le furent par lui seul. Laharpe nous apprend que Louis XV appelait Messier, le furet des comètes . « En effet, il a passé sa vie à éventer la marche « des comètes ; et les cartes qu'il en a tracées pas« sent pour être très- exactes. Le nec- plus- ultra de « son ambition est d'être de l'académie de Pé « tersbourg. C'est, d'ailleurs, un trèshonnête « homme et qui a la simplicité d'un enfant. Il y « a quelques armées qu'il perdit sa femme ; les « soins qu'il lui rendait empèchèrent qu'il ne « découvrît une comète que Montagne de Limo « ges lui escamota. Il fut au désespoir.... Dès « qu'on lui parlait de la perte qu'il avait faite, « il répondait , pensant toujours à sa comète « Hélas! j'en avais découvert douze; il faut que ceMontagne m'ôte la treizième! Puis se souvenant « que c'était sa femme qu'il fallait pleurer, il se « mettait à crier : Ah! cette pauvre femme ! ... et il « pleurait toujours sa comète. » Nous ne garantissons pas tous les détails de cette anecdote, mais seulement les faits astronomiques , et ces lignes qui terminent la lettre de Laharpe : « Il « envoya, il y a quelques années, la carte d'une « de ses comètes au roi de Prusse, qui écrivit « surlechamp à l'académie de Berlin pour faire « élire M. Messier. » La recommandation de Laharpe eut le même succès, et Messier fut nommé par l'académie de Pétersbourg. A mesure que sa réputation se répandait au dehors, il voyait croître petit à petit son trèsmodique revenu ; son titre de commis fut changé en celui d'astronome de la marine : chacune de ses comètes lui procurait l'admission dans une académie étrangère. Plusieurs fois il s'était présenté à l'Académie des sciences , mais il n'en obtenait que les secondes voix. On lui reprochait de s'être adonné trop exclusivement aux observations , et d'être resté constamment étranger à tout calcul et à toute théorie : on le jugeait moins sévèrement dans le reste de l'Europe ; et depuis la mort de La Caille, partout il était regardé comme le premier astronome de France. Peu à peu les académiciens de Paris se familiarisaient avec l'idée de donner le titre de confrère à un simple observateur ; en concurrence avec Bailly, il ne lui manqua qu'une voix pour être admis : il le fut enfin en 1770. Il faut lui rendre cette justice : il faisait tout ce qui était humainement possible avec les moyens dont il pouvait disposer. Une très- bonne vue, une excellente lunette, un pendule, et pour le régler un quart de cercle, qui lui servait à prendre des hauteurs correspondantes : avec un observatoire si peu riche, que pouvaiton attendre de lui, que des comètes et des éclipses de tout genre ? Il les observait toutes, et il les observait bien ; il dessinait les cartes de ses comètes et des observations qui en étaient susceptibles, comme les passages de Mercure et de Vénus , ou les taches du soleil. Il calculait aussi, mais pour les yeux seulement et pour les amateurs. On a vu que Laharpe n'en demandait pas davantage , ignorant que ces cartes n'abrègent en rien les calculs de ceux qui travaillent à la théorie. Depuis un an il était occupé à suivre la planète Uranus, découverte par Herschel en 1781, et déjà vue douze fois par un astronome français qui avait eu la maladresse de ne point apercevoir des mouvements qui lui auraient prouvé que ce n'était pas une étoile ordinaire , mais une véritable planète. Cette découverte, unique alors dans les fastes de l'astronomie , avait été annoncée à Messier, par l'astronome royal d'Angleterre : il suivait assidûment le cours du nouvel astre , lorsqu'un accident terrible vint interrompre ses travaux pour longtemps, et faillit y mettre un terme pour toujours. Il se promenait avec le président de Saron Pt SPS Pnfants trou. BOCHART) au jardin de Monceaux ; il sortait d'une grotte qui avait attiré son attention : une porte ouverte lui parut devoir être l'entrée d'une autre grotte qu'il voulut examiner; c'était une glacière : il y entre sans précaution et tombe de vingtcinq pieds de haut sur un tas de glaçons. Il se casse le bras et la cuisse ; il a deux côtes enfoncées , et à la tète une blessure par laquelle il perd beaucoup de sang. On parvient avec peine à le retirer de la glacière. Malgré l'habileté reconnue d'un chirurgien , son confrère à l'Académie, la cure est longue et imparfaite. Il se souvient que dans son enfance , s'étant laissé tomber d'une fenêtre, il avait eu une cuisse cassée ; mais il ne sait plus laquelle , tant la guérison avait été heureuse. Elle était l'oeuvre d'un paysan de son village. Il prend en dégoût l'art et la science ; il se met entre les mains de Dumont, plus connu sous le nom de Valdajou, qui lui casse la cuisse de nouveau pour la mieux remettre, et le replace encore pour plusieurs mois sur le lit qu'il ne quittait que depuis quelques jours. Tous les ordres de la société prirent part à son malheur le président Saron , Boscovich et M. Sage, ses confères, se distinguèrent parmi ceux qui lui prodiguaient les marques du plus tendre intérêt. Ce dernier lui fait obtenir une pension de mille francs et une gratification de deux mille quatre cents francs. Un an et trois jours après sa chute, il remonte pour la première fois à son observatoire, pour un passage de Mercure. Il reprend le cours de ses travaux. Devenu académicien pensionnaire à son tour, il voit quelques jours après supprimer l'Académie et sa pension, et le traitement qu'il recevait de la marine, qui cesse en même temps de payer le loyer de son observatoire à l'hôtel de Cluny : il continue d'y demeurer cependant, et ne change rien à ses habitudes, malgré les embarras de sa position ; plusieurs fois nous l'avons vu le matin venir chez Lalande , pour y renouveler la provision d'huile qu'il avait consommée pour ses observations nocturnes. Il découvre une comète : les astronomes de Paris étaient dispersés ; Saron seul y restait, mais en prison ; Messier lui fit passer ses observations : Saron les calcule , et détermine l'orbite, peu de jours avant l'arrêt odieux et inique qui termina la vie de ce savant et respectable magistrat. Quelque temps après, Messier vit des jours plus heureux le Bureau des longitudes, la Légion d'honneur réparèrent avec usure les pertes qu'il avait éprouvées dans sa fortune. 11 ne lui restait point d'enfants de son mariage : successivement il avait appelé auprès de lui une soeur et un frère, qu'il eut le chagrin de perdre. 11 les remplaça par une nièce, qui, pendant les dixneuf dernières années de sa vie lui a rendu les soins les plus touchants et les plus assidus. Sa carrière se prolongea sans aucune infirmité jusqu'à l'âge de quatrevingtdeux ans ; alors sa vue baissa considérablement : il ne pouvait lire ou écrire qu'avec une forte loupe, qui le fatiguait , c'est ce qui l'a empêché de mettre en ordre ses mémoires : car , en sa qualité d'observateur , il ne voyait , n'entendait rien dont il ne prît note. Ses remarques auraient pu faire un supplément, au moins curieux , aux registres de l'Académie : ses jugements assez sévères étaient parfois injustes, par un effet de ses préventions contre la science et les savants ; mais il ne les écrivait que pour luimême, et le public les aurait sans doute ignorés toujours , sans quelques feuilles détachées qui se trouvaient dans les volumes de sa bibliothèque, vendus après sa mort par ses héritiers. Après une attaque de paralysie, il avait reparu aux réunions académiques ; mais ses forces diminuant de jour en jour, il demeura chez lui pendant deux ans, fut attaqué d'une hydropisie, qui le tint alité deux jours, et il expira dans la nuit du 11 au 12 avril 1817, à l'âge de 86 ans 9 mois et 18 jours. Messier n'a composé aucun ouvrage ; on n'a de lui que quelques mémoires, où il rend compte de ses observations astronomiques et météorologiques. Elles sont disséminées dans les volumes de l'Académie ou dans ceux de la Connaissance des temps, où l'on a réuni ses éclipses des satellites de Jupiter . Généralement il voyait les immersions un peu plus tard, et les émersions plus tôt que les autres astronomes ; ce qui tenait à l'excellence de sa vue et à celle de sa lunette. Maraldi cependant n'employait qu'avec réserve ces observations, qu'il jugeait peu comparables à celles que les voyageurs peuvent faire pour déterminer les longitudes. Nous avons de lui une ample collection de taches du soleil , qu'il a parfaitement décrites. Ces taches sont au moins au nombre de cent , toutes observées au moins trois jours différents ; ce qui suffit pour déterminer , par chacune en particulier , les éléments et la durée de la rotation du soleil. Nous en avons calculé un grand nombre : mais les résultats sont peu d'accord ; ils donnent pour l'inclinaison de l'axe, la position des noeuds et la durée, des quantités différentes, et ce travail a besoin d'être revu avec. le plus grand soin ; il est fastidieux pour tout autre que pour l'auteur des observations. 11 paraît résulter de ces calculs que chaque tache , outre le mouvement général du globe solaire, pourrait bien avoir un petit mouvement propre , soit de déplacement , soit de changement dans la forme , qui empêchera probablement que jamais on puisse conduire cette partie plus curieuse que vraiment utile de l'astronomie , à une précision supérieure à celle qu'on a obtenue jusqu'à ce jour. Nous n'avons . i2I Voyez dans la France littéraire de Quérard , t. 6, p. 90, l'indication chronologique de ses principaux Mémoires et des Observations astronomiques, faites par ',fessier à l'observatoire de la marine, hôtel de Cluny, 4 Paris. rien dit d'un Voyage ( lu marquis de Courtancaux mur la frégate l'Aurore, pour essayer plusieurs instruments relatifs à la longitude. Messier fit les observations : elles étaient du même genre que celles qu'il eût faites dans son observatoire. P rédigea la relation , Paris , 1768 Lalande, lorsqu'il publia, en 1775, un nouveau globe céleste, avait consacré à la mémoire de cet infatigable observateur une nouvelle constellation sous le nom du mcssier ou gardemoisson, qu'il forma de quelques étoiles éparses entre Céphée, Cassiopée et la Girafe
  • Charles MESNARD DE LA GARDE( 1715 - 1775) : naquit en 1715, dans le village de l'Argeasse , fit ses études à Niort, au collège des oratoriens, et prit le parti des armes. Après le traité de paix. de 1736, il entra au service de l'empereur, parvint dans cette position à mettre en évidence les talents qu'il possédait dans plus d'uneipartie , et fut nommé directeur de la monnaie à Florence par l'archiduc François, qui avait recueilli l'héritage des Médicis. Ce fut alors que Mesnard, ayant acquis de grandes connaissances en physique, se mit en relation avec l'abbé Nollet. qui le proclama le plus grand électriseur de toute l'Italie. Désireux de retourner dans sa patrie où, du reste, des affaires de famille l'appelaient, ce savant fit agréer sa démission au grandduc, qui lui donna des témoignages de sa satisfaction. Peu après son retour en France , il fut nommé directeur de la monnaie kla Rochelle, et l'académie de cette ville, où siégèrent Réaumur,' Dupaty, Chassiron et d'autres hommes célèbres, s'empressa de l'admettre dans son sein en 1756 il y lut deux mémoires, qui ont été imprimés dans les Recueils de cette société : l'un sur l'affinage de l'or au ciment, et l'autre sur la préparation des minéraux et sur leur fusion. La santé de Mesnard de la Garde devenue mauvaise, l'ayant obligé de quitter la direction de la monnaie de la Rochelle , il se retira dans son pays natal , d'abord chez son frère, notaire au Busseau, ensuite dans le village de Scillé, sur la terre de la Tour du Pin , dont il avait fait l'acquisition. Ce fut là qu'il mourut, le 23 mai 1775, regretté des savants dont beaucoup étaient en relation avec lui ; et jouissant, en France et à l'étranger, de la réputation d'un homme trèshabile dans l'art de traiter les métaux. On lui doit aussi l'invention ou le perfectionnement de plusieurs machines employées dans les arts
  • Charles MEYNIER( 1768 - 1835) : peintre d'histoire, naquit à Paris le 24 novembre 1768. Son père, qui avait beaucoup d'enfants , le destinait à la profession de tailleur ; mais le jeune Charles, se sentant du goût pour les arts du dessin, aima mieux entrer chez un graveur en tailledouce nommé Choffard . Quoiqu'il y lit de rapides progrès, son plus grand désir était de devenir peintre , et un de ses frères aînés , Meynier StPhal , acteur de la Comédie Française, voulut bien le placer à ses frais dans l'atelier de l'académicien Vincent, qui jouissait alors d'une brillante réputation. Plein de zèle et de constance, Meynier mit si heureusement à profit les leçons de son maître qu'au bout de quatre ans, en 1789, il remporta le grand prix de peinture, ce qui lui valut l'avantage de partir pour Rome en qualité de pensionnaire du roi. Ce fut durant son séjour dans cette ville qu'il dessina avec une fidélité scrupuleuse les plus beaux ouvrages de la sculpture antique , et fit de ces précieuses études une collection nombreuse, dont il ne voulut jamais se défaire, quelques sommes qu'on lui en donnât. De retour en France à l'époque de la terreur, il passa une partie de ce temps à composer en silence un grand nombre d'esquisses, dans l'intention d'en faire un jour de grands tableaux ; et après le 9 thermidor, ne craignant plus autant les dénonciations auxquelles les élèves de V cent étaient en butte, il s'empressa de mettre à exécution une partie de ses projets. Le nombre de ses productions est trop grand pour que nous puissions en donner ici la liste complète ; nous nous bornons à rappeler celles qui obtinrent le plus de succès : 1' Androclès reconnu par le lion ; 2° Milon de Crotone; 3° Télémaque dans de Calipso. Ce tableau, de moyenne grandeur, fut acheté par M. Fulchiron et cité avec éloge dans le rapport de l'Institut sur les prix décennaux. 4° Apollon, Uranie, Clio, Polymnie, Erato et Calliope , tableaux commandés par BoyerFonfrède, de Toulouse ; 5° le 76c de ligne retrouvant ses drapeaux dans l'arsenal d'Inspruck ; 6° l'Entrée des Français dans Berlin ; 7° les Français dans File de Lobau. Ces trois derniers tableaux sont maintenant placés dans le musée historique de Versailles. 8° Dédicace de l'église de St- Denis en présence de Charlemagne ; 9° la Sagesse préservant l'Adolescence des traits de l'Amour. Cette allégorie, traitée avec beaucoup de délicatesse, a originairement appartenu à M. de Sommariva. 10° les Cendres de Phocion ; 11° Phorbas présentant œdipe à la reine de Corinthe ; 12° Naissance de Louis XIV, sujet allégorique ; 13° St- Louis recevant le viatique ; 16° St- rincent de Paul ; 15° Alexandre et Campaspe ; 16° la Mort de Procris ; 17° le Triomphe de St- Michel sur le démon ; 18° Rome donnant à la terre le rode de Justinien ; 19° la France protégeant les Beaux- Arts sous les auspices de la Paix ; 20° le Génie préservant de la faux du Temps les chefs - d'oeuvre de nos grands maitres ; 21° les Nymphes de Parthénope apportant leurs pénates sur les bords de la Seine . Meynier était membre de l'Institut , chevalier de la Légion d'honneur et professeur aux écoles royales. Il mourut le 6 septembre 1835, victime du choléra, à côté de sa femme, qui venait d'être frappée de la même maladie. Le talent de ce peintre n'était pas irréprochable. On a plus d'une fois observé qu'il répétait trop souvent dans ses tableaux les mêmes caractères de tètes et surtout les mêmes profils , et qu'en revenant laborieusetuent sur quelques figures dont le premier jet était excellent, il lui arrivait de confirmer ce que dit le proverbe italien : Il meglio è nentico del bene ; niais ces défauts, qui tenaient à une trop grande défiance de luimême, étaient largement compensés par la sagesse ingénieuse de ses compositions et par la savante correction de son dessin. Peu d'artistes de l'époque, mémo dans l'école de David , ont possédé mieux que Meynier la connaissance des formes anatomiques et l'art de peindre les nus ; et il est peut-être celui de tous qui a le mieux entendu la peinture de plafond, tant sous le rapport de la disposition pittoresque que sous celui de la perspective aérienne. Néanmoins, allant peu dans le monde et restant étranger à toutes les coteries, il n'eut pas le bonheur d'élever sa réputation au niveau de son talent. Meynier tenait chez lui un atelier de peinture exclusivement consacré aux dames, et plusieurs de ses élèves , parmi lesquelles il faut distinguer madame Hersent, ont exposé aux salons du Louvre des ouvrages trèsremarquables
  • Charles MILLON( 1754 - 1839) : historien et poète, naquit à Liége, le 13 septembre 1754. Il fut d'ab?rd sousbibliothécaire du prince de Condé, et obtint ensuite une chaire à l'Ecole de droit de Paris. Nommé professeur de langues anciennes au Ivrée Napoléon, il fut, quelque temps après, chargé de faire à la Sorbonne le cours d'histoire de la philosophie ancienne, et il s'occupa en 'Mite temps de beaucoup de compilations et traductions pour dei entreprises de librairie. Milton axait renoncé à l'e?seignement depuis plusieurs années, lorsqu'il mourut à Paris, le 21 juillet 1839. On a de lui : 1° In obit? r? Ludoriri earmen , 1774 ; 2" l'ers sur l'acétirment de Louis- Auyuste trdne, 177% 3° Epitre eu res à 1, 11- rderir, roi d, 1), , esse, 1775 , otinte en quatre chants , 1781 ; nouvelle édition augmentée de Poésies , 1798 (roy. Jean G. ; 5" Histoire des rayages des papes depuis 'forent Jr jusqu'à Pie 1'1, 1782, it?-8° , avec des notes ; 6° Intodurtion à l'histoire des troubles des Prorinres- Unies de- puis 1 7 7 7 jusqu'en 1787, 1788, 7° Tableau sommaire et philosophique du gé- nie, du caractère. des meurs , du yourernement et de la politique des Batares, traduit de l'anglais, 1789 ; 8° Charlotte Brimant, Amsterdam , 1789 , Histoire des descentes qui ont ru lieu en Angleterre, grosse , Irlande et ars adjacentes, depuis Jules- César jusqu'à nos jours, 1798 ; 10* les Soiréts de ll'indsor, ou les Loisirs d'une faucille anglaise, traduit de l'anglais . 1798, ?. vol. ; 11. Voyage en Irlande par Tais , traduit de l'anglais, 1798 2- I 'oyage en Ir- lande par Arthur Young, sui' % i de Recherches sur , par le traducteur , 1799 , a vol. , 1801 , 2 vol. ; 13" histoire de la rérolution et contre- rérolution d'Angleterre , 1799 ; 1800 ; 1 Aliments de l'histoire de Franee, par Billot , édition continuée jusqu'à la mort de Louis XVI, 1803, 3 vol. ; 1806 , 3 vol.; 181k , vol. ; 15. Eléments de l'histoire d'Angleterre, par Millot, édition augmentée des règnes de George II et III . 1801 , 3 vol. 7' édition , 1810 ; 16° la Politique d'Aristote, 1803, 3 vol. ( roy. ARISTOTE. La traduction de Millon , quoique supérieure à celle qui avait paru quelques années avant la sienne, est cependant trèsimparfaite. Il avait aussi traduit la fiepub/ igue et les Lois de Platon, ainsi que Hiéron, Xénophon et les Lettres d'Aristhénète; mais ces travaux sont restés manuscrits. — ancien juge au tribunal de commerce de ChAlonsurSaône a publié : Projet d'un emprunt na- tional en contrats négocia/ dr', 1$14 , io-4• , dédié à la d'ambre des députés: 2• Projet d un plan de jiminreJ, Paris, 1824 3' Now- eau plan de finances, et•... Paris , 1829 . iii-8'
  • Charles MILLS( 1788) : historien anglais , naquit à Croom'sHill, auprès de Greenwich , le 29 juillet 1788. Il était le plus jeune de sa famille. Son père, habile médecin , lui fit donner une éducation classique dont il profita sans doute, mais à laquelle il ajouta beaucoup par ses propres études. Il était doué d'une grande mémoire , d'une impressionnabilité trèsvive ; il aimait infiniment la lecture : d'où il résulta que, jeune encore , il avait beaucoup dépassé le cercle restreint des connaissances universitaires. Ses parents le destinaient au barreau ; et dès l'âge de seize ans, il fut placé, en qualité de clerc , chez M" Williams et Brookes , procureurs à Lincoln'sInn. C'est pendant ce séjour à Londres que Mils sentit sa vocation littéraire se déclarer. Il ne négligea pas absolument le droit cependant, et il resta quatre ans chez ses patrons , dont le plus âgé était un ancien ami de sa famille. Mais , ce qui nous semble véritablement remarquable dans la révolution qui eut lieu alors chez Mills , c'est la série des changements par lesquels sembla passer son esprit. Il s'éprit d'abord des études théologiques, et, sous cette impression, il lut un grand nombre A la fin de 1792, cette inscription fut ainsi changée momentanément : Civibus turc illavors vulcasia Cela nlinistrat, Teta tyrannorum debellatura furores. des ouvrages modèles que l'Angleterre possède sur ce sujet, tant ceux qu'on classe parmi les oeuvres oratoires que ceux qui appartiennent à la controverse ou qui tiennent le milieu entre ces deux genres. Il se forma mème dans cette spécialité un noyau de bibliothèque , tel que l'on en trouverait rarement chez un jeune homme qui, même alors , ne songeait point à la carrière ecclésiastique. 11 dut à cette excellente disposition d'esprit l'avantage de se préserver des travers auxquels la jeunesse est entratnée par le séjour des capitales. Il était loin pourtant de vivre de la vie ascétique, ou d'afficher un rigorisme que l'on eût pu railler. Vers la fin de la seconde année, son attention ; que jusquelà la théologie seule avait détournée de l'étude exclusive du droit, se tourna du côté des débats des deux chambres : c'était passer de l'éloquence de la chaire à celle de la tribune , et de ce qu'on nomme genre démonstratif au genre délibératif ; de là sans doute, au bout d'un deuxième laps de temps , le goût que tout à coup il prit pour le théâtre. Il s'appliqua de même, avec beaucoup d'ardeur et de suite , à cette nouvelle branche des études littéraires , lut tous les grands maîtres de la scène anglaise , et ne négligea point ceux des critiques dont les ouvrages font autorité en cette matière. On ne peut douter que, dès cet âge, les études de 3iills sur l'art dramatique n'aient été profondes et fort variées ; car peu d'années après , il discourait sur cette partie de la littérature avec un éclat et une solidité qui décelaient assez d'anL ciennes méditations. Tout en se formant ainsi par une lecture assidue , il composait divers morceaux , les uns relatifs à ce qu'il lisait , les autres , qui furent publiés sous le voile de l'anonyme dans divers recueils. C'est ainsi qu'il atteignit sa vingtième année et l'an 1809 , auquel devait finir son apprentissage comme légiste. Il venait alors de perdre son père , avec qui il avait en 1808 fait un voyage aux lacs du Nord. La petite fortune dont il héritait était trop peu de chose pour lui permettre de se livrer à des goûts dont il ignorait s'il pourrait tirer de quoi vivre honorablement. ll résolut donc de continuer la pratique du barreau , et il passa encore un an chez un autre procureur , après quoi il essaya d'exercer pour son compte ; niais il ne réussit point, parce qu'il eût fallu acheter une étude , et il passa deux ans, n'ayant que quelques minces affaires à conduire. Grièvement malade au bout de ce temps : il eut le bonheur de l'y trouver , et après avoir séjourné l'hiver dans le midi de la. France et en Italie , il repassa la Manche , sinon radicalement guéri, au moins beaucoup mieux portant . Ses efforts pour obtenir du gouvernement une place dans le parquet ou même un poste quelconque ayant été infructueux, il fallut revenir au barreau indépendant , et il tenta de devenir, moyennant argent, associé dans une étude établie. Mais à l'instant où il allait traiter, le procureur en titre apprit que son futur partenaire n'avait que deux ans de pratique libre , et qui pis est , que le jeune homme prétendait mener de front la littérature et les affaires ; il retira la parole donnée, et il fut impossible de renouer le marché. Heureusement Mills, qui depuis sa sortie de chez ses premiers patrons avait étudié la littérature orientale , venait d'achever son Histoire du mahométisme ; et quoique ce ne fût encore qu'un premier jet , celleci avait trouvé un approbateur dans le célèbre sir John Malcolm , qui tit venir chez lui l'auteur et lui donna, outre des encouragements flatteurs, d'une part, l'autorisation de se servir de sa bibliothèque pour perfectionner son travail ; de l'autre, des recommandations pour la maison qui publia ce travail. Mils se vit ainsi en mesure de se livrer à ses prédilections, sans avoir continuellement à s'inquiéter des moyens de vivre, et à diviser ses forces pour suffire à deux tâches dont chacune suffit pour absorber ce qu'un homme peut avoir de talent et d'activité. La première édition de l'Histoire du 'nahométisme parut en 1817 , et le sort de Mills fut ainsi fixé irrévocablement. Il n'avait pas encore fini d'en relire les épreuves , que déjà il s'occupait d'un autre ouvrage dont, éyidemment, l'idée lui avait été suggérée et dont bien des matériaux lui avaient été fournis par le premier travail : nous voulons parler de l'Histoire des croisades. Un tel sujet ne pouvait manquer de plaire singulièrement en Angleterre, où, chose singulière ! les croisades ont toujours été plus populaires et mieux jugées qu'en France depuis le 17° siècle. Peut-être un lointain reflet du rôle brillant qu'on se plaît à y attribuer au roi Richard y estil pour quelque chose ; peut-ètre la moderne campagne d'Egypte, peut-être le potine de Southey , venaientils d'y ajouter au moment où Mills résolut de traiter ce sujet. Quoi qu'il en puisse être, cet ouvrage, qui parut en 1819 , fut accueilli avec de plus grands applaudissements encore et plus de succès que l'Histoire du mahométisme , et six mois plus tard on en fit une seconde édition. Ensuite vinrent, mais après une longue interruption nécessitée par l'état déplorable de sa santé, les Voyages de Duras , puis l'Histoire de la chevalerie . Chacune de ces publications ajouta considérablement à la renommée de Mals, qui indubitablement aurait bientôt pris rang parmi les premières célébrités de la GrandeBretagne ; mais chacune ajoutait à ses souffrances et à sa faiblesse physique. Dès son adolescence, on avait remarqué en lui une disposition à la phthisie, et à treize ans il avait failli périr (l'une affection de poitrine. Ses veilles prolongées et opiniâtres, notamment de 1809 à 1812, lorsqu'il s'évertuait à concilier les devoirs de la profession de légiste avec son désir de s'initier à la littéra-
  • Charles MURRAY( 1768 - 1847) : jurisconsulte et philanthrope anglais, né à Wells le 8 septembre 1768, mort le 6 mars 1847 à Tillington . Fils d'un physicien qui avait fondé beaucoup d'établissements pour les pauvres du comté de Norfolk, Murray hérita des dispositions philanthropiques de son père. Il fut élevé dans l'école de Norwich , où il se cassa une jambe dans une rixe d'élèves, accident qui causa la paralysie de ce membre pour tout le reste de sa vie. En 1785, il entra dans l'étude d'un solicitor ., où il resta jusqu'en 1789. Il étudia ensuite le droit dans l'école spéciale de Gray'sInn. Après s'être marié en 1792., Murray s'établit à Londres comme avocat. Mais en même temps il s' à tous les établissements de bienfaisance, tels que la Royal Jennerian society, pour laquelle il écrivit en 1808 : Debates in the parliament res- peeling the Jennerian Discoreries, et An answer te M. Highmore objections te the bill before parliament to prevent the spreading of the sniall pox. Il fut ainsi un des plus ardents propagateurs de la vaccination.. Après avoir, en 1800, avec son frère Thomas, fondé The & ver institution, pour soigner gratuitement les pauvres atteints de lièvres chroniques , il constitua en 1806 The so- ciety of friends of foreigners in distress . En 1817, cq fut une autre association , au bénéfice des veuves et orphelins des avocats de Londres et du voisinage, qui dut son existence à Murray. Il entra mène en lice pour la défense des bases de la société et pour repousser des attaques contre la Bible, et il se mit en 1821 à la tète de la société fondée dans l'intérêt du christianisme. En 1834, il suivit à Medhurst en Sussex le comte d'Egremont , dont il devint le conseil judiciaire, et plus tard encore il se retira à Tillington pour d'autres affaires litigieuses qui lui avaient été confiées. C'est là qu'il passa les dernières années de sa vie
  • Charles NICHOLSON( 1794 - 1835) : célèbre Ilùtiste anglais, né en 1791 à Londres, où il mourut en 1835. Fils d'un flùtiste du théâtre de CoventGarden, il fut attaché successivement aux orchestres de DruryLane et de CoventGarden, puis au théâtre italien itelondres , Ét, enfin au concert de la so-! ciâé philharmoniquë. Les 'Anglais le mettent au., dessus de tous les' virtuoses de son instrument. Nicholson a publié d'abord quelques ouvrages théoriques. Ce sont : 1° Preceptire lessons for the / lute ; 2° Stadies eonsisting, of passages . selected from the wons of the most eminent floc composerand'thrown int the foreqpreludes, witleoecasio- nal fingering and a set of original exereises. Ces deux ouvrages parurent à Londres. Les compositions musicales de Nicholson sont les suivantes : Douze mélodies choisies , arec des variations pour flûte et piano , — Fantaisies ; avec introduction et polonaise, — Trois duos pour flûtes. Ces diverses musiques ont été publiées à Leipsick, chez Breitkopff et Hzertel
  • Charles NEANDER DE PETERSHEIDEN( 1761 - 1842) : tacticien militaire et technologue prussien, né 95 décembre 176i à Luben, dans la Poméranie postérieure, mort à Berlin le 30 avril 1842. Officier , il se distingua en 1793 et 1794 devant 3Iinden et Wesel , où il gagna l'ordre du , hérite. Après la campagne de 1806, il sortit de l'armée avec le grade de capitaine du génie. Il occupa ensuite ses loisirs par la découverte de plusieurs appareils de siège et d'une espèce particulière de brûlots. Une chute de cheval , qu'il fit en 1813, l'empêcha d'assister à la bataille de Leipsick, dont il avait cependant dressé le plan pour les opérations de l'artillerie. Déjà avant cette époque Neander avait fait passer plusieurs amélicirations dans le service de l'édilité de Berlin. Cette ville lui doit le numérotage des maisons et des rues au moyen de plaques, ainsi que le système d'éclairage qui a persisté jusqu'à l'introduction de l'éclairage au gaz. Pendant les années difficiles de 1806 à 1812, il y fonda l'institution Frédéric, qui comprend encore aujourd'hui un ensemble de mesures de bienfaisance pour les classes indigentes , telles que distributions de viande, de lait, de bois menu, outre l'occupation qu'elle tâche de procurer aux gens sans ouvrage. Dans la même intention , Neander créa aussi l'association des commerçants et seigneurs domaniaux avec un capital de près de cent mille francs. Pour les sousofficiers et soldats de l'artuée , il contribua à l'établissement d'une caisse de crédit et de pension. Cet homme, dont le nom est presque, et à tort, effacé par celui de ses homonymes contemporains, les deux théologiens de Berlin , a enfin fait plusieurs inventions importantes , telles qu'un lactéomètre pratique , des essieux de fer damassé, plus faciles à forger que les essieux ordinaires, en même temps que moins fragiles ; une scie circulaire, des fers de souliers pour les temps de verglas et des jantes de roues de bois courbe. Parmi les découvertes d'une portée plus vaste, ligure celle d'un appareil de sauvetage lors des incendies, qui aujourd'hui est appliqué avec quelques modifications dans toute l'Allemagne, puis celle d'un télégraphe portatif. Les sciences et la tactique militaires enfin lui doivent une espèce de pont léger à colonnes , et divers appareils de défense obsidionale
  • Charles NOCETI( 1695 - 1759) : littérateur et théologien génois, né d'une famille noble à Pontremoli vers l'an 1695 , embrassa jeune encore l'institut des Jésuites à Rome, et professa dans le collége Romain avec talent et succès. En 1756, il devint coadjuteur de son collègue, le savant Dominique Turano, dans sa qualité de théologien de la pénitencerie. Les disgrâces de sa société, en Portugal l'affectèrent vivement ; et il fut atteint d'une maladie aiguë, qui l'enleva en 1759. A un goût sûr, à une critique éclairée, il joignait les vertus d'un digne ministre de l'Evangile. Il jouissait à Rome d'une grande considération , et comptait parmi les cardinaux et les prélats beaucoup d'élèves, qui lui témoignèrent constamment autant de confiance que d'estime. Il était en correspondance avec plusieurs savants et littérateurs de son temps , qui le consultaient volontiers sur l'objet de leur travail. Ses ouvrages se partagent en deux classes distinctes , théologie et littérature. C'était alors l'époque où le dominicain Concina faisait une si rude guerre au probabilisme et au relâchement, ou du moins à ce qu'il croyait tel. Cette guerre ne fut pas sans amertume, et la morale sévère se trouva quelquefois compromise dans ces plaidoyers faits pour elle. Concina, un peu ardent dans son zèle, n'avait pas ménagé les jésuites , qu'il avait signalés en plusieurs occasions comme atténuant, par de lâches complaisances, la sévérité de la morale chrétienne. Les jésuites trouvèrent de nombreux défenseurs, entre autres, Lecchi, Cordara, Lagomarsini , Zech , Zaccaria , Gravina , etc. Noceti prit aussi la plume pour soutenir l'honneur ,de son corps :. il publia dans ce but la Vérité vengée, en latin, Lucques et Rome, 1753 ; il y rapporte cent cinq propositions de théologiens jésuites, altérées par Concina ; Réfutation latine de deux lettres de Dinelli, Rome, 1753 et 175% : cette Réfutation consiste en deux lettres contre celles par lesquelles Dinelli, confrère de Concilia, avait voulu soutenir la véracité de celuici ; — Lettre du P. C. Noceti, sur une rétractation de Tambiirini , Rome, 175% ; cet écrit en italien est encore contre Dinelli. Voyez , sur ces ouvrages de Noceti , l'Histoire littéraire d'Italie , t. 7 et 9. Noceti cultiva de plus avec succès la poésie latine, comme on le voit par ses églogues imprimées à Rome, en 1741, avec celles de Rapin, et par ses poèmes de l'Iris et de l'Aurore boréale, que le P. Boscovicli publia en 17%7, à Rome, avec des notes, et que le P. Oudin a fait entrer, sans notes, dans son Recueil de Poemata didascalica, Paris. 1749 , 3 vol. Roucher, dans ses Mois, a imité le second de ces poèmes. Il y a encore des poésies latines et italiennes de Noceti dans un recueil de vers des Arcadiens
  • Charles NODIER( 1783) : littérateur français , né le 29 avril 1783 , l'un des écrivains sinon les plus éminents, du moins les plus connus et les plus gotités dans la première moitié du 19° siècle ; il a été l'objet d'éloges un peu outrés , il a été aussi , après sa mort, en butte à des attaques où se montre l'absence complète de toute bienveillance. Nous essayerons d'éviter l'un et l'autre de ces écueils et nous resterons dans une parfaite impartialité. Conteur charmant, écrivain doué d'une imagination féconde, Nodier s'est souvent mis en scène dans les récits qu'il a livrés à la publicité, et il s'en faut qu'il se soit maintenu dans les limites de la vérité et même de la vraisemblance. Ses Souvenirs de jeunesse sont une espèce d'autobiographie qu'on aurait bien tort de Telle est la date que donne M. Quérard, qui écrit, en général, d'après de bons renseignements. M.SteBeuve, dans une notice dont nous reparlerons, dit que le point n'est pas parfaitement éclairci. M. Weiss, ami d'enfance de Nodier, suppose l'année 1781 . d'autres amis ont parlé du 59 avril 1780; peut-être n'étaiton pas fâché, en donnant quelques années de plus, de rendre moins invraisemblable le rôle prêté à l'enfant durant les orages de la Terreur. prendre au sérieux ; la fiction y est mêlée à pleine main à ce qu'il peut y avoir d'historique dans ces récits; l'auteur raconte son séjour à Strasbourg auprès du redoutable Schneider, accusateur public près le tribunal criminel du BasRhin : il fait la narration de ses rapports avec Pichegru , qui l'aurait pris pour son confident , pour son secrétaire, et il n'avait alors que dix ou onze ans ! En écrivant, trente ou quarante ans plus tard , ces étranges circonstances, Nodier voulait seulement s'amuser et intéresser ses lecteurs ; il était certainement le premier à se moquer de ceux qui prenaient ces récits au sérieux , et qui les reproduisaient dans leurs livres ou dans les journaux. Un ingénieux critique auquel nous ferons quelques emprunts, M. SteBeuve, a, dans le Portrait littéraire qu'il a tracé de Nodier , apprécié avec sa finesse habituelle ce qu'il peut y avoir de réel dans ces souvenirs romancés : « Les relations avec le moine « Schneider, telles que Nodier s'est plu à nous « les peindre, ne sontelles pas une réflexion fort « élargie , une pure réfraction de la mémoire à « distance et au sein d'une vaste et mobile hua « gination ? » Le père de Nodier était avocat ; il eut le malheur de devenir président du tribunal révolutionnaire de Besançon ; on l'a représenté comme un « homme sensible et doux dans la « vie intérieure , niais rigide comme un Romain « dans l'accomplissement de ses devoirs ». Or, si nous ne nous trompons , le seul devoir d'un tribunal révolutionnaire à l'époque de Robespierre était de condamner, et la mort était la seule peine qui fût alors appliquée. On a raconté comment , « terrible petit solliciteur », Nodier arracha à son père une sentence d'acquittement en faveur d'une femme âgée et respectable, madame d'Olivet , en menaçant de se poignarder si la prévenue, coupable d'avoir envoyé de l'argent à un émigré, était condamnée. Il est permis de regarder ce trait comme un de ces épisodes assez nombreux dont l'imagination des amis de Nodier s'est laissée aller à embellir les débuts de sa carrière. Le régime de la Terreur s'écroula ; le père de Nodier, n'ayant plus de jugements à rendre, s'occupa de l'éducation de son fils, jusqu'alors fort négligée ; après un court séjour à Paris , Charles revint en FrancheComté, et sa fougue naturelle le poussa dans des directions diverses. Il s'était pris de passion pour l'histoire naturelle des insectes en étudiant dans les bois les formes et les moeurs de ces fragiles créatures; il se préoccupait déjà de linguistique ; il songeait surtout à la politique. Il est rare que, dans la jeunesse, on ne s'enrôle pas sous les drapeaux de l'opposition ; Nodier, tète ardente, coeur chaleureux et réfléchissant rarement, se forma un système mêlé de ferveur républicaine, de sympathies royalistes, de patriotisme franccomtois et de haine pour le despotisme. Ce fut sous l'empire de ces divers sentiments, du dernier surtout, qu'il lança contre le premier consul, alors toutpuissant et prêt à mettre sur sa tète la couronne impériale. une vigoureuse pièce en vers, parfois vraiment belle et qui , reprochant avec indignation au maître de la France d'avoir étouffé la liberté , lui annonce qu'avant que sa domination soit solidement établie, il faut que l'élite des braves monte à l'échafaud de Sydney. La Napoléone , imprimée clandestinement, et qui n'occupe d'ailleurs que quatre pages , eut un certain effet sur l'opinion publique , beaucoup moins cependant qu'on ne l'a prétendu dans des notices élogieuses qui la représentent comme un des morceaux de poésie lyrique les plus remarquables de notre langue , et comme étincelante de beautés sublimes. 11 est douteux que le premier consul s'en soit jamais beaucoup préoccupé au milieu des soucis et des affaires qui l'absorbaient, niais le ministre que Nodier, dans un moment d'exaltation généreuse, et ne voulant pas que d'autres fussent poursuivis à sa place , écrivit au ministre et se déclara l'auteur de l'écrit incriminé. Il ne fut pas d'ailleurs traité trèssévèrement ; après une courte détention à StePélagie, il fut renvoyé à Besançon auprès de son père , niais la fougue de sa jeunesse le portait à s'occuper constamment de politique, et dans son inconséquente ardeur, il était à la fois en relations avec les révolutionnaires et les émigrés. Soupçonné d'avoir favorisé l'évasion d'un émigré notable , impliqué dans une conspiration dont le but était d'enlever l'empereur lorsque, se rendant en Italie, il traverserait les montagnes de la Franche - Comté, Nodier prit la fuite, afin d'échapper à la prison ; il erra dans les montagnes et les bois, sur les frontières de la France et de la Suisse, s'occupant d'entomologie, ne perdant point de vue ses études linguistiques et subissant des épreuves, traversant des aventures qu'il s'est plu à raconter d'une façon trèsattachante, mais sans doute peu exacte. On a dit que, forcé de se déguiser et privé de toute ressource, il fut un moment facteur de la poste dans un petit village et qu'il s'enrôla dans une troupe de badigeonneurs. Quoi qu'il en soit , il obtint de rentrer dans sa patrie ; le préfet , Jean Debry, s'intéressa à lui, et il s'établit à Dôle, où il ouvrit un cours et fut attaché à la bibliothèque de la ville. Il se maria sur ces entrefaites à une femme qui a été l'objet d'éloges unanimes et qui a toujours entouré de soins délicats et tendres la vie de son époux. Bientôt une carrière nouvelle s'ouvrit devant lui grâce à un hasard imprévu. Un Anglais, ami des lettres et prisonnier de guerre retenu en France, sir Herbert Crofts , était établi à Amiens ; il s'occupait beaucoup de la littérature française, il poussait l'étude de la grammaire jusqu'à la subtilité ; il lut le travail que Nodier venait de publier sur les onomatopées, et il désira associer à ses travaux un homme qui se livrait à des recherches alors bien peu répandues. Nodier se rendit donc à Amiens, où il devint secrétaire du baronnet, et il l'aida dans quelques uns de ses travaux; le Commentaire sur le Petit Caréme de Massillon, Paris, 1815, dut sans doute se ressentir aussi de cette participation d'études. Une darne anglaise, lady Mary Hamilton, vivait également à Amiens, et quoiqu'elle sût fort peu de français, elle avait la manie d'écrire dans cette langue des romans que Nodier refaisait sous prétexte d'en revoir les épreuves et qui sont aujourd'hui plongés dans le néant. Du reste , l'amour de l'indépendance et quelques excentricités britanniques de sir Herbert Crofts rompirent, au bout d'un an, l'association littéraire qui s'était formée ; Nodier quitta sans regret celui dont il a tracé , dans sa nouvelle d'Amélie, un portrait flatteur et gracieux sous le nom facilement reconnaissable de sir Robert Grove, et il revint dans ses montagnes du Jura. Il venait d'être père, il manquait de ressources ; il se trouva heureux de devoir à la protection de Jean Debry une place dans les provinces illyriennes que l'Autriche avait cédées à la France. Il se rendit à Laybach, où il avait été nommé bibliothécaire ; ce n'était qu'une sinécure à laquelle vint s'adjoindre un emploi dans l'administration de la loterie; presque aussitôt il fut chargé de la direction de la librairie et de la rédaction d'un journal, le Télégraphe illyrien, journal polyglotte, puisqu'il était publié en quatre langues . Ce fut pour Nodier l'occasion de faire des recherches intéressantes sur les productions littéraires de la Dalmatie , alors complétement ignorées, et quelquesuns de ses ouvrages portent l'empreinte profonde de ses conquêtes en ce genre. — La France perdit d'ailleurs l'Illyrie presque aussitôt qu'elle l'avait acquise, et lorsque l'empire se fut écroulé, Nodier vint à Paris. Il écrivit dans les journaux royalistes, le Journal des Débats , la Quotidienne, et il publia, mais sans y mettre son nom, une Histoire des sociétés secrètes de l'armée. Le titre était fait pour piquer la curiosité à cette époque; l'ouvrage eut de nombreux lecteurs; on y trouve le récit de ce qui concerne 4a société des Philadelphes, dont le chef était un personnage accompli, extraordinaire sous tous les rapports, le colonel Maxime Oudet, tué à la bataille de Wagram ; après lui la direction de la société passa dans les mains du général Malet, dont il est inutile de rappeler la tentative hardie en 1812 et la triste fin . Il n'est pas trèssûr que les Philadelphes aient vraiment existé, et il est trèscertain que le caractère d'Oudet, sur lequel Nodier est revenu à plusieurs reprises , en donnant à ses couleurs une vivacité toujours nouvelle , est dû à la brillante imagination du con teur qui, se souciant peu de faits positifs, voulait surtout étonner et captiver son public . Les centjours survinrent; Nodier, qui s'était compromis par ses attaques contre Napoléon renversé par la coalition, quitta Paris et se retira en Lorraine, où il resta ignoré; on a prétendu que Fouché, redevenu ministre et qui l'avait connu en Illyrie, l'ayant fait venir et lui ayant demandé ce qu'il voulait, en obtint pour réponse « Eh bien, don« nezmoi cinq cents francs... pour aller à Gand , mais l'anecdote n'est peut-être pas trèsauthentique. En revanche , on est d'accord pour attribuer à Nodier un mot qui circula alors et qui fit fortune parmi les royalistes : « Puisqu'on veut « pour la France un souverain qui monte à che« val, je vote pour Franconi. » Nous ne rechercherons pas si, comme le prétendent MM. SteBeuve et Quérard-, Nodier envoyait des articles au Moniteur publié à Gand, tandis que M. Francis Wey, auteur d'une notice imprimée en 18Vk et dictée par des sentiments d'une affectueuse admiration,. affirme que Nodier ne transmit pas une ligne à ce journal. Les Bourbons remontèrent une seconde fois sur le trône , et Nodier revint à Paris, où il mena quelque temps l'existence assez précaire de l'homme de lettres réduit à vivre des travaux de sa plume. Il écrivit dans divers journaux; il mit au jour en 1818 une édition des Fables de la Fontaine avec un nouveau commentaire littéraire et grammatical, dédié au roi, c.,) vol. ce commentaire , entrepris depuis plus de dix ans , renferme d'ailleurs des aperçus ingénieux et des vues finement énoncées. En 1822, Nodier dirigea une édition assez soignée des OEuvres de Millevoye, 3 vol. in - 8', qu'il dédia également à Louis XVIII et de laquelle quelques pièces destinées à chanter les hauts faits de l'empire furent retranchées. En 182-1, il mit une introduction littéraire en tète d'une magnifique édition du Temple de Guide de Montesquieu, publiée par l'imprimeur Pinard. En t825, de concert avec M. Verger , il publia une édition nouvelle de la Satyre Ménippée qu'il enrichit d'une préface et de quelques notes. Bien d'autres travaux littéraires qui n'ont guère laissé de traces l'occupèrent. Ce fut aussi dans cette période de dix ans qu'il fit paraître quelques romans qui obtinrent un juste succès : Jean Sboyar en 1818, Adèle en 1820, Snzarra, ou les Démons de la nuit en 1821, Thérèse Aubert en 1819. Malgré ses démarches , malgré les titres que lui donnait à la bienveillance royale son opposition au consulat et à l'empire , titres qu'il rappelait volontiers , Nodier n'obtint rien de Louis XVIII, et il accepta un instant la place de professeur à l'université d'Odessa que lui proposait , faute de mieux, la bienveillance du duc de Richelieu. Cet (1, Un des meilleurs amis de Nodier, son compatriote Weiss, convient (article MALFr( que l'auteur de l'Histoire des sociétés secrètes de l'armée semble s'être proposé pour but de se jouer de la crédulité de ses lecteurs. exil , qui eilt jeté l'ingénieux écrivain si loin de la France, n'eut pas lieu ; au moment de fermer ses malles, Nodier renonça à aller s'établir sur les bords de la mer Noire. Enfin, en 1825, son existence s'as3it et se fixa. Ses goûts de bibliophile , ses travaux littéraires l'avaient recommandé à M. de Corbières, ministre de l'intérieur et ami passionné des vieux livres ; il fut nommé bibliothécaire de l'Arsenal en remplaceinent de l'abbé Grosier, qui était mort sur ces entrefaites. « Dans sa retraite une fois trouvée, au soleil, au milieu des livres dont une élite sous sa main lui « sourit, la vie de Nodier s'ordonna des matinées « studieuses, liseuses devinrent de plus en plus « productives de pages toujours plus goûtées. » En 1821, il avait fait une rapide tournée dans la GrandeBretagne ; il y trouva la matière d'un petit volume qu'on lit avec plaisir : Promenade de Dieppe aux montagnes d'Ecosse, et cette excursion suggéra l'idée d'une trèsagréable nouvelle : Trilby ou le Lutin d'Argail, 182'2. Elle devint assez populaire pour que le nom de Trilby passât un instant dans le vocabulaire capricieux de la mode ; les couturières , tout en méditant sur la rédaction d'un corsage ou sur l'édification d'une toilette monumentale, donnèrent à des écharpes, à des gazes multicolores le nom de Trilby ; ce sont des riens qui témoignent cependant un succès de bon aloi. Etabli à l'Arsenal , Nodier continua de travailler avec persévérance; nous indiquerons plus tard les nombreux écrits qu'il mit au jour durant une période de dixhuit années. En 1834 , il devint membre de l'Académie française, et c'était justice ; car bien peu de personnes savaient comme lui manier admirablement la langue française user, avec un rare bonheur d'expression et d'image, de toutes les ressources d'une plume riche, facile et gracieuse ; ses études lexicographiques le désignaient d'ailleurs tout naturellement comme le plus utile des collaborateurs de ce fameux Dictionnaire, dont on s'occupe depuis près de deux siècles et demi, et qui est toujours à refaire. Il remplaçait M. Laya, et il fut reçu par M. de Jouy. Il s'était permis quelquefois de railler l'illustre compagnie, et cependant « il fut saisi d'une joie toute « naïve et attendrie en y entrant. Aucun autre « discours de récipiendaire ne respire peut-être « à l'égal du sien l'expansion sortie de la recors « naissance. Il la prouva surtout par un dévoue « ment sincère à ses devoirs d'académicien. » —Le salon de Nodier attira bientôt à l'Arsenal l'élite de la littérature et des arts ; sa femme et sa fille en faisaient les honneurs avec une grâce parfaite, et lui - même accueillait avec une chaleureuse sympathie tous ceux qui s'approchaient de lui. Sa conversation avait un charme irrésistible ; c'était un mélange de fine raillerie et de sensibilité; comme conteur, il n'avait pas d'égal ; les dimanches de l'Arsenal devinrent célèbres; l'école nouvelle surtout, dont Nodier protégea les débuts, s'y porta avec empressement. On y vit, à l'entrée de leur carrière littéraire, Alfred de Musset, Victor Hugo, Alexandre Dumas, SteBeuve, Alfred de Vigny, et bien d'autres encore dont les noms alors obscurs ont depuis acquis une notabilité plus ou moins éclatante. La rédaction de plusieurs ouvrages , les plus parfaits qu'il ait écrits sans doute , une collaboration active à la Berne de Paris, fondée en 1828, occupèrent Nodier depuis qu'il eut acquis cette position nouvelle ; il était aussi fort absorbé par les préoccupations de la bibliomanie; deux fois il forma et livra aux chances heureuses des enchères des collections composées d'ouvrages curieux et rares ; une troisième bibliothèque qu'il avait créée peu à peu avec un soin exquis se trouva , au moment de sa mort, offrir une importance bien supérieure à celle des cabinets qui l'avaient précédée ; nous en reparlerons plus loin. — En vieillissant, Nodier devint un peu misanthrope ; il croyait peu au progrès, et son ironie ne ménageait ni les institutions politiques du jour ni la philanthropie. L'industrialisme est permis d'écrire ce mot barbare,' lui inspirait autant de colère que les innovations orthographiques qu'il reprochait à Voltaire. Dans un corps débile, il conserva longtemps une grande vigueur. On le vit pendant plusieurs années, à pas lents , un peu voûté et comme affaissé, s'acheminer tous les jours régulièrement chez des libraires qu'il affectionnait, chez lesquels il se plaisait à contempler, avec une joie enfantine, des ouvrages précieux, et, « sans savoir « pourquoi, on remarquait cette figure anguleuse « et grave, ce pas incertain et aventureux , cet « ceil vif et las, cette démarche fantasque et pen « sive ». Il mourut le 27 janvier 1844 , après avoir reçu les secours de la religion. Une foule nombreuse assista à ses obsèques ; M. Etienne prononça sur sa tombe un discours au nom de l'Académie ; les journaux, les revues se firent l'organe de regrets unanimes et mérités , car la bienveillante indulgence de Nodier , son amour pour la jeunesse, son affranchissement de toutes les passions mauvaises lui avaient attiré des sympathies générales. L'académie de Besançon mit son éloge au concours; une statue, votée par le conseil général du département du Doubs, lui fut élevée dans la même ville , et le conseil général de la Seine vota à perpétuité un emplacement pour le terrain de sa sépulture. Il nous reste à jeter un coup d'oeil rapide sur les écrits variés et nombreux de cet ingénieux polygraphe ; nous commencerons par ses débuts dans la carrière scientifique. Il n'avait que seize ans environ lorsque, de concert avec M. Luczot , il publia une Dissertation sur l'usage des antennes et sur l'organe de rouie dans les insectes, Besançon, an 6 ; des observations ingénieuses se trouvent dans ce livre, qui fut tiré à petit nombre. Peu d'années après parut la Bibliographie entomologique, ou Catalogue raisonné des ancrages relatifs à l'entomo
  • Charles NOVELLIS( 1805 - 1855) : médecin et littérateur italien, naquit le ler novembre 1805 à Savigliano , en Piémont. Après avoir fait ses études classiques dans sa ville natale , il alla suivre les cours de la Sapienza à Rome, et fut reçu docteur en chirurgie en 1825 et en médecine en 1826. Après une année de pratique à Bologne dans la clinique de Tommasini , il vint s'établir à Turin, où il est mort le 28 avril 1855. Outre quelques comédies, entre autres : Mon mari et ma femme , Turin , 1835 , et la Cantatrice ,. Milan , 1835 , doit à Novellis : 1. Case di stiriasi , Turin, 1835 9go Fenomeni prodotti dalla soppressione di un flusso abituale, Turin , 1838 ; 3° Suite critiche sopra tre casi di presunta comunicazione della morve e del farcin° dal cave° ail' uonzo in individui delle regie truppe, del dottore G.- G. Bonino, Turin, 1842 ; Sun' opera Organisation et physiologie de l'homme, Turin, 1842. On lui doit encore, dans un autre ordre d'idées : Biografie illustri Saviglianesi , Tarin, 1840 avec 12 por- traits ; 6° Biografia di G .- B Mabellini , Saviglia- nese, professore di lingue oriental;, Turin , 1842, grand ; 7. Biograjia di Giosefo Massada, Saviglianese, Turin, 184'2 ; Storia di Sa- vigliano e dell' abbazia di San Pietro, Turin, 1844 illustrée de plusieurs plans anciens de Savigliano; 9° Dizionario delle donne celebri piemontesi, son dernier ouvrage; 10° un assez grand nombre d'articles publiés dans divers journaux ou re- cueils , et réunis sous le titre : Miscellanee di Carlo 1Vovellis, Turin, 1841
  • Charles ODRY( 1781 - 1853) : acteur français d'une certaine réputation, naquit le 17 mars 1781 à Versailles. Âgé à peine de dixhuit ans et entraîné par une sorte de vocation , il se refusa à embrasser la carrière de son père , modeste niais honnête commerçant , pour chercher de plus brillants succès. En 1802, il entra dans la troupe des DélassementsComiques, alors dirigée par un an cien acteur de l'AmbiguComique, Picardeau , d'où il passa au théâtre de la Gaîté , puis à celui de la PorteStMartin. Sur ces trois scènes, Odry jéuait les utilités ; ses succès furent médiocres. En 1807, à la suite de la suppression du théâtre de la PorteStMartin , il fut engagé au théâtre des Panoramas ou des Variétés , où il passa tout le reste de sa carrière théâtrale, si nous en exceptons quelques tournées dans les départements. Il y aborda d'abord divers rôles, les pères nobles et les valets , les tyrans et les jeunes premiers , mais il fixa sa réputation par le talent avec lequel il joua les rôles de niais et de jocrisse. Odry, s'il est resté audessous de Brunet et de Pothier, sut cependant plaire au public. Parmi les pièces où il s'est distingué, nous citerons seulement le Valet ventriloque, l'Homme automate, le Soldat laboureur, l'Intrigue à la Râpée , les Cuisinières , etc. Le talent d'Odry est passé en proverbe, on a dit longtemps : bète comme Odry. Nous prisons peu, nous l'avouons, un mérite de cette sorte, mais nous reconnaissons que le théâtre a besoin d'interprètes pour tous ses rôles , et il y a du mérite à exceller dans tous les genres, même dans le genre des niais. Odry est l'auteur d'une facétie burlesque qui a eu dans son temps une grande vogue : les Gendarmes , poëme en deux chants, Paris, 18O de 16 pages, plusieurs fois réimprimé ; et on a imprimé sous son nom diverses autres pièces dont cependant il n'a été ni auteur ni même collaborateur, telles que : Trois J'esséniennes, enrichies de notes brillantes rédigées par N. Pfsgkz , ex- savant francé , etc., Paris, 18211 ; — la Complainte de Clara Wendel, fameuse femme brigand arrêtée en Suisse, Paris, 1826 ; — et les Cornichons, couplets, Paris, 1830 La. Littérature française contemporaine de M. Bourquelot attribue de même à Odry la Voix de Déprez ou le Sirop musical, vaudeville en un tout petit acte, Paris , 1838 de 16 pages ; mais il nous paraît probable que cette production n'est pas plus de lui que les trois dont nous venons de parler. Odry est mort à Paris en 1853
  • Charles OGIER( 1595 - 1654) : littérateur et pete latin estimable, naquit à Paris vers la lin de l'année 1595. Après avoir terminé ses études avec succès, il se rendit à Valence pour suivre les leçons de Jules Pacio, célèbre professeur à l'université de cette ville, et y prit ses degrés en droit. Il fréquenta quelque temps le barreau de Paris ; mais dégoûté de la profession d'avocat, il accepta la place de secrétaire du comte d'Avaux , nommé ambassadeur près des cours du Nord , et l'accompagna en Suède, en Danemarck et en Pologne. Au retour de ce voyage, Ogier, malade et ennuyé du monde , prit la résolution de se retirer dans une maison de chartreux; mais, d'après les conseils de ses amis, il entra chez les génovéfains, où il passa plusieurs années dans un état continuel de souffrance. Enfin, craignant d'être à charge à ses hôtes, il se fit reporter dans la maison de son père, et y mourut peu après, le 11 août 1651. Il fut enterré dans l'église de StJean en Grève , où l'on voyait sur sa tombe l'épitaphe qu'il s'était composée quelques mois avant sa mort. Ogier avait beaucoup d'érudition il réussissait dans la poésie latine, et on a de lui diverses pièces de vers adressées la plupart à ses amis, au »ombre desquels il comptait H. Dupuy, les PP. Petau et Vavasseur, la savante demoiselle de Gournai, etc. Le journal qu'il avait rédigé de son voyage au Nord a été publié par son frère dont l'article suit ; il a pour titre Ephemerides sire iter Danicum, Suecicum, Poloni- cum, etc., Paris, 1656 On y trouve, dit l'abbé Goujet , des détails minutieux ; mais il contient aussi des particularités curieuses sur les pays qu'Ogier avait parcourus; les descriptions sont entremêlées de vers; et l'éditeur a rassemblé à la lin du volume quelques lettres de Nicolas Bourbon, du comte d'Avaux , et les poésies d'Ogier relatives à l'ambassade du comte. — OGIER , frère cadet du précédent , annonça dès sa première jeunesse un goût trèsvif pour la littérature. Il embrassa l'état ecclésiastique, et se fit bientôt connaître par son talent pour la chaire, qui lui valut quelques bénéfices et le titre de prédicateur du roi. Il n'avait cependant bas renoncé à la culture des lettres; et il jouissait de la réputation d'un bel esprit, ce qui le flattait beaucoup. Après avoir vengé les gens de lettres des injures du P. Garasse, qui les représentait tous conmie des impies et des séditieux , il prit la défense de Balzac , attaqué de la manière la plus violente par le P. Goulu, général des feuillants . Le prieur Ogier répondit à celuici par une pièce de vers qui fut trouvée si belle, que Balzac eut, diton, la faiblesse de vouloir passer pour en être l'auteur . Ogier n'eut pas le courage de faire le sacrifice qu'on lui demandait, et il aima mieux Il) Plusieurs personnes attribuent à Balzac les différentes réponses à l'écrit du P. Goulu , et notamment celle d'Ogier. De là l'erreur répétée, jusque dans la Biographie, art. 13a Mais l'abbé d'Olivet s'explique à cet égard d'une manière positive 44 Les amis de M. de Balzac répliquèrent pour lui ; 4. Actions pu- bliques, Paris , 165'2-1655 , 2 vol. in4°. C'est le recueil de ses sermons, oubliés depuis longtemps. Il y a joint l'Eloge du comte d'Avaux et les Oraisons funèbres de la comtesse de Soissons , de la duchesse de Longueville et de Louis XIII. 5° scription antique de la croix de l'abbaye de Grand- mont, ibid. , 1658 6° la Préface de la traduction des Héroïdes d'Ovide , par l'abbé de Marolles, ibid., 1661, 8°. Ogier nous apprend qu'il en avait traduit plusieurs dans sa jeunesse. 70 La première Lettre apologétique , ou Recueil des nzaxinzes véritables et importantes pour l'institution du roi ; 8° une Lettre critique sur la Climène , l'une des églogues de Segrais , imprimée avec une réponse de l'auteur dans le Se- yraisiana et dans les éditions des OEuvres de Se- grais ; 9° des Vers français, dans les recueils du temps et en particulier dans les Muses illustres de Colletet le fils
  • Charles PALISSOT DE MONTENOY( 1730) : naquit à Nancy, le 3 janvier 1730. Son père, conseiller du duc de Lorraine, et ensuite avocat, était un homme de mérite qui sentait tout le prix d'une bonne éducation. Il surveilla celle de son fils; et celuici fit des progrès si rapides et si extraordinaires, que dom Ca lmet, occupé alors à rédiger sa Bibliothèque de Lorraine, crut devoir en faire mention , et consacra dans ce grave ouvrage quelques lignes à ses succès. A douze ans, Palissot avait fait son cours de philosophie , et il était maître ès arts. A treize ans, il soutint une thèse de théologie; à seize ans , il était bachelier dans cette faculté. Excité par le double motif de l'amour des lettres et du désir de la célébrité, Palissot ne négligea ni les fruits de sa première éducation, ni les dispositions heureuses qu'il avait reçues de la nature. Il entra dans la savante congrégation de l'Oratoire , y resta peu de temps et cultiva avec plus d'indépendance la littérature et surtout la poésie, qui fut son premier attrait. D'un caractère vif et ardent et précoce dans ses passions comme dans ses talents , Palissot à dixhuit ans avait fait une tragédie , et il était déjà marié. Cette première tragédie ne fut pointjouée, il est vrai ; mais à dixneuf ou vingt ans il en fit une seconde qui le fut, et qui eut trois représentations. Cette tragédie, qu'il appela d'abord Zarès, et ensuite Ninus, n'est pas bonne, car un style correct, mais froid , quelques N'ers heureux et quelques scènes passables ne suffisent pas pour faire une bonne tragédie. Palissot abandonna cette carrière , qui lui promettait peu de succès, et trouva dans la comédie un genre plus analogue à son talent, et qui convenait mieux à son esprit observateur, caustique et malin. Il fit représenter, en 1754, les Tuteurs, pièce dont la gaieté est un peu froide , parce que les caractères et les ridicules qui y sont peints sont forcés et peu naturels. On lit en tète de cette comédie un bon discours préliminaire. Cette pièce fut bientôt suivie du Barbier de Bagdad, petite bluette assez gaie, mais qui n'est qu'un conte des Mille et une Nuits, agréablement dialogué. Jusquelà la carrière littéraire de Palissot, fort jeune encore à la vérité, avait été sans éclat, mais sans orage. Le reste de sa vie fut une guerre vive, violente mème, opiniâtre et continuelle. Le premier ouvrage de Palissot, qui commença pour lui cette longue période de vie agitée par de continuels et de violents combats, fut la comédie du Ccreb donnée sur le théâtre de Nancy, sa patrie, en présence du roi Stanislas, le 26 novembre 1755; l'auteur n'avait pas encore vingtsix ans. Dans une scène de cette comédie, un philosophe joue un rôle fort ridicule; et il était impossible de méconnaître J.J. Rousseau dans ce philosophe. Dos philosophes qui, depuis, outragèrent Rous- seau cent fois plus cruellement qu'il n'est outragé dans cette scène, affectèrent alors pour lui le plus vif intérét, et s'élevèrent avec animosité contre l'auteur du Cercle. Dans cette première et déjà assez violente querelle. Palissot montra de la fermeté, et 1.J. Rousseau de la noblesse. L'affaire se termina enfin ; mais le ressentiment de Palissot pour les philosophes qui l'avaient suscitée ne s éteignit point avec elle Il éclata dans les Petites Lettres contre de grands philosophes, qui furent imprimées l'année suivante, en 1756. Diderot surtout , dont l'emphase et le galimatias prètaient au ridicule , y était fort maltraité. Les esprits s'aigrirent de plus en plus: la comédie des Philosophes, représentée en 1760, les exaspéra au plus haut degré. Considérée sous le rapport de l'art, cette pièce fameuse manque d'invention ; l'intérêt en est trèsfaible; le dénouement n'en est pas heureux. Le plan est trop servilement calqué sur celui des Femmes sarantes; mais elle est écrite avec correction, avec naturel , souvent rnème avec élégance ; le stvle est bien celui de la comédie, surtout de la Co- médie satirique; quelques caractères sont bien peints, entre autres, celui de la femme philosophe ; il y a des scènes excellentes, et la pièce entière eut un trèsgrand succès : le ressentiment des philosophes fut extrème. Palissot n'abandonna pas le champ de bataille à des ennemis si redoutables par leur nombre et par leur violence. défendit sa pièce contre Voltaire luiménie. correspondaiice qui s'établit à cette occasion entre le patriarche des philosophes et l'auteur hardi qui avait traduit les philosophes sur la scène est curieuse à plus d'un égard , et offre plus d'une singularité. Voltaire, si emporté, si irascible, si incapable de garder des ménagements, surtout lorsque des intérèts si chers à son coeur étaient comproKs , en garde beaucoup avec Palissot : il y a mème une sorte de faiblesse dans ses plaintes. On voit qu'il craint d'armer contre lui, vieux soldat de la philosophie, un jeune athlète plein d'ardeur, de vivacité, de malice et avide de combats. « Vous méritiez, lui écritii n en le flattant, d'être l'ami des philosophes, au « lieu d'écrire contre les philosophes.... J'ai tou-« jours rendu justice à vos talents , lui ditil ail-« leurs; et j'ai toujours souhaité que vous ne « prissiez les armes que contre nos ennemis. » Palissot continua la guerre contre les encyclopé- distes et les philosophes dans un poënie satirique dont le titre est emprunté d'un poi'me de Pope. La Duneiade française parut en 176i ; elle n'était alors qu'en trois chants. Voltaire, à qui l'auteur l'envoya , lui accusa poliment la réception de sa petite drôlerie. u Un mot d'un homme « comme M. de Voltaire , dit dans une note Pa- « lissot, suffit quelquefois pour faire naître une a réussi; et ce n'est pas la Dunrinde qui donnerait un démenti à cette preuve de fait. Dans les dernières éditions et les dernières années de sa vie. l'auteur a encore allongé ce poigne, en intercalant dans plusieurs chants de nouvelles satires contre ses nouveaux ennemis, et des tirades contre des bornoies exécrables, accolant ainsi par un amalgame fort étrange les crimes politiques aux sottises littéraires qui seules avaient t l'abord été l'objet de sa verve satirique, et asso- ciant sans raison et sans goût les noms de tarat de Robespierre , de Couthon et de StJust, à ceux de Marmontel , de Diderot , de Fréron , de Lemierre , etc. Dans ce poiisne. la satire, souvent outrée, est injuste et plus mordante que gaie ; il y a cependant des endroits plaisants, et la versification en est facile et correcte. La Druiciade ne devait pas apaiser les ennemis de Palissot ; les haines redoublèrent, les libelles se multiplièrent. Longtemps porté vers le théâtre , et par un attrait naturel, et par un succès mélé d'orages, mais que ces orages lui rendaient plus cher encore , le nième auteur avait fait , avant sa Dnn- rinde, les Noureaux . 11éneehmes, qui furent repré- sentés en 1762 ; et depuis la Duneinde, le Sati- rique OU l'Homme danyeseux, et les Courtisanes. Ces deux pièces essuyèrent beaucoup de difficultés pour étre jouées : les actrices trouvaient le sujet des Courtisanes trop peu décent. Des intrigues assez compliquées suspendirent longtemps les représentations du Satirique. Palissot joua . il faut en convenir, dans ces intrigues, un ride peu franc et en mérite temps maladroit ; il répandit le bruit que cette pièce était d'un de ses ennemis et que c'était lui qu'on avait voulu peindre sous les traits d'un satirique odieux . On prétend même que, pour mieux donner le change, il fit supplier le lieutenant de police par l'abbé de Voisenon de défendre la représentation, et qu'il fut ensuite furieux du succès de cette demande. Cette der- nière partie de l'anecdote n'est point avérée, quoique l'abbé de Voisenon n'ait jamais voulu la désavouer : mais pour qu'il ne la désavouât pas, il n'était pas nécessaire qu'elle fût vraie , il sutli- sait qu'elle lui parût plaisante. Quant à la première partie, elle est incontestable, puisque c'est Palissot luimême qui s'en vante dans une lettre à M. de Sartine , comme d'un stratagème trèsingénieusement imaginé pour faire applaudir sa pièce par ses ennemis , et les couvrir ensuite de confusion en s'en déclarant l'auteur : si au contraire la pièce tombait, il gardait son secret, et triomphait encore de la chute d'un ouvrage dirigé contre lui. Mais le secret fut éventé ; et les ennemis de l'auteur obtinrent, par l'intervention de madame Geoffrin , que la pièce fût défendue. Plusieurs années après, en 1789., elle fut jouée, ainsi que les Courtisanes, toutes les deux avec un succès médiocre. La comédie des Philosophes, qui fut reprise à la même époque, n'eut pas, à beaucoup près, le succès qui avait signalé sa première apparition sur .le théàtre. Elle n'avait plus l'attrait piquant d'une nouveauté hardie ; et les philosophes avaient alors pris cet ascendant qu'ils n'avaient point encore en 1760. Au milieu de ses travaux dramatiques et de ses écrits polémiques, Palissot avait publié des Mémoires sur la littérature, qu'on peut encore ranger parmi ses ouvrages polémiques, car il y attaque et s'y défend il y juge les principaux écrivains de la langue française ; c'est le plus considérable de ses ouvrages en prose. Il faut se défier, comme dans tous les livres de ce genre, de la partie qui regarde les contemporains. 11 était. presque impossible que Palissot, objet de tant d'injustices, fût toujours juste; mais ce qu'il y a de pis, c'est que dans les diverses éditions de cet ouvrage qui eut du succès, et qui le méritait à plus d'un égard , tantôt il encensa , tantôt il déchira les mêmes écrivains , suivant que , d'une édition à une autre, il croyait avoir à s'en louer ou à s'en plaindre. Rien ne peut excuser une pareille versatilité de jugements. Il prétend la justifier dans un endroit où il substitue la .satire à l'éloge , en disant qu'il s'était, dans l'édition précédente, laissé entraîner par la séduction de l'amitié; mais on voit trop souvent que d'autres séduction,, celles de la haine , de la vengeance et de l'envie. ont aussi exercé leur influence il s'y occupe avec complaisance des auteurs qui ont cultivé l'art dramatique , et y répand de bonnes réflexions sur cet art; mais il semble toujours trop pré,occu.pé ,de luimême et de ses comédies : l'affectation qu'il met à priver Regnard de la place qu'on lui accordait après Molière , et à laisser cette place vacante , pourrait faire présumer qu'il se la réservait à luimême. En général, c'est un ouvrage superliciel et qui offre peu d'idées neuves. Dans sa prose comme dans ses vers, Palissot ne se distingue ni par la richesse de l'invention , ni par la fécondité des idées ; mais il est toujours pur, correct, naturel et facile : il appartient toujours à la bonne école, et ne se laisse jamais pervertir par les mauvaises doctrines et les mauvais exemples. Ces qualités en auraient fait un trèsbon académicien ; il ne le fut cependant point. Les ennemis implacables qu'il s'était attirés par ses irrévérences envers la philosophie l'en écartèrent toujours. Dans les commencements de la révolution, Palissot, déjà avancé en àge, publia une édition des oeuvres de Voltaire, en 55 volumes Cette édition, mal exécutée dans sa partie matérielle, trop abrégée pour ceux qui ne veulent perdre ni un billet, ni une variante , ni une facétie de Voltaire; trop complète pour ceux qui n'en veulent avoir que ce qui ne choque ni la religion , ni la morale , ni les bienséances, ni le goût, n'eût point de succès. 11 rassembla et publia en un volume séparé , sous le titre de Génie de Voltaire, les divers jugements qu'il avait portés sur les divers ouvrages de ce génie universel , et qui étaient répandus dans toute l'étendue de son édition. Ces jugements sont en général trèsadmiratifs : toutefois l'admiration de Palissot pour Voltaire n'est pas comme celle de quelques fanatiques, sans raison ni restriction. Mécontent des critiques trop sévères et souvent injustes que Voltaire s'était permises contre le père de notre théàtre dans son Commentaire de Corneille, Palissot , dans une édition des oeuvres complètes de ce grand pete, publia ce commentaire avec des notes et des éclaircissements où il venge, souvent avec beaucoup de justesse et de goût , l'auteur du Cid et de Cinna, des remarques rigoureuses, des observations peu bienveillantes, on pourrait dire des hostilités de son commentateur. C'est ainsi que Palissot occupait utilement les dernières années de sa vie littéraire. Dépouillé de sa fortune par la révolution, forcé de se défaire d'une belle campagne qu'il avait longtemps possédée à Argenteuil, il vivait retiré dans une maison plus modeste à Pantin , ou à la bibliothèque Mazarine, dont il avait été nommé administrateur. Ayant plus de quatrevingtdeux ans, il voulut encore rompre une lance en faveur du poète Lebrun qu'il avait peut-être trop admiré, mais qu'un critique célèbre, Dussault avait peut-être trop rigoureusement jugé : il adressa à ce critique une lettre insérée dans le Journal des Débats felum imbelle sine ictu conjeeit senior. L'esprit de Palissot parut alors se tourner vers des réflexions sérieuses et graves, qui fixèrent enfin ses irrésolutions et ses incertitudes sur un point important et il mourut avec de grands sentiments de reli-, gion , le 15 juin 1814, dans sa 85. année. Quelquesuns de ses ouvrages, la Deinciade entre autres , et les Mémoires pour servir à l'histoire de la littérature , ont eu un assez grand nombre d'éditions. Ses oeuvres ont été rassemblées dans trois éditions plus ou moins complètes, l'une publiée à Isiége, chez Plomteux , 7 vol. et la seconde imprimée à l'imprimerie de Monsieur, en 1788, quatre gros volumes et la dernière publiée sous les yeux de l'auteur, Paris, 1809, 6 vol
  • Charles PATIN( 1633 - 1693) : médecin et antiquaire, était le fils cadet de Gui Patin , qui le préférait à ses autres enfants. Il naquit à Paris le 23 février 1633, et annonça dès son bas Age des talents qui lui ont mérité une place parmi les érudits précoces . A quatorze ans , il soutint des thèses, en grec et en latin, sur toutes les parties de la philosophie, malgré son professeur, lequel, ne sachant pas le grec, traita fort rudement un élève qui osait être plus savant que lui. Pour plaire à un de ses oncles, qui offrit de lui acheter une charge dans la magistrature, il étudia le droit, et, après avoir pris ses degrés à Poitiers, se fit porter sur le tableau des avocats; mais cet oncle ne se pressant pas de tenir sa promesse, et le goût de Patin l'entraînant vers l'étude des sciences naturelles, il abandonna la jurisprudence, suivit les leçons de la faculté de médecine, et reçut le doctorat. Aidé des conseils et de l'expérience de son père, il devint en pou de temps l'un des plus habiles praticiens de Paris ; il fut chargé de suppléer Lopez dans l'enseignement de la pathologie, et fit des démonstrations anatomiques avec un tel concours d'auditeurs, que l'amphithéâtre n'en pouvait contenir que la moindre partie . Malgré ses occupations , il trouvait encore le loisir de se livrer à son goût pour les antiquités, et en particulier pour la numismatique. Un ouvrage qu'il publia en 166â, sous le titre , qui prétendit que tout ce qu'il y avait de bon dans ce livre était tiré de Savot, quoiqu'il n'y fût pas cité. Patin lui répondit . Cependant il se vit bientôt exposé à la haine du ministre pour un fait qu'on n'a pu éclaircir. On conjecture que Patin avait été chargé de supprimer un libelle injurieux à l'honneur d'une grande princesse , et qu'au lieu de s'acquitter de sa commission, il fit circuler luimême cet écrit . Ce qui est certain, du moins, c'est que Patin se croyait innocent de l'accusation dirigée contre lui : il voulait en attendre le résultat, et il fallut les instances de son vieux père pour le décider à quitter Paris. Il se retira en Allemagne, où l'accueil qu'il reçut des princes de Wurtemberg et de Bade le consola un peu de son exil. Dès qu'il fut parti , on procéda contre lui avec la dernière rigueur; on visita sa bibliothèque, qui devait être considérable, et l'on y trouva trois ouvrages qui donnèrent lieu aux soupçons les plus mal fondés sur sa croyance, ainsi que sur ses opinions politiques . On instruisit enfin son procès, et il fut condamné aux galères par contumace. Pendant ce tempslà, Ch. Patin parcourait les différentes parties de l'Allemagne, visitant les cabinets d'antiquités, et accueilli des savants, qui se faisaient un plaisir de lui communiquer les objets les plus rares de leurs collections. Il s'arrêta quelque temps à Strasbourg pour y faire imprimer la Description des médailles des empereurs et le Recueil de ses voyages : il venait de se fixer avec sa famille à Bâle, quand. la guerre le décida à chercher un asile en Italie. Il fut nommé en 1677 professeur de médecine à l'académie de Padoue, et chargé en 1681 de l'enseignement de la chirurgie. Ses amis lui annoncèrent alors que, s'il voulait faire quelques démarches , il obtiendrait la permission do rentrer en France; et peut-être , et 1' Histoire 9alante de la cour, petit libelle plus digne de tnépris que de colère; mais Gui Patin, qui nous apprend ces particularités, dit qu'on trouva aussi dans la bibliothèque de son fils quelques volumes du Factum de M. Fouquet et de l'Histoire do l'entreprise de Gigeri , etc., voulant sans doute faire entendre qu'il regardait Colbert comm' l'auteur de cette persécution . Par son testament fait en 1693, Ch. Patin demande pardon au roi de tous les soupçons que sa conduite a pu donner, asurant Sa Majesté qu'il n'a jamais eu part à aucun livre contre le bien de son service; il supplie Sa Majesté de Vouloir bien accepter deux choses qu'il a crues dignes de sa curiosité ; l'une consiste en cinq pièces anciennes , de marbre , apportées de Smyrne ; l'autre est un recueil de plusieurs dessins de médailles ramassées depuis l'impression de son livre des médailles des empereurs romains, Ch. Patin avait été élu chevalier de StMarc par le sénat de Venise ; il était membre de l'académie des curieux de la nature et de celle des Bicovrati, qu'il eut longtemps l'honneur de présider. indépendamment de quelques Thèses, d'une édition des filages de Loménie , des Lettres de PierreMartyr d'Anghiera, Amsterdam, 1670 de l'Eloy, cum accessionihus et canmentariis , Paris, 1663 Vaillant a donné une nouvelle édition de cet ouvrage ; mais les amateurs les recherchent l'une et l'autre . 2° Traité des tourbes ro? bustibles, ibid., 1663 3° introduction à l'histoire par la connaissance des médailles, ibid,, 1665 souvent réimprimée sous le titre d'Histoire der F , . medatlles ; l'édition d'Amsterdam , 1695 est la plus jolie. Ce livre a été traduit en latin par l'auteur, àmsterdam, 1683, in•12, et en italien par Constantin Belli , sous ce titre : Pratiea delle medaglie, 'Venise, 1673 Cet ouvrage, comme on l'a dit, fut l'occasion d'une vive querelle entre Sallo et Patin, sur laquelle on lira de,; détails curieux dans l'Histoire critique des journaux de Camusat . 40 Imperatornm Romana= numismata ex œre media' et minima, forma descripta, Strasbourg, Paulli, 1671 outre un grand nombre de gravures de médailles, imprimées en tailledouce dans le texte, on y voit des cartes géographiques contenant toutes les villes dont on connaissait des médailles. La géographie numismatique a reçu depuis une extension immense; mais Ch. Patin a toutiours le mérite d'avoir le premier entrepris de 1 esquis- sel'. ti° Thesaurus numis? atum, Amsterdam, 1672 fig. C'est la description des médailles que Patin avait rassemblées dans son cabinet. 6° Quatre Relations historiques, etc., Bàle, 1673, lig., avec son portrait ; Amsterdam, 1699 ; traduit en italien par Ant. Buliforl, Venise, 1685 Ce volume contient quatre relations des voyages de l'auteur, adressées , les deux premières, arts princes de Wurtemberg , la troisième au margrave de BadeDourlach, et la quatrième au duc de Brunswick : on y trouve quelques pa dieu la ri tés intéressa n tes pouribistoire littéraire ou l'archéologie, et des notes sur les principaux musées qui existaient à cotte époque en Allemagne. La troisième relation avait paru séparément, Strasbourg, 101. 7' De numismate antiquo Augusti et Matant epistola, Bàle , 1675 et dans le tome J du Thesau•. antiquit. Romanor. de Gronovius ; De numismate n'aigu Horatii Coclilis per Trajanu? restituto epistola, Padoue, 1678 9' Judicium Paridis de tri- bus deabus tatoue in 11141111. 51Mile Pii expres- sum, ibid., 1679 , Calte dissertation a été insérée en français, par Spon, dans ses Recherches curieuses d'antiquités, p. 221-231, 10" Xataliiia J'avis in - raurniamate ilnton. Caracalla) empressa, ibid., 1681 , 1 1° Lycœuni Paturinu?, sire icones et vitre' profeaso? um Patarii anno 1682 public- ar dorentium, ibid. Patin y a inséré une courte notice sur sa vie et ses ouvrages, que Camusat a traduite en français, dans l'Hist. critiq. des journaux, p. J02-229. 12° De nu? is? atibus quibusdam abstusis i? peratoris Neronis disquisitio per epistolas, Brème, 1681, C'est le recueil de la correspondance de Patin avec Eggeling, secrétaire du conseil do Brème, an sujet de Quelque: médailles de Néron, que leur état rendait difficiles à expliquer. 13^ Thesaurus numismann; antiquorum etecentium a Part) ilauroce? o collector., Venise rare. C'est la description du cabinet du sénateur Morosini. 14° Commentarius in tacs inscriptiones grercas Smyrna nuper ° naias, Padoue, 1685 - In antiquum monumentunt Narcellinœ e Grffcia Imper allatum, ibid., 1688 ; - In antiquum Cœnotaphiune Astorii, needici Cœsaris Augusti, ibid., 1689, in•o. Ces trois dissertations ont été insérées par Poleni dans le recueil intitulé Utrinsque Thesauri supplementum. 13° In stirpem reyiam epigraunnata , Paris , 1660 ; Amsterdam , 1695 de 23 pages, latin et français ; 16° Lettre au roi , du 26 mars 1662 de 8 pages; 17° une Lettre à J. Faber, écrite de Padoue le 20 décembre 1677 ; 18°.deux Lettres au magistrat do Nuremberg . Le portrait de Ch. Patin a été gravé plusieurs fois en France, en Allemagne et en Italie; les curieux recherchent avec empressement son portrait par Masson . Jouvenet l'a peint avec sa femme et ses deux : ce tableau a été gravé oblong
  • Charles PERCIER( 1764 - 1838) : célèbre architecte, naquit à Paris le 22 août 1764. Son père, FrancComtois de StClaude, avait servi dans le ColonelDragon, et il obtint, par le moyen de sa femme, couturière de la reine, de concierge du pont tournant aux Tuileries. A peine hors de l'école, Percier eut pour maître un obscur M. Poirson, qui jamais ne sortit de l'aquarelle et ne s'éleva même pas à la peinture médiocre. Il recevait aussi des conseils d'un dessinateur allemand qui excellait à faire de petites images de soldats et rendait avec la plus minutieuse exactitude les revers, les boutonnières, les brandebourgs et les galons dont alors les uniformes étaient chamarrés. C'est peut-être dans cette sorte de ma que Percier puisa ce goût consciencieux du soin et du fini qu'il conserva toute sa vie. A Rome même il n'avait pas oublié ces leçons en- fantines, et , se moquant de la tournure des soldats du pape, qui ne ressemblait pas alors à celle de ses soldats actuels, formés par des officiers de notre grande armée , il dessinait une guêtre des gardessuisses avec la plus rigoureuse précision. Le célèbre sculpteur anglais Flaxman, si passionné pour l'antique, le plaisantait de son talent à coiffer et à poser pittoresquement des grenadiers. Percier luimême, quoique le plus doux , le plus pacifique des hommes, eut toujours dans son vêtement, qui ne variait point, quelque chose de la tenue militaire. En 1783, il entra à l'école célèbre de Peyre, architecte du roi, frère du collaborateur de Wailly pour la salle de l'Odéon. Puis il passa chez l'architecte Gisors, qui, revenu de Rome , après avoir eu deux fois le grand prix, avait ouvert une école à l'hôtel des Arts et suivait avec soin ses élèves. Il obtint en 1786 le grand prix de Rome pour un projet de jardin des Plantes qu'il avait ingénieusement placé sur le penchant de la colline de Chaillot. L'approbation, les acclamations de ses condisciples furent unanimes. Percier avait retrouvé à Rome un ami, un condisciple de l'école de Peyre, Fontaine , qui l'avait précédé d'une année, après avoir obtenu un second prix. Alors la pension et le voyage de Rome n'étaient point comme aujourd'hui attachés au prix , et Fontaine, impatient des intrigues que lui avait suscitées sa réputation naissante, était parti à ses frais fièrement et économiquement. Les deux élèves commencèrent alors cette union artistique, qui s'est prolongée inaltérable pendant plus d'un demisiècle. C'est un des caractères distinctifs de Percier d'avoir su attirer l'amitié, de n'avoir jamais eu parmi les artistes un seul ennemi , et d'être resté lié toute sa vie avec les rivaux et les adversaires les plus opposés. Percier et Fontaine s'échappaient de grand matin de l'académie pour gagner les ateliers particuliers qu'ils avaient loués , l'un à la Strada. Rasella, l'autre sur le mont Pincio. Ils allaient aussi dessiner à travers les champs, et cachaient au milieu des pierres leurs toises, qu'ils retrouvaient toujours à la indue place. Cette fuite bizarre de la société leur avait valu de leurs camarades le surnom d'Etrusques. L'académie ne comptait à cette époque que treize élèves ; les architectes y restaient trois années et les peintres quatre. Nourri comme on l'était alors de la lecture des Voyages du jeune Anacharsis, Percier rétablit la maison de campagne de Pline, appelée le Laurentin, d'après la description si nette qui se trouve dans la 17° épître du 2° livre. Mais l'étude des monuments de l'antiquité le convainquit bientôt qu'ils pouvaient peu s'adapter aux usages modernes; il tenta de les allier à l'architecture des 15° et 16' siècles, afin de les rendre plus applicables. La restaura- tion de la colonne Trajane en huit grands dessins, envoyée à Paris en 1790, eut le plus grand succès. L'admiration de l'académie d'architecture est restée consignée dans ses registres. Sur la proposition de M. Paris, dessinateur de la chambre et du cabinet du roi, la dépense de l'échafaudage avait été faite par le gouvernement. Percier dessina donc de fort près la sublime colonne, et il assurait que jamais il n'y put découvrir trace de l'or, de l'azur et des autres couleurs dont elle aurait été bariolée, selon la prétendue et , il faut l'avouer, bien tardive découverte de quelques voyageurs et artistes du Nord. Lié avec Flaxman, d'Agincourt, et tout ce que la pratique et le goût des arts réunissaient à Rome de plus distingué, Percier était tendrement aimé de Canova, qu'il visitait souvent. Il avait dû à l'obligeance du grand sculpteur vénitien de rester une année de plus à Rome. Un grand seigneur polonais, le comte de Poniatowski, voulant faire bâtir une maison à Toulouse, demanda un architecte à Canova, qui lui indiqua Percier. Celuici fit le plan, les coupes, le dessin avec sa conscience habituelle, et porta au comte l'ouvrage , fruit de six mois d'un travail opiniâtre. On lui remit en payement une cédule romaine de peu de valeur. Comme il descendait l'escalier de la TrinitéduMont, sa cédule à la main, il rencontra Canova, qui lui demanda s'il était content. Percier lui montra la cédule, qu'il n'avait pas encore regardée. Son ami, indigné, la prend, court chez le comte, lui dit qu'il y a là sans doute quelque malentendu , obtient une traite de douze cents francs sur le premier banquier de Rome , et la porte à Percier. il serait difficile de rendre l'impression qu'une telle fortune produisit sur l'âme du jeune élève. Sa troisième année allait expirer ; son regret de quitter Rome était extrême. Il pouvait donc y rester. Le lendemain, de bonne heure. il passe chez le banquier et va remettre l'argent à un homme de la maison du cardinal de Bernis, ambassadeur de France, qui avait sa confiance, en le priant de ne lui donner que cent francs par mois. Il consacra le reste de la journée à parcourir à son aise Rome, ainsi que les environs, dessinant, méditant et comme prenant possession de sa nouvelle conquète. Percier quitta l'Italie en 1791 et revint en France par le cherniii le plus long. Comme il s'était arrêté au temple du Clitumne , cette ancienne et jolie chapelle des premiers temps du christianisme, survint Gérard, qu'il connaissait de Paris, mais que sa vie studieuse et solitaire lui avait fait perdre de vue à Rome, où déjà Gérard était à la mode. La reconnaissance fut vive, et malgré la diversité de goûts et d'habitudes entre ces deux hommes, leur amitié ne se démentit jamais. Arrivé à Paris, Percier retrouva son camarade d'études, de jeunesse et d'espérances, Fontaine, privé comme lui d'emploi à son activité et à ses talents. Ils habitèrent ensemble quelques chambres à peu près nues à un troisième étage de la rue Montmartre. Au milieu de letir détresse, les souvenirs d'Italie venaient les consoler. Une des premières commandes que reçut Percier lui vint de l'ancien valet de chambre de Louis XV, la Borde, ami de Voltaire, amateur étourdi , prodigue , des lettres, des sciences et des arts, qui avait imaginé de se créer un jardin anglais moral, pour lequel il voulait des plans de certains édifices , tels que le temple de l'Amitié, etc., qu'il jetait au milieu du tortillage des allées. Percier et son ami furent aussi employés par Lignereux et Jacob, riches fabricants de meubles, à faire les dessins de ceux qu'ils expédiaient à l'étranger. Le bon goût que ces deux artistes montrèrent dans ce travail, bizarre application de leurs savantes études sur l'antiquité, répandit depuis par toute l'Europe l'ascendant de notre industrie en ce genre. Le recueil de décorations intérieures qu'ils publièrent plus tard, gravé presque entièrement de la main de Percier, explique un tel succès. Au milieu des décombres qu'entassait la république, l'Opéra et les théâtres étaient à peu près la seule pompe restée debout. Percier composa plusieurs décorations dont l'effet fut remarqué. On dist la chambre à coucher de Lucrèce, dans la tragédie d'Arnault , et le camp des Horaces de l'opéra du compositeur romain Porta , paroles de Guillard. Quelques travaux d'architecture , peu ou pas du tout rétribués, étaient préférés par Percier et son ami. La section de Brutus venait de s'installer à l'église StJoseph, devenue une halle, où, sous la pierre d'une poissarde, gisait la cendre de Molière. Une députation de la section, avec le président, vint prier les deux artistes, leurs voisins, de diriger les travaux. Ils ne furent point payés; mais cette première de leurs constructions en France n'est pas sans honneur , et l'on fut frappé de l'adresse avec laquelle ils transformèrent une vieille église à forme de pignon en un édifice assez élégant. La convention , livrée à ses terribles travaux , s'occupait fort peu de beauxarts, et David en avait comme à lui seul le département. Lorsqu'il fallut disposer et presque improviser la salle des séances dans le château des Tuileries, un certain Vignon, sa créature, fut nommé architecte ; mais l'incapacité de cet homme le fit bientôt remplacer par Gisors, l'un des premiers maltres de Percier. Gisors, après avoir débuté avec quelque éclat, était tombé dans l'indolence et la vie de café; il lui fallait des travailleurs; il fit employer Percier et Fontaine, dont les dessins furent payés en pa- quets de chandelles. Le penchant architectoni- que de Percier et de Fontaine les attirait dans les divers et trop fréquents concours qui étaient alors ouverts sans aucun résultat ; car , si le patriotisme du temps votait des monuments, l'argent manquait pour les élever. Un de ces concours fut relatif à l'achèvement du Panthéon ; les concurrents étaient nombreux, et l'on trouva moyen de donner des prix à tout le monde. Lorsqu'il fut question de bâtir la salle du conseil des CinqCents, on voulut y mettre plus de soin que dans celle de la convention, bâclée en moins de trois mois. Les deux amis furent choisis comme associés par les architectes Gisors et Lecomte. Ils peuvent réclamer la meilleure part de cette élégante construction, qui, par le goût, le choix des matières , les basreliefs de marbre de la tribune et la mosaïque du pavé , sortait de la catégorie des monuments de bois et de toile peinte dressés jusquelà. Enfin le consulat survint : Joséphine , mécontente du trèsmédiocre architecte de la Malmaison , Vautier , s'adressa , pour le remplacer, à David. 11 indiqua à son insu Percier, qui aurait refusé sans les remontrances de son fidèle collaborateur, et qui voulut que celuici l'accompagnât , quand il fallut se rendre au Luxembourg, afin d'être présenté au premier consul. Au lieu d'un architecte, il s'en trouva deux qui furent agréés. La pre- mière impression que Percier reçut de Bonaparte ne fut point trèsfavorable au héros. Bonaparte avait demandé ce qu'étaient devenues les statues antiques cédées par le traité de Tolentino et proposait de les placer aux Invalides. David, présent, et qui sentait mieux que personne la bizarrerie de mettre dans ce respectable hospice , la Vénus et le Laocoon, s'était récusé, disant qu'il y avait là des architectes, lorsque Fontaine fit observer avec vivacité et justesse que la véritable décoration des Invalides était les drapeaux pris à l'ennemi et qui pourrissaient dans les greniers de la convention. Quelques heures après, on partit pour visiter les statues déposées au Louvre, dont plusieurs n'étaient pas encore sorties des caisses. Peu de jours après parut un décret qui ordonnait la translation des drapeaux aux Invalides l'exécution fut confiée à une commission présidée par Berthier, ministre de la guerre, et Percier ainsi que Fontaine en furent membres. Le premier consul et Joséphine allaient passer tous les décadis à la Malmaison. Ils furent trèssatisfaits du zèle et de la capacité que montraient dans leur service les deux nouveaux architectes, dont les soins s'étendaient jusqu'aux détails. Il paraît que les mêmes avantages ne se retrouvaient point au palais longtemps incommode des Tuileries. On sait que cette sorte d'inconvénient fait d'ordinaire plus crier les domestiques que les maîtres. Le valet de chambre de Bonaparte, qui prenait avec lui les libertés d'un ancien serviteur, ne cessait de se plaindre, et il opposait la tenue de la Malmaison, à celle des Tuileries, dont Lecomte était architecte. Un jour qu'il harcelait ce dernier et lui reprochait le peu de solidité de certain ouvrage, Lecomte, impatienté, repartit que la chose dure- rait plus qu'eux. Le valet ne manqua point de rapporter ce propos au général , et le consul, furieux, destitua l'imprudent artiste, que la faveur du second personnage de l'Etat, Cambacérès, ne put sauver. Percier et Fontaine passèrent ainsi architectes du Louvre et des Tuileries, et jamais choix, jamais position ne parurent plus simples ni plus légitimes. Leurs travaux de quinze années, l' de leur savante école appartiennent à l'histoire de l'art et sont en dehors de ces détails biographiques. Nous remarquerons seulement en passant que la ville de Paris leur doit plusieurs de ses monuments les plus remarquables, parmi lesquels if suffira de citer l'arc de triomphe du Carrousel. Nommé par Napoléon chevalier de la Légion d'honneur , puis , sous la restauration, officier du même ordre, il obtint de LouisPhi- lippe la pension due à ses services et conserva son logement au Louvre. C'était un entresol sur la cour, composé de quatre pièces, et où l'on arrivait par un escalier provisoire en bois , construit pendant les travaux, et qui, moins la clarté, ressemblait assez à une échelle de moulin à vent. Cet homme , qui avait décoré les palais de l'empire, fourni à l'Europe les modèles des ameublements les plus somptueux, les plus élégants , n'avait pas de papier sur les murs de sa , chambre. Son mobilier était de noyer ; il ne voulait pas de rideaux à son lit , et avec notre rare soleil , il trouvait inutile d'en mettre aux fenêtres. La modestie et la simplicité faisaient le fond de son caractère ; mais cette simplicité n'était pas celle des esprits communs , c'était la simplicité qui toujours accompagne la vraie supériorité. Pendant les vingt dernières années de sa vie , Percier fut libre de toute fonction , mais sans cesse occupé. Il était revenu à l'Italie par ses travaux ou plutôt ses plaisirs; il relisait 'Vasari, ainsi que les meilleurs historiens et les grands poëtes italiens. L'idée de revoir cette terre illustre fut le songe de sa vie ; il en parlait avec amour ; pendant longtemps , il avait été un habitué de l'OpéraBuffa, et plus d'une fois il se détourna de son chemin pour passer par la rue GîtleCoeur, afin de retrouver dans le jargon, le costume et les physionomies des voiturins comme un écho et un aspect grotesque de l'Italie. Ces admirables dessins , que sa modestie l'empêchait de montrer aux oisifs, étaient obligeamment comtnuniqués aux travailleurs. Percier s'éteignit le 5 septembre 1838. Pendant les trois mois qu'il languit, il avait fréquemment tenté de reprendre ses crayons , qui échappaient de sa main défaillante. Bien que doué d'une âme affectueuse et tendre , le besoin de calme et d'indépendance l'avait dérobé au lien du mariage, et il ne voulut épouser que l'art et l'Italie. Percier était membre de l'Institut, classe des beauxarts. Son éloge académique a été écrit par RaoulRochette. Voici la liste de ses publications, qui toutes lui sont communes avec Fontaine : 1. Palais, maisons et antres édifices modernes dessinés à Rome, Paris, an 6 de 96 planches, avec texte; 2. édit. en 1830. M. Bernier, leur ami et leur utile collaborateu Hans la continuation du Louvre, eut aussi part à cet ouvrage. 2. Description des cérémonies et files gui ont eu lieu pour le mariage de S. M. l'empereur Napoléon avec S. A. 1. ma- dame l'archiduchesse Marie- Louise, Paris, 1811 avec 13 planches; 30 Choix des plus célè- bres maisons de plaisance de Rome et de ses envi- rons , Paris, 1812-1813, grand avec 72 planches ; 4. Recueil de décorations inté- rieures, etc., Paris, 1812. ; 2. édit. en 1827. Enfin Percier a coopéré au splendide ouvrage intitulé Sacre de Napoléon dans l'église de Notre- Dame, le dimanche '2 décembre 1804, Paris, imprimerie du gouvernement, 18n, grand Ce livre, publié sous l'anonyme, ainsi que les Palais, etc., n'a pas été mis dans le commerce. Il a un second frontispice, après la page 56, ainsi conçu Description des tableaux et expli- cation des costumes. Les inscriptions, dues à PetitRadel,_sont en latin et en français. Les tableaux et les costumes ont été dessinés par Percier, Isabey et Fontaine
  • Charles PERLET( 1765 - 1828) : l'un des plus déplorables intrigants qu'on ait vus de nos jours, était né à Genève, vers 1765, d'une famille protestante, et fut d'abord horloger dans cette ville. Venu à Paris au moment où la révolution commençait , il y prit autant de part que son âge et sa position le permirent. D'abord simple ouvrier dans une imprimerie , il profita bientôt de toutes les libertés qui furent proclamées pour établir une imprimerie et un journal qu'il intitula le Journal de Perlet; ce fut tout son titre. Bien que favorable aux , cette feuille était d'un esprit assez modéré, et, sous ce rapport, elle convenait à la classe moyenne , où elle eut un grand nombre d'abonnés. Perlet ne la rédigeait point luimême. Ce furent Lenoir- Laroche et Lagarde qu'il en chargea successivement et qui se firent par là une assez grande renommée. Quant à lui ce n'était qu'une spéculation ; et , dès le commencement , elle fut excellente. Au bout de quelques mois, il passa pour l'un des journalistes les plus opulents de la capitale. C'est dans cette position que la révolution du 18 fructidor le trouva. Bien que modéré, comme nous l'avons dit, son journal fut compris dans la proscription générale. Perlet fut condamné à la déportation. Ayant eu le malheur d'être arrêté, il fut transporté à la Guyane, d'où il ne revint qu'après la révolution du 18 brumaire, qui fit cesser toutes les proscriptions de ce genre. Pour retourner en France, il passa par l'Angleterre et l'Allemagne, où il rencontra beaucoup d'autres proscrits, des émigrés que ses malheurs intéressèrent, et qui, le regardant comme un des leurs. lui firent des confidences dont il abusa ensuite indignement. On ne peut pas douter que dès lors il n'eût conçu le plan du rôle qu'il se proposait de jouer, et qu'il ne s'y préparât par toutes sortes de mensonges et de ruses. Revenu à Paris. il se fit de nouveau libraire; mais sans crédit et sans aptitude pour le commerce, entraîné d'ailleurs dès ce tempslà par des dépenses énormes, il mit tout en oeuvre pour se procurer de l'argent. L'inspecteur général de la police, Veyrat, était son compatriote; Perlet lui offrit ses services. L'imprimeurjournaliste devint, en conséquence, l'espion secret, le délateur à gages de tous ses confrères; et il joua ce rôle pendant plusieurs années. Peu de personnes d'abord l'en soupçonnèrent capable ; mais quelques circonstances vinrent en avertir. L'abbé de Bassinet contribua surtout à le dévoiler. Ce malheureux vieillard était tombé dans un piége que lui avait tendu le perfide Genevois , et il avait expié sa crédulité par une longue détention . Cette circonstance et quelques autres du même genre firent bientôt connaître Perlet, au point qu'il lui devint impossible de continuer à Paris le métier d'agent secret de la police. Il prit alors le parti d'entrer ouvertement dans l'administration , qui se trouvait à Londres , une correspondance secrète , il fit croire à cet agent des Bourbons, qu'il avait formé à Paris un comité d'hommes trèspuissants, qui s'étaient dévoués au rétablissement de la monarchie légitime. On s'empressa de répondre et de lui envoyer des instructions et de l'argent , ce qui était son but principal. Il toucha des deux mains, garda les sommes qui lui furent envoyées d'Angleterre , et s'en fit donner encore d'autres par la police impériale qui dictait sa correspondance. Mais , cette correspondance ne suffisant pas, Perlet fut envoyé en Angleterre, où le roi de France, Louis XVIII , indignement trompé, le• reçut luimènie et lui parla avec la plus entière confiance. Revenu triomphant à Paris, Perlet reprit avec plus d'activité ses odieuses trames, et il conçut le projet d'attirer en France, par ses mensonges, une illustre victime, qu'il devait livrer à la police impériale. Il ne dépendit pas de lui dès lors de renouveler l'attentat de Vincennes sur un prince de la maison royale. Cependant on eut quelque défiance à Hartwell, et, avant d'exposer la personne d'un prince , on voulut s'assurer de l'existence et des moyens du romitoi que Perlet annonçait depuis si longtemps saris le faire conuaitre. Ce fut Vitel , neveu de Fauche, que l'on chargea de cette funeste mission. Dès qu'il arriva à Paris, ce malheureux jeune homme, qui n'y connaissait que Perlet, qui n'y avait de recommandations que pour lui, fut livré à la police et fusillé dans la plaine de Grenelle peu de jours après. Dans le mois de mai 181'i , quand Louis XVIit fut établi aux Tuileries , on y reçut encore Perlet, et lori y accueillit ses rapportsl... Au commencement de cette même année, Fauche avait été envoyé sérieusement à Jersey pour savoir si réellement une armée de i0, 000 royalistes irait prèle à agir en Normandie pour la cause des Bour- bons, ainsi que l'affirmait Perlet dans sa correspondance , dictée par la police impériale. Heureusement, Fauche ne poussa pas plus loin son aveuglement, et il fit retarder le départ du duc de Berri. Cependant il ne soupçonnait pas encore toute la duplicité de son correspondant ; et, revenu en France avec le roi, en 1814, il alla loger chez Perlet , le priant de lui faire connattre l'assassin de son neveu! Ce ne fut que six mois plus tard qu'il y crut enfin, lorsqu'on mit sous ses yeux des lettres et des quittances de Perlet, prouvant , d'une manière irrécusable, que c'était lui qui avait livré le malheureux Vitel, et qui avait reçu le prix de sa perfidie. Fauche, ne pouvant poursuivre cet assassinat à cause de l'amnistie sur les délits révolutionnaires, dut se borner à le signaler dans une brochure qu'il publia au commencement de 1816. Perlet ne se tint pas pour battu , et il attaqua à son tour audacieusement FaucheBorel dans une autre brochure. Ce fut alors que ce dernier le traduisit devant le tribu- nal de police correctionnelle comme calomniateur, et qu'il demanda la restitution des sommes que Perlet s'était fait envoyer pour sauver Vitel... Perlet se montra encore avec la mème audace aux premières audiences; mais à la fin s'étant vu confondre par l'évidence des faits et surtout par une déposition aussi franche que lovale de l' specteur de police, Veyrat, il prit la loyale et disparut au moment où le jugement allait ètre prononcé. Ce jugement , du Vs mai 1816, le condamna, comme escroc et calomniateur, à cinq ans de prison , deux mille francs d'amende et ordonna la suppression de sa brochure intitulée Exposé de ma conduite Perlet se réfugia alors à Genève, sa patrie, et il habita cette ville sous un autre nom , soumis à une surveillance trèssévère de la part des magistrats. Hors d'état de se livrer à des travaux utiles , et n'ayant rien conservé de tant d'argent que lui avait rapporté son journal , et que tous les gouvernements , toutes les polices lui avaient donné, il vécut dans la mi-•ère jusqu'à sa mort , qui eut lieu dans les premiers jours de novembre 1818 , quelques mois avant la catastrophe qui devait , non loin de là, terminer d'une manière bien plus cruelle la N ie du malheureux FaucheEkeel
  • Charles PERRAULT( 1628) : frère du précédent, naquit à Paris le 12 janvier 1628. Nous apprenons de lui que , sur les bancs du collège de Beauvais , il était puissant dans la dispute, et le souvenir de ses succès d'argumentation scolastique fut peut-être ce qui l'excita le plus dans la suite à soutenir une thèse contre les anciens. Il faisait aussi des vers avec cette extrême facilité, indice trompeur d'un talent qui ne mûrit presque jamais. A peine sorti de l'école, il trouva le burlesque à la mode. Un ami lui suggéra l'idée de traduire le sixième livre de l'Enéide à la manière de Scarron. Deux de ses frères , le médecin et le docteur de Sorbonne, voulurent s'associer à ce jeu d'esprit : ce fut le dernier qui fournit les trois vers suivants, cités par Voltaire et Marmontel comme des meilleurs du Virgile travesti, où plus d'un lecteur désappointé les a cherchés en vain : J'aperçus l'ombre d'un cocher, Qui, tenant l'ombre d'une brosse, Nettoyait l'ombre d'un carrosse. Ce sixième livre de l'Euéide, demeuré inédit, fut suivi des Murs de Troie, ou de l'Origine du burlesque, dont le premier chant, composé en commun par les trois frères, a été imprimé , et dont le second , tout entier de Claude Perrault, existe manuscrit dans la bibliothèque de l'Arsenal. Apollon y est représenté comme l'inventeur du burlesque, à l'époque où bâtissant l'enceinte de Troie avec Neptune, il se trouvait dans la mauvaise compagnie des maçons et d'une tourbe d'autres ouvriers. Charles Perrault songea enfin à suivre la profession de son père, à laquelle s'était déjà voué, mais sans succès, Pierre son frère acné : sans autre préparation qu'une étude précipitée des institutes, il fut admis à la licence 1 » L'académie , et comme il passait pour avoir la pensée du ministre, cette compagnie accéda docilement à deux changements avantageux qu'il avait proposés, et qui , provoqués par tout autre que lui , eussent peut-être été repoussés par la force de l'usage, bien que cet usage ne fût pas encore ancien. L'Académie reçut donc un nouveau lustre par la publicité de quelquesunes de ses séances et par le mode du scrutin observé dans l'élection de ses membres elle fut encore redevable à Perrault de son établissement au Louvre et des jetons qui lui furent assignés à titre de droits de présence. Versificateur faible, mais varié dans ses sujets, Perrault se mêla souvent aux lectures que les académiciens faisaient de leurs ouvrages. Ne pouvant plus supporter le caractère difficile et chagrin de Colbert, las d'ailleurs d'un travail qui devenait trop pénible, il se retira de l'administration et put disposer de tous ses moments pour la littérature. Son poème du Siècle de Louis XIV, où perçait encore plus le désir de rabaisser l'antiquité que le besoin d'exalter l'époque contemporaine, ouvrit en 1687 une mémorable querelle . Racine, qui n'avait vu dans cette pièce Ili Ceci ressemble assez ai l'invitation que l'archevêque de Grenade fait à Gil Blas. Au reste , le duc de Mazarin prit sur lui d'avertir Louis XIV du scandale de ses amours; et l'on sait que le monarque, qui pouvait bien rire du personnage, rit également de l'avis. 1,2) Ce poème, d'environ cinq cent vingt vers, est inséré dans 67 que l'exagération d'un poëte courtisan , complimenta l'auteur sur son paradoxe ingénieux, et ajouta que personne n'était dupe de ce jeu d'esprit. Perrault, piqué de cette supposition, écrivit pour ne laisser aucun doute sur ses opinions réelles. Le Parallèle des anciens et des modernes apparut, au grand scandale de la plupart de ceux qui cultivaient les lettres. Ce livre, dont Bayle faisait beaucoup de cas, fut peu lu et par conséquent mal compris,* le style en était commun et la forme du dialogue ne sauvait pas de l'ennui. Le Président, l'Abbé, le Chevalier, voilà les trois interlocuteurs : le premier, défenseur des anciens, est un homme inepte qui n'a pas de réponse aux difficultés les plus simples ; dans le deuxième personnage, on reconnaît l'auteur luimème , et quant au chevalier, c'est un bouffon qui abonde dans le sens de l'abbé et n'ouvre la bouche que pour faire ressortir la supériorité de raison de celuici. On remarque dans ces dialogues des choses sensées en ce qui concerne les sciences et les arts ; mais il n'est pas besoin d'être enthousiaste de l'antiquité pour trouver étranges les critiques hasardées sur ses premiers écrivains. Perrault se montre presque toujours superficiel et préoccupé; il parle un moment du merveilleux des croyances modernes : on croit qu'il va tracer une théorie qui sort naturellement de son sujet ; mais il s'arrête et laisse au siècle suivant les débats qui s'agitent encore sous les noms de doctrine classiqu.e et de doctrine romantique. Dans cette question, oiseuse au fond, de la supériorité des modernes sur les anciens, Perrault avait le désavantage de compter parmi ses adversaires les écrivains qui soutenaient le mieux la comparaison avec ceux de l'antiquité . La Fontaine s'émut luimême et déclara ses sentiments dans une épître en vers. Huet, dans une lettre, releva une partie des blasphèmes énoncés dans le Parallèle. Boileau , dont madame de Sévigné disait « qu'il « n'était cruel qu'en vers », dirigea contre le même livre son Discours sur l'Ode et ses Réflexions sur Longin, où le détracteur des anciens est traité avec violence. Perrault répondit avec plus de politesse au Discours et à la huitième Riftexion : ces deux pièces ont été insérées dans l'édition de Boileau par StMarc. Perrault soutenait à lui seul tout le poids de la dispute qu'il avait entamée et à laquelle se mêlèrent aussi des étrangers : des grandes ré- l'Histoire poétique de Gallières , espèce de poëme en prose, auquel il sert de texte. On le retrouve aussi, en grande partie, dans les _ Annales poétiques, t. 27. Au reste, Perrault avait été devancé par un fougueux adversaire des anciens . La cause de Perrault fut encore plus mal défendue qu'elle n'était mauvaise. Il ne sut pas choisir tes objets de rivalité qu'il opposait à la gloire des anciens; au lieu de préférer Chapelain, Scudéry, StAmant, aux grands hommes de l'antiquité , il fallait citer Racine, Despréaux, la Fontaine, etc. C'était le moyen de se concilier l'amourpropre de ces derniers, et de faire valoir tous ses avantages. La partie du tome 4 qui concerne la logique fut traduite en latin, et réfutée par Corn. Diet. Roch , Helmstadt putations littéraires, il n'avait rallié«, à son opinion que Fontenelle , et , si l'on veut , StEvremond. Nous rappelons en passant que c'est bien à Fontenelle et non à Perrault que se rapporte dans La Bruyère ce caractère de Cydias , « qui « s'égale à Lucien et à Sénèque le tragique , se · met audessus de Virgile et de Théocrite.... « uni de goût et d'intérét avec les contempteurs « d'Homère ». Boileau, emporté par son caractère irritable, avait souvent feint de ne pas saisir et même altéré quelquefois les expressions de son contradicteur : Perrault, à son tour, sortit un peu de sa modération ordinaire dans la préface d'une Apologie des femmes qu'il opposait à la dixième satire de Boileau. Le docteur Arnauld, leur ami commun , écrivit à Perrault une lettre où il défendait contre tous reproches le satirique inculpé. Cette lettre affecta Boileau si agréablement, qu'if devint facile de jeter des paroles de paix entre les deux adversaires. La réconciliation s'opéra au mois d'août 1694, au moyen de l'entremise du médecin Dodart; elle fut scellée par l'échange que les deux auteurs firent de leurs ouvrages. Lorsqu'à ce sujet Boileau disait : « Nous o agissons comme les héros d'Homère , qui ter- « minaient leurs combats en se comblant de « présents », on peut croire qu'il voulait faire une maligne allusion aux armes de Diomède et de Glaucus. Quoi qu'il en soit , dans une lettre où il résume la dispute terminée, il mentionne avec estime plusieurs productions poétiques de Perrault, comme son poëme sur la peinture, son épître à La Quintinie. Il eut la générosité de ne point parler du poëme de St- Paulin , sur lequel il avait multiplié les sarcasmes. Perrault réussissait dans les détails descriptifs; mais il composait avec une malheureuse négligence et même ii n'avait pas le sentiment de la poésie. Son style dépasse les dernières nuances de la simplicité et se traîne à terre. Ses contes en vers de Griselidis , de Peau- d'âne et des Souhaits ridicules, sont prolixement narrés. Perrault, retiré dans la rue du FaubourgStJacques et occupé de l'éducation de ses deux fils, résista sans peine aux propositions de Colbert qui voulait le ramener auprès de lui. Un parent de ce ministre', intendant des galères de Marseille , ayant rassemblé les portraits de cent deux personnages célèbres du IP siècle , désira les faire graver et pria Perrault. de rédiger les notices qui devaient accompagner chaque portrait. Celuici accepta volontiers une biche qui tenait de près à la discussion qu'il avait soutenue , et il fit paraître les Eloges des hommes illustres du Ir siècle, Paris, 1696-1701, 2 vol. L'auteur a réduit tous ses articles à la mesure uniforme d'une feuille et s'est borné à l'exposition la plus simple des faits. Cet ouvrage est recommandable par une grande • Le pacifique Fontenelle n'allait pourtant pas jusqu'à mépriser les anciens.. On me fait, disaitil, le chef d'un parti dont je ne suis pas. n impartialité et par les recherches les plus exactes. On a peine à concevoir aujourd'hui que l'auteur se crût obligé de s'excuser dans un discours préliminaire d'avoir mêlé à des princes et à des cardinaux les artistes qui s'étaient placés au premier rang. Les jésuites, à leur tour, virent de mauvais oeil qu'Arnauld et Pascal eussent place dans ce recueil, et ils obtinrent du censeur qu'il exigeât la suppression des deux noms qui les importunaient : elle eut lieu dans la plupart des exemplaires de la première édition; mais comme on exaltait de plus en plus PortRoyal après cette mesure, à laquelle on appliquait la fameuse phrase de Tacite : Prœfulgebant Cassius atque Brutus, eo ipso quod effigies eorum non videbantur, on rétablit les portraits et les notices. Dans la deuxième édition , les articles Thomassin et Du- cange, substitués d'abord à Pascal et Arnauld, ont été retranchés. La réimpression de Paris, 1805, est peu recherchée. Il existe deux éditions de Paris et de Hollande, i701 , 2 vol. sans gravures . En 1697, notre académicien publia, sous le nom de Perrault d'Armancourt, son fils encore enfant , des Contes des fées , dédiés à Mademoiselle : rien n'est plus connu que ces récits naïfs qui amusèrent notre bas âge et dont nos théâtres ont fait souvent leur profit . Perrault mourut à Paris le 16 mai 1703. Outre les ouvrages . indiqués dans le cours de cet article , on a de lui : i° Recueil de divers ouvrages en prose et en vers , Paris, 1675 ; 2° Courses de têtes et de bagues, faites par le roi et par les princes et seigneurs de sa cour en 166'2, décrites par Perrault et ornées de planches gravées par Chauveau , Paris, 1669 ; 3° Cabinet des beaux- arts, ou recueil d'estampes représentant les beauxarts avec leurs attributs, suivies d'explications en vers et en prose, ibid., 1690, ; 4° une traduction des Fables de Ferne ; 5° Mémoires sur sa vie, destinés à ses enfants et publiés seule= ment en 1759 par Patte, petit : ils sont écrits avec candeur et s'arrêtent après la rupture de l'auteur avec Colbert. Il y a des particularités curieuses sur Bernini et sur Riquet. 6° L'Oublieux et les Fontanges, comédies manuscrites, qui , de la bibliothèque du sénateur Garnier L'édition originale des Contes de Perrault a acquis une valeur énorme aux yeux de quelques tibliomanes ; ce mince volume s'est adjugé de deux cents à trois cents francs dans diverses ventes. On n'y trouve ni l'Adroite princesse, ni Peau d'âne, en prose; ces deux contes ne sont pas de Perrault, quoiqu'on les ait joints à des éditions plus récentes. Celle de la Haye , 1742, a de qolies gravures; celle de Paris , 1781 est fort recherchée quand elle se trouve en beaux exemplaires; notons aussi l'édition illustrée par M. Pauquet, Jeanthon , etc., Paris, 1820, gr et_ celle qui a paru avec des gravures d'après les dessins de M. Gustave Doré, et augmentée d'une préface de M. Stahl, Paris, 1861, 1 vol. Les Œuvres choisies de Perrault , avec des recherches sur les contes des fées par M. Collin de Plancy, ont paru en 18'26, Paris et en 1842. M. Paul Lacroix a joint une notice sur Perrault à une édition de ses Mémoires et contes ; ce volume contient également une intéressante dissertation de M. Walckenaer sur les contes de fées. Catalogue , na 802), ont passé' en 1822 dans la riche collection de M. de Soleinne et de là dans la bibliothèque impériale. D'Aleinbert a donné l'Éloge de Ch. Perrault parmi ceux des membres de l'Académie française, t. 2, p. 165. — Pierre PERRAULT , l'aîné de cette famille, fut digne de ses frères. Compagnon de Colbert dans les fonctions subalternes de l'administration et avocat honoraire , il acheta enfin la charge de receveur général des finances de Paris. Les rigueurs de ses créanciers l'ayant forcé de prendre quelques valeurs sur sa caisse, l'inexorable Colbert le renvoya , sans égard pour l'état de détresse auquel il réduisait un ancien ami. On a de Pierre Perrault : 1° Un Traité de l'origine des fontaines, 1674 où il expose une multitude de systèmes avancés jusqu'à lui , et une traduction , par trop littérale , du Seau enlevé de Tassoni , le texte en regard, Paris, 1678 , 2 vol. La préface renferme un précis du système soutenu , douze ans plus tard , par Charles , sur les anciens et les modernes. 2° Une Défense de l'opéra d'A/- ceste , imprimé dans le Recueil de divers ouvrages en prose et en vers, dédié au prince de Conti par Lelaboureur, 1675 . Racine, dans sa préface d'Iphigénie, fit justice de ce censeur d' Euripide et d'une grosse bévue qui lui était échappée. — Nicolas PERRAULT, frère des précédents, l'un des soixantedix docteurs exclus de la Sorbonne avec Arnauld , mourut jeune , en 1661. Il est auteur : 1° de la Morale des Jésuites, extraite fidèlement de leurs livres imprimés avec l'approbation et permission de leurs supérieurs, Mons, 1667 1669, 3 vol. 1702, 1739, idem; 2° de trois Lettres du docteur Haslé contre la signature du formulaire , avec les réponses de celuici dans un Recueil de pièces sur le formulaire, les bulles et les constitutions des papes
  • Charles PETIT( 1797 - 1856) : docteur en médecine , né à Marignyl'Eglise en 1797, mort en 1856, inspecteur des eaux de Vichy, a publié un grand nombre d'écrits sur la nature et l'efficacité des eaux de Vichy. Ce sont : 10 Du traitement médical des calculs urinaires, et particulièrement de leur dissolution par les eaux de Vichy et les bicarbonates alcalins, Paris, 183k ; 2° Quelques considé- rations sur la nature de la goutte , et sur son trai- tement par les. eaux de Vichy, Paris , 1835 3' De l'efficacité, et paisticulièrement du mode d'ac- tion des eaux thermales de Vichy dans les nulladies désignées sous le nom d'obstrurtions ou d'engorge- ments chroniques, Paris, 1836 ; 4° Nouvelles observations de guérisons de calculs urinaires au moyen des eaux thermales de Vichy, suivies d'autres observations sur l'efficacité de ces mêmes eaux em- ployées contre la goutte, Paris , 1837 avec 5 planches; 5° Suite des observations relatives à l'efficacité des eaux thermales de Vichy contre la pierre et la goutte, Paris , 1838 ; 6° Exposé d'un rapport à l'Académie de médecine sur l'effica- cité des eaux de Vichy contre la pierre, suivi d'un Mémoire de M. O. Henry , Paris , 1839 7. Rapport sur l'emploi de l'eau de Vichy dans le traitement de la goutte, lu à l'Académie de médecine , suivi d'une Réponse à quelques alléga- tions, Paris, 1840 8° Nouveaux résultats de l'emploi des eaux minérales de Vichy dans le traitement de la goutte, Paris, 1842 9. Des eaux minérales alcalines de Fichu , considérées i f comme moyen fondant et résolut dat'as les affections chroniques des organes abdominaux, Paris , 1843 ; 100 Du mode d'action des eaux minérales de Vichy et de leurs applications thérapeutiques, parti- culièrement dans les affections chroniques des or- ganes abdominaux, la gravelle et les calculs uri- naires, la goutte et le diabète sucré, Paris , 1850 11° De la longueur de la poitrine, considérée dans ses rapports avec l'obésité et la maigreur ; des moyens de combattre l'obésité, et du mode d'action datas ce cas des eaux de Vichy, Paris, 1854 4'2° De la matière organique des eaux minérales de Vichy , sa nature, son existence à l'état de végéta- tion et à l'état latent dans ces eaux, sa volatilité et sa présence dans leurs vapeurs ; importance présu- mée de son rôle, Paris, 1855
  • Charles PHILIPON( 1800) : dessinateur, lithographe et journaliste, est né à Lyon en septembre 1800. Son père exerçait dans cette ville la profession de marchand de papiers peints et aurait désiré que son fils continuât son industrie; il lui fit commencer quelques études qui restèrent inachevées, car à force de sollicitations le jeune homme , parvenu à l'âge de dixsept ans, obtint la permission de se rendre à Paris , où il entra dans l'atelier du baron Gros. Toutefois , bientôt rappelé à Lyon par son père, il lui fallut durant trois années se livrer exclusivement au dessin de fabrique. Ce ne fut qu'en 1823 que son père permit au jeune Philipon de retourner pour la seconde fois dans la capitale, où il se fixa définitivement. Charles Philipon, plein de verve, de jeunesse et d'activité, se lia avec les écrivains alors en vogue, dont il recherchait la société avec avidité; pour vivre, il se mit à dessiner et à graver des planches pour les journaux de modes. Il s'occupa aussi trèssérieusement de lithographie, découverte qui était toute nouvelle ; il n'a cependant jamais pris part à nos expositions publiques. La révolution de juillet étant venue à éclater, Philipon se lit journaliste, et c'était bien là sa véritable vocation. Il fonda d'abord la Caricature , qui succomba sous une avalanche de procès , puis le Charivari , dont il conserva la direction durant six ans ; cette publication a donné naissance au Punch, or the London Charivari; fondateur de la maison Aubert, Philipon a en outre créé : les Robert- Macaire , en collaboration avec Daumier ; le Musée pour rire , avec le concours de MM. Maurice Alhoy, Louis Huart, et de tous les caricaturistes de Paris; le Journal pour rire ; le Musée anglo- franfais avec Gustave Doré ; le Journal amusant ; il a dirigé les dessins de la Galerie de la presse, de la littérature et des beaux- arts, par MM. Raoul et L. Huart ; il a participé à la rédaction de l'Almanach prophétique; enfin nous signalerons diverses brochures dont il est l'auteur Aux prolétaires, Paris, Auffray, 1838 de 2 pages ; opuscule suivi d'une explication du dessin qui est au verso, intitulé Ici on fait la barbe et la queue proprement; la Physiologie du flâneur, Paris, Aubert, 1842 dont la première édition parut en 1841 sous le nom de M. L. Huart ; ce fut le signal de la longue série des Physiologies, dont Philipon peut être considéré comme le père. En 1844, il publiait encore chez Aubert en collaboration avec L. Huart la Parodie du Juif- Errant, complainte constitutionnelle en 10 parties. Nous transcrirons les lignes suivantes de Nadar comme appréciation , Daumier , Johannot , Gavarni , « Grandville, Morin , Rion, Valentin, etc. » serait impossible d'énumérer les procès, les amendes, les mois de prison, les vexations que Philipon a eu à supporter ; c'était la conséquence de la carrière qu'il avait choisie et qu'il a parcourue avec une infatigable persévérance. Doué d'une nature énergique , Philipon , rieur en apparence, était en réalité un penseur et un philosophe. Il ne s'est jamais fait que des ennemis politiques , ne s'étant jamais attaqué , proclamonsle à sa louange, à la personnalité. S'il lui arrivait de reconnaître qu'il avait pu froisser quelque susceptibilité respectable, il n'avait pas de repos qu'il n'eût réparé sa faute involontaire. Plus il vivait, plus il aimait à faire le bien. Exempt d'ambition, il refusa en 1848 avec un rare désintéressement la place de directeur des beauxarts qui lui était offerte. Charles Philipon, qui avait épousé mademoiselle Bethmont, soeur de l'ancien ministre du commerce, est mort à Paris le 25 janvier 1862 d'une hypertrophie du coeur ; son coeur, ont dit les médecins, prenait trop de place ; et le mot est vrai, c'est le plus bel éloge de Philipon
  • Charles PHILIPPS( 1780 - 1840) : marin et hydraulicien an- lais distingué, né vers 1780 à Haresfordwest, ort à Dumpladnet, non loin de là , le 21 octOE- e re 1810. Fils d'un capitaine de vaisseau , il entra luimème dans la marine comme midship-,- man , sous Tyler, avec lequel il rit naufrage en '1798. L'année suivante, nous le trouvons sous lord Keith à Cadix, à la poursuite des flottilles française et espagnole. Deux ans après, en 1801, il est devant Copenhague avec Ilyde Parker et Nelson. La capture du navire français le Bienaimé devant Cadix lui fit gagner le grade de souslieutenant en 1803. Lieutenant en 1806, il fut appelé au commandement (le l'Argos, sur les côtes de la Guyane. Commandé à coopérer au blocus de Lisbonne en 1808 , les combats avec les Français dans les dunes et devant Cadix lui valurent en 1812 le grade de commodore. Envoyé en 1821 à la côte de l'Afrique occidentale pour y surveiller les negriers , Philipps , qui dans l'intervalle s'était recommandé par les dkouvertes qu'il avait faites, devint en 1829 capitaine et fut bientôt appelé au commandement de l' Ariadne. Vers la méme époque, il fut aussi élu membre de la société royale. Philipps a attaché son nom à plusieurs décou- vertes importantes. En 1817, il inventa une méthode de propulsion des vaisseaux par le cabestan. Deux ans après, en 1819, il augmenta la force de ce cabestan par un ensemble de roues, et le cabestan ainsi perfectionné est aujourd'hui le seul employé dans la marine. Le capitaine liParry, dans son Voyage d'exploration du passage 'nord- ouest, avoue que ce cabestan seul le mit dans maintes occasions en mesure de briser des monceaux de glaces dans l'Océan polaire. En 1825, Philipps trouva une méthode de suspension et de virement de vaisseaux propre à amortir les effets des coups de canon, ainsi que ceux d'autres obstacles opposés à leur marche. Par une application ingénieuse du principe hydrostatique du niveau de l'eau , il parvint enfin en 1827, en déplaçant les pompes, à faire lever d'ellenième l'eau qui envahit le navire et à la faire décharger dans la mer, suivant l'impulsion de son propre poids. Cette dernière découverte a encore subi diverses améliorations; mais le principe en est dû à Philipps
  • Charles PICHEGRU( 1761) : général français , né à Arbois, le 16 février 1761 , de parents peu connus, fit ses études dans sa ville natale, chez les minimes qui en dirigeaient le ccelége, et montra beaucoup de dispositions, surtout pour les sciences exactes. Ce genre de connaissances jouissait déjà d'une grande faveur; et les bons religieux, prévoyant le parti que l'éducation qui leur était confiée pouvait tirer des talents de ce jeune homme , le déterminèrent à venir répéter les classes de philosophie et de mathématiques à Brienne , dont le collège était aussi sous leur direction. Cette occupation de répétiteur a fait dire mal à propos que Pichegru avait été moine. Il s'engagea fort jeune, comme simple soldat, dans le premier régiment d'artillerie , où sa bonne conduite et ses connaissances le firent distinguer et nommer sergent peu de temps après son arrivée. Ayant été embarqué durant les dernières guerres d'Amérique , il observa avec fruit tous les rapports de la marine avec les opérations des troupes de terre, et revenu à son régiment, il y vit de plus en plus apprécier ses talents. Il était parvenu au grade d'adjudant, et il était près d'être officier lorsque la révolution éclata. 11 en adopta les principes et en suivit assez vivement les conséquences. Il assista à la formation de sociétés populaires, et s'y fit plus d'une fois remarquer. Pichegru présidait le club de Besançon lorsqu'un bataillon de volontaires nationaux du Gard arriva dans cette ville. Ce bataillon se trouvait sans chef, et le club lui proposa de faire choix de son président , militaire exercé , en état de le commander et de l'instruire. Cette proposition fut acceptée, et voilà comment Pichegru devint officier. Les troupes étaient alors sans subordination et sans discipline. Chacun raisonnait, délibérait, voulait commander et surtout ne pas obéir. Les premiers soins de Pichegru furent de rétablir l'ordre dans son bataillon, qu'il conduisait à Carmée du Rhin. En 1792 , il fut employé à l'étatmajor de cette armée et parcourut rapidement les grades de général de brigade et de général de division. Au mois d'octobre 1793 , Pichegru accepta le commandement en chef des mains de StJust et de Lebas , que la convention avait nommés représentants du peuple près l'armée du Rhin . Cette armée venait d'éprouver des échecs sérieux ; elle était désorganisée; les lignes de Weissembourg avaient été forcées, après plusieurs combats où les princes français s'étaient distingués à la tète des émigrés . Pichegru, voyant qu'il avait à combattre avec des troupes braves, mais peu aguerries et toujours prêtes à se laisser décourager par les revers , contre des armées mieux disciplinées , accoutumées à la guerre et soutenues par une nombreuse cavalerie, mit en œuvre , de concert avec Hoche , ce système de tirailleurs, de guerre de postes, de mouvements et d'attaques rapides et multipliées, qui étonna ses ennemis et leur arracha la victoire. Ce système avait surtout le grand avantage d'être conforme à l'esprit du soldat français , et il fut la principale cause des premiers succès que Pichegru obtint en Alsace. Ce fut ainsi qu'il força les lignes de Haguenau, le 23 décembre 1793, et qu'il fit lever le blocus de Landau. De tels succès valurent alors à Pichegru de nombreux éloges, et il obtint ceux des plus ardents révolutionnaires, entre autres de Robespierre et de Collotd'Her- bois, qui le louèrent à la tribune d'avoir su rétablir la discipline et ouvrir une nouvelle carrière de gloire et de succès. Il savait au surplus ménager la vanité et la prétention des hommes au pouvoir , tandis que son rival Hoche était trop loyal et trop lier pour s'astreindre au métier de courtisan. Hoche perdit son com- mandement, principalement par suite des sourdes menées de Pichegru, qui le remplaça dans la direction générale des deux armées de la Moselle et du Rhin , d'où il fut envoyé, peu de temps après, à celle du Nord, qui allait jouer un rôle bien plus important. En se rendant à ce nouveau poste , il passa par Paris , où il fut comblé d'éloges et d'honneurs par les plus fougueux conventionnels. « Je jure, écrivaitil à la société des « jacobins , de faire triompher les armées de la « république, ou de mourir en combattant. Mon « dernier mot sera : Vive la république ! vive 1a « Montagne ! » En arrivant à l'armée du Nord, Pichegru adressa aux troupes , suivant l'usage, une proclamation dans le même sens. Cette armée avait aussi été battue, et sa désorganisation était complète; Condé, Valenciennes, le Quesnoi et Landrecies étaient au pouvoir des Autrichiens : ils n'étaient plus qu'a quarante lieues de Paris et venaient de faire subir, encore récemment, aux Français des revers funestes , ceux - ci s'étant obstinés à les attaquer sur leur centre, couvert par la forêt de Mormale, où le prince de Cobourg avait fait établir des retranchements inexpugnables. C'était le comité de salut public qui avait donné l'ordre de ces imprudentes attaques. Pichegru fut encore obligé de les renouveler , d'après les instructions qu'il avait reçues, et il éprouva plusieurs échecs; mais il obtint enfin la permission de suivre ses propres idées; il changea de plan et chercha à tourner l'ennemi par son flanc droit. Ce fut alors qu'il exécuta ce projet si hardi , qui eut une si grande influence sur le sort de cette guerre et qui doit en être considéré comme l'opération la plus brillante et la plus décisive. Par la rapidité et la précision de ses manoeuvres, il battit l'ennemi à Cassel, à Courtrai, à Menin, et parvint à rompre une ligne jusqu'alors impénétrable. Habile à pro- fiter de ses succès , il dégarnit entièrement son centre pour renforcer encore sa gauche, et se trouva ainsi, avec toutes ses forces, en présence de la grande armée des alliés, que commandaient le prince de Cobourg, le duc d'York, et que , il eut peu de peine à soumettre la populace révoltée des faubourgs. Le compte que Pichegru rendit de cette opération à la barre de la convention fut accueilli de nombreux applaudissements ; on le proclama encore une fois le sauveur de la patrie, et il se hâta de se rendre à l'armée du Rhin. Ici doit s'arrêter l'histoire militaire de ce général. Pichegru, dont l'ambition n'avait pas de bornes, qui devait tout ce qu'il était à la république, n'hésita pas à la trahir en mettant ses services à la disposition du parti royaliste. Ce fut l'imprimeur Fauche - Borel , qui , dévoué à la cause des royalistes, eut le courage de lui proposer, de la part du prince de Condé, de passer avec son armée au service de la.famille des Bourbons , et de proclamer , de concert avec lui , le rétablissement de la monarchie. Pichegru accueillit cette proposition sans hésiter et déclara qu'il était prêt à seconder la cause royale, pourvu toutefois qu'il fût assuré de la coopération des Autrichiens ; mais il est probable que ceuxci avaient alors d'autres vues. Le général français connaissait peu leur politique; son erreur lui fit commettre des fautes que mieux instruit il eût sans doute évitées. Sa correspondance avec le prince de Condé fut continuée assez longtemps sans aucune détermination positive. Le prince ne croyait pas devoir mettre les Autrichiens dans son secret, et il ne`voulait pas non plus placer son armée sur la rive gauche du Rhin, comme le désirait Pichegru. D'un autre côté, il faisait à ce général, au nom du roi , les plus brillantes promesses; il lui assurait, pour l'époque du rétablissement de la monarchie, le gouvernement de l'Alsace, le cordon rouge, la propriété du château de Chambord ; il lui faisait présent de douze pièces de canon , d'un million d'argent, et lui assignait deux cent mille livres de rente, enfin la terre d'Arbois, qui aurait pris le nom de Pichegru , eût été exempte de contributions pendant quinze ans. Cependant les exigences de ce général devenaient chaque jour plus grandes et ses tergiversations faisaient tout ajourner. « Je ne « ferai rien d'incomplet, écrivaitil; je ne veux « pas être le troisième tome de Lafayette et de « Dumouriez. Mes moyens sont grands, tant à « l'armée qu'à Paris. Je sais qu'il faut en finir; « je sais que la France ne peut rester en répui « blique , et qu'il lui faut un roi; mais il ne faut « commencer ce changement que quand on sera « sûr de l'opérer..., il faut, en faisant crier rire le roi au soldat français, lui donner du vin et « un écu dans la main; il faut que rien ne lui « manque en ce premier moment ; il faut solder « mon armée jusqu'à sa troisième et quatrième « marche sur le territoire français, etc. » Le secret le plus absolu pouvait seul assurer le succès d'une pareille correspondance ; cependant elle fut connue du général autrichien Wurmser et de l'archiduc Charles, qui n'en profitèrent que dans l'intérèt de leur souverain, lorsque le général des armées républicaines , voulant servir la cause qu'il venait d'embrasser, ordonna la retraite à ses troupes dans plusieurs occasions où elles auraient pu triompher. Il s'ensuivit que Pichegru perdit une grande partie de son crédit auprès des chefs de la république. On commençait au surplus à se défier de lui, lorsqu'un transfuge de la cause des Bourbons livra les secrets du prince de Condé, dont il avait été le dépositaire. Le directoire exécutif , qui venait d'être mis en possession du pouvoir, ne se crut point assez fort pour frapper ouvertement un général aussi puissant que Pichegru. Il dissimula et se contenta de l'éloigner des armées en lui offrant l'ambassade insignifiante de Suède, que celuici refusa. Retiré dans l'abbaye de Bellevaux , dont il s'était rendu acquéreur , Pichegru y passa un an , et il n'en sortit qu'au mois de mars 1797, lorsque l'assemblée électorale de son département l'appela aux fonctions de législateur. Nommé dès la première séance président du conseil des CinqCents, il se montra en opposition avec le directoire et le parti révolutionnaire. S'étant concerté avec d'autres députés qui , comme lui , voulaient rétablir l'ancienne monarchie , il sembla diriger ses efforts vers cette entreprise. Mais le directoire était de ses projets; et tandis que ses ennemis délibéraient ou se bornaient à l'attaquer à la tribune, il faisait marcher des troupes vers la capitale. Pichegru fit alors son rapport sur la garde nationale, qu'il voulait opposer aux soldats du directoire, et il proposa un décret pour fixer des limites que les troupes ne pussent dépasser. Ces projets furent accueillis au conseil des CinqCents, mais rejetés par celui des Anciens. D'ailleurs, il n'était déjà plus temps de les exécuter ; un coup de main pouvait seul tirer le corps législatif du danger qui le pressait. Pichegru était entouré d'une foule de chouans, de gens à exécution, d'émigrés rentrés ; on le pressait de tenter un mouvement ; il ne s'y décida pas. Le 5 septembre 1797 , les troupeS du directoire , sous les ordres d'Augereau, occupèrent la capitale et envahirent toutes les avenues des Tuileries, où siégeait le corps législatif. Pichegru était à son poste de commissaireinspecteur ; il y fut arrêté ainsi que ses collègues, et transporté sur une charrette à la prison du Temple. Le lendemain , le corps législatif décréta la proscription de cinquante de ses membres. Pichegru fut le premier inscrit sur la liste de déportation ; conduit à Rochefort, il y fut embarqué pour Cayenne. Pendant ce temps, le parti triomphant publiait une correspondance de Pichegru avec le prince de Condé, que les hasards de la guerre avaient fait tomber dans les mains de Moreau . Après quelques mois de captivité dans les déserts pestilentiels de Sinamari, Pichegru parvint à s'évader avec Willot, Delarue , Barthélemy, Aubri et Ramel . Ce ne fut qu'à travers les plus grands dangers qu'embarqués sur une frêle pirogue et manquant de tout pendant plusieurs jours, au milieu de l'Océan , ces malheureux abordèrent à la colonie hollandaise de Surinam, où le gouverneur leur fit un trèsbon accueil. Ils se rendirent aussitôt en Angleterre , et Pichegru y reçut du gouvernement anglais l'accueil le plus distingué. Dès lors ouvertement attaché à la cause des Bourbons , il fut désigné pour diriger toutes les entreprises militaires qui pouvaient tendre à ce but, et il partit pour l'Allemagne, où les Russes et les Autrichiens venaient d'obtenir de grands succès. On prétend qu'il donna, avant la bataille de Zurich , au général Korsakoif des avis dont celuici ne sut pas profiter. Après la retraite des armées russes et la paix que l'Autriche fit avec la France, Pichegru dut retourner en Angleterre. Ce fut à cette époque qu'il se lia intimement avec George Cadoudal , dont il partageait les opinions et les espérances. Ces deux hommes, décidés à tout entreprendre pour le rétablissement de la monarchie, se rendirent secrètement à Paris , dans les premiers jours de janvier 180t1, avec quelques royalistes vendéens, résolus comme eux d'attaquer le premier consul Bonaparte , qu'ils considéraient comme le plus grand obstacle à leur dessein. A cette occasion, ils voulurent s'adjoindre le concours de Moreau . Cadoudal et Pichegru firent pendant plusieurs mois d'inutiles tentatives pour atteindre le premier consul, et furent à la fin découverts par la police. George et plusieurs des siens avaient été arrêtés; jusqu'alors Pichegru était parvenu a se soustraire à toutes les recherches, mais il fut livré par la perfidie d'un nommé Leblanc, chez lequel il s'était réfugié . Conduit en présence de Réal, qui était chargé de l'interroger, il répondit avec beaucoup de fermeté et nia tout ce qui pouvait compromettre Moreau. Il montra le mème courage dans plusieurs autres interrogatoires qu'on lui fit subir à la prison du Temple. Le 16 germinal an 19. , on le trouva étranglé dans sa prison. Son corps fut transporté au greffe du tribunal criminel, et le journal officiel publia un procèsverbal de plusieurs médecins qui attestèrent que le prisonnier s'était étranglé lui- même avec sa cravate. Comme on de 15 pages, imprimerie de Chanson. répandit le bruit que Pichegru avait été assassiné dans sa prison par ordre de Bonaparte, ce dernier fit publier un écrit de Montgaillard, intitulé Mémoire concernant la trahison de Pichegru, dans les années 3, 4 et 5 . Cette brochure, imprimée aux frais et à l'imprimerie du gouvernement, fut répandue à un grand nombre d'exemplaires. Pichegru ne s'était point marié. Une aventurière , se disant tantôt sa fille , tantôt sa nièce, obtint en 1815 une pension de trois mille francs, sur la cassette du roi, mais une réclamation, insérée dans les journaux l'année suivante, par J. L. Pichegru , frère du général , ayant démasqué l'imposture, la pension fut supprimée
  • Charles PIDOUX : seigneur du Chaillou, lieutenant général de la maréchaussée de Civrav. de la niênie famille que les précédents, est le pr auteur de l'ouvrage suivant la Vie de Ste- Radegonde, jadis reine de France et fondatrice du royal monastère de Ste- Groix de Poitiers , Poitiers, 1622 2. Il avait réuni une collection précieuse et considérable de bons livres, qui est citée par le P. Jacob dans son Traité des belles bibliothèques
  • Charles PICTET DE ROCHEMONT( 1755) : frère du précédent, né à Genève le 21 septembre 1755, fut destiné dès l'enfance comme cadet de sa famille à la carrière militaire, et, après avoir fait ses premières études à l'école d'ilaldestein près de Coire, entra en 1775 au service de France comme souslieutenant dans le régiment de Diesbach. Il donna sa démission en 1785 et retourna dans sa patrie pour s'y livrer à l'étude des sciences et surtout de l'agriculture. De même que son frère Marc Pictet, il prit peu de part aux événements de la révolution et ne se lit guère remarquer que par une faible résistance aux innovations survenues dans' son pays par l'influence de la France. En 1796, il fonda avec son frère et d'au- tres savants tels que Maurice, Odier, Prévost, etc., le journal périodique connu sous le titre de Bibliothèque britannique, qui , en 1816, prit celui de Bibliothèque universelle à cause de l'extension donnée au plan primitif. Pendant les vingtneuf années qui s'écoulèrent depuis la création de ce recueil , Pictet de Rochemont, spécialement chargé de rédiger la partie de l'agriculture, contribua puissamment à son succès. C'est à lui qu'on dut l'importation des meilleurs procédés de l'agriculture anglaise dans cette contrée. Les nombreux articles sur ce sujet qu'il inséra dans la Bibliothèque britannique et universelle furent ensuite coordonnés et retouchés par lui pour être publiés en un corps , dont Pictet fit au contraire, à la mème époque, une critique assez vive dans la Bibliothèque universelle
  • Charles PIGAULT-LEBRUN( 1753) : le plus fameux romancier de l'époque impériale, naquit à Calais le 8 avril 1753. Son père, Pigault de l'Epinoy, était juge au tribunal de la ville, et descendait, fort indirectement sans doute, et sans que cela fût bien prouvé, d'Eustache de StPierre, noblesse dont, malgré ses antipathies aristocratiques , il s'est toujours montré fort glorieux. Doué d'une grande vivacité d'esprit, le jeune Pigault eut terminé ses études, c'est-àdire sa rhétorique, au collége des Oratoriens de Boulogne, avant quinze ans. Ce n'est pas à dire que ces études aient été fortes -: ce qui lui plaisait surtout, c'était la littérature du jour en tant que frivole et moqueuse, c'était la philosophie en tant que paradoxale et commode. Il eût assez volontiers passé indéfiniment des mois, des années dans l'oisiveté, chansonnant de temps en temps quelques compatriotes de l'un ou de l'autre sexe, ou bien pris du service dans quelque corps militaire, à condition de ne pas y être un simple soldat. Mais son père l'envoya chez un M. Crawford, négociant à Londres dans la cité. Bien que la régularité, l'assiduité qu'exige, surtout lors du noviciat, la carrière commerciale, ne pussent être que médiocrement du goût de Pigault, il s'acquit jusqu'à un certain point les bonnes grâces de son maitre ; et, au bout de deux ans , il était subrécargue au bord d'un navire frété pour les bides. Mais il répondit mal à cette confiance. Dès ce tempslà, fort déréglé dans ses moeurs, et se livrant sans retenue à ses passions , il avait trouvé moyen de séduire la fille de M. Crawford , et il l'avait entraînée à s'enfuir. Pour comble de malheur, le bâtiment fut quelques jours après battu par une tempête, et périt corps et biens. Trèspeu de personnes échappèrent à la mort, et la fugitive ne fut pas de ce nombre. On comprend qu'après un tel événement il n'osa pas retourner à Londres, où la juste indignation de son maître n'eût point calmé un désespoir qui, on doit le reconnaître, fut profond et sincère. Jusque dans sa vieillesse il en garda le souvenir, ou du moins il en parla avec une apparence de chagrin et de repentir dans plusieurs de ses écrits. Se bornant à lui donner par une lettre la nouvelle du double malheur qui l'atteignait dans sa fortune et dans ses affections, il regagna Calais. Mais là il trouva un accueil plus courroucé encore et plus sombre que celui qu'il eût eu à braver en Angleterre. Son père était un de ces caractères loyaux et graves qui entendent inflexiblement l'honneur; il ne daigna point écouter les explications de son fils, et sollicita contre lui une lettre de cachet qu'il obtint sans peine . Pigault resta deux ans dans une prison , où il eut tout le loisir de perfectionner son éducation, et de réfléchir aux funestes résultats de son inconduite. Toutefois nous ne pensons pas que telles aient été ses méditations. Loin de là, comme Mirabeau, et peut-être pour des motifs non moins graves, prisonnier en ce même moment au midi de la France, ainsi qu'il l'était au nord , il s'irritait de plus en plus contre ce droit du plus fort, et contre ce qu'il appelait les abus de la puissance paternelle. Enfin il sortit, et quelques semaines après, ne se souciant pas d'essayer de nouveau la carrière commerciale , ayant le barreau en horreur, il entra , du consentement de son père , dans la gendarmerie d'élite . Ce consentement était d'autant plus indispensable, que l'on n'entrait dans ce corps qu'en justifiant d'un revenu de six cents livres. C'était une troupe d'élite et privilégiée dite Petite maison du roi. Aussi Pigault disaitil gaiement Je sors d'une maison royale et j'en-« Ire dans la maison du roi. » Le corps était à Lunéville. C'est là que Pigault passa deux ou trois années pendant lesquelles il goûta de la vie de garnison. Elle lui plut assez sous quelques rapports : franc, évaporé, brave, ennemi du travail , ne reculant devant aucune folie , il ne pouvait que se trouver à l'aise parmi des jeunes gens de bonne famille, de son âge, dont le plaisir était la grande affaire, et qui aimaient à s'entendre appeler mauvaises tètes. Il eut sa part de duels, de parties extravagantes, de puni- tions gaiement supportées. On parla beaucoup dans le temps en Lorraine d'une échauffourée de MM. les gendarmes d'élite, qui, piqués de ce qu'aucun d'eux n'avait reçu d'invitation pour un grand bal offert aux darnes de Nancy par le régiment du roi, entrèrent de force dans la salle de bai , et se mirent à en faire les honneurs aux officiers mêmes qui avaient refusé de les admettre . De là résulta le lendemain un duel de douze contre douze, où Pigault reçut pour sa part trois coups d'épée. 11 les méritait bien, en sa qualité d'auteur ou du moins de bouteentrain principal de la scène de la veille . Ses camarades l'en aimèrent encore davantage, car ils n'avaient point attendu jusquelà pour être captivés par cette verve , cette intarissable gaieté, que plus tard Pigault devait porter dans ses écrits. Il était devenu le coryphée et l'idole du régiment, quand une ordonnance du roi supprima la gendarmerie d'élite. Pour la seconde fois il revint dans ses foyers, toujours sans état, plus que jamais travaillé par le besoin de la dissipation et de la vie oisive. Il feignit néanmoins de vouloir derechef tenter le commerce en Angleterre. Mais peu de temps s'était passé qu'il s'enfuyait de Calais avec une demoiselle de Salens que son père n'avait pas voulu qu'il épousât. Il Il avait au reste fort mal pris ses précautions, et dès le lendemain il fut découvert dans un village aux environs de Calais , et forcé de revenir à la maison paternelle, où une nouvelle lettre de cachet permit à son père de le mettre encore sous les verrous, en laissant au rigide magistrat le droit d'abréger ou de prolonger à son gré la captivité. Au bout de deux ans il réussit à s'évader. 11 s'arrêta dans un village où il se mit à réfléchir sur sa triste situation. Il avait pour toutes ressources un écu de six livres. Le résultat de sa délibération fut qu'il n'avait d'autre parti à prendre que de se faire sauter la cervelle. Mais par un trait de caractère bien typique, il ajourna l'exécution de sa tragique résolution à la lin de son écu. 11 y avait dans le village une troupe de comédiens Pigault dîna et alla au spectacle: mais pendant la représentation il s'avisa qu'il jouerait la comédie tout aussi mal qu'un autre, et trouva ce parti préférable au suicide. Il alla trouver le directeur, et lui demanda un emploi dans sa troupe. Sa demande fut agréée. Mais, il faut le dire, le nouveau comédien fut on ne peut plus mal accueilli du public, soit à Lille, soit dans les villes circonvoisines; et le public était juste, car, Pigault l'a bien des fois reconnu depuis, il était Le triomphe de MM. les gendarmes d'élite ne fut cependant pas complet; ils n'avaient réussi qu'à s'emparer de la salle et à rendre le bal impossible Ica, nulle dame n'avait accepté leur pour la danse), quand le colonel de la PetiteMaison du roi, M. d'Autichamp, instruit un peu tard, parut dans la salle, ouvrit luimême le bal avec les officiers du régiment du roi, sans permettre à un seul des siens d'y prendre part, et rame en leur ordonnant les arrêts, et sauva ainsi l'honneur du corps sans froisser la garnison de Nancy, et en punissant les étourdis de Lunéville. détestable acteur. Chaque fois qu'il se montrait, c'étaient des sifflets, des lazzi , des trépignements ou des applaudissements ironiques. A la longue cependant il obtint un peu d'indulgence, sinon par son jeu , que cependant il s'évertuait à rendre moins mauvais , du moins par la jovialité de son caractère, ou par des particularités de sa vie qui transpiraient dans le public. Blessé un jour dans un duel par son directeur, à l'issue d'une scène de foyer qui avait fait rire toute la ville, il se présenta sur le théâtre le bras en écharpe, n'ayant à remplir qu'un rôle moins que secondaire, et il fut accueilli par une salve d'applaudissements auxquels il était peu accoutumé. Alors sans se déconcerter, et d'un air comiquement indécis, il s'avance sur la scène et dit aux claqueurs : ,. Bientôt obligé de revenir en France, il conçut le projet de se faire rendre sa possession d'état, car depuis son mariage, et peut-être mème avant, son père l'avait fait porter sur les registres de l'étatcivil comme n'existant plus. Reparaissant à Calais, il tenta d'abord d'obtenir à l'amiable l'annulation de cet acte. Mais il y avait plus de huit ans qu'on n'avait revu son visage dans cette ville, et personne ne consentit à le reconnaitre il perdit son procès devant le juge, et il ne lui resta plus d'autre moyen qu'une requète au parlement de Paris. 3Ialbeureusement, là aussi il avait affaire à trop forte partie. Ce n'était plus son père tout seul qui avait intérêt à ce qu'un acte faux ne fût pas démenti ; c'était aussi le maire de Calais qui avait prononcé la sentence, c'étaient les parents et collègues des magistrats; et d'autre part Pigault avait trop peu d'argent pour sortir triomphant d'une lutte de cette nature. Ce fut alors, et pour la première fois peut-ètre, qu'il connut, qu'il envisagea le côté sérieux de sa vie, les lenteurs de la justice, la rapacité des défenseurs de la veuve et de l'orphelin, les chances toutes en faveur de l'iniquité , les difficultés, la malveillance se multipliant sous ses pas à mesure que son droit devenait plus clair, des hommes dits les lumières du droit fermant les yeux à l'évidence, des hommes honorables soutenant un faux, puis enfin de soidisant protecteurs venant lui offrir leurs services et tentant de séduire sa femme.... Malgré la légèreté d'humeur qui fut toujours le trait dominant de son caractère, il est aisé de voir, à telle ou telle page de son oeuvre , l'impression profonde et vivace que ces puissantes réalités produisirent sur lui. Nous ne savons si véritablement les sollicitations du père, aidées de la rancune du protecteur éconduit, avaient obtenu une troisième lettre de cachet, mais certainement l'affaire était loin de prendre une tournure favorable, lorsque la Bastille fut prise et détruite . Pigault alors n'eut plus de lettre de cachet à craindre, mais il perdit son procès avec les frais et dépens. Bizarrerie des choses humaines! Cette perte de son procès commença en quelque sorte sa renommée et sa fortune. Plein de l'indigna - tion de ses malheurs, il les dialogua en cinq actes , 11 faut croire à sa fenime et la Joueuse. Mais des pièces imprimées à Maëstricht, et jouées ès lieux circonvoisins, ne pouvaient pas faire une réputation à Paris, et le nom de Pigault était neuf à la scène quand Charles et Caroline le mit en relief. Animé par ce succès, il ne tarda pas à donner le Pessimiste, contrepartie de l'Optimiste de Coll et dans cette pièce, inspirée en grande partie par l'esprit de Candide, mais plus vraie à coup sûr et surtout plus forte que l'Optimiste, il recueillit nonseulement comme auteur, mais comme acteur, des applaudissements qu'il n'était pas habitué à recevoir ni à mériter. Rien peut-ètre ne prouve mieux que cette espèce de triomphe à quel point il était pénétré de la justesse de l'opinion sous l'influence de laquelle il écrivait. La Marche provençale , l'Orpheline , la Mère ri- vale, se succédèrent. Mais, dès 1790, il avait renoncé à la position de régisseur, complètement antipathique à ses goûts, à cause de cette guerre perpétuelle à soutenir contre les caprices , les exigences et les boutades des comédiens. Se bornant à jouer les rôles qu'il avait créés, il abandonna même totalement la scène quand Mn, revenu de Suède, conquit au ThéâtreFrançais cette position supérieure que d'autres, beaucoup plus forts que Pigault, n'eussent pas été capables de lui disputer ; et déjà lors de la représentation de l'Orpheline il n'était plus acteur. Bientôt l'instinct aventurier le reprit; et le vent étant partout à la guerre, il s'engagea dans un régiment de dragons. Arrivé à Cambrai, il fut fait souslieutenant. Plus tard, il racontait qu'il avait été à Valmy, ce qui n'a rien d'impossible, et il parait qu'il se conduisit assez bien , soit là , soit dans quelquesunes des petites affaires qui signalèrent cette guerre. L'année suivante, au plus fort de la lutte de la Vendée, il fut envoyé comme chef de remonte à Saumur, où il faillit s'attirer de mauvaises affaires par la rigidité qu'il voulut déployer à l'égard des fournisseurs. Un marchand de chevaux dont il avait refusé les propositions alla le dénoncer comme aristocrate, et tout ce que put faire Pigault fut de se justifier; mais il comprit que l'on n'avait pas besoin là de Cincinnatus. Renonçant derechef au service, il vint reprendre la vie d'artiste à Paris. C'était de toutes la plus conforme à ses goûts; et peu de temps après son retour il donnait au théâtre de la Cité les Dragons et les Bénédictines , qui eurent un succès fou , et qui furent suivis la même année des Dragons en cantonnement. La France, qui avait enfin échappé au règne de la terreur, et où chacun était en quelque sorte ébahi de se sentir la tète sur les épaules, avait si grand besoin de rire! les jours de Pigault étaient venus. C'est quelque temps après cette seconde joyeuseté théâtrale que, passant de la bluette poétique au roman, sans toutefois renoncer immédiatement à cellelà, il tenta la fortune dans son Enfant du carnaval, qui eut un succès bien audessus de ses espérances, et qui n'a diminué qu'au bout de plus de trente ans, par l'introduction d'idées absolument nouvelles. De 1791 à 186, l'Enfant du carnaval n'a pas eu moins de dixsept éditions. Et pourtant Pigault d'abord ne trouva point d'éditeur, c'est-àdire qu'on ne lui offrit pas de prix suffisant il ne demandait cependant que neuf cents francs de ses quatre volumes. Le libraire Barba, déjà en relation avec lui , ne voulait pas aller au delà de six cents. Il fallut que Pigault et un de ses amis, Julienne, homme d'esprit et grand admirateur de l'Enfant , fissent, de compte à , Mon oncle Thomas , la Folie espagnole , les Cent vingt jours , Monsieur Botte , Jérôme , la Famille Lacerai , l'Homme à projets , Roberville , Se succédèrent rapidement, et constituent ce qu'on pourrait nommer la première manière, la manière étourdissante et graveleuse de Pigault. Toute répréhensible qu'elle était assez souvent sous le rapport du goût, et presque toujours sous celui des moeurs, on ne peut nier qu'elle ne fût au plus haut degré du goût des lecteurs, et même, à ce qu'il parait, des lecteurs qui la décriaient. La suppression qu'il fit du plat d'épi- nards dans l'Enfant du carnaval faillit compromettre le succès de la deuxième édition, et il fallut, pour ramener les chalands au magasin de Barba, qu'un carton rétablit le passage indécent et contre lequel on s'était si hautement récrié. Angélique n'eut qu'un succès d'estime , et se débita lentement. Pigault fut piqué de cette froideur dont on accueillait un ouvrage auquel il tenait à cause du ton nouveau qu'il avait adopté et qu'il croyait préférable à la manière plus que leste dont il avait tant fait usage précédemment. Il revint bientôt, et avec une espèce de fureur, à son genre primitif. Son dépit perce dans la postface de la Folie, où il annonce que cette fois il fera un roman que comprendront toutes les cuisinières. Quelque lu que fût Pigault, ou peut-être parce qu'il était excessivement lu , ses oeuvres n'échappèrent point à la critique. Geoffroy surtout, ou les pseudonymes qui exerçaient la censure en son nom dans le Journal des Dé- bats, traitèrent avec une sévérité, outrée peut-être sous le rapport littéraire , mais trop juste sous celui des moeurs, les fantasques imaginations de Pigault. Son père s'était réconcilié avec lui après la mort de sa première femme; et en mourant luimême il l'avait avantagé à titre Pigault déchira le testament. Un de ses frères le décida à placer sa part de patrimoine dans une entreprise industrielle qui ne réussit pas; et Pigault demanda et obtint une place dans l'administration des douanes lors de la création du royaume de Westphalie. Le prince Jérôme , qui avait de l'amitié pour lui, lui proposa de l'accompagner en qualité de bibliothécaire; mais l'empereur, mal disposé pour Pigault, qui avait publié le Citateur , défendit à son frère de l'emmener. Pigault resta donc à Paris, où il remplit les fonctions d'inspecteur des salines sans interruption jusqu'au 1er août 18h, époque où il fut mis à la retraite. On a cependant raconté, et nous avons nousmème rapporté dans la précédente édition de notre Biographie, les détails les plus explicites sur son prétendu séjour à Cassel , entre autres une trèscurieuse lettre qu'il aurait écrite à Réal. Toutes ces anecdotes paraissent tout à fait apocryphes , puisque l'alibi de Pigault est établi de la manière la plus irrécusable par les registres de l'administration des douanes. PigaultLebrun utilisa encore de temps en temps ses loisirs en écrivant de nouveaux romans, ceux qui, joints à Angélique et à la Famille Lacerai, forment comme une autre série que nous nommerons sa seconde manière. Ainsi parurent successivement : Une Macédoine , les Tableaux de société, ou Fanchette et Ho- narine , Adélaïde de Méran . Plus tard encore vinrent des ouvrages où il se montre surtout peintre de caractères ou peintre de inceurs : l'Officieux , l'Egoisme , et l'Observateur , auxquels nous ajouterons pour ne rien omettre de cette époque, deus ouvrages composés en société : le Garçon sans souci, avec R. Perrin , puis le Beau- père et le gendre, avec son gendre Augier . L'effervescence de Pigault s'était beaucoup modifiée depuis dix ans. Ce changement ne tenait pas seulement à l'âge, car ce n'était plus un jeune homme, puisqu'il avait de quarante à cinquantecinq ans lorsqu'il écrivit sa première série de romans, celle où il déploie une fougue et une verve juvénile. Mais on se lasse de tout, mème de soi et de sa manière. Puis, comme le disait Jérôme, Pigault était un protée littéraire , il avait toujours éprouvé le besoin d'écrire autre chose que la Folie espa- gnole; enfin le régime du sabre et de la caserne avait cessé, et d'autres idées s'introduisaient à mesure que la restauration prenait racine. Pigault ne fut pas exempt de tribulations, que cependant jamais il n'avait moins méritées que depuis les derniers temps de sa vie. Le Citateur fut prohibé, puis l'Enfant du carnaval, dont on saisit la dixseptième édition. Il eut ensuite le chagrin de voir mourir à la fleur de l'âge, atteint d'un coup d'épée en duel, son fils, jeune militaire de belle espérance. Nous n'ajouterons pas à cette douleur domestique l'amertume de voir son renom décroître peu à peu en présence de l'activité de plus en plus féconde du grand romancier écossais, aussi supérieur à Pigault par la saisissante vérité que par ta délicieuse chasteté de ses tableaux ; et toutefois, à partir de 18'20, il avait renoncé complètement au roman ; mais toujours actif, toujours infatigable par la pensée, il s'était retourné vers la science historique , il avait entrepris une Histoire de France. Singulière coïncidence avec Walter Scott, qui, lui aussi, après avoir donné ses quatrevingts volumes, prétendit écrire l'histoire et s'attaqua au plus vaste sujet des temps modernes, à Napoléon. De la part de son libraire, il est bien clair que c'était une spéculation, et rien de plus; mais Pigault la prit au sérieux et fit vraiment des efforts pour écrire une histoire de France. ll n'était guère qu'au commencement de cette tâche lorsque, renonçant à Paris, où pourtant les ressources sont inappréciables pour tout travail de haute érudition, il alla se fixer auprès de sa fille à Valence, dont le doux climat lui fut extrèmement favorable. 11 était plus que septuagénaire à cette époque. Il ajouta ainsi plusieurs volumes à ce qu'il avait déjà donné de l'histoire de France, mais il s'interrompit au septième, et au moment d'entamer l'histoire de Louis XIV, moins à cause de la fatigue, moins à cause de la difficulté de dire la vérité sur les deux derniers siècles sans s'attirer des persécutions, qu'à cause du trèsmédiocre succès de l'ouvrage et des échecs de la maison de librairie avec laquelle il avait traité. Il revint à Paris vers 1830; il s'y fixa, passant l'été avec sa fille, son gendre et ses petitsenfants, dont il suivait l'éducation avec un soin extrèrne à la Celle, près StCloud, dans une petite maison qu'il y avait achetée. C'est là qu'il mourut le es juillet 1835. Sa deuxième femme lui survécut : c'était la soeur de Facteur Michot ; il avait eu le malheur de perdre la première vers le temps où commençait sa renommée comme auteur dramatique. PigaultLebrun s'était conservé actif et vert jusque dans sa vieillesse, et il était trèsglorieux de cet avantage. On répétait, et il aimait à entendre dire autour de lui qu'il menait en quelque sorte une vie patriarcale. En effet, sa simplicité, sa bonne humeur inaltérable, sa bonté à l'égard de tout ce qui l'entourait, lui donnaient, non moins que son grand âge et sa verdeur, une physionomie remarquable. Malgré la fougue et les folies de sa jeunesse, il avait le caractère droit, franc, loyal, quelque brusquerie mérite, l'horreur de l'intrigue et de l'hypocrisie, Ce qui se concilie trèsbien, au reste, avec les défauts qu'on ne saurait se dispenser de lui reconnaître; et la vie quotidienne ainsi que l'histoire en présentent tant d'exemples, qu'il serait inutile d'insister sur ce point.
  • Charles PIGAULT-LEBRUN( 1753) : le plus fameux romancier de l'époque impériale, naquit à Calais le 8 avril 1753. Son père, Pigault de l'Epinoy, était juge au tribunal de la ville, et descendait, fort indirectement sans doute, et sans que cela fût bien prouvé, d'Eustache de StPierre, noblesse dont, malgré ses antipathies aristocratiques , il s'est toujours montré fort glorieux. Doué d'une grande vivacité d'esprit, le jeune Pigault eut terminé ses études, c'est-àdire sa rhétorique, au collége des Oratoriens de Boulogne, avant quinze ans. Ce n'est pas à dire que ces études aient été fortes -: ce qui lui plaisait surtout, c'était la littérature du jour en tant que frivole et moqueuse, c'était la philosophie en tant que paradoxale et commode. Il eût assez volontiers passé indéfiniment des mois, des années dans l'oisiveté, chansonnant de temps en temps quelques compatriotes de l'un ou de l'autre sexe, ou bien pris du service dans quelque corps militaire, à condition de ne pas y être un simple soldat. Mais son père l'envoya chez un M. Crawford, négociant à Londres dans la cité. Bien que la régularité, l'assiduité qu'exige, surtout lors du noviciat, la carrière commerciale, ne pussent être que médiocrement du goût de Pigault, il s'acquit jusqu'à un certain point les bonnes grâces de son maitre ; et, au bout de deux ans , il était subrécargue au bord d'un navire frété pour les bides. Mais il répondit mal à cette confiance. Dès ce tempslà, fort déréglé dans ses moeurs, et se livrant sans retenue à ses passions , il avait trouvé moyen de séduire la fille de M. Crawford , et il l'avait entraînée à s'enfuir. Pour comble de malheur, le bâtiment fut quelques jours après battu par une tempête, et périt corps et biens. Trèspeu de personnes échappèrent à la mort, et la fugitive ne fut pas de ce nombre. On comprend qu'après un tel événement il n'osa pas retourner à Londres, où la juste indignation de son maître n'eût point calmé un désespoir qui, on doit le reconnaître, fut profond et sincère. Jusque dans sa vieillesse il en garda le souvenir, ou du moins il en parla avec une apparence de chagrin et de repentir dans plusieurs de ses écrits. Se bornant à lui donner par une lettre la nouvelle du double malheur qui l'atteignait dans sa fortune et dans ses affections, il regagna Calais. Mais là il trouva un accueil plus courroucé encore et plus sombre que celui qu'il eût eu à braver en Angleterre. Son père était un de ces caractères loyaux et graves qui entendent inflexiblement l'honneur; il ne daigna point écouter les explications de son fils, et sollicita contre lui une lettre de cachet qu'il obtint sans peine . Pigault resta deux ans dans une prison , où il eut tout le loisir de perfectionner son éducation, et de réfléchir aux funestes résultats de son inconduite. Toutefois nous ne pensons pas que telles aient été ses méditations. Loin de là, comme Mirabeau, et peut-être pour des motifs non moins graves, prisonnier en ce même moment au midi de la France, ainsi qu'il l'était au nord , il s'irritait de plus en plus contre ce droit du plus fort, et contre ce qu'il appelait les abus de la puissance paternelle. Enfin il sortit, et quelques semaines après, ne se souciant pas d'essayer de nouveau la carrière commerciale , ayant le barreau en horreur, il entra , du consentement de son père , dans la gendarmerie d'élite . Ce consentement était d'autant plus indispensable, que l'on n'entrait dans ce corps qu'en justifiant d'un revenu de six cents livres. C'était une troupe d'élite et privilégiée dite Petite maison du roi. Aussi Pigault disaitil gaiement Je sors d'une maison royale et j'en-« Ire dans la maison du roi. » Le corps était à Lunéville. C'est là que Pigault passa deux ou trois années pendant lesquelles il goûta de la vie de garnison. Elle lui plut assez sous quelques rapports : franc, évaporé, brave, ennemi du travail , ne reculant devant aucune folie , il ne pouvait que se trouver à l'aise parmi des jeunes gens de bonne famille, de son âge, dont le plaisir était la grande affaire, et qui aimaient à s'entendre appeler mauvaises tètes. Il eut sa part de duels, de parties extravagantes, de puni- tions gaiement supportées. On parla beaucoup dans le temps en Lorraine d'une échauffourée de MM. les gendarmes d'élite, qui, piqués de ce qu'aucun d'eux n'avait reçu d'invitation pour un grand bal offert aux darnes de Nancy par le régiment du roi, entrèrent de force dans la salle de bai , et se mirent à en faire les honneurs aux officiers mêmes qui avaient refusé de les admettre . De là résulta le lendemain un duel de douze contre douze, où Pigault reçut pour sa part trois coups d'épée. 11 les méritait bien, en sa qualité d'auteur ou du moins de bouteentrain principal de la scène de la veille . Ses camarades l'en aimèrent encore davantage, car ils n'avaient point attendu jusquelà pour être captivés par cette verve , cette intarissable gaieté, que plus tard Pigault devait porter dans ses écrits. Il était devenu le coryphée et l'idole du régiment, quand une ordonnance du roi supprima la gendarmerie d'élite. Pour la seconde fois il revint dans ses foyers, toujours sans état, plus que jamais travaillé par le besoin de la dissipation et de la vie oisive. Il feignit néanmoins de vouloir derechef tenter le commerce en Angleterre. Mais peu de temps s'était passé qu'il s'enfuyait de Calais avec une demoiselle de Salens que son père n'avait pas voulu qu'il épousât. Il Il avait au reste fort mal pris ses précautions, et dès le lendemain il fut découvert dans un village aux environs de Calais , et forcé de revenir à la maison paternelle, où une nouvelle lettre de cachet permit à son père de le mettre encore sous les verrous, en laissant au rigide magistrat le droit d'abréger ou de prolonger à son gré la captivité. Au bout de deux ans il réussit à s'évader. 11 s'arrêta dans un village où il se mit à réfléchir sur sa triste situation. Il avait pour toutes ressources un écu de six livres. Le résultat de sa délibération fut qu'il n'avait d'autre parti à prendre que de se faire sauter la cervelle. Mais par un trait de caractère bien typique, il ajourna l'exécution de sa tragique résolution à la lin de son écu. 11 y avait dans le village une troupe de comédiens Pigault dîna et alla au spectacle: mais pendant la représentation il s'avisa qu'il jouerait la comédie tout aussi mal qu'un autre, et trouva ce parti préférable au suicide. Il alla trouver le directeur, et lui demanda un emploi dans sa troupe. Sa demande fut agréée. Mais, il faut le dire, le nouveau comédien fut on ne peut plus mal accueilli du public, soit à Lille, soit dans les villes circonvoisines; et le public était juste, car, Pigault l'a bien des fois reconnu depuis, il était Le triomphe de MM. les gendarmes d'élite ne fut cependant pas complet; ils n'avaient réussi qu'à s'emparer de la salle et à rendre le bal impossible Ica, nulle dame n'avait accepté leur pour la danse), quand le colonel de la PetiteMaison du roi, M. d'Autichamp, instruit un peu tard, parut dans la salle, ouvrit luimême le bal avec les officiers du régiment du roi, sans permettre à un seul des siens d'y prendre part, et rame en leur ordonnant les arrêts, et sauva ainsi l'honneur du corps sans froisser la garnison de Nancy, et en punissant les étourdis de Lunéville. détestable acteur. Chaque fois qu'il se montrait, c'étaient des sifflets, des lazzi , des trépignements ou des applaudissements ironiques. A la longue cependant il obtint un peu d'indulgence, sinon par son jeu , que cependant il s'évertuait à rendre moins mauvais , du moins par la jovialité de son caractère, ou par des particularités de sa vie qui transpiraient dans le public. Blessé un jour dans un duel par son directeur, à l'issue d'une scène de foyer qui avait fait rire toute la ville, il se présenta sur le théâtre le bras en écharpe, n'ayant à remplir qu'un rôle moins que secondaire, et il fut accueilli par une salve d'applaudissements auxquels il était peu accoutumé. Alors sans se déconcerter, et d'un air comiquement indécis, il s'avance sur la scène et dit aux claqueurs : ,. Bientôt obligé de revenir en France, il conçut le projet de se faire rendre sa possession d'état, car depuis son mariage, et peut-être mème avant, son père l'avait fait porter sur les registres de l'étatcivil comme n'existant plus. Reparaissant à Calais, il tenta d'abord d'obtenir à l'amiable l'annulation de cet acte. Mais il y avait plus de huit ans qu'on n'avait revu son visage dans cette ville, et personne ne consentit à le reconnaitre il perdit son procès devant le juge, et il ne lui resta plus d'autre moyen qu'une requète au parlement de Paris. 3Ialbeureusement, là aussi il avait affaire à trop forte partie. Ce n'était plus son père tout seul qui avait intérêt à ce qu'un acte faux ne fût pas démenti ; c'était aussi le maire de Calais qui avait prononcé la sentence, c'étaient les parents et collègues des magistrats; et d'autre part Pigault avait trop peu d'argent pour sortir triomphant d'une lutte de cette nature. Ce fut alors, et pour la première fois peut-ètre, qu'il connut, qu'il envisagea le côté sérieux de sa vie, les lenteurs de la justice, la rapacité des défenseurs de la veuve et de l'orphelin, les chances toutes en faveur de l'iniquité , les difficultés, la malveillance se multipliant sous ses pas à mesure que son droit devenait plus clair, des hommes dits les lumières du droit fermant les yeux à l'évidence, des hommes honorables soutenant un faux, puis enfin de soidisant protecteurs venant lui offrir leurs services et tentant de séduire sa femme.... Malgré la légèreté d'humeur qui fut toujours le trait dominant de son caractère, il est aisé de voir, à telle ou telle page de son oeuvre , l'impression profonde et vivace que ces puissantes réalités produisirent sur lui. Nous ne savons si véritablement les sollicitations du père, aidées de la rancune du protecteur éconduit, avaient obtenu une troisième lettre de cachet, mais certainement l'affaire était loin de prendre une tournure favorable, lorsque la Bastille fut prise et détruite . Pigault alors n'eut plus de lettre de cachet à craindre, mais il perdit son procès avec les frais et dépens. Bizarrerie des choses humaines! Cette perte de son procès commença en quelque sorte sa renommée et sa fortune. Plein de l'indigna - tion de ses malheurs, il les dialogua en cinq actes , 11 faut croire à sa fenime et la Joueuse. Mais des pièces imprimées à Maëstricht, et jouées ès lieux circonvoisins, ne pouvaient pas faire une réputation à Paris, et le nom de Pigault était neuf à la scène quand Charles et Caroline le mit en relief. Animé par ce succès, il ne tarda pas à donner le Pessimiste, contrepartie de l'Optimiste de Coll et dans cette pièce, inspirée en grande partie par l'esprit de Candide, mais plus vraie à coup sûr et surtout plus forte que l'Optimiste, il recueillit nonseulement comme auteur, mais comme acteur, des applaudissements qu'il n'était pas habitué à recevoir ni à mériter. Rien peut-ètre ne prouve mieux que cette espèce de triomphe à quel point il était pénétré de la justesse de l'opinion sous l'influence de laquelle il écrivait. La Marche provençale , l'Orpheline , la Mère ri- vale, se succédèrent. Mais, dès 1790, il avait renoncé à la position de régisseur, complètement antipathique à ses goûts, à cause de cette guerre perpétuelle à soutenir contre les caprices , les exigences et les boutades des comédiens. Se bornant à jouer les rôles qu'il avait créés, il abandonna même totalement la scène quand Mn, revenu de Suède, conquit au ThéâtreFrançais cette position supérieure que d'autres, beaucoup plus forts que Pigault, n'eussent pas été capables de lui disputer ; et déjà lors de la représentation de l'Orpheline il n'était plus acteur. Bientôt l'instinct aventurier le reprit; et le vent étant partout à la guerre, il s'engagea dans un régiment de dragons. Arrivé à Cambrai, il fut fait souslieutenant. Plus tard, il racontait qu'il avait été à Valmy, ce qui n'a rien d'impossible, et il parait qu'il se conduisit assez bien , soit là , soit dans quelquesunes des petites affaires qui signalèrent cette guerre. L'année suivante, au plus fort de la lutte de la Vendée, il fut envoyé comme chef de remonte à Saumur, où il faillit s'attirer de mauvaises affaires par la rigidité qu'il voulut déployer à l'égard des fournisseurs. Un marchand de chevaux dont il avait refusé les propositions alla le dénoncer comme aristocrate, et tout ce que put faire Pigault fut de se justifier; mais il comprit que l'on n'avait pas besoin là de Cincinnatus. Renonçant derechef au service, il vint reprendre la vie d'artiste à Paris. C'était de toutes la plus conforme à ses goûts; et peu de temps après son retour il donnait au théâtre de la Cité les Dragons et les Bénédictines , qui eurent un succès fou , et qui furent suivis la même année des Dragons en cantonnement. La France, qui avait enfin échappé au règne de la terreur, et où chacun était en quelque sorte ébahi de se sentir la tète sur les épaules, avait si grand besoin de rire! les jours de Pigault étaient venus. C'est quelque temps après cette seconde joyeuseté théâtrale que, passant de la bluette poétique au roman, sans toutefois renoncer immédiatement à cellelà, il tenta la fortune dans son Enfant du carnaval, qui eut un succès bien audessus de ses espérances, et qui n'a diminué qu'au bout de plus de trente ans, par l'introduction d'idées absolument nouvelles. De 1791 à 186, l'Enfant du carnaval n'a pas eu moins de dixsept éditions. Et pourtant Pigault d'abord ne trouva point d'éditeur, c'est-àdire qu'on ne lui offrit pas de prix suffisant il ne demandait cependant que neuf cents francs de ses quatre volumes. Le libraire Barba, déjà en relation avec lui , ne voulait pas aller au delà de six cents. Il fallut que Pigault et un de ses amis, Julienne, homme d'esprit et grand admirateur de l'Enfant , fissent, de compte à , Mon oncle Thomas , la Folie espagnole , les Cent vingt jours , Monsieur Botte , Jérôme , la Famille Lacerai , l'Homme à projets , Roberville , Se succédèrent rapidement, et constituent ce qu'on pourrait nommer la première manière, la manière étourdissante et graveleuse de Pigault. Toute répréhensible qu'elle était assez souvent sous le rapport du goût, et presque toujours sous celui des moeurs, on ne peut nier qu'elle ne fût au plus haut degré du goût des lecteurs, et même, à ce qu'il parait, des lecteurs qui la décriaient. La suppression qu'il fit du plat d'épi- nards dans l'Enfant du carnaval faillit compromettre le succès de la deuxième édition, et il fallut, pour ramener les chalands au magasin de Barba, qu'un carton rétablit le passage indécent et contre lequel on s'était si hautement récrié. Angélique n'eut qu'un succès d'estime , et se débita lentement. Pigault fut piqué de cette froideur dont on accueillait un ouvrage auquel il tenait à cause du ton nouveau qu'il avait adopté et qu'il croyait préférable à la manière plus que leste dont il avait tant fait usage précédemment. Il revint bientôt, et avec une espèce de fureur, à son genre primitif. Son dépit perce dans la postface de la Folie, où il annonce que cette fois il fera un roman que comprendront toutes les cuisinières. Quelque lu que fût Pigault, ou peut-être parce qu'il était excessivement lu , ses oeuvres n'échappèrent point à la critique. Geoffroy surtout, ou les pseudonymes qui exerçaient la censure en son nom dans le Journal des Dé- bats, traitèrent avec une sévérité, outrée peut-être sous le rapport littéraire , mais trop juste sous celui des moeurs, les fantasques imaginations de Pigault. Son père s'était réconcilié avec lui après la mort de sa première femme; et en mourant luimême il l'avait avantagé à titre Pigault déchira le testament. Un de ses frères le décida à placer sa part de patrimoine dans une entreprise industrielle qui ne réussit pas; et Pigault demanda et obtint une place dans l'administration des douanes lors de la création du royaume de Westphalie. Le prince Jérôme , qui avait de l'amitié pour lui, lui proposa de l'accompagner en qualité de bibliothécaire; mais l'empereur, mal disposé pour Pigault, qui avait publié le Citateur , défendit à son frère de l'emmener. Pigault resta donc à Paris, où il remplit les fonctions d'inspecteur des salines sans interruption jusqu'au 1er août 18h, époque où il fut mis à la retraite. On a cependant raconté, et nous avons nousmème rapporté dans la précédente édition de notre Biographie, les détails les plus explicites sur son prétendu séjour à Cassel , entre autres une trèscurieuse lettre qu'il aurait écrite à Réal. Toutes ces anecdotes paraissent tout à fait apocryphes , puisque l'alibi de Pigault est établi de la manière la plus irrécusable par les registres de l'administration des douanes. PigaultLebrun utilisa encore de temps en temps ses loisirs en écrivant de nouveaux romans, ceux qui, joints à Angélique et à la Famille Lacerai, forment comme une autre série que nous nommerons sa seconde manière. Ainsi parurent successivement : Une Macédoine , les Tableaux de société, ou Fanchette et Ho- narine , Adélaïde de Méran . Plus tard encore vinrent des ouvrages où il se montre surtout peintre de caractères ou peintre de inceurs : l'Officieux , l'Egoisme , et l'Observateur , auxquels nous ajouterons pour ne rien omettre de cette époque, deus ouvrages composés en société : le Garçon sans souci, avec R. Perrin , puis le Beau- père et le gendre, avec son gendre Augier . L'effervescence de Pigault s'était beaucoup modifiée depuis dix ans. Ce changement ne tenait pas seulement à l'âge, car ce n'était plus un jeune homme, puisqu'il avait de quarante à cinquantecinq ans lorsqu'il écrivit sa première série de romans, celle où il déploie une fougue et une verve juvénile. Mais on se lasse de tout, mème de soi et de sa manière. Puis, comme le disait Jérôme, Pigault était un protée littéraire , il avait toujours éprouvé le besoin d'écrire autre chose que la Folie espa- gnole; enfin le régime du sabre et de la caserne avait cessé, et d'autres idées s'introduisaient à mesure que la restauration prenait racine. Pigault ne fut pas exempt de tribulations, que cependant jamais il n'avait moins méritées que depuis les derniers temps de sa vie. Le Citateur fut prohibé, puis l'Enfant du carnaval, dont on saisit la dixseptième édition. Il eut ensuite le chagrin de voir mourir à la fleur de l'âge, atteint d'un coup d'épée en duel, son fils, jeune militaire de belle espérance. Nous n'ajouterons pas à cette douleur domestique l'amertume de voir son renom décroître peu à peu en présence de l'activité de plus en plus féconde du grand romancier écossais, aussi supérieur à Pigault par la saisissante vérité que par ta délicieuse chasteté de ses tableaux ; et toutefois, à partir de 18'20, il avait renoncé complètement au roman ; mais toujours actif, toujours infatigable par la pensée, il s'était retourné vers la science historique , il avait entrepris une Histoire de France. Singulière coïncidence avec Walter Scott, qui, lui aussi, après avoir donné ses quatrevingts volumes, prétendit écrire l'histoire et s'attaqua au plus vaste sujet des temps modernes, à Napoléon. De la part de son libraire, il est bien clair que c'était une spéculation, et rien de plus; mais Pigault la prit au sérieux et fit vraiment des efforts pour écrire une histoire de France. ll n'était guère qu'au commencement de cette tâche lorsque, renonçant à Paris, où pourtant les ressources sont inappréciables pour tout travail de haute érudition, il alla se fixer auprès de sa fille à Valence, dont le doux climat lui fut extrèmement favorable. 11 était plus que septuagénaire à cette époque. Il ajouta ainsi plusieurs volumes à ce qu'il avait déjà donné de l'histoire de France, mais il s'interrompit au septième, et au moment d'entamer l'histoire de Louis XIV, moins à cause de la fatigue, moins à cause de la difficulté de dire la vérité sur les deux derniers siècles sans s'attirer des persécutions, qu'à cause du trèsmédiocre succès de l'ouvrage et des échecs de la maison de librairie avec laquelle il avait traité. Il revint à Paris vers 1830; il s'y fixa, passant l'été avec sa fille, son gendre et ses petitsenfants, dont il suivait l'éducation avec un soin extrèrne à la Celle, près StCloud, dans une petite maison qu'il y avait achetée. C'est là qu'il mourut le es juillet 1835. Sa deuxième femme lui survécut : c'était la soeur de Facteur Michot ; il avait eu le malheur de perdre la première vers le temps où commençait sa renommée comme auteur dramatique. PigaultLebrun s'était conservé actif et vert jusque dans sa vieillesse, et il était trèsglorieux de cet avantage. On répétait, et il aimait à entendre dire autour de lui qu'il menait en quelque sorte une vie patriarcale. En effet, sa simplicité, sa bonne humeur inaltérable, sa bonté à l'égard de tout ce qui l'entourait, lui donnaient, non moins que son grand âge et sa verdeur, une physionomie remarquable. Malgré la fougue et les folies de sa jeunesse, il avait le caractère droit, franc, loyal, quelque brusquerie mérite, l'horreur de l'intrigue et de l'hypocrisie, Ce qui se concilie trèsbien, au reste, avec les défauts qu'on ne saurait se dispenser de lui reconnaître; et la vie quotidienne ainsi que l'histoire en présentent tant d'exemples, qu'il serait inutile d'insister sur ce point.
  • Charles PLUMIER( 1646) : botaniste , né à Marseille en 1646, entra dans l'ordre des Minimes à l'fige de seize ans, après avoir fait de brillantes études. 11 se consacra aux sciences physiques et mathématiques et au dessin , apprit à tourner et à fabriquer des instruments de physique. Ayant été envoyé à Rome, dans le couvent de la Trinité du Mont, il assista au cours de botanique de Sergeant, minime comme lui , et d'Onophriis, médecin romain. Entraîné par leurs leçons et par ses conversations avec Boccone, il embrassa l'étude de la botanique avec ardeur, au préjudice des mathématiques, qui avaient fait jusquelà sa principale occupation. Rappelé en Provence , il obtint de ses supérieurs la permission de visiter les côtes pour y recueillir des plantes. Il fit alors connaissance avec Tournefort, et, ainsi que Garidel, l'accompagna dans ses herborisations. 11 réunit une grande quantité de plantes, dont il avait dessiné la plupart, et il se proposait d'en faire il) Une partie de cet herbier se trouvait encore entre les mains de Philip. Canent Webb, à la mort duquel il fut vendu avec la bibliothèque de ce savant antiquaire. C'est ce que nous apprend Hirsching Htsl. tilt. Handbuch, t. 8, p. 1, 96), d'après une note de Dryander. un nouveau Pinax. C'est à cette époque que Begon, intendant des galères à Marseille, chargé par le roi de trouver un naturaliste qui voulût visiter les possessions françaises dans les Antilles, pour y recueillir des objets d'histoire naturelle, en fit la proposition à Surian , en l'invitant à chercher un savant capable de l'aider dans l'exécution de ce dessein. Surian communiqua ce projet à Plumier , qui accepta cette mission avec empressement, et ils partirent en 1689. Si l'on en croit le P. Labat , ils se brouillèrent au bout de dixhuit mois et se séparèrent. Ce fut à son retour qu'il publia son premier ouvrage. Le succès de ce voyage et l'émulation excitée par les résultats connus de celui de Sloane engagèrent le roi à envoyer une seconde fois Plumier dans les mêmes établissements. Ce nouveau voyage fut également productif. 11 vit fréquemment, pendant ses deux séjours à la Martinique, le P. Labat , qui lui fut fort utile. Encouragé par ses premières découvertes et les récompenses du gouvernement , Plumier passa une troisième fois en Amérique. Pendant ces trois voyages, il fit des courses multipliées dans les îles de la Guadeloupe, de la Martinique, surtout de StDomingue, enfin sur le continent voisin , où il recueillit un grand nombre d'objets des trois règnes. Plumier, plein de force et de zèle , pouvait rendre encore de trèsgrands services aux sciences. Fagon, désirant connaître l'arbre qui produit le quinquina, le détermina aisément à faire le voyage du Pérou pour le découvrir et le dessiner. Plumier se rendit en 1704 au port de SteMarie, près de Cadix, où il devait s'embarquer pour la quatrième fois; mais il y fut attaqué d'une pleurésie, dont il mourut à I'àge de 58 ans. Plumier est un des voyageurs naturalistes les plus laborieux et qui ont le plus fait pour les sciences naturelles, surtout pour la botanique. On en trouve la preuve dans le compte que nous allons rendre de ses travaux . 40 Description des plantes de l'Amérique, Paris, 1693, 1 vol. 108 planches. Ce premier ouvrage fut, par la protection de Seignelay et de Pontchartrain , imprimé , et ses dessins furent gravés aux frais du gouvernement. Il se divise en trois parties : la première comprend des fougères; la deuxième, des arum, des dracontium , des saururus; la troisième , des plantes grimpantes , parmi lesquelles on remarque onze grenadilles. Cette publication produisit un grand effet dans le monde savant. Presque tous les objets en étaient nouveaux. Les descriptions, faites en français, sont trèsdétaillées. Les dessins surtout sont remarquables. La plupart sont au simple trait ; d'autres sont terminés en partie. 2. Nova plantarum Americanarum genera, Paris, 1703, 1 vol. Cet ouvrage doit être regardé comme le fruit des Institutions de Tour- )l il avait , dans un naufrage, perdu ses plantes et toua ses objets d'histoire naturelle; mais il avait sauvé tous ses manuscrits et dessins, qui se trouvaient sur un autre bâtiment. — nefort, à qui Plumier avoue avoir de grandes obligations : cent six genres de plantes d'Arnéri- ' que, auxquels sont rapportées environ sept cents lier espèces, y sont décrits , et les caractères tirés de la fleur et du fruit. Ces descriptions sont accom-• agnées de quarante planches de détails analytiques, aussi précis que le permettait alors l'état de la science. La plus grande partie de ces genres étaient nouveaux, et ils sont désignés par des noms du pays ou des noms d'hommes célèbres, surtout de botanistes. Plumier a le plus contri- bué à établir le principe qui exclut de la nomenclature des genres les mots significatifs. 3° Traité - des fougères de l'Amérique, Paris, 1705 , 1 vol. avec 172 planches, dont 6 contiennent ' des lycopodes, des champignons, des fucus et des zoophytes. On y retrouve toutes les fougères du premier ouvrage. La préface et les descriptions sont en latin et en français. Ce magnifique recueil est un des plus beaux monuments d'habileté et de patience qu'on puisse citer. Ce ne sont plus de simples traits ou contours, avec les principales nervures; c'est ou la plante entière ou un énorme rameau, avec les ombres , les nervures , la fructitication, les poils, les écailles, etc., le tout exécuté avec une abondance, on dirait presque avec un luxe d'exactitude et une netteté qui n'ont peut-être jamais été surpassés dans les dessins de ce genre. On prétend que ses dessins sont en général un peu plus grands que nature, ce qui provient de ce qu'il les calquait sur les plantes pour les contours. Nous croyons inutile de parler de son opinion sur les fleurs et les fruits des fougères. Mais nous ferons observer qu'il confirme dans sa préface, d'après des expériences multipliées, celle qu'avaient avancée Pison et avant lui Césalpin sur les vertus communes aux plantes congénères, et qui depuis a reçu tant de développements. Il nous reste à faire connaître les nombreux manuscrits de Plumier, qui se trou- , vent à la bibliothèque de Paris et à celle du jardin des plantes. La première collection se compose de , vingt et un volumes et un in40, sur les- !! quels nous donnerons quelques détails : P-5° Penu botanicum ex omni plantarum genere adstructum. Le premier contient deux cent soixantedeux dessins de plantes, dont environ cent quatrevingtdix sont nommées et décrites. Le deuxième se compose de deux cent cinquante et un dessins sans description : quelquesuns ne sont pas achevés. En général , ils sont fort bons et dignes des Fougères : plusieurs pourraient, mème à présent, servir de modèles. Les plantes y sont placées sans ordre. Le troisième a deux cent trentesept dessins sans description : ce volume est moins remarquable. Le quatrième n'offre également que des dessins, qui peuvent ètre au nombre de deux cent cinquante sur deux cent cinq feuilles. Enfin, le cinquième comprend deux cent quarante et un dessins et des descriptions en latin : elles renferment beaucoup de détails sur la synonymie. L'auteur y a joint des remarques en français. Quelques dessins y sont coloriés , mais avec peu de succès, connue dans l'ouvrage suivant : 6° Arca umbelliferarum, seu planta, umbelliferee, quas in horto regio dcmonstrabat clar. D. Jos. P. Tourne- fort. Il n'y a point de description, et les plantes ne sont pas toutes nommées ; mais il serait aisé de les déterminer. Ce volume est un des plus précieux ; il contient cent soixantedixneuf dessins, dont cent trentedeux représentent des plantes complètes, avec quelques analyses. C'est le recueil le plus curieux d'ornbellifères que nous Possédions. Plusieurs sont d'une trèsbelle exécution ; le reste n'offre que des feuilles ou des frag- ments. 7°-8° Hortus botanieus ex singulis planta- 7. 11774 generibu s, ad leges Institutionuni constitutis singulari et vulgatiori specie consitus. Area 1°, « lino S. 1702 ; area , anno S. 1703-1704. Le premier volume renferme deux cent quaranteneuf dessins et le deuxième deux cent cinquante et un, y compris quelques zoophytes. Des descriptions latines accompagnent ces cinq cents dessins, qui sont en partie fort remarquables. 90 Botanicum medicum, sen officinalium plantarum usus. — Opus ineeptum anno Dni 1700 , contenant 706 pages et 482 descriptions par ordre alphabétique , tirées en général de J. Bauhin , Ray, etc., surtout de Tournefort. On y trouve aussi l'indication des vertus des plantes et des recettes, d'après Etmuller, , etc. 10° Mêmes titre et année, 506 pages, descriptions en latin, et 503 dessins, dont quelquesuns sont coloriés. Ils représentent des plantes du premier volume , et sont plus petits et moins bons que la plupart des précédents. 1P Botanographia Americana, grand Ce volume ne contient que des dessins ; on en compte deux cent quarantehuit, dont quelquesuns sont d'une trèsgrande dimension et d'une trèsbelle exécution. On y trouve plusieurs fougères. 12° Descriptiones plantarum ex America. Trois cent quatrevingts plantes sont décrites dans ce volume d'environ 280 pages. Il y a plus de cinquante fougères. 13" Botanographia Ame- ricana . La première partie est le texte latin de la Description des plantes de l'Amérique; la deuxième, intitulée Bo- tanicum Americanum, est le texte français du même ouvrage; la troisième, sous le titre de Botanographia Americana, offre des descriptions de plantes. 14° De naturalibus Antillaruni, vol. de 94 pages, comprenant 142 descrip- tions en latin de divers objets; 15Solunz, salon, ccelum Americanum, sen plantarum, piscium , vo- lucrumque insulis Antillis et San- Dominicana natu- retint icones et descriptiones. Ce volume contient 92 pages de descriptions et cent soixante dessins de plantes, de poissons et d'oiseaux. Plusieurs n'ont que quelques traits ils sont au total peu intéressants. La préface , écrite en latin , est beaucoup plus importante. 16° Poissons, oiseaux, lézards, serpents et insectes, volume composé de dessins. On y compte cent cinquantesept poissons, vingtdeux oiseaux , un serpent , six lézards el quelques insectes. Plusieurs poissons sont dessinés avec un soin extrême. Les autres objets ne sont représentés que par quelques traits. 17° Pois- sons d'Amérique, 1 vol. renfermant plus de cent poissons enluminés avec beaucoup de détails anatomiques, quelques serpents et insectes, enfin un dessin représentant la macreuse ; 18° Conchylia Americana. Ce volume offre deux cent quatrevingtonze coquilles, en grande partie coloriées et dessinées, comme les poissons du seizième volume, avec le plus grand soin. 19° Ornithoyra- phia Americana, quadrupedia et rolatilia continens. Les descriptions, en latin et en français, sont accompagnées de quatrevingtseize feuilles, représentant trois quadrupèdes et cent cinq oiseaux, la plupart coloriés. Tous les objets n'y sont pas décrits. On y trouve encore de nombreux détails anatomiques : ceux qui ont pour objet ronocrotalus leucophœus occupent seuls neuf pages de dessins. 9.0° Oiseaux, 99. feuilles, dont 9 de détails , offrant aussi une chauvesouris et deux scolopendres. Tous les objets ne sont pas nommés. Il y a peu de dessins coloriés; seulement quelques notes en français pour aider à colorier. 21° Tétrapodes, 85 feuilles, comprenant des serpents , des lézards, des crabes , onze espèces de tortues et une grande quantité de détails , accompagnés de descriptions; 29.° Pois- sons et coquilles , 116 feuilles. On y voit un éléphant, quelques mélanges, près de quatrevingts poissons et cent trente et une coquilles, avec quelques notes en français. La bibliothèque du jardin des plantes possède neuf autres manuscrits du même auteur. Les huit premiers renferment des dessins de plantes et leurs descriptions, au nombre de plus de douze cents. Nous ne croyons pas devoir donner beaucoup de détails sur cette collection , parce que c'est d'elle que sont tirés les quatre cent dixneuf dessins que Burmann a fait graver et qui peuvent en donner une idée. Les volumes trois , cinq , sept et huit sont plus particulièrement remarquables ; les nombreuses fougères qu'on y trouve, les convolvulacées , surtout soixante et une feuilles , consacrés à quatre espèces de palmiers et à des détails , méritent une attention particulière. Le cinquième est également curieux P" de nombreux détails et par les dessins origi- naux des analyses de quatrevingt- quatorze genres sur cent six que renferme le Nora genera. Le neuvième volume est un grand com- posé de vingtsept feuilles, sur lesquelles sont figurés trentecinq oiseaux, entre autres plusieurs perroquets et l'oiseau de paradis. Cette collection est digne de celle du cabinet des estampes. Les descriptions et six cent quatrevingtcinq dessins de plantes ont été copiés par Mit. de Jussieu. Il résulte de ces détails que nous possédons de Plumier plus de quatre mille trois cents dessins de plantes et plus de douze cents dessins d'autres objets d'histoire naturelle. Nous ne pensons pas qu'aucun artiste en ait jamais exécuté une aussi grande quantité. Nous avons cité les trois ouvrages ou recueils publiés en France : un quatrième a paru en pays étranger. Boerhaave fit copier cinq cent huit dessins de plantes par Aubriet, sous la direction de Vaillant. Après la mort de Boerhaave, ces dessins furent achetés cent florins par Jean Burmann ; celuici en fit graver la plus grande partie , et les publia sous le titre de Plantarum Americanarum fasciculi 1-10, qui parurent successivement de 1755 à 1760, en 9.62 planches accompagnées de descriptions, etc. . Le catalogue de Banks contient l'annonce de trois cent douze dessins de plantes et de quelques autres objets, par Plumier, achetés à la vente du comte de Bute. Enfin Bloch, dans la préface de la sixième partie de son Ichtyologie, parle d'un manuscrit de Plumier qu'il avait acheté à Berlin, à un encan. 11 est intitulé Zoographia Americana pisces et rola- cilia continens , 169 pages avec des dessins, dont il ne dit point le nombre. Il parle avec beaucoup d'éloges de ces dessins , faits , ditil, avec tant de soin qu'on peut caractériser chaque poisson d'après le système de Linné et même compter le nombre des rayons. Bloch a emprunté un assez grand nombre de ces dessins, et il en cite beaucoup d'autres, ainsi que les descriptions. Le même volume offre des crabes, des plantes marines, des tortues, des grenouilles, etc., et il est surtout remar du cro- codile , de la tortue de mer , etc. , etc. Trentecinq feuilles sont consacrées à des détails anatomiques. Ce serait, selon lui, une perte si ce manuscrit, surtout la partie de l'anatomie des animaux, n'était pas publié. Le P. Feuillée n'a pas été aussi juste envers Plumier, auquel il a, sans le citer , emprunté plusieurs objets dans sa Description des plantes médicinales de l'Atnérique. Gautier, dans son Journal de physique, le cite au contraire plusieurs fois, et donne, entre autres , deux mémoires curieux sur l'anatomie et les moeurs du crocodile ; niais les figures sont si mal copiées et coloriées qu'elles ne pourraient que donner une idée défavorable du talent de Plumier. On lit dans le Journey to Paris de Lister un passage fort intéressant sur notre auteur, dont il cite une grande quantité de découvertes et de dessins, entre autres celui d'une scolopendre d'Amérique d*un pied et demi de long , qu'il joint luimême à son ouvrage. Plumier lui dit qu'il avait de quoi faire dix volumes aussi considérables que ceux qu'il avait déjà mis au jour : il n'avait pas encore pu obtenir de les faire publier par l'imprimerie royale; mais il espérait que cela aurait lieu sous peu, etc. Parmi plusieurs dissertations de Plumier, contenues dans des recueils dé cette époque , nous citerons de préférence celle sur la cochenille , sur laquelle on n'avait avant lui que des notions fort incomplètes. Plumier, qui l'avait découverte à la Martinique, la décrit fort en détail et prouve que c'est un insecte. C'est aussi le sujet d'une lettre à Frédéric Richter, de Leipsick , dans laquelle il allègue de nouvelles preuves et de nombreux témoignages. Si l'on compte tout ce qui a été publié, l'on verra , en admettant qu'il y ait beaucoup de répétitions, que plus de moitié des dessins de Plumier sont encore inédits. Plusieurs étrangers ont reproché avec raison cette négligence aux Français. Toutefois ces nombreux volumes ne sont point exposés à être dévorés par les insectes, comme le fait entendre Durmann : ils sont dans le meilleur état de conservation, et chacun a pour les consulter les facilités que l'on rencontre toujours dans les magnifiques établissements qui les renferment. La science recueillerait sans doute un grand avantage de la publication d'un choix de ces dessins et descriptions, tirés du Peau, des Onzbellifères, de 1' Borins botanieus, du Botanogra- phia , et des seizièmedixneuvième volumes. On a de la peine à concevoir qu'une si prodigieuse quantité de travaux de cette nature ait été exécutée par un seul homme; mais l'étonnement redouble quand on songe que cela eut lieu dans l'espace de quinze années)! 689-1704), pendant lesquelles Plumier fit trois voyages en Amérique, en parcourant les Antilles françaises dans toutes les directions; qu'il fut trèssouvent malade pendant son troisième voyage ; qu'enfin, lorsqu'il était en France, les devoirs trèsassujettissants de son état occupaient une grande partie de son temps. L'isolement, la vie du cloître et l'enthousiasme pour la science expliquent ces prodiges. On peut voir dans la préface du Solum, salum, rcelum, comment Plumier parle luimême de son ardeur pour les voyages et les recherches d'histoire naturelle. Ce morceau est d'un grand intérèt, et il prouve en même temps, par de nombreuses imitations, combien l'auteur était nourri de la lecture des anciens. Indépendamment de ses immenses travaux en histoire naturelle, on a de cet infatigable religieux 'Art de tourner ou de faire en perfec-. lion toutes sortes d'ouvrages au tour, Lyon, 1701, bfol. de 187 pages , avec 80 planches. Cet ourage, écrit en français et en latin, et qui a eu l'honneur d'être traduit par une tète couronnée , offre le résultat de la grande pratique de l'auteur dans un art où il était fort adroit, et de ce qu'il avait eu occasion de voir à Paris, à Marseille et à Rome chez les meilleurs ouvriers en ce genre : aussi estil encore estimé et recherché aujourd'hui, quoique Hulot et Bergeron aient publié depuis sur le mème sujet des traités bien plus détaillés. Comme ce livre n'a- vait pas été imprimé sous les yeux de l'auteur, il s'y glissa des fautes que Plumier se proposait de corriger dans une deuxième partie ; mais la mort l'empêcha de la publier . Elle n'a paru que dans la réimpression de Paris, 1749. On trouve dans la même lettre à Baulot une description détaillée de l'organe de l'ouïe dans la grande tortue de mer. Le même recueil offre ses observations sur le crocodile, le colibri, etc. Plumier était remarquable par sa bonté et sa candeur. Aussi atil été trompé plus souvent qu'un autre. Le P. Labat, qui fait un grand éloge de son caractère , comme de ses connaissances et de ses talents, cite , entre autres , son exposé du procédé employé pour l'extraction de l'indigo . Il faut lire aussi dans le 4, volume, ch. 4, l'histoire fort amusante de la prétendue découverte de la pourpre et d'une liane qui préservait des serpents. Labat assure qu'il était trèsmystérieux et ne communiquait qu'avec beaucoup de peine ses découvertes , ce qui, cependant , ne paraît pas s'accorder avec les traits principaux de son caractère. Tournefort a consacré à Plumier le genre plumeria , trèsbeau genre des apocynées , composé d'arbres et d'arbustes d'Amérique
  • Charles PLOWDEN( 1743 - 1821) : jésuite de la même famille que le précédent, né en Angleterre le Ir mai 1743 , fut envoyé à Rome pour ses études et y entra dans la société en 1759. Il retourna dans sa patrie après le bref de suppression de 1773, et s'y appliqua à l'exercice du ministère et à la composition de divers ouvrages. Il refusa en 1789 de signer la protestation dressée par le comité catholique, et se montra fort opposé à ce comité dans les différends qui survinrent entre ses membres et les évêques. Il écrivit surtout contre MM. Berington et Butler, lorsque les jésuites cherchèrent à se réunir en Angleterre. Plowden fut un des plus zélés pour rétablir la société. Il devint président du collège catholique de Stonyhurst , établissement considérable dans le comté de Lancastre. En 1820, il fit le voyage de Rome pour les affaires de son corps. Il retournait dans sa patrie , lorequ'il mourut subitement le 13 juin 1821 à Jougne, en Franche•Comté, au moment où il allait monter en voiture pour continuer son voyage. Charles Piowden était fort zélé pour les droits du saintsiége et pour les intérêts de son corps ; il eut dans les derniers temps quelques démêlés avec les vicaires apostoliques anglais. On l'accuse d'avoir été trop vif dans la dispute. Nous citerons de lui 10 Discours prononcé pour le sacre de M. Douglas, vicaire apostolique de Londres, 1791 ; 2° Considérations sur l'opinion mo- derne de la faillibilité du saint- siége dans la déci- sion des questions dogmatiques, Londres, 1790; 30 Observations sur le serment proposé aux catho- liques anglais, 1791 ; 40 Re'ponse au deuxième Livre bleu, 1791 ; 50 Lettre de M. C. Plowden aux catholiques pour justifier sa conduite; 6° Remar- ques sur les écrits de 11I. Joseph Berington, 173 70 Remarques sur les mémoires de Grégoire Panani, précédées d'une lettre à M. Berington, 4794; 80 Lettre à 11. Charles Butler sur la pro- testation des catholiques, 1796 Tous ces ces écrits sont en anglais. Charles Plowden avait deux frères, Robert et François. Le premier, qui était aussi prêtre, est auteur d'une Lettre à Fran- çois Plowden, 1794 où il relève quelques erreurs théologiques de ce dernier. François, dont l'article suit, est connu par une Histoire d'frlande, qui le força de quitter sa patrie; par des lettres à sir JohnCox Hippisley et par d'autres écrits politiques
  • Charles PORÉE( 1675 - 1741) : célèbre jésuite, né en 1675 à Vendes, près de Caen , embrassa la règle de StIgnace à l'âge de dixsept ans, et professa d'abord les humanités, puis la rhétorique à Bennes, avec un succès qui fixa l'attention de ses supé- rieurs. Appelé peu de temps après à Paris, il fut chargé de la direction du pensionnat, et quoique cette occupation le détournât beaucoup de ses études, il fit de rapides progrès dans la théologie et s'essaya dans la carrière de la prédication, de manière à donner une idée avantageuse de ses talents. Il avait un vif désir de se consacrer aux missions dans la Chine , mais il fut nommé à la chaire de rhétorique qu'avaient illustrée les Petau, les Cossart, la Rue et plus récemment Jouvency. Porée se montra le digne successeur de ces hommes justement célèbres , et peut-être même les atil tous surpassés dans l'art de former les jeunes gens. 11 s'appliquait à connaître les penchants de ses élèves, démêlait leurs dispositions, et, parlant saris cesse à leur coeur, savait leur inspirer en mème temps l'amour des lettres et de la vertu. Ses disciples demeurèrent ses amis, et tous se faisaient un devoir de le consulter dans les occasions importantes de la vie et de se diriger d'après ses conseils. Voltaire , dont il avait deviné le talent et encouragé les premiers essais, après être sorti du collége, continua de lui soumettre ses ouvrages. En lui adressant les tragédies d'OEdipe et de Merope, il lui écrivit deux lettres qui font autant d'honneur au maitre qu'à l'élève. Plusieurs années après la mort de l'illustre professeur, Voltaire écrivait au P. de la Tour « Rien n'effacera de mon coeur la nié-. Sa latinité, dit l'abbé Sabatier, est moins pure et moins élégante que celle de Jou- veney ; en revanche il avait plus d'esprit, plus d'élévation, plus de fécondité, un style plus vif et surtout plus nourri de pensées . Le P. Porée était élo- quent, mais dans le goùt de Sénèque; il recher- che les expressions ingénieuses, les idées saillantes et laisse trop souvent apercevoir le rhéteur. Sans cesse occupé de ses élèves, il avait composé pour eux des plaidoyers, dont sa modestie nous a privés, et des pièces de théâtre qu'il ne voulut jamais donner au public, malgré les applaudissements des juges éclairés devant qui elles furent représentées. Ce fut malgré lui que parut en 1735 un recueil de ses Harangues latines , en 2 volumes Depuis la mort de Porée, le P. Cl. Griffet remplit le voeu de tous les amateurs des lettres en publiant une nouvelle édition de ces discours , augmentée de plusieurs morceaux inédits, Paris, 1747, 3 vol. Ce recueil contient six harangues sacrées, sept discours prononcés par le P. Porée dans des occasions d'éclat et douze discours académiques. On y a joint la traduction française, par Manoury, de l'Oraison funèbre de Louis . 171/, pièce qui fut le sujet d'une polémique trèsvive entre Purée et Grenat] , et celle de deux autres discours de Porée, par le P. Brumoy, l'un sur cette question : « Lequel de l'état monarchi- « que ou du républicain est le plus propre à for- « mer des héros? » et le deuxième « sur les « spectacles ». Un autre discours de Porée, dans lequel il se propose de venger les Français du reproche de légèreté, a été traduit par Rossel et publié dans le septième volume des Mélanges de littérature de madame d'Arconville. Le P. Griffet avait fait précéder la nouvelle édition des haran- gues de Porée du recueil de ses tragédies, Paris, 1745 Ce volume contient une vie de l'auteur, écrite avec élégance et concision; il renferme six pièces : Brutus, le Martyre de St- Hermenigilde, la Mort de l'empereur Maurice, Sen- nacherib, roi d'Assyrie, SebyAl/yrza, fils d'Abbas, roi de Perse , et le Martyre de St- Agapit. Ces deux dernières tragédies sont en trois actes, avec des intermèdes en vers français, qui furent mis en musique par Campra. Le volume des comédies , qui complète le récueil des ouvrages de Porée, parut en 1749 Elles sont en prose et précédées de prologues en vers français qui en expliquent le sujet . Dans la première, l'auteur a dépeint les dangers du jeu ; la seconde renferme une leçon pour les parents qui n'écoutent que leur tendresse ou une aversion également aveugle pour leurs enfants ; la troisième, intitulée illisopon, est une satire de l'oisiveté ; la suivante montre I1) Quoique le P. Purée eût, selon l'usage établi, fait entrer les representations dramatiques dans le cours de l'instruction des colléges, il était loin d'appr.ver les théâtres, comme on le voit par son di,cours sur ce sujet : De Ilteolro, ° ratio, prononcé le 14 mars 1733, et dont, on peut voir l'analyse dans les Lettres sur les spectacles , par DtsPrez de Boissy, 6° édit., t. 2, 201. le résultat des vocations forcées, et enfin la dernière, qui a pour titre : Philedon, est le retour à la vertu d'un jeune homme désabusé des vains plaisirs du monde. On peut consulter pour plus de détails l'Eloge du P. Porée, dans les Mémoires de Trévoux, mars 1741 ; une lettre de Bougeant à l'évêque de Marseille, dans le tome 9 des Amu- sements da coeur et de l'esprit, et le Parnasse fran- çais de Titon du Tillet , p. 725-732. Le portrait de Purée a été gravé par Baléchou , format
  • Charles POTIER( 1775 - 1838) : acteur comique dont le talent souple, fin et original fit longtemps la fortune du théâtre des Variétés, naquit à Paris en 1775. Elevé à l'école militaire, où, avant la révolution, le gouvernement n'admettait que de jeunes nobles, il avait dû cette faveur à sa qualité de gentilhomme, appartenant à la famille historique des Potier de Gesvres et de Blancinesnil ; mais , à l'époque où il venait de terminer ses études, les élèves des écoles militaires avaient perdu le privilége d'entrer dans l'armée avec le grade de souslieutenant , et ce fut comme simple soldat que la réquisition de 1793 le força de partir pour les frontières. Après avoir fait deux campagnes, il obtint pour cause de santé un congé de réforme, et , à peine de retour à Paris , il se sentit un goût si prononcé pour l'état de comédien que , malgré les représentations de ses parents, il embrassa cette profession. Sans avoir un trèsgrand éclat , ses débuts aux petits théâtres des Jeunes élèves et de la rue du Bac furent encourageants. Il s'attacha ensuite au théâtre de Nantes et de là il se rendit à Bordeaux , où son talent prit un tel.essor que l'acteur Perroud , son camarade, se hâta de lui procurer un engagement à Paris peur les Variétés du boulevard Montmartre, où Potier débuta avec >succès le 8 mai 1809 par le rôle de maitre André. Ceux qui l'avaient vu à Bordeaux dans l'emploi des premiers comiques s'étonnèrent du sacrifice d'amourpropre qu'il faisait en descendant volontairement au genre le plus subalterne ; mais ils eurent bientôt sujet de reconnaître qu'il n'avait pas fait un faux calcul. En effet, la faiblesse de sa voix et de sa complexion ne lui aurait pas permis de jouer longtemps des rôles d'aussi longue haleine que le Mascarille de l'Etourdi, le Bernardille de la Femme juge et partie, le Sgana- relie du Festin de Pierre et le Figaro de la Folle journée. Le répertoire des Variétés, moins noble sans doute et moins littéraire que celui de la Comédie française , mais plus rapproché des mœurs populaires et moins fatigant pour la poitrine du comédien , convenait infiniment mieux à Potier, qui d'ailleurs, en se pliant au petit genre de son nouveau théâtre, sut beaucoup mieux qu'aucun de ses camarades s'abstenir d'une basse trivialité. Heureux de trouver aux boulevards un acteur si original , les auteurs les plus spirituels travaillèrent pour lui avec ardeur, et son emploi prit en peu de temps un accroissement considérable. Habile à revêtir toutes les formes , doué d'une merveilleuse multiplicité *d'intentions comiques , il sut charmer également le parterre, les loges et plaire à toutes les intelligences. Au reste, parmi les pièces composées pour Potier, il y en avait plusieurs qui tenaient de la bonne comédie ; dans le Ci- devant jeune 111' homme, ainsi que dans le Solliciteur, petits ouvrages dignes d'un théâtre plus relevé, son jeu était inimitable. Au nombre des autres tableaux de genre où son talent pour la caricature se déployait avec le plus d'avantage, on comptait Werther, Je fais mes farces , le Bénéficiaire, Groii- ton, Alirlillor, et Pommadin, ou l'intrigue de carre- ' four, qui attiraient constamment la foule. Ayant eu quelques contestations avec les administrateurs des Variétés , Potier passa au théâtre de la Porte- StMartin, où il fit à lui seul le prodigieux succès des Petites Danaïdes et du Bourgmestre de Saar- dam. Mais il se dégoûta d'une salle dont la graudeur imposait à ses poumons de trop pénibles efforts, et où l'épaisse fumée de la poudre dont on faisait à ce théâtre une effrayante consommation nuisait sensiblement à sa santé. Ce fut eu effet à la suite de son séjour parmi les tyrans, les vampires et les artilleurs du mélodrame qu'il éprouva les premières atteintes de sa dernière maladie. Hors d'état de continuer un si laborieux service, il se retira peu de temps après à sa maison de campagne de FontenaysousBois, avec une fortune qui excédait, diton, quinze mille livres de rente, et ce fut dans ce lieu de plaisance, où il aurait dû se retirer plus tôt, qu'il succomba en 1838 à une maladie de langueur compliquée avec une paralysie du cerveau. Il parut assez piquant de remarquer qu'à l'heure même où l'on enterrait ce célèbre acteur , le cercueil du prince de Tal- leyrand descendait dans les caveaux de l'Assomp- tion , ce qui ne manqua pas de donner lieu à cette question épigrammatique : « Lequel des deux ,C avait été le meilleur comédien? e Potier, dont les mœurs s'étaient conservées pures au théâtre, apportait dans le monde un caractère doux et enjoué, qui le faisait rechercher par les hommes les plus distingués de la capitale. On a publié : Potieriana, ou Recueil complet des calembours , jeux de mots, naïvetés, couplets, pointes, rébus, niaiseries, mono- logues, baises de M. Potier, Paris, 1814 , 1817 Il n'est ni l'auteur ni même l'éditeur des trois . 11esséniennes imprimées sous son nom en 18. — Charles POTIER, son fils, artiste et auteur dramatique, a publié le Peloton de fil, mo- ralité , en un acte, mêlée de couplets. Cette pièce fait partie du Répertoire dramatique de l'en- fance
  • Charles PRATT( 1713) : comte CAMDEN, jurisconsulte anglais dont le père était parvenu en 1718 à l'emploi de président du banc du roi , naquit en 1713. Après avoir reçu une bonne éducation à Eton et à l'université de Cambridge, il fréquenta le barreau et se qt recevoir avocat. Pendant plusieurs années sa clientèle fut si peu nombreuse qu'il se vit au moment d'abandonner cette profession. En 1754 il fut nommé au parlement par le bourg de Downton dans le Wilt- shire; cinq ans après il obtint la place de gref- fier ou juge assesseur de Bath, et, la même année, celle de procureur général du roi. Au mois de décembre 1761, il fut appelé à la prési- dence de la cour des plaids communs, et reçut le titre de chevalier, et en 1762 le grade d'avocat du roi . Pratt présida la cour des plaids communs avec autant de dignité que d'impartialité, et montra une profonde connaissance de la législation civile et politique de sou pays. Lorsque JeanWilkes fut arrêté et conduit à la tour sur un warrant général , Pratt lui accorda un habeas corpus; et lorsque Wilkes se présenta, le 6 mai 1763, devant la cour des plaids communs, ce magistrat, impartial comme la loi, le déchar- gea de son emprisonnement à la Tour, après avoir exposé l'affaire avec un rare talent. La conduite qu'il tint dans cette occasion et dans Ordre d'arrestation conçu en termes généraux, sans désigner nominativement la personne ou les personnes qu'il concerne. l'affaire des imprimeurs du North - Briton lui fit obtenir une grande popularité. Le lord maire, les aldermen et le conseil commun de la ville de Londres lui offrirent les franchises de leur corporation dans une boite d'or, et tirent placer son portrait à Guildhall, avec une inscription honorable. Le corps des marchands de Dublin et la corporation des chirurgiensbarbiers de la mème ville lui adressèrent aussi leurs franchises. D'autres villes en agirent de mème à son égard. En I7ti il fut cr._,é pair de la GrandeBrelague sous le titre de baron Camden ; et, au mois de juillet 1766, il succéda à lord Northington dans l'office de grand chancelier. Quoiqu'il eût été élevé à la pairie sous l'administration Rockingham, il n'en soutint pas tous les actes dans le parlement; il se prononça au contraire avec la plus grande vigueur contre l'acte déclaratoire. qui reconnaissait au parlement le droit de faire des lois obligeant dans tous les cas les colonies. Quelque idée que l'on puisse se faire des opinions de lord Camden , on ne peut disconvenir qu'il ne conservât uniformément son indépendance. Il la poussa au point de parler en faveur de la suspension de la loi pour empècher l'exportation du blé à une époque où l'on craignait la disette, quoiqu'il sût bien qu'il encourrait par là la haine publique. Ayant, à cette occasion, fait une réponse sardo- nique à lord Temple, il fut vivement tancé par mais il ne donna aucune attention aux invectives de cet écrivain mystérieux . Il sut obtenir l'estime de tous les partis dans ses fonctions de lord chanchelier. Sa perspicacité, ses talents, sa connaissance appro- fondie des lois et la constitution de son pays, la clarté avec laquelle il exposait ses opinions, et son estrème politesse, mêlée de dignité, faisaient obtenir à ses décisions le respect et la confiance; mais cantine il persista dans son opinion contre la taxe des Américains, à laquelle il s'opposa fortement et publiquement toutes les fois que l'occasion s'en présentait, il reçut en 1770 la démission de son emploi. Le parlement s'étant assemblé au mois de novembre de la méme année , lord Camden s'éleva avec vigueur, dans la chambre haute, contre les principes professés par lord Mansfield sur la liberté de la presse et les droits des jurés , et il s'engagea , d'après la loi et les précédents, à prouver publiquement que, malgré l'approbation donnée par tous les juges du banc du roi aux doctrines de son adversaire. elles étaient en opposition avec la législation de l'Angleterre. Mais lord ?lanstield refusa d'accepter le défi; et les hommes éclairés et impartiaux purent croire qu'il ne gardait le silence que parce qu'il n'avait aucune raison péremptoire à opposer à son antagoniste. Lord gh Lenteur de. Lotte« de !unies, dane la derntère lettre qu'Il a tente, rend néanmoins Justice aux grands talents et aux belle. qualités de lord Carnden. Camden continua de s'opposer aux mesures adoptées contre les Américains. Mais au mois de mars 1782 le ministère ayant été renouvelé en conséquence des désastres éprouvés par les armes anglaises en Amérique, lord Camden fut nommé président au conseil, emploi qu'il conserva jusqu'à la fin de sa carrière , si l'on en excepte cependant le court espace de temps que dura le ministère de la coalition. Il fut un des fermes appuis de W. Pitt contre les principes des révolutionnaires français. Nominé comte au mois de mai 1786, il mourut le 18 avril 179%. Des écrivains appellent lord Camden le grand boulevard de la loi anglaise. On lui attribue un pamphlet intitulé Recherches sur la nature et l'effet du toril d'habeas corpus, le grand boulevard de la liberté anglaise, etc. Lord Camden avait épousé une fille de Nic. Jeffreys
  • Charles PRICE : aventurier anglais, était fils d'un fripier de Londres. Dès son enfance , il montra son penchant pour la ruse et la tromperie, exerça cette funeste adresse chez son père et ses amis, et fut chassé de la maison paternelle. Etant entré ensuite en qualité de valet de chambre chez un gentilhomme anglais, il fit avec lui le tour de l'Europe. Il se trouvait à Copenhague au moment où le procès de Struensée et de la reine v fut instruit. Cette affaire l'intéressa si vivement que, tout domestique qu'il était, il écrivit une brochure pour. défendre l'innocence de Mathilde. Ce fut peut-être la seule action honorable de sa vie. De re- tour à Londres, il essaya toutes sortes de professions, et fut successivement comédien, changeur, colporteur de billets de loterie, brasseur et marchand; mais, avant fait banqueroute, il fut mis dans la prison du banc du roi, où pourtant il ne resta pas longtemps. Il en sortit pour devenir le plus grand escroc de Londres. Il s'associa d'abord avec une femme qui partageait ses honteux penchants, et dont il séduisit et épousa la nièce. Dès qu'il fut sûr d'être bien secondé , il médita un grand plan de filouterie. Il fit croire à sa femme que la tante venait de mourir ; mais il établit cette dernière dans un quartier solitaire de la ville, et ce fut chez elle qu'il forma une fabrique de faux billets de banque, dont il exécuta toutes les parties luimême. Pour les débiter ensuite sans être découvert, il employa son adresse extraordinaire dans les travestissements, dont il avait peut-être fait les premiers essais chez son père le fripier. Ses billets , reconnus faux par la banque, jetèrent l'alarme, d'autant plus que les déguisements variés que Price employait empêchaient de donner son vrai signalement. Il se montrait quelquefois chez les changeurs comme un goutteux, ayant les jambes trèsenflées et le visage à moitié caché sous un grand chapeau et dans une vieille redingote. affectait d'ailleurs le baragouinage d'un étranger. Quand il était déguisé , Price avait tant d'assurance qu'il osait se présenter même chez les personnes de sa connaissance pour les tromper. Il vint acheter chez un pharmacien un remè.de, et donna une banknote, sur laquelle il se fit rendre le surplus du prix. Le billet était faux. L'apothicaire, ayant rencontré quelques jours après dans 011 café Price, qu'il connaissait et qui alors n'était pas déguisé, lui conta le tour qu'on lui avait joué. « 11 faut avouer, dit Price en fai-« sant l'étonné, qu'il y a d'adroits coquins dans « le monde » . Il se présenta chez un marchand de sa connaissance, tuais avec le visage et les 'nains jaunes, comme s'il avait la jaunisse. Le commis lui indiqua un remède contre ce mal : Price le remercia, revint ensuite avec son teint naturel, donna une banknote au commis pour le récompenser et le pria de lui en changer quelques autres. Elles furent toutes déclarées fausses par la banque. Le marchand vint raconter à Price ce qui s'était passé dans sa boutique, et Price témoigna beaucoup de curiosité de connaître tous les détails de l'affaire. Le changeur, qui d'abord avait escompté les billets, eut un procès avec le marchand; Price alla voir celui- ci pour s'informer de la marche de la poursuite. Cependant, enhardi par ses succès, il poussa l'audace si loin qu'à la fin il fut reconnu par les agents de la banque et arrêté. On fit des perquisitions chez lui sans rien trouver. Sa femme n'était de rien. La crainte que la justice ne parvînt à découvrir son atelier engagea le coupable à tout avouer à sa femme et à l'envoyer chez sa tante pour qu'on détruisit les outils , qui seuls prouvaient son crime. Tout fut détruit en effet. Cependant, tourmenté par des remords, il se pendit dans sa prison en 1789. On l'avait vu pendant ses friponneries sous quarantecinq déguisements et rôles divers
  • Charles PONTOPPIDAN( 1748 - 1822) : économiste danois, fils du précédent, né à Bergen le 21 ou le 27 septembre 1748, mort le 22 août 18'2'2 à Copenhague. En 1755, il vint dans cette ville avec ses parents et s'engagea en 1766 dans le bureau du commerce danois. Envoyé en Islande, il reçut successivement les titres d'assesseur, de surveillant et d'agent commercial ; en 1781 il fut nommé directeur administrateur du commerce de l'Islande et de Finmarke; puis il devint, en 1784, conseiller de justice; en 1804 conseiller de commerce, et en 1814 conseiller d'Etat. 11 a laissé des écrits importants sur le commerce du Nord. Voici leurs titres 1° Pèche des baleines et phoques dans la baie de Davis, au Spitzberg et à Vile de Jean- Mayen, Copenhague, 1784; 2° Matériaux pour une histoire du commerce de l' Islande, ibid., 1787- 1788 , 2 vol. ; 3° Sur l'huile de baleine, ibid., 1790 ; 4° Matériaux pour l'histoire du commerce à la Finmarke, ibid., 1790; 5° Journal des assu- rances contre l'incendie, etc., ibid., 1796; 6° Sur la société de pêcheries danoise , ibid., 1801 et 1811 ; 7° Sur l'hôpital St- Jean et l'hospice de Claude Rosset à Bidstrupgaard , ibid., 1808. D'autres mémoires sur le commerce de l'Islande, du Groënland, etc., se trouvent dans le Poste du soir de 1775, dans la Minerve cle 1788, 1791 et 1796, dans l'Iris de 1793, dans les Miscellanées de Thaarup, etc
  • Charles RAUCH( 1791) : peintre de genre, de paysages et de portraits, naquit à Strasbourg le 11 mai 1791 ; il était fils de Jean Rauch, organiste de la cathédrale de cette ville ; cet honnête musicien perdit la tète à la suite des persécutions que lui firent endurer, pendant la révolution, des exaltés qui le contraignirent à* toucher l'orgue dans leurs réunions politiques. Recueilli à l'âge de deux ans par son aïeul , le jeune Rauch eut bien de la peine à terminer les études qu'on lui avait fait commencer. En effet, un penchant irrésistible l'entraînait vers les arts; sa famille, quoique pauvre, fut assez intelligente pour comprendre cette vocation, et elle laissa au jeune homme sa liberté; Ranch suivit à Nancy les le-çons de Joseph Laurent, conservateur du musée de peinture, puis il se rendit à Paris et entra à l'école des beauxarts le 27 août 1813 ; il donna d'abord des leçons de dessin pour venir en aide à sa famille; Reich n'avait. pas de santé; les événements politiques, en outre, fa‘isaient peu le début d'un artiste, et c'est à sa grande persévé- rance, à son inaltérable amour du travail et de l'art qu'il doit d'avoir conquis une place honorable parmi ses contemporains. Il n'a pas exécuté de tableaux de grandes dimensions, mais il a fourni plusieurs portraits à la galerie du château d'Eu , formée par les soins de mademoiselle de Montpensier, continuée plus tard par le roi LouisPhilippe ; on y remarquait notamment ceux de Louis IX, Louis XII, François Pr et Henri /V; on voit de Ranch , au musée de Versailles, Fran- çois II; Victor- Maurice, comte de Broglie, maré- chal de France; une bonne copie du tableau de L.M. Vanloo, représentant le due de Penthièvre et sa famille , faisant jadis partie de la galerie d'Eu et connu sous le titre de la Tasse de café. Outre deux paysages, le musée de Nancy possède de Rauch deux excellentes copies exécutées d'a- près Horace Vernet , un portrait du lieutenant gé- aérai comte Drouot et la bataille de Hanau , dont l'original est au musée de Versailles. Reich a fourni les dessins , la plupart gravés par Couché fils, qui ont servi à illustrer le Guide pittoresque du voyageur en France, de Girault de StFargeau . Ces dessins ont été presque tous exécutés à la lampe. Ranch a pris part aux salons du Louvre —dé 1827 à 1848; il avait pas é en Italie les sept dernières années de sa vie ; il en rapportait d'heureuses inspirations et de nombreuses études quand la mort l'arrêta dans ses projets, à Nancy, le 16 février 1857. B.auch sentait vivement; sa modestie fut extrême; il a mis dans son faire trop de timidité et une conscience exagérée; il a peu produit et a perdu un temps regrettable à tâtonner, à chercher et à recommencer
  • Charles REMARD( 1766 - 1825) : né à ChàteauThierry le 9 janvier 1766 , fit ses études aux collèges de Louis le Grand , de Montaigu , à Paris , et se livra plus particulièrement à l'élude de la langue et de la littérature anglaises. S'étant établi dans les premières années de la révolution à Fontainebleau , il y prit un magasin de librairie. Ce commerce ne l'empêcha point de suivre son Suivant le Galtiana christiona , Jean de Rely était le grandoncle de Fr. Baudouin, célèbre jurisconsulte 2, Ces Remontrances sont écrites avec une vigueur remarquable. On en cite une é ,ition sans date , mais qui parait être de la fin du 15" siècle ; elles ont été réimprimées plusieurs fois en français et en latin , de la version de Duaren , dans les Œuvres de ce jurisconsulte Son épitaphe , rapportée dans le Gallia christiana , porte 1498; mais on sait que l'année ne commençait alors qu'il. Pâques. goût pour les lettres. Doué d'un esprit bizarre et original , il consacra son talent à une oeuvre de poésie dont on ose à peine transcrire le titre . Ce poëme didactique, en quatre chants, parut en 1806, sous la rubrique de Scoropolis . On pardonne quelquefois, même aux hommes sérieux, des jeux d'esprit qui peuvent servir de délassement à de graves travaux , surtout lorsque dans ces compo- sitions exhilarantes l'heureux emploi de l'euphémisme déguise ce que le fond du sujet a de re- poussant. Mais ici rien de pareil; les termes techniques du privé y sont répandus avec profu- sion ; il n'est point de mystères de la garde- robe flue l'auteur ne dévoile, et cela avec une crudité d'expression qui ne provoque pas toujours le rire, seul genre de succès auquel il semble avoir aspiré. Au surplus, ce poëme didactique où les formes du genre sont bien observées, à la rareté des épisodes près, est recherché par les amateurs de facéties, et un exemplaire sur vélin s'est vendu jusqu'à deux cents francs à Fontainebleau, au mois de juillet 1809 . Il a probablement donné lieu à la publication d'une autre facétie du même genre, qui parut à Paris en 1815 sous le titre de l'Art des p...., poëme en quatre chants, et qui , écrit avec un peu moins de sérieux que celui de Remard , eut quelque succès. Ce triste début dans la littérature influa d'une manière fâcheuse sur sa carrière politique. Retiré à Fontainebleau , où il fut nommé conservateur de la bibliothèque du château , il vécut éloigné des coteries, et employa les instants que lui laissaient les devoirs de sa place et sa mauvaise santé à cultiver les muses pour ellesmêmes. 11 mourut le 20 septembre 1828. On connaît de lui plusieurs pièces de vers imitées de l'anglais ou originales, qui auraient pu lui valoir quelque réputation si elles eussent été publiées. Indépendamment du poëtne dont nous venons de parler, nous ne pensons pas que Remard ait fait imprimer d'autre ouvrage que le Guide du voyageur à Fontainebleau, ou Description historique de cette ville, 1820, I vol. Il a laissé quelques compilations manus- crites, entre autres un recueil de tous les mor- ceaux de poésie composés sur le cheval , dans la littérature ancienne et moderne, et un autre re- cueil de toutes les traductions et imitations du Cimetière de Gray; enfin une traduction française des Leçons de littérature latine de Noël et Dela- place. Remard a compris dans ce travail les bonnes traductions qui avaient paru jusqu'à lui ; mais il a fait luimême la version des morceaux qui n'avaient pas encore été traduits, et de ceux qui l'avaient été d'une manière peu satisfaisante. — Son fils, Charles REMARD , mort à Fontainebleau le 15 octobre 1825, a donné quelques articles à la Biographie universelle. L—m—x et M D
  • Charles REYNEAU( 1656 - 1728) : habile géomètre, naquit en 1 656 à Brissac , dans l'Anjou, et, après avoir terminé ses études, entra dans la congrégation de l'Oratoire, à Paris. Il professa la philosophie à Toulon, à Pézenas, et ensuite les mathématiques au collége d'Angers , pendant vingtdeux ans, avec un tel succès que l'académie de cette ville, nouvellement fondée, s'empressa de se l'associer, honneur qu'elle n'a jamais fait depuis à des membres d'aucune congrégation. Sd vie, dit Fontenelle , a été la plus simple et la plus uniforme qu'il soit possible : l'étude, la prière, et deux ouvrages de mathématiques en sont tous les événements. Il se tenait fort à l'écart de toute affaire, et encore plus de toute intrigue, et il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être de rien. Seulement il se mêlait d'encourager au travail et de conduire, quand il le fallait, des jeunes gens aux- quels il trouvait du talent pour les mathématiques; et il ne recevait guère de visites que de ceux avec lesquels il ne perdait pas son temps, parce qu'ils avaient besoin de lui. Aussi avaitil peu de liaisons, peu de commerce. Ses principaux amis furent le P. Malebranche, dont il adoptait tous les principes, et le chancelier d'Aguesseau. Le P. Reyneau mourut à Paris le 24 février 1728. Il était, depuis 1716, associé libre de l'académie des sciences ; et quoiqu'il eût l'ouïe assez dure, il se montra fort assidu à ses assemblées. On a de lui : 1° l'Analyse démontrée, ou Manière de résoudre les problèmes de mathématiques, Paris, 1708 , 2 vol. ; réimprimé avec beauconp d'additions, ibid., 1736, 9. vol. L'auteur a recueilli dans cet ouvrage les principales théories répandues dans les oeuvres de Descartes, Leibniz, Newton, les Bernoulli, etc., et démontré plusieurs méthodes qui ne l'avaient pas été jusqu'alors, du moins assez clairement ou assez exactement. 20 La Science du calcul des grandeurs ' en général, ou Eléments de mathématiques, ibid., 1714-1735, 9. vol. Le second volume fut publié par le P. de Mazières, connu par un prix remporté à l'Académie des sciences ; il est tel à peu près qu'il se trouvait dans les papiers du P. Reyneau, l'éditeur ayant regardé comme inutile de compléter l'ouvrage en traitant une matière que Guisnée venait d'épuiser dans son Application de l'algèbre à la géométrie . Il est précédé d'un Eloge du P. Reyneau , par l'abbé Goujet, qui renferme quelques détails il) Charles- René, suivant l'abbé Goujet. 12) En 1726, sur cette question Quelles sont les lois du choc des corps à ressort parfait ou imparfait 'négligés par Fontenelle. Ces deux ouvrages, dit 'Idontuela, bons à certains égards pour leur temps, pèchent par trop de prolixité . Des biographes ont attribué encore au P. Reyneau la Logique, ou l'Art de raisonner petit traité qui est du P. Noël Regnault
  • Charles RIBEYROLLES( 1812) : écrivain politique, naquit à Martel en 1812. Il se rendit jeune encore à Paris et se lança dans le journalisme. SeS idées républicaines le placèrent parmi les rédacteurs des feuilles les plus opposées au gouverne- Le Dictionnaire historique fait un étrange anachronisme quand il dit que ces poésies furent recueillies par Pellicer, de l'auteur, , ce savant éditeur étant né cent neuf ans après la mort de Ribera. nient de juillet : il travailla à la Réforme et au Bon sens, vint à Toulouse prendre la direction de J'Emancipation, qui était alors dans le Midi l'organe le plus accrédité du parti avancé. Revenant en 1845 à Paris, il fournit des feuilletons à divers journaux et recommença à écrire dans la Réforme, dont il devint le rédacteur en chef. La &révolution de février combla tous ses désirs; il se mit , comme tous les républicains notables, sur les rangs pour devenir représentant du peuple; mais la majorité des électeurs du Lot ne lui fut pas favorable. Homme de clubs et d'action, ne se bornant pas à payer de sa plume, Ribeyrolles fut arrêté lors de la tentative infructueuse &que fit la Montagne le 13 juin 189, et qui uréchoua au conservatoire des arts et métiers. Ayant réussi quelque temps après à gagner l'Angleterre, le journaliste fugitif prit une part active à quelques feuilles ultradémocratiques qui se publiaient à Londres. L'apaisement graduel des esprits fit tomber dans le néant ces journaux exaltés, et Ribeyrolles n'ayant plus grand chose à faire en Europe, se rendit au Brésil ; il y travailla à une description pittoresque de cet empire et il mourut le 13 juin 1860. Il ne laissait aucun ouvrage spécial : on ne peut guère donner ce nom à une Histoire de l'empire, de la res- tauration et du règne de Louis- Philippe , travail oublié qui forme le troisième volume d'une Histoire de la révolution, publiée sous le nom de F
  • Charles RICHARDOT( 1771 - 1852) : militaire et écrivain, naquit le 31 janvier 1771 à Vallay . Il entra au service lors des grandes levées de 1793, et, bientôt canonnier au 2' régiment, il fit les campagnes des armées du Rhin et de la Moselle.Son corps ayant été désigné pour l'expédition d'Egypte, il se rendit dans ce pays et prit part aux opérations en Syrie. Nommé lieutenant en décembre 1799, il monta de grade en grade et lit, en 1805 et 1806,1es campagnes d'Italie et de Naples. Des infirmités acquises durant ses pénibles services l'empêchèrent de prendre part aux dernières guerres de l'empire ; il fut employé à l'intérieur. En 1814, devenu chef de bataillon, il entra au ministère de la guerre comme chef de bureau du personnel de l'artillerie, et, après avoir quitté cet emploi pendant treize ans , pendant lesquels il exerça les fonctions de commandant d'artillerie à Langres, il le reprit et le conserva jusqu'à son décès. Il mourut dans un âge avancé, le 21 jan- Wier 1852, avec le grade de lieutenantcolonel. 11 avait été l'un des collaborateurs les plus actifs du Journal des sciences militaires, et c'est de cette publication que proviennent la plupart de ses écrits qui ont été tirés à part ; ils sont relatifs au recrutement et à l'organisation de l'armée, à l'artillerie, et surtout aux fortifications de Paris, sujet à l'égard duquel Richardot, partisan du système des forts détachés, soutint en 1839 et en 1840 une vive controverse contre le général Rogniat et contre divers autres écrivains. Nous signalerons encore, comme sortis de la plume de cet officier supérieur, les ouvrages suivants Mémoire sur l'emploi de la houille dans le traite- ment métallurgique du minerai de fer, Langres, 1824 ; — Nouveau système d'appareil contre les dangers de la foudre et le fléau de la gréle, Langres , 1825 Retraçant les souvenirs des principaux faits auxquels il avait pris part, Richardot écrivit une Relation de la campagne de Syrie en 1799, Paris, 1839 avec un atlas de 10 planches, et il mit au jour en 1848 un assez gros volume intitulé Nouveaux mémoires sur l'arnzée française en Egypte et en Syrie. Le Journal des sciences militaires avait déjà publié, en grande partie du moins, ces relations avant qu'elles ne fussent séparément mises au jour
  • Charles RITTER( 1779) : le fondateilr des sciences géographiques , physiques et comparées, naquît a Quedlinbrug le 7 août 1779 ; après avoir fait de bonnes études à Halle, il entra à l'àge de vingt ans comme précepteur dans la maison BethmannHollweg; il accompagna ses élèves Genève, où ils allèrent compléter leurs études ; visita avec eux la France, la Suisse et l'Italie; ces voyages lui inspirèrent un goût décidé `pour l'étude de la géographie. En 1807, il publia e‘,T deux volumes un Tableau géographique, historique et statistique de l'Europe; ce n'était d'ailleurs qu'un essai, mais il révélait déjà ce qu'on pouvait attendre dé 'seri auteur. En 1814, Ritter alla :établir à Goettingue ; il trouvait dans cette paisible et studieuse cité le calme qui lui était nécessaire, et il avait à sa disposition les ressources d'unehitilOhèque des plus conSidér'ables'. 'Ln 180, il fut appelé à Francfort afin d'y 'remplir la place de professeur d'histoire vacante par la mort 'de ScLlosser. Mais déjà son nom était connu , et un juste appréciateur de son mérite, Guillaume de Humboldt , le fit venir à Berlin comme professeur extraordinaire de géographie et d'histoire militaire à l'université. Divers emplois ltii furent bientôt accordés ; il fut membre de l'académie et directeur des études au collège des cadets, mais ses fonctions lui laissaient le temps de se consacrer aux travaux qu'il poursuivait avec un zèle infatigable. En 1817, avait publié deux volumes intitulés la Géogra-' phie dans ses rapports avec le caaCtire et l'histoire de la race humaine ; ce n'était qu'une ébauche, mais elle révélait un penseur profond et une rare sagacité, Reprenant ce travail, il lui donna des développements bien plus étendus ; en 18`11 , il fit paraître le premier volume de la seconde édition de sa Géographie ; il est consacré à l'Afrique; les seize volumes suivants, relatifs à l'Asie, furent mis au jour à Berlin de 1832 à 1854, lls sent divisés en quatre parties : 1° Introduction et Asie oriintale, c'est-àdire Asie centrale, Sibérie, Chine et régions indiennes, t. 2 à 6 ; 9.° Asie occidentale, Perse et Mésopotamie, t. 7 à 11 ; 3. Arabie, t. 12 et 13 ; 4" péninsule du Sinaï, Palestine et Syrie, t. 14 à 17. Chaque partie est accompagnée d'une table des matières. Un atlas de l'Asie dressé par Ritter de concert avec un militaire prussien fort instruit, von Dm!, et au-: quel ont travaillé des savants distingués, tels que Grimm, Mahlman et Kiepert, se joint à ces 16 volumes. Tout ce qui a été écrit d'essentiel au sujet de l'Asie, tout ce qui intéresse la configuration de Cette partie du mo0e, son histoire, ses habitatits, ses prodUctions, est exposé dans cet immense travail, qui a complétement fait disparaître les oeuvres des géographes antérieurs et qui donne à la science une base aussi solide qu'étendue. C'est pour la première fois que la description du globe a été faite d'une façon qui ne laissait rien de côté et qui répandait sur toutes les questions des flots de lumière. Malheureusement le plan de Ritter était trop vaste; la vie d'un seul homme, quelque laborieux qu'il fùt , ne pouvait suffire à accomplir une pareille tâche ; l'ouvrage est forcément resté inachevé ; il n'a rien paru de ce qui devrait se rapporter à l'Europe, à l'Amérique, à l'Océanie, et il aurait fallu leur consacrer au moins vingtcinq volumes. Il y a lieu de regretter que le public français ne connaisse qu'une faible portion de l'oeuvre de Ritter. La Description d'une partie de l'Abyssinie, tiénte par: M. H. K., a été insérée, en 1830, dans la Nouvelle revue germanique ; MM. Buret et Desoer ont publié à Paris, en 1835-1836, trois volumes contenant une traduction du,pre5 mier volume allemand relatif à l'Afrique. mense travail, ayant rapport à l'Asie, n'est ace sible qu'aux personnes, rares en France, qui connaissent la langue 'allemande. Tout en récit', geant le grand ou7rage sur lequel se fonde réputation, Ritter trouva le temps d'écrire dive!: livres d'un vrai mérite qui ne furent pour lui qu'un délassement. Nous mentionnons : dufti.: à l'histoire des peuples eUopéens avant Hérodote, Francfort, 1820 8° ; — les Sriyas, ou Monuments architectoniques des grandes routes indo bactriennes , et le colosse de liarmyUn, Berlin , I838; — la Colonzsettion de la Nouvelle- Zélande, 1842 ; — Coup d'oeil sur la région des sources du Nil, 1844 ; — le Jourdain et la navigation de la mer Morte , I 850 ; — Coup d'oeil sur la Palestine et sur sa population chrétienne , 1852. L'article Asie, dans un ouvrage anglais fort répandu, l'Encyclopédie à dix centimes ( Penny Cyclopedia, est sorti de la plume de Ritter; c'est un excellent et substantiel résumé. Ce savant a deplus fourni au recueil des travaux de l'académie de Berlin des mémoires trèsremarquables sur la géographie et sur les divers objets qui se rapportent à cette science; ils ont été rassemblés et reproduits dans un volume publié en 1852 : Introduction et contributions à une étude plus scientifique de la géographie. Des notices, toujours érudites et sur l'archéologie et sur les sciences historiques , sont disséminées dans le Bulletin mensuel de la société de géographie de Berlin, dans le Journal général de géographie et dans d'autres iniblications périodiques. Ritter accompagna de préfaces, où il déploya ses qualités habituelles, divers ouvrages auxquels il prêta ainsi un mérite nouveau et parmi lesquels on peut citer le Livre de la terre, par le cheik Ebou Ishak el Fassi, traduit de l'arabe, 1845 ; Description statistique du royaume de Norvége Par 131ona, 1845; — les Possessions portugaises dans l'Afrique occidentale par Tain ; — Tableaux géographiques' et statistiques par Burbstadt ; Lett, s écrites de l'Inde par Hoffineister, 1847 ; — E, pédition pour découvrir les sources du Nil blanc pr \Verne, 1848 ; — Découverte et conquête du . 11exique, traduite de l'espagnol de Diaz del Castillo, 1848. On voit qu'il est peu d'exemples d'une carrière aussi dévouée à la science, aussi opiniâtre au tra% ail que le fut celle de Charles Ritter
  • Charles ROLLIN( 1661) : naquit à Paris le 30 janvier 1661 d'un coutelier, et fut destiné à suivre la profession de son père, qui le fit recevoir maître dès son enfance. Un bénédictin des BlancsManteaux, dont il allait souvent servir la messe, fut le premier qui reconnut en lui d'heureuses dispositions. Sa mère, devenue veuve, se trouvait hors d'état de faire pour ses enfants les frais d'une nouvelle éducation. Le zèle du bon religieux leva cet obstacle , en obtenant une bourse au collége des XVIII, dont les élèves suivaient les cours publics du collége du Plessis. M. Gobinet en était alors principal; le jeune boursier sut gagner l'estime et l'amitié de cet homme respectable par son caractère et par ses talents. Après avoir fait, au collége du Plessis, ses humanités et sa philosophie, il consacra trois années à l'étude de la théologie en Sorbonne; mais il s'en tint là et n'a jamais été que tonsuré. Hersan, qui avait été son professeur de seconde, et qui dès lors désirait l'avoir pour successeur, quittant l'uni- C'est dans cette édition qu'il a distingué six cent soixantedeux vers sciolti de Boccace , que tous les éditeurs précédents n'avaient pas remarqués, les ayant pris pour de la prose. Cette heureuse correction a été suivie dans toutes les bonnes éditions suivantes. Il existe de cette édition des exemplaires La bibliothèque de Parme en possède un de ce format sur papier bleu. versité pour s'attacher à l'éducation de l'abbé de Louvois, fils du ministre, fit violence à la modestie de Rollin, alors âgé de vingtdeux ans, en le déterminant à prendre sa place. Rollin lui succéda effectivement en seconde l'an 1683 , en rhétorique l'an 1687, et à la chaire d'éloquence au collège royal en 1688. Ce fut donc à la fleur de l'âge qu'il se dévoua tout entier à l'instruction de la jeunesse. Il exerça de la manière la plus brillante les fonctions de son professorat, et dès le commencement l'université lui dut des réformes salutaires et le renouvellement de quelques bons usages tombés en désuétude. Ce fut lui qui donna plus d'importance à l'étude de la langue française, trop négligée dans les colléges, et qui introduisit la règle, adoptée aujourd'hui, d'y faire apprendre nos principaux chefsd'oeuvre d'éloquence et de poésie; il ranima l'étude du grec, dont le goût s'affaiblissait, et substitua aux représentations théâtrales les exercices littéraires, devenus depuis trop illusoires, mais auxquels il serait possible d'imprimer un caractère d'utilité. Après avoir professé avec distinction pendant huit ou dix ans de suite , il quitta l'enseignement pour se livrer uniquement à l'étude, ne retenant de ses fonctions publiques que la chaire d'éloquence au collège royal , encore ne l'occupaitil qu'à titre de survivance et sans émoluments. Nommé recteur à la fin de 16911 et continué deux ans de suite, ce qui était alors une grande preuve de confiance, il poussa jusqu'au scrupule son respect pour les moindres obligations de sa place, et montra qu'il connaissait toute l'étendue des devoirs qu'elle lui imposait. Il fit la visite des colléges, ordonnée par les statuts de l'université, pratique salutaire et qui avait été trop négligée; il rétablit la discipline, redressa plusieurs abus, et convertit en loi l'usage où l'on était, dans les classes d'humanités et de philosophie, de faire précéder la leçon par la lecture et par une courte explication de quelques passages de 1'Ecriture sainte. Afin même de répandre cette louable coutume dans les classes inférieures, il lit imprimer à leur usage un recueil de maximes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament. Rollin ne laissa pas déchoir entre ses mains les priviléges de l'université; il les défendit avec chaleur jusque dans les préséances de son chef, et le plus humble des hommes sut soutenir sa dignité et l'honneur de sa compagnie contre les prétentions les plus imposantes par le rang de ceux qui les manifestaient. A la fin de son rectorat, et lorsqu'il surveillait les études des neveux du cardinal de Noailles, l'abbé Vittement, qui venait d'être attaché à l'éducation des enfants de France, lui remit, malgré sa répugnance, la coadjutorerie du collége de Beauvais , qui sentit bientôt la présence d'un tel chef. Pour connaître avec quel zèle et avec quel succès Rollin remplit les devoirs de sa place, il suffit de lire, dans le Traité des études, l'exposé qu'il en fait et dans lequel il s'est peint luimême; mais on doit ajouter qu'il se fit une loi d'acquitter, par ses soins et ses libéralités, les services qu'avait reçus son enfance. Quinze ans s'écoulèrent ainsi au milieu de la reconnaissance et des bénédictions publiques. Un événement imprévu interrompit des travaux si utiles. L'amitié de Rollin pour quelques membres de PortRoyal dispersés par l'exil , plusieurs écrits où il défendait avec simplicité leur doctrine, qu'il croyait celle de la vérité, avaient excité depuis longtemps contre lui des préventions redoutables. Il finit par être victime d'une intrigue de colfége suscitée par un moteur puissant, et reçut l'ordre de quitter la maison de Beauvais. Ce fut à cette époque qu'il donna l'édition de Quintilien. Il en retrancha tous les détails peu propres à former des orateurs et des hommes de bien ; il exposa sa méthode et ses vues dans une préface élégante où il caractérise , avec autant de précision que de justesse, les grands écrivains de Rome; mit des sommaires raisonnés à la tète de chaque chapitre; accompagna le texte de petites notes, et l'édition parut, en 2 volumes au commencement de 47te. La même année, Rollin fut choisi par l'université pour être l'organe de sa reconnaissance à l'occasion de l'instruction gratuite qu'avait accordée le gouvernement de la régence. C'est au discours qu'il prononça à ce sujet qu'on doit le Traité des études , qui n'est que le développement du plan et du but des études de l'université, auquel l'auteur fut invité à joindre ses propres observations et les résultats de son expérience. « Cet ouvrage, dit « l'auteur de sa vie, a été suivi de beaucoup « d'autres du même genre , et il en est toujours « le modèle. C'est la règle de tous ceux qui vou-« dront apprendre ou enseigner. C'est l'ouvrage « d'une critique saine, où la raison éclaire et « confirme les jugements du goût. C'est le dépôt « respectable de toutes les traditions qui ont fait « fleurir les études françaises, et toujours l'au- « torité de l'expérience y justifie le respect des « traditions. n Cependant le mérite de cette production ne la mit pas à l'abri de la critique. Gibert publia , contre l'ouvrage, des observations contenues dans un volume de près de 500 pages, auquel Rollin répondit en peu de mots. Mais cette attaque, quoique vive, laissa si peu d'aigreur dans le coeur du bon Rollin, qu'en I740 Gibert ayant encouru la disgrâce du gouvernement., il lui écrivit dans son exil pour lui offrir sa bourse et celle de M. Coffin. On peut ajouter que la critique est oubliée, et que le livre critiqué a triomphé et des censures et du temps. Encouragé par le succès du Traité des études, Rollin entreprit un autre ouvrage beaucoup plus étendu et qui en est comme une suite nécessaire. Les treize volumes de l'Histoire an-' tienne se succédèrent tous dans l'intervalle de 1730 à 1738. Peu de livres ont obtenu une ré- putation plus prompte et plus étendue . Le nom de l'auteur passa dans toutes les contrées de l'Europe. Plusieurs princes se ménagèrent des relations avec lui. Le prince royal, depuis le grand Frédéric, l'honora des suffrages les plus flatteurs. Rollin lui écrivait chaque fois qu'il lui adressait un nouveau volume de ses Histoires ancienne et romaine; mais lorsque ce prince monta sur le trône, Rollin lui dit, dans une de ses lettres, qu'il respecterait désormais les grandes occupations du souverain , et que l'envoi de ses livres serait la seule expression de son respect et de ses voeux. Le duc de Cumberland et les princesses ses soeurs n'étaient pas moins au nombre de ses admirateurs. Ces réflexions mêmes qu'un goût sévère a blâmées dans cet ouvrage, et que nous avons renvoyées à l'enfance, paraissaient alors aussi solides qu'intéressantes. « Je « ne sais, disait ce prince, comment fait M. Rol- « lin ; partout ailleurs les réflexions m'ennuient; « elles me charment dans son livre et je n'en « perds pas un mot. » L'Histoire romaine qu'il entreprit ensuite, mais dont les cinq premiers tomes seulement sont de lui, quoique inférieure à l'Histoire ancienne, obtint assez de succès pour faire regretter que sa mort l'eût empêché de la terminer. Ce qui n'étonna pas moins que cette prodigieuse facilité, ce fut l'élégance et la pureté de son style. Pendant trèslongtemps il n'avait écrit qu'en latin. C'était pour ainsi dire sa langue naturelle; et luimème nous apprend qu'il avait soixante ans lorsqu'il commença d'écrire en fran-çais; il semblait donc avoir acquis ce nouveau talent par le seul désir d'être plus utile. C'est un témoignage que lui rendit plus d'une fois l'Académie française ellemème, en regrettant que les circonstances ne lui permissent pas de s'enrichir par une aussi heureuse acquisition que celle de sa personne. Un critique , déguisé sous le nom de Vandermeulen, attaqua l'historien avec moins de ménagements que n'avait fait Gibert, en lui reprochant de n'entendre que médiocrement le grec et de s'approprier souvent les auteurs français sans les citer. Rollin lui répondit, à la tète du quatrième volume de l'Histoire romaine, avec sa modestie ordinaire. Quelque fondées que pussent ètre ces critiques, Rollin en fut vengé par d'imposants suffrages. Voltaire lui donna une place dans le Temple du goût , et Montesquieu a laissé de lui cet éloge aussi simple que touchant : « Un honnête homme a par ses ou-« vrages d'histoire enchanté le public; c'est le « coeur qui parle au coeur; on sent une secrète « satisfaction d'entendre parler la vertu ; c'est m Le prince Jos.Alexandre Jablonowski la traduisit en polonais , Lublin , 1747. l'oy. le Journal de Verdun, juillet 1747, p. 50.1 121 La justice de Voltaire envers Rollin ne fut pas constante; et l'auteur du Traité des e. Nous ne connaissons pas d'ouvrage qui repose plus doucement « l'âme. Rollin a répandu sur les crimes des « hommes le calme d'une conscience sans repro-« che et l'onctueuse charité d'un apôtre de Je-, « susChrist. u Une belle édition de ses trois ouvrages a été réimprimée en 16 volumes on avait conçu le plan d'une nouvelle édition sous les auspices de Fontanes; mais il n'en a paru que le Traité des études, 4 vol. édi- tion stéréotypée, Paris, 1813, précédée de la vie de l'auteur. Après la mort de Rollin , on a recueilli ses opuscules contenant diverses lettres, ses harangues latines, discours, vers latins, etc., Paris, 1771, 2 vol. recueil précieux qui confirme tout ce qu'on a dit de la solide probité, de la saine raison, et du zèle de l'auteur pour les progrès de la vertu et pour la conservation du goût. La latinité de Rollin est aussi pure qu'élégante, et son style est à la fois noble et ingénieux ; ses poésies latines méritent le même éloge. Il ne fut pas moins estimable par la douceur de son caractère, par sa candeur, par la simplicité de son âme. Jamais l'obscurité de sa naissance ne lui donna le moindre regret. « C'est « de l'antre des Cyclopes, disaitil dans une épi- « gramme latine à un de ses amis, que j'ai été « transporté sur le Parnasse. » La religion et les lettres lui avaient donné une fierté noble et une aisance modeste qui le rendaient merveilleusement propre à dire la vérité aux grands. Mais à cette liberté il joignait une politesse attentive à ne s'écarter jamais du respect. Riche par sa modération et sa frugalité, il trouvait dans ses privations les moyens de se montrer généreux envers ses amis et libéral envers les pauvres. Nonseulement il se refusa à toutes les occasions d'augmenter son revenu , qui , dans le temps de sa plus grande aisance, ne s'éleva guère à plus de trois mille livres; mais il repoussa le tribut honorable et légitime qu'il pouvait retirer de la publication de ses ouvrages, et, par une délicatesse qui faisait autant l'éloge de sa modestie que de son désintéressement , il n'exigea du libraire chargé de les imprimer d'autre condition que la faculté de le dédommager si le public ne goûtait pas son travail. Propre sur ses habits et sur sa personne, mais plus par habitude et par raison que par la moindre recherche, il avait encore, à la tin de sa vie, les mêmes meubles qu'il s'était fait faire en devenant professeur; et, retiré dans le quartier de Paris le plus éloigné, il y occupait une maison si petite, qu'elle avait peine à contenir les étrangers qui venaient le consulter de toutes parts. Dans les derniers temps, il se rendait plus volontiers aux nombreuses invitations qui le recherchaient ; mais il préférait à ces grands repas, qui n'ont d'autre mérite que la magnificence et le haut rang des convives, la table des bourgeois honnêtes et zélés pour l'éducation de leurs enfants, où il trouvait toujours l'occasion de remplir son œuvre. Ce sont là, ajoutaitil, mes ducs et pairs. » En rappelant que Rollin prit part aux querelles théologiques du temps, qu'il se montra janséniste zélé et qu'il traduisit en latin plusieurs écrits relatifs à ces tristes débats, nous ne devons pas omettre qu'aussi étranger aux jalousies littéraires qu'aux injustices de parti, il donna, dans son Traité des études, les plus grands éloges à l'estimable traité du P. Jouvanci, qui a pour titre : De ratione discendi et docendi, et reconnut avec franchise les utiles travaux des Rapin, des Lkwerda , des Bouhours et des autres écrivains jésuites, exemple assez rare pour mériter d'être cité. Rollin était digne d'avoir plus que des ad - mirateurs, il eut des amis de tous les rangs; dans ce nombre, il compta les plus illustres personnages de son temps, les d'Aguesseau , les Peletier, les Portail, les de Mesme, les le Nain de Tillemont , les d'Asfeld , les Cochin , Boileau , dont il traduisit en beaux vers l'Ode sur la prise de Namur; Racine, dont il consola les derniers moments en lui promettant de se charger de l'éducation de son plus jeune fils, depuis auteur du poeme de la Religion; le poéte Rousseau, auquel il apprit le pardon des injures, et tout ce que la France contenait alors d'hommes recommandables dans tous les genres. Malgré l'assiduité persévérante qu'il mit à ses travaux , malgré les diverses épreuves dont sa vie fut traversée, il jouit d'une santé vigoureuse qu'il dut au calme de sa raison , à la sérénité naturelle de son ca - ractère et à la gaieté douce qui était le fruit d'une conscience pure et du sentiment d'avoir fait le bien. C'est au milieu des témoignages d'estime, de respect, de reconnaisance, que sa vieillesse honorée vit arriver le terme auquel une piété vive, tendre et sincère l'avait préparé depuis longtemps. La religion, dans laquelle rien ne lui avait paru petit et hors de laquelle il ne trouvait rien de grand, et les lettres, qu'il avait si bien servies , le perdirent le 14 septembre 1741, àgée de plus de 80 ans. Aucun éloge ne fut prononcé sur sa tombe; et M. de Boze, suivant l'expression duquel ce fut une affaire d'Etat, ne put obtenir de faire celui de son collègue dans l'Académie des inscriptions que sous la condition expresse de ne louer en lui que l'homme de lettres. Rollin avait été admis dans cette compagnie en 1701 ; mais, tout occupé des soins qu'exigeait la principalité du collège de Beauvais, il avait de- mandé et obtenu la vétérance. On a mis au bas de son portrait ces quatre vers : A cet air vif et doux, à ce sage maintien , Sans peine de Rollin on reconnaît l'image ; Mais, croismoi , cher lecteur, médite son ouvrage , Pour connaître son coeur et pour former le tien. Louis XVI, dont le sens éminemment droit et le coeur élevé devaient apprécier tant de services, a vengé la mémoire de Rollin et acquitté la dette de la France en ordonnant que sa statue fût placée au milieu de celles des grands hommes qui ont honoré le règne de Louis XIV. L'Académie française s'est dédommagée de l'impuissance où elle s'était vue de l'admettre dans son sein en proposant son éloge, dont le prix a été remporté, en 1818 , par M. Berville . Ce discours est dignement placé à la tète de la belle édition des oeuvres de Rollin, due à M. Letronne, en 30 volumes et publiée par la maison Didot, 1821-1825. Une autre édition, Paris, Lequien , 1821-1827, en 30 volumes est accompagnée de notes sur les principales époques de l'histoire ancienne et de l'histoire romaine, par M. Guizot. Les éditions de Paris, 1807-1810, 60 vol. , et celle de 1818, 18 vol. sont peu estimées. Citons aussi l'édition de Paris, Hachette, 1840, 7 vol. grand à deux colonnes, avec notes et éclaircissements, par E. Berès, ainsi qu'avec un atlas par A.H. Dufour, et un album par A. Lenoir, formant ensemble 89 planches. Une vie de Rollin est insérée dans les Jlélanges de littérature de M. Patin ; voyez aussi les Causeries du lundi de M. SteBeuve, t
  • Charles ROMME( 1744) : géomètre, né à Riom vers 1744, est un de ceux qui ont contribué le plus aux progrès de la marine française dans le 18e siècle. Après avoir achevé ses études à Paris, il s'occupa d'astronomie avec Lalande, qui lui procura la place de professeur de navigation à l'école de Rochefort. Il imagina, dès 1771, une méthode pour mesurer les longitudes en mer et fit plusieurs observations intéressantes. En 1778, il fut nommé correspondant de l'Académie des sciences. Les devoirs de sa place et d'utiles travaux partageaient tous ses instants. Pour répondre au désir du gouvernement, l'Académie ayant invité les savants à rechercher les moyens de perfectionner la fabrication du salpêtre, Romme lit un grand nombre d'expériences et s'empressa d'en adresser le résultat. Thouvenel remporta le prix; mais le travail de Romme obtint une mention et fut imprimé par ordre de l'Académie dans le tome 11 du Recueil des mémoires des savants étrangers. Il fut plus heureux dans un second concours. L'Académie, en 1789, proposa d'expliquer les expériences faites sur la résis• tance des fluides en France, en Italie, en Suède et ailleurs. Ce sujet important fut remis pour 1791, et Romme partagea le prix avec M. de Gerlach , professeur de philosophie à l'académie des ingénieurs à Vienne. Lalande a publié l'analyse et le résultat des expériences de Romme, dans l'Histoire des mathématiques , par Montucla , t. 4, p. 454 et suiv. Quoique partisan des réformes demandées alors de toutes parts , Romme fut entièrement étranger à la révolution. Dans les temps les plus difficiles, il continua ses leçons avec le même zèle. Il fit, en 1796, sur les marées Outre Art de la mdture des rais- seaux, 1778, et l'Art de la voilure, 1781, qui font partie de la Description des arts et métiers, on a de Romme : 1° ilemoire où l'on propose une nouvelle méthode pour déterminer les longitudes en mer, la Rochelle, 1777 de 22 pages. 11 conseille d'observer te lever et le coucher de la lune et la hauteur d'une étoile dans le même vertical . 2° L'Art de la marine , ou Principes et préceptes généraux de l'art de construire, d'armer, de manoeuvrer et de conduire les vaisseaux, ibid. , 1787 fig. Cet ouvrage est fort estimé des navigateurs. 3° Recherches faites par ordre de S. $ 11. Britannique, de 1765.1771 , pour rectifier les cartes et perfectionner la navigation du cana' de Bahama, traduites de l'anglais de Guill. de Brahm, ibid., 1787; 4° Dictionnaire de la marine fran-çaise, ibid., 1792 Paris, 1813, mème format ; 5' Description des moyens proposés pour suppléer en mer à la perte du gouvernail d'un vaisseau, par Packenham , Olivier et Hutchinson, traduit de l'anglais, avec des additions extraites d'ouvrages anglais et français, ibid., 1769 6° Modèle de calculs pour déterminer en mer, par des observations astronomiques , la longitude et la latitude d'un vaisseau , ibid.. 1800 de 22 pages. Il avait cru reconnaître à la méthode de Borda un inconvénient dans certains cas. 7° Dictionnaire de la marine anglaise, Paris, 1804, 2 vol. ; 8° Tableau des vents , des marées et des courants sur toutes les mers, ibid., 1806, 2 vol. C'est le recueil d'observations le plus complet qu'on ait en ce genre
  • Charles ROTTMANN( 1798 - 1850) : habile peintre de paysages, naquit en 1798 près d'Heidelberg; dès son jeune àge, il manifesta beaucoup de penchant pour le dessin, et, sans avoir de maîtres, il se livra à l'étude en copiant soit des estampes, soit des objets qu'il avait devant les yeux. En 1820, il se rendit à Munich, et il y exposa des aquarelles représentant des vues prises dans les montagnes de la Bavière ; elles attirèrent l'attention du pu-: blic ; on y reconnut des masses hardiment dessinées, un sentiment profond de la forme et de la couleur. En 1826, Rottmann fit un voyage en Italie. Parmi les sujets qu'il en rapporta se trouvait une vue de Palerme qui attira l'attention du roi de Bavière. Ce prince chargea l'artiste de peindre à fresque vingthuit vues d'Italie, afin de décorer les arcades du jardin du palais. Les difficultés que présentait cette tâche furent heureusement surmontées , et l'oeuvre reçut les louanges de la cour et de la ville. En 1834 et 1835, Rottmann parcourut la Grèce afin d'y chercher des motifs pour de nouvelles commandes que lui avait faites le souverain qui voulait convertir sa capitale en un véritable musée. De charmants paysages représentant des vues de l'Attique et de l'Archipel vinrent décorer la Pinacothèque; la lumière éclatante de ces beaux pays revit sous le pinceau de l'artiste, qui, d'ailleurs, cette foisci, n'a pas fait des fresques, mais des compositions exécutées d'après des procédés qui rentrent dans le domaine de l'encaustique, et appliquées aux murs. Rottmann mourut le 7 juillet 1850, peu de temps après avoir terminé ce travail. Une association (l'artistes lui lit ériger un mausolée dans un lieu qu'il affectionnait particulièrement, sur une colline à laquelle on donna son nom, près du lac de Sturnberg
  • Charles RUNNINGTON( 1761 - 1821) : jurisconsulte anglais, né le 27 août 1761, appartenait à une bonne famille de l'Hertfordshire. Destiné au barreau, il fut placé, trèsjeune encore, en qualité de secrétaire auprès d'un des légistes les plus re- nommés de l'époque, J. Morgan, qu'il aida à publier un recueil des dispositions confuses et si mal coordonnées faisant autorité devant les tribunaux anglais. A l'âge de vingttrois ans, il entra dans la corporation du Temple, c'est-àdire dans le corps des avocats, et il ne tarda point à se faire connaltre d'une façon avantageuse. Appartenant au parti des whigs, il soutint avec chaleur la cause libérale; et à l'occasion de l'élection de 1784, qui causa alors une vive agitation , il appuya devant les tribunaux la plainte portée par Fox contre le haut bailli de Westminster, accusé de nianceuvres contraires à la liberté des votes et à l'indépendance du scrutin. Les tories ayant presque toujours été au pouvoir durant le règne fort long de George 111, Runnington se trouva écarté des emplois auxquels l'appelaient ses talents. Fox eut bien, lorsqu'il parvint au ministère en 1806 , le projet d'appeler son ami à des fonctions élevées, mais sa mort prématurée l'empêcha de réaliser ses intentions. Runnington continua de plaider aux assises, de porter la parole dans des affaires importantes, et il avait plus de soixante ans lorsqu'il fut nommé juge de paix du comté de Sussex , et plus tard commissaire royal pour l'assistance des débiteurs insolvables. En 1819, le fardeau de l'àge le décida à se démettre de ses fondions, à s'éloigner des affaires. Il se retira à Brighton, où il mourut le 18 janvier 189.1. On doit à Runnington des éditions revues et accompagnées de notes de divers ouvrages estimés, tels que le traité de Gilbert sur la loi des expropriations, et l'Histoire de la jurisprudence , par Matthieu Hale ; il revit une collection de statuts qui va depuis la grande charte jusqu'au milieu du règne de George III et qui a été continuée depuis. Il a écrit aussi des livres sur quelques points particuliers de la jurisprudence britannique; mais leur intérêt est trop local pour que nous ayons besoin d'en transcrire ici les titres
  • Charles RUSS( 1779 - 1843) : peintre allemand, né à Vienne en 1779, était fils d'un artisan. Celuici s'étant établi dans la suite à WienerischNeustadt , le jeune Russ alla dès lors tous les jours jusqu'à la frontière de Hongrie pour prendre des leçons de Peinture chez un receveur des douanes qui était aussi peintre. En 1793, étant revenu à Vienne, il put étudier les chefsd'œuvre de l'art réunis dans la capitale de l'Autriche ; mais il eut de la peine à se fixer à un genre. D'abord il s'adonna, sous la direction de Dreclisler, à la peinture des fleurs et des fruits ; puis sous un autre maître, nommé Brand , il étudia le paysage ; enfin sent tant sa véritable vocation, il se familiarisa avec l'anatomie , il commença à copier des tableaux d'histoire de la galerie de tableaux. Comme il apprit aussi la gravure à l'eauforte et dans le genre de l'aquatinta, il grava ainsi une quarantaine de ses compositions historiques. Pendant un séjour à Munich, en 1804, il dessina plus de cent tableaux de la galerie. Avec son portefeuille sous le bras, il revint enAutriche en profitant du départ d'un train de bois qui descendait le Danube. Par malheur le train sombra, et Russ, étant dans l'eau comme les autres passagers, ne sauva ses dessins qu'en tenant son portefeuille audessus de sa tète. S'étant enfin fixé à Vienne, sa ville natale, il se livra sérieusement à la peinture historique et débuta par Tirésias prédisant à Alcmène les destinées d'Hercule. Sur la commande de l'archiduc Jean, il exécuta avec Petter une suite d'esquisses d'après des sujets tirés du Plutarque autrichien, du baron de Hormayr. Après la guerre de 1809, pendant laquelle il reçut plusieurs commandes du général Andréossi que Napoléon avait nommé gouverneur général des pays conquis , il obtint le second prix à l'académie de Vienne pour son tableau d'Hécube pleurant , sur la côte de la mer de Thrace, sa fille Polysène et son fils Poly- dore. Ce succès lui valut, en 1810, l'honneur d'être attaché au service de l'archiduc Jean en qualité de peintre de cabinet. Il composa dès lors un grand nonibre d'esquisses sur des sujets puisés dans l'histoire de l'Autriche. Il n'en exposa pas moins de quarante au salon de l'académie de Vienne, en 1822 ; elles avaient en grande partie trait aux événements de la vie des empereurs Rodolphe de Habsbourg et Maximilien let. Il avait obtenu, en 1818, la place de custos ou gardien de la galerie de tableaux du château impérial du Belvédère. Russ mourut le 19 septembre 1843. Cet artiste ne se distinguait pas par l'originalité on lui reproche mème d'avoir trop servilement imité l'antique et d'avoir attaché trop d'importance au costume et à d'autres accessoires; mais on voit par ses compositions qu'il avait profondément étudié son art. Le grand nombre de ses esquisses, dont une partie est restée en portefeuille et retrace soit des paysages, soit des suites de légendes, atteste à la fois l'application et l'habileté de cet artiste. Voyez le Kun. stblatt de 1844, no 27. I)—G
  • Charles RUZZINI : succéda , le 9 i mai 1739., sur le trône ducal de Venise, à Sébastien Mocenigo. Il avait auparavant été chargé de plusieurs ambassades et avait exercé les emplois les plus importants de sa république ; mais les Vénitiens n'avaient plus dans leur politique d'autre but que de se faire oublier. Ruzzini demeura tranquille spectateur de la guerre qui , pendant son règne, ravageait l'Italie. Il mourut en 1737i; et Louis Pisani fut son successeur
  • Charles SABLIER( 1693 - 1786) : littérateur, naquit à Paris en 1693. Son père exerçait la charge de contrôleur des trésoriers de la maison du roi et jouissait d'une honnête aisance. Après avoir achevé ses études avec succès, le jeune Sablier fut placé chez un procureur; mais, entraîné par son goût pour les lettres, il passait son temps à lire ou à faire des vers. 11 avait pour ami la Chaussée, et ils publièrent ensemble, en 1719, une critique des fables de la Motte sous le titre de Lettres de madame la marquise de ,.:, avec la réponse. Les parents de Sablier furent ruinés par le système de Law , et, forcé de prendre un emploi , il entra dans les bureaux de la compa- gnie des Indes, où il s'instruisit à fond sur la géographie et la marine. Ses services lui don- Mémoires de Tallemant, higtorien de madame de Montau- sier, et Poésies de la Afesnardiere , Paris, 636 p. 85. Ce poiite accompagnait la marquise; il raconte ce qu'il a vu et entendu. Nécrologe de PortRoyal, Amsterdam , 1723, p. 34, riaient droit à un avancement qu'il ne put obtenir , et il profita d'une circonstance favorable pour offrir sa démission. Devenu libre, il cultiva les lettres avec une nouvelle ardeur. Deux pièces qu'il fit jouer, en 1728, au ThéâtreItalien , n'eurent qu'un succès éphémère ; mais il détermina la Chaussée à travailler pour le théâtre, et celuici donna, sous le nom de Sablier, le Préjugé à la mode , pour lui procurer ses entrées à la Comédie française. A cinquante ans, Sablier se chargea de l'éducation du fils aîné du duc d'Aumont, et la reconnaissance de ce sei- gneur le mit pour toujours à l'abri du besoin. 11 s'exerça alors successivement dans presque tous les genres. La vieillesse ne ralentit point son ar- deur pour le travail , et il était plus qu'octogé- naire quand il publia son Essai sur les langues, ouvrage écrit d'un style léger et gracieux. Sablier mourut à Paris, le 10 mars 1786, à l'àge de 93 ans. Outre l'édition des OEuvres de la Chaus- sée, 1763, 5 vol. précédée de la Vie de l'auteur, on a de lui : 10 OEuvres de M*", Londres , 1761 ; reproduit sous le titre de Thédtre d'un inconnu, ibid., 1765 Ce volume contient : la Suivante généreuse, imitation en vers d'une comédie de Goldoni; elle fut jouée, en 1759, à l'insu de l'auteur, mais avec peu de succès; — la Domestique généreuse, traduction en prose de la même pièce, et les Mécontents, autre traduction de Goldoni. 2° Variétés sérieuses et amusantes, Paris, 1764, 2 vol. nouvelle édition, augmentée et refondue entièrement, ibid., 4769, t vol. C'est une compilation intéressante. On y trouve des extraits d'ouvrages rares, des jugements sur les auteurs, des bons mots, des anecdotes, des épigrammes de l'Antho- logie, traduites ou imitées en vers, etc. 3' Tra- duction libre d'un choix de lettres de Sénèque, Paris, Saillant, 1770 ; 4° Essai sur les langues en général, sur la langue française en particulier, et sa progression depuis Charlemagne jusqu'à présent, ibid., 1777 ou 1781 Le but de l'auteur n'est pas de rechercher l'origine des langues et leur filiation : il se contente d'indiquer sommairement celles des peuples actuels et les changements qu'elles ont éprouvés. Il s'étend davantage sur la langue française, dont il indique la marche et les progrès par des extraits des principaux ouvrages qu'elle a produits dans chaque siècle. 11 traite ensuite des étymologies et de leur abus, de l'origine de quelques locutions proverbiales et de certains mots omis par Ménage et par les auteurs du Dictionnaire de Trévoux ; des mots vieillis et qui ne lui semblent pas avoir été remplacés, et il termine par l'analyse du fameux Roman de la Rose . Cet ouvrage, d'une érudition légère et agréable, se sur la mort de Voltaire. Sablier était, par sa mère, parent éloigné de ce grand poëte. Outre beaucoup de pièces fugitives, il a laissé en manuscrit trois opéras, une comédie et deux tragédies, l'une intitulée Ilione et l'autre Déntétrius. Parmi ses ouvrages en prose, on cite un Abrégé de l'histoire des Juifs, depuis la destruction de Jérusalem. Sablier, à la prière de Cochu , son médecin, avait rédigé une courte notice sur sa vie et ses ouvrages; on la trouve dans le Journal encyclopédique, 1786, t. 8, p
  • Charles SAINT-YVES( 1667 - 1733) : célèbre oculiste, né à blaubertFontaine, près de Rocroi, le 10 novembre 1667, peut être regardé comme le créateur de la lecience ophthalmologique. Né sans fortune dans un village ignoré, il ne dut les soins de sa première éducation qu'à mademoiselle de Guise, qui le fit venir à Paris, pourvut aux frais de son éducation et l'attacha à son service en qualité de page. Ayant perdu sa protectrice, il entra, en 1686, dans le couvent des lazaristes, où quelquesuns de ces religieux étaient chargés de pratiquer la médecine. Après quinze ans d'études générales, il s'adonna au traitement des maladies des yeux, et il y obtint une telle supériorité qu'on venait le consulter de tous les pays. Il avait surtout acquis une extrême habileté dans l'opération de la cata- racle, et l'on a raconté qu'il en leva jusqu'à cinq cent soixante et onze dans l'année 1708. Voulant exercer ses talents avec plus de liberté et s'af- franchir des exercices de la règle qui lui déro- baient des moments utiles à la pratique de son art et au soulagement de l'humanité, il quitta en 1711 la maison de StLazare et vint demeurer dans la rue NotreDame de BonneNouvelle avec son frère aîné et son neveu Paulmier. Charitable et fort désintéressé, il était resté jusqu'alors sans fortune au milieu d'une innombrable clientèle, et souvent on le vit nonseulement traiter gratuitement ses malades, mais les aider de sa bourse. Ne pouvant suffire aux besoins du publie • qui augmentait avec sa réputation, il s'adjoignit en 1715 un élève en chirurgie nommé Léoffroy, dont l'adresse et le caractère soumis et studieux lui plurent tellement qu'il le maria avec sa gouvernante, mademoiselle 'galion, qui était devenue à peu près la maîtresse de sa maison. Il l'autorisa même à prendre son nom après sa mort et lui laissa par son testament toute sa fortune , qui ne se montait pas à moins de cinq cent mille francs, somme considérable à cette époque. StYves mourut, le 3 août 1733, à Mau- bertFontaine , qu'il allait visiter au moins une fois chaque année. Conformément à ses disposi- tions testamentaires, son corps fut transporté à Paris et inhumé dans la maison de StLazare , à laquelle il était resté trèsattaché. Il ne parlait jamais de StVincent de Paul sans admiration, et au milieu des soins innombrables de sa profession, il n'avait pas cessé de s'acquitter avec une exactitude véritablement religieuse de tous ses devoirs de piété. Il a laissé sur son art un ouvrage élémentaire sous le titre de Nouveau traité des maladies des yeux, Paris, 1722 Amsterdam, 1736 ibid., 1767 , a:tee quelques augmentations par Cantwel ; traduit en anglais par Stokton, Londres, 1736 et en allemand, Berlin, 1744 « Cet ouvrage, « dit Portal-, est divisé en deux livres , et on « trouve à la tète une description succincte et exacte des parties de l'oeil , principalement du « ganglion ophthalmique. StYves croit à tort « avec Mariotte, que la choroïde est l'organe « immédiat de la vue. Il traite dans le premier « livre des maladies extérieures au globe et pro- « pose une nouvelle méthode de guérir la fistule « lacrymale, recommandant l'usage de la pierre « infernale contre plusieurs affections qu'il avait « dissipées par ce secours. Le second livre con-(t cerne les maladies de l'oeil. StYves y établit « plusieurs espèces nouvelles d'ophthalmies. « s'est convaincu par sa propre observation que « la cataracte est tantôt membraneuse, tantôt « cristalline. Il faisait l'opération de la cataracte « membraneuse par extraction. Cet habile ocu- « liste est un des premiers qui ait déduit, d'après « l'observation, les prolongements de la cala-(( racle. La première est le détachement de quel-« qu'une de ses parties de la choroïde, d'où, dit « StYves, il se forme dans l'endroit de cette sé- « paration une élévation ou repli qui arrête la « lumière et ne lui permet pas de passer jusque « sur l'endroit de la choroïde que ce pli re- « couvre, ce qui forme comme une ombre que « les malades voient en l'air. La seconde maladie « que StYves a décrite est l'atrophie de cette « membrane qui lui ôte la faculté de modifier les « rayons lumineux , qui , suivant notre oculiste, « blessent la choroïde, d'où il arrive une confu-« sion dans la vision. On trouvera dans cet ou-« vrage des remarques intéressantes sur la goutte « sereine et une méthode pour panser les yeux. « StYves a omis de traiter un grand nombre « d'affections des yeux ; c'est ce que Mauchard , « médecin allemand, lui a reproché dans le sup-« plément du Mercure du mois de mai 1722. « StYves répondit par un petit livre intitulé ponse à une lettre critique insérée dans le Mercure « sous le nom de llauchard, 1723 StYves « s'y justifie de plusieurs fautes dont Mauchard « l'accusait, et il y donne quelques observations « pour servir de supplément à son livre. Cette « réponse fut encore attaquée par le même Mau- « chard dans le Journal des Sarants de février et « juin 1724. » — SAITYVES, frère aîné du précédent, né comme lui à MaubertFontaine, fut aussi élevé par les soins de mademoiselle de Guise et devint également un de ses pages. S'étant livré de bonne heure à la peinture , il fit le voyage de Rome comme pensionnaire du roi et fut nommé à son retour membre de l'Académie de peinture à Paris , où il mourut en 1730. Du reste , on ne connaît de lui aucune production remarquable, R —D—N.
  • Charles SARACINO ou SARACENI( 1585 - 1625) : peintre, nommé aussi Carlo VENEZIANO de la ville de Venise, où il naquit en 1585, vint fort jeune à Rome, où, séduit par la manière du Caravage, if commença à l'imiter dans les habitudes de sa vie privée. Voyant bientôt que cela ne suffisait pas pour acquérir de la réputation, il se livra sérieusement à l'étude, et le succès couronna sa persévérance. Il fut chargé à Rome d'un grand nombre de travaux tant à fresque qu'a l'huile. Son mérite est le naturel , et son coloris est plus franc et plus ouvert que celui de son modèle. Il déploie un goût entièrement vénitien dans sa manière de revêtir ses figures de draperies extrêmement riches et de costumes du Levant. Un des caractères de ses compositions, c'est qu'il y des personnages gros et brillants de santé, des eunuques et des tètes rases. Ses meilleures fresques sont celles qu'on voit dans les salles du Vatican, et ses tableaux à l'huile que l'on préfère sont ceux qui représentent St- Bonose et le Mar- tyre d'un e'réque dans l'église de l'Anima. Ses ouvrages sont rares dans les collections particulières. Le musée du Louvre a possédé un tableau de ce maître représentant des Anges qui forment un concert pour charmer les fatigues de la Ste- Fa- mille; l'un d'eux courbe les branches d'un palmier pour en cueillir des fruits. Il a été repris en 1815. Le même établissement en possédait un second , dont le sujet était la Fuite en Eyypte, et dont il a enrichi le musée de Lille. A l'àge quarante ans, Saraceni voulut revoir sa patrie ; mais à peine arrivé à Venise, il tomba malade et mourut en 1625. Ridolfi n'en a point parlé, et Zanetti s'est contenté d'en dire quelques mots
  • Charles SAULNIER( 1690 - 1738) : chanoine régulier de l'observance réformée de l'ordre de Prémontré, de la proVince. de Lorraine, était né à Nancy, en 1690. 11 prononça ses voeux en 1709, à l'ab- baye de SteMarie de Ponts-àMousson et y continua ses études sous de bons maîtres , avec assez de succès pour que ses supérieurs, lorsqu'il eut reçu l'ordre de prêtrise , le crussent capable d'enseigner la philosophie et la théologie à ses jeunes confrères. Il exerça pendant quelques années cet emploi. C'était vers ce temps que Hugo, abbé d'Estival , du même .ordre, avait réuni dans son abbaye un certain nombre de jeunes religieux prémontrés, qu'il formait aux travaux d'érudition et qui lui servaient d'aides dans l'exécution des ouvrages qu'il avait en vue . Saulnier devint un de ses élèves les plus distingués ; il se l'attacha particulièrement, le fit nommer, vers 1723 , prieur d'Estival, par le chapitre de la congrégation, et, en 1735 , le fit. élire pour son coadjuteur, cum futura successions. 11 le nomma aussi son official . On a de Saulnier : 1° une belle édition des statuts de l'ordre L'abbaye d'Estival était exeirpte et dépendait immédiatemen, du pape ; elle était ce qu'on appelait nallius dioecesis , et l'abbé exerçait, dans l'enclave du terrain qui en dépendait, les droits quasi épiscopaux. Il avait une officialité. de Prémonté, sortie des presses d'Estival , avec le titre suivant : Statuta candidi et canonici ordinis Prœmonstratensis renovata anno 1630 ; a capitulo generali plane resoluta. Elle est acco de notes, de commentaires et de la règle de StAugustin , qui servait de base aux constitutions de l'ordre. 2° Bibliotheca scriptorum ordinis Prœmonstratensis, chronologie° ondine digesta, ab anno quo suum prcefatus ordo sumpsit exordium ad nostram usque œtatern, 1729 , ou-' orage inédit. Le manuscrit autographe retiré d'une collection de matériaux, restés vraisemblablement des travaux de l'abbé Hugo, et conservé par le P. Baudot, dernier prieur d'Estival, mort au séminaire de Nancy, s'est trouvé parmi ses papiers. Mais le manuscrit ne va que jusqu'en 1645 ; ce qui reste fait regretter qu'il ne soit pas complet. Le nom du P. Saulnier se rattache encore au projet d'une nouvelle édition de la Chronique . Sa fin prématurée et celle de l'abbé Hugo, qui la suivit de près, traversèrent l'exécution de ce projet, qui ne fut point repris dans la suite. Le P. Saulnier mourut à EstiVal le 4 janvier 1738
  • Charles SAUVAGEOT( 1781 - 1860) : archéologue français, connu par son attachement passionné pour les productions de l'époque de la renaissance, naquit à Paris le 6 novembre 1781. Son père était commerçant ; mais dès sa plus tendre enfance, le jeune Charles, ayant manifesté un goût décidé pour la musique, reçut une éducation artistique. Entré à l'âge de quatorze ans au conservatoire, lorsque cet établissement fut créé, il obtint, en 1797, le premier prix de violon. Admis à l'orchestre de l'Opéra, il devint premier violon et conserva cet emploi jusqu'en 1829 , époque à laquelle il prit sa retraite. Il donnait dans sa jeunesse des leçons de musique, et cette circonstance le mit en relation avec un haut fonctionnaire de l'administration des douanes qui le fit entrer dans ses bureaux. Sauvageot trouva ainsi les moyens d'augmenter ses modestes revenus. Célibatiire, vivant avec une stricte économie , il consacra ' ses efforts à former peu à peu un cabinet des plus remarquables. Il était essentiellement collectionneur, et, après avoir donné d'abord quelque attention aux chinoiseries, il s'occupa exclusivement des produits de l'art français, surtout au 16. siècle. Doué d'une grande activité, d'une patience infatigable , d'un coup d'oeil rapide , il acquit bientôt un goût trèsdélicat, et il fouilla sans relàche les boutiques de marchands de bric-àbrac. C'était à l'époque où les tourmentes de la révolution avaient fait sortir des palais, des hôtels, des églises bien des objets qu'on y avait conservés longtemps et qui n'avaient alors dans le commerce qu'une valeur trèsminime. Pendant bien des années, Sauvageot fut presque seul à rechercher les oeuvres de la renaissance , et , comme l'a trèsbien dit l'auteur d'une notice que nous avons sous les yeux, « de cette grande et « célèbre époque tout lui fut bon : meubles , « bijoux, coffrets, vaisselles, ustensiles de toutes « sortes, portraits, gravures; il recueillait chaque « jour avec une ardeur, une persévérance « domptable ; il recherchait surtout ce qui , de « près ou de loin, avait appartenu aux princes « et aux princesses de la maison de Valois. Fran-« çois I" était pour lui l'objet d'un véritable e culte ; c'était son roi, comme il disait parfois. Il dut à des hasards heureux, à des recherches habiles, des objets aujourd'hui du plus grand prix et qui trouveraient des acheteurs empressés prêts à les payer cent fois peut-être ce que Sauvageot avait, dans le bon temps, donné pour les avoir. Il put obtenir pour cinq ou six francs des plats de Palissy qui, à la chaleur des enchères, arrivent maintenant à des milliers de francs ; les princes de la finance ou les souverains peuvent seuls prétendre à posséder de pareils bijoux. Logé dans un trèspetit appartement , Sauvageot avait accumulé, entassé dans deux chambres exiguës tous les trésors qu'il avait réunis ; les artistes , les curieux visitaient avec empressement ce cabinet unique dans son genre, et dont le propriétaire faisait gracieusement les honneurs. Devenu septuagénaire et commençant à ressentir les atteintes du temps, Sauvageot ne put supporter l'idée de voir se disperser après sa mort une collection à laquelle il avait voué son existence ; il voulut la léguer à l'Etat : elle fut transportée au Louvre , et le généreux donateur n'accepta rien , si ce n'est un logement à côté de ses richesses artistiques et un brevet de conservateur. Une évaluation faite en 1856 porta à cinq cent quatrevingtseize mille huit cent douze francs le montant des objets qu'avait rassemblés l'habile collectionneur. La hausse des prix a fait des progrès tels, que cette somme, toute considérable qu'elle est, reste aujourd'hui bien audessous de la vérité. Sauvageot eut le bonheur de diriger luimême le classement des pièces de son cabinet, de les montrer dans toute leur splendeur, mais il ne tarda pas à succomber à une maladie cruelle, la pierre ; il mourut le 30 mars 1860, àgé de plus de 79 ans. Parmi les diverses notices dont il fut l'objet, nous signalerons celles qu'écrivirent M. Clément de Ris dans le Moniteur , M. J. Lecomte dans le Monde illustré, M. Darcel dans les Annales archéologiques , M. le Roux de Lincy en tête d'un catalogue, publié chez M. Potier, des livres de Sauvageot ; ce dernier travail , que nous avons cité plus haut, nous a été fort utile. Un graveur des plus habiles, M. Henriquel Dupont, a reproduit les traits de l'infatigable collectionneur dans un joli portrait, où il le montre ayant à la main une aiguière et sous le bras le plateau qui doit la supporter, deux des plus belles pièces en effet du cabinet de notre amateur, mais la légende s'est déjà introduite auprès de lui ; on a mis en avant des récits fort inexacts sur plusieurs de ses découvertes ; on a prétendu , par exemple, qu'il avait trouvé chez un chaudronnier presque pour rien les deux pièces en question ; le fait est qu'il les paya sept cents francs en 1829. On vient d'entreprendre la publication d'un livre de luxe qui reproduira par la gravure les plus beaux objets du musée Sauvageot, et qui contribuera ainsi à populariser un nom que l'oubli ne saurait atteindre aujourd'hui
  • Charles SCHAAF( 1646 - 1719) : orientaliste , né à Nuis, près de Dusseldorff, le 28 août 1646, fils d'un major hessois, perdit son père à l'âge de huit ans et reçut, par les soins de sa mère, une bonne éducation, dont il sut. profiter. 11 se rendit ensuite à Augsbourg, où il continua ses études à l'académie avec le plus grand succès , et fut nommé docteur en langues orientales. Il y professa pendant trois ans ; et , sollicité plus tard par les curateurs de l'académie de Leyde , il alla dans cette ville et y donna des leçons de langues orientales. Voulant le fixer auprès d'eux, les curateurs lui firent des présents considérables , lui promettant une chaire de professeur, et ils lui conférèrent un privilége pour professer exclusivement les langues orientales. Ce fut dans ce tempslà qu'il donna, sous le titre d'Opus aramoeum, 1686, 1 vol. une grammaire chaldaïque et syriaque, avec quelques passages de l'Ancien et du Nouveau Testament dans ces deux langues. En 1708, il publia un Nouveau Testament en syriaque, avec une version latine, vol. iii-4.; et un Lexicon syriacum qui a été réimprimé en 1717. A. la prière des curateurs, il fit, en 1711 , un catalogue des livres et manuscrits hébreux , chaldéens, syriaques, samaritains et rabbiniques qui se trouvaient dans la bibliothèque de l'université ; et ce catalogue, qui fut imprimé avec celui de la bibliothèque de Leyde , est trèsestimé. L'année suivante, Schaaf fit paraître sa correspondance en langue syriaque, accompagnée d'une version latine, avec un évèque de Malabar. Cette conespondance était relative à la croyance des habitants de cette contrée et à leur conversion au christianisme par l'apôtre StThomas. En 1719, il reçut enfin le titre de professeur et son traitement fut augmenté pour la troisième fois. On a encore de ce savant : Epitome grammatica, hebrœce , 1716 Tous ces ouvrages sont es- timés. Leur auteur mourut à Leyd. le 4 novembre 1719, d'une attaque d'apoplexie. 11 avait etc marié deux fois et laissa plusieurs enfants. — Son fils aîné fut aussi trèsexercé dans l'é- tude des langues orientales ; et il remplaça souvent son père dans les leçons que celuici avait à donner ; mais il ne put lui succéder dans sa chaire à l'université, ayant été accusé d'hérésie à cause de ses liaisons avec des personnes de religion différente
  • Charles SCHALL( 1780 - 1833) : auteur dramatique allet'and, né à Breslau, en 1780, était fils d'un tégociant et devait entrer dans la carrière où ,on père avait fait fortune. Celuici tenait une liaison honorable et rassemblait chez lui une société distinguée'. Le fils, sûr de ses moyens l'existence, préféra être homme du monde et tuteur par amusement. Il fit le charme des iociétés par son esprit et par sa facilité d'élocu-ïon, et l'on assure qu'il n'a pas su mettre dans ,es pièces de théâtre la moitié de l'esprit qu'il )rodiguait dans ses conversations pleines d'enouement et dans ses causeries piquantes. Il 4araissait avoir fait une étude particulière du héâtre et en parlait trèsbien. Il fut même poliigue autant qu'il était permis de l'être alors en 'russe, et à l'époque où les événements politilues lui avaient fait perdre une grande partie le la fortune paternelle , il fonda un journal , la Vouvelle Gazette de Breslau. La contrainte impoiée par la censure en Allemagne ne nous met )as en état de juger de ce que ce journal serait levenu si l'auteur avait eu ses coudées franlhes ; aussi n'estce que par ses pièces de théà-- e , surtout par ses bluettes, que Ch. Schah' fest fait quelque réputation. Ce sont entre autres : Regarde à qui tu te fies en allemand , l'eau, schau , wem) ; — la Partie de whist interMmpue ; — le Baiser et le soufflet; — la Fureur ale théâtre, sorte de parodie d'un genre qui avait envahi la scène allemande. Une anecdote de la le de Kant lui fournit le sujet d'une pièce qu'il e a intitulée le Bouton et l'habit de peluche. On Ir voit que l'auteur cherchait à piquer la curiosité lu public par des titres singuliers. Il termina par un drame bien noir, l'Épée et le fuseau, dont l'action se passe dans les temps du régime féodal. On n'était pas habitué à le voir si sérieux, et cette pièce n'eut guère de succès , tandis que ses bluettes se sont maintenues au répertoire. Il médita aussi le plan d'un roman de mœurs ; mais il le médita si longtemps qu'il ne le fit jamais. Après avoir passé plusieurs années à Berlin, il revint dans sa ville natale ety mourut à la suite d'une maladie longue et douloureuse, le 18 août 1833
  • Charles SCHRŒDER : général autrichien , était fils d'un officier et le plus jeune de trois frères qui suivirent la carrière des armes. 11 avait fait avec beaucoup de distinction, sous Dams et Laudon, les guerres de Silésie et de Bohème, et il était devenu colonel du régiment de Vierzai, puis généralmajor employé dans les PaysBas, sous les ordres de d'Afton. Ce fut en cette qualité qu'il conduisit, en 1787, contre les insurgés brabançons retranchés à Turnhout, un corps d'armée qui y fut complétement battu par suite d'une attaque imprudente. Cette affaire fut, dans ce pays, le signal de la déroute gé- nérale des Autrichiens, qui. peu de jours après. éprouvèrent un autre échec à Gand, où Shrceder s'étant aussi porté fut blessé d'un coup de feu à la jambe. qui l'obligea de se réfugier en France et dont il resta boiteux toute sa vie. Peu de temps après la défaite de Turnhout et lorsque Schrœder eut été blessé à Gand, ce général reçut de Vienne la nouvelle de sa disgrâce et l'ordre de cesser ses fonctions. Ce ne fut que quelques mois après qu'il réussit à se faire employer de nouveau. 11 remplaça Beaulieu dans le commandement de l'année qui occupait le pays de Luxembourg. en 1793, et fut attaqué à Arlon, le 9 mai de cette année, par les Français. Son imprévoyance lui fut fatale : il éprouva encore un autre échec, dans lequel il se laissa enlever son artillerie et ses magasins. 11 se trouva ensuite renfermé dans Luxembourg et concourut, sous les ordres de Bender, à la défense de cette place. 11 fut nommé lieutenant général en février 1795 et obtint le commandement de la forteresse de Cracovie, où il mourut en 1807
  • Charles SCHULMEISTER( 1770) : l'un des agents de police les plus habiles qu'ait eus Napoléon , prit une grande part aux intrigues qui , dans beaucoup d'occasions et surtout en Allemagne, accompagnèrent ses victoires. Né en Alsace, le 13 août 1770, il était fils d'un sousintendant, qui le fit entrer à quinze ans, comme cadet, dans les hussards de Conflans ; mais il quitta presque aussitôt le service pour achever ses études, et, en 1788, il devint actuaire au bailliage de Kork , sorte de secrétaire chargé de dresser les actes publics. Cet emploi ne pouvant convenir à son activité turbulente, il le garda peu de temps et se livra à l'agriculture. En 1792, il épousa la fille du directeur des mines de SteMarie, et, quelques années après, profitant du désordre qui régnait en France, il se mit à faire la contrebande, industrie dangereuse, niais lucrative, qu'il exerça bientôt sur une grande échelle. Luimême ne cachait pas que, avant d'être observateur mili- taire , il avait été chef de contrebandiers, et il disait que la contrebande et la police se ressemblent beaucoup. A ce métier périlleux il posa les premières bases d'une fortune qui , par des moyens aussi peu honorables, devait s'accroître considérablement dans la suite. En 1800, il alla à Strasbourg établir une manufacture ; niais il est à croire que le commerce ne l'absorba pas assez pour qu'il ne pût déjà s'occuper d'espionnage en Allemagne et sur le Rhin. Ce ne fut néanmoins qu'au commencement de l'empire qu'on le vit s'y livrer d'une manière exclusive. Venu à Paris en 1804, il fut présenté par l'aide de camp Rapp, son compatriote, à Napoléon, qui lui conféra un grade dans l'armée et l'attacha à Savary, dès lors suprème directeur de la police militaire. Cette faveur nous paraît la preuve évidente que déjà il avait eu occasion de montrer son intelligence en cette matière. Napoléon aimait surtout les caractères fins et rusés , les dévouements aveugles, et Schulmeister, réunissant au plus haut degré ces deux avantages, fut dès ce moment le plus habile et le plus discret agent de sa police. II serait impossible de dire toutes les missions de confiance dont il fut chargé, parce qu'elles furent toujours trèssecrètes. La nature de celle qu'il remplit, à l'ouverture de la campagne de 1805, auprès de Mack, assiégé dans [lm, est restée inconnue ; on sait seulement qu'il pénétra dans la place par une poterne, sous un déguisement, et qu'il eut plusieurs conférences avec le général autrichien , lesquelles contribuèrent beaucoup à l'inexplicable capitulation. Là, certainement, ne dut pas se borner sou action sur l'armée autrichienne, dont il parlait parfaitement la langue. « Chargé de remettre une « lettre à un personnage important , dit Cadet-« Gassicourt dans son Voyage en Autriche, Schul- « ineister passa chez l'ennemi comme bijoutier, a muni d'excellents passeports et portant avec « lui une riche collection de diamants et de bijoux; mais il fut vendu , arrêté et fouillé. Sa « lettre était dans le double fond d'une boite « d'or. On la trouva et on eut la sottise de la lire « tout haut devant lui. Jugé et condamné à mort, « il fut livré aux soldats qui devaient l'exécuter ; « mais il était nuit et l'on remit son supplice au « lendemain. Alors il reconnaît, parmi ceux qui a le gardent, un déserteur français, cause avec C' lui, le séduit par l'appàt du gain, fait venir du « vin, boit avec son escorte, glisse de l'opium a dans la boisson , enivre ses gardes, prend un « de leurs habits, s'échappe avec le Français, et, « avant de rentrer, trouve le moyen de prévenir « celui pour qui était la lettre saisie, de ce « qu'elle contenait et de ce qui lui était arrivé. » a Ce récit a un peu l'air d'un roman, ajoute « CadetGassicourt; il m'a été attesté par vingt « officiers supérieurs, qui reconnaissent que, a dans ce genre, on n'avait jamais trouvé un a homme plus adroit. » Nous ignorons si tous ces détails sont exacts; mais ce qui est sûr, c'est que, fait prisonnier par les Autrichiens , Schulmeister parvint à s'échapper. Après la prise de Vienne, Napoléon le nomma commissaire général de la police de cette capitale, et on lui doit cette justice, qu'il sut y maintenir la tranquillité et le bon ordre durant toute l'occupation , bien qu'il n'eût à sa disposition que trentequatre gendarmes d'élite. il est vrai qu'il inspirait une grande terreur aux habitants de cette paisible cité. Après la paix de Presbourg, il se retira dans son domaine de Mei-.nau , près de Strasbourg ; mais la campagne de Prusse le rappela bientôt à l'armée , et ce fut sans doute pour mieux observer et mieux agir qu'il reçut le commandement d'un petit corps d'avantgarde, formé d'une partie du ler de hussards et du 7e de chasseurs à cheval. Après la bataille de Warren , dans le Mecklenbourg, où il assista, il reçut l'ordre de poursuivre le général Usedom , puis de s'emparer de Wismar. La manière dont il prit cette ville mérite d'ètre racontée. Escorté de sept hommes, il s'avance au milieu de la nuit, surprend le poste qui gardait la porte, le désarme , contraint à se rendre quinze officiers et quelques centaines de PrussienS, qui fermaient la garnison, et Wismar est en son pouvoir. Attaqué par un escadron de hussards, lui et ses sept hommes le repoussent et font prisonniers le commandant et '20 soldats. Le lendemain matin , Savary, à la tète de 50 hommes de cavalerie, marche contre le corps d'Usedom, fort de 3,000 hommes, avec une bonne artillerie, et ce général met bas les armes presque sans combattre. De Wismar, Sehulmeister s'avance sur Rostock, suivi de 25 hussards ; il en prend possession et s'empare de 18 navires qui se trouvaient dans le port. Ces avantages presque incroyables furent dus plus encore aux habiles séductions de cet homme qu'à sa valeur militaire. On sait que dans cette rapide campagne, comme dans celle d'Autriche, l'art de la guerre n'assura pas seul la victoire, et que la reddition des principales places de la monarchie prussienne ne fut pas moins le résultat des négociations secrètes que de la force des armes. Schuhneister contribua beaucoup à ce genre de succès. Il fut ensuite envoyé au siège de Dantzig, et, après la capitulation de cette ville, il vint rejoindre la grande armée au moment où s'ouvrait la seconde campagne de Pologne. Il assista aux batailles d'Heilsberg et de Friediand avec les fusiliers de la garde, sous le commandement de Savary, qui dès lors était son véritable chef sous tous les rapports. Le lendemain de l'occupation de Koenigsberg , il en fut nommé commissaire général, fonctions qu'il remplit jusqu'à la paix de Tilsitt. L'année suivante, à l'entrevue d'Erfurt, il fut chargé de diriger la police et de veiller à la sûreté des deux souverains. Durant la campagne de 1809, il continua d'être employé comme militaire et comme homme de police. On sait que les négociations secrètes ne furent pas plus né- à gligées dans cette guerre que dans les précédentes. La trahison du commissaire général de l'armée autrichienne , Paffbender, , chargé de pourvoir à la nourriture et à l'entretien des troupes , en est un irrécusable témoignage . Ces sortes de services n'empêchèrent pas Schulmeister de se distinguer dans plusieurs combats, et particulièrement à Landshut, où il pénétra un des premiers à la tète des grenadiers du 17e de ligne, en traversant Viser sur un pont embrasé. Après la reddition de Vienne, la police lui en fut une seconde fois confiée, et il montra encore dans ce poste difficile autant de sagesse que de modération. A la paix de Vienne, il affecta de renoncer au métier qu'il exerçait depuis cinq ans, et auquel il avait gagné quarante mille francs de rentes. Désormais retiré à Strasbourg, il ne se mêla, du moins ostensiblement, à aucun des faits ultérieurs de l'empire. Cependant, propriétaire de plusieurs manufactures, il put bien, sous prétexte de voyager pour ses propres affaires , accepter quelques missions de confiance. Une chose certaine, c'est que sous la première restauration il travailla au triomphe du complot qui avait pour but le retour de Napoléon. Ayant établi te centre de ses opérations dans les départements du Rhin , il faisait parvenir à l'île d'Elbe les observations qu'il recueillait et les résultats de ses manœuvres. Aussi , après le 20 mars , son dévouement trouva sa récompense, et il reçut encore diverses missions importantes , dont il s'acquitta avec son intelligence et son zèle habituels. Ces nouveaux services appelèrent sur lui l'attention des alliés en 1815; son nom était bien connu en Allemagne, et Blücher résolut de le faire arrêter. Le 27 juillet, il se rendait à une terre qu'il possédait sur la route de Vincennes, lorsqu'un piquet de cavalerie prussienne s'empara de sa personne, feignant de le prendre pour le géeéral Vandamme. Dans cette croyance, il se laissa mener à Charonne, auprès du général Kleist, disant qu'il lui serait facile de prouver qu'il y avait erreur. Une fois là , on lui apprit qu'on savait parfaitement qui il était, et qu'on avait ordre de le conduire à Wesel. Ce fut sans doute une violation du droit des gens; mais qu'estce que le droit en présence de la force? A son arrivée dans cette forteresse, on commença d'instruire son procès, et, après quelques mois de détention, on le mit en liberté. Ce parti était le plus sage. Le gouvernement prussien se contenta d'une foule de renseignements secrets sur les hommes et les choses que lui fournit cette instruction judiciaire. Schulmeister revint alors à Paris, où il vécut On lit dans l'Histoire de l'Europe pendant le Fonsulat l'empire de Napoléon, par M. Capefigue , t. 7, chap. 2:" Quel4 a que fassent les soins de l'archiduc Charles la corrnylion et(tit ?? parvenue à s'infiltrer même dans l'administration de l'armée; a le quartiermaitre général avait été arrêté pour aoir vendu les ‘‘ secrets de la campagne au général Andréossy et communiqué les ?i états d'administration du conseil aulique. a Jans une retraite fort douce , partageant ses loiirs entre la capitale, la campagne et Strasbourg. ossesseur d'une grande fortune, il donna des tes somptueuses dans sa belle habitation de oissyStLéger. C'est là qu'il mourut en 1846 , ' sregretté des pauvres, auxquels il distribuait e nombreuses aumônes. Nous ne pouvons mieux ire connaître ce personnage extraordinaire qu'en onnant le portrait qu'en a tracé Cadet Gassi-' urt : « D'une intrépidité rare, d'une présence d'esprit imperturbable et d'une finesse prodi-, < gieuse , il a l'oeil vif, le regard pénétrant, l'air < sévère et résolu , les mouvements brusques, < l'organe sonore et ferme ; sa taille est moyenne, < mais il est robuste. Il connaît l'Autriche par-< faitement et dessine de main de maître le pur-"' < trait des individus qui y jouent un grand rôle. < Il porte au front de profondes cicatrices, qui < prouvent qu'il n'a point reculé dans les occ,asions critiques
  • Charles SCRIBANI( 1561) : jésuite, né à Bruxelles en 1561, était fils d'un gentilhomme italien, vertu dans les PaysBas à la suite d'Alexandre Farnèse , et. qui s'y maria. Les troubles du Brabant décidèrent ses parents à l'envoyer achever ses études à Cologne, et il y fit son cours de philosophie. Ayant résolu d'embrasser la règle de StIgnace, il se rendit ensuite à Trèves, où il reçut l'habit , en 1582. Scribani fut l'un des douze religieux envoyés en Flandre pour travailler à l'établissement de l'institut, et que les historiens de la société nomment les douze apôtres. Après avoir professé la rhétorique à Anvers et la philosophie à Douai , il remplit successivement avec zèle les fonctions de préfet des classes, de recteur dans différentes villes et enfin de provincial de la Flandre. En cette qualité, le P. Seribani fit deux voyages à Rome et sut se concilier, avec la bienveillance du pontife , l'estime des principaux membres du sacré collége. La société lui dut la maison professe d'Anvers et une église magnifique , le noviciat, le collège de Malines et beaucoup d'autres établissements. Doué d'une mémoire étendue, il parlait avec une égale facilité l'espagnol, l'allemand, l'italien, le français et le flamand. Pendant quarante ans, il fut, à raison de ses talents et de son caractère, l'arbitre de In Cette église fut presque entièrement détruite par un incen- die, en 1718. tous les différends qui s'élevaient entre les négociants d'Anvers ; de toutes les parties de la Flandre et des PaysBas onrecourait à ses lumières, et les princes euxmêmes ne dédaignaient pas de lui demander des conseils. Malgré le temps que lui dérobaient les consultations et celui qu'il donnait aux intérêts de la société, il trouvait le loisir de publier divers écrits. Celui qui fit le plus de bruit dans le temps est l' Amphitheatrum hono- ris , ouvrage dans lequel il justifie ses confrères des imputations dont ils étaient l'objet. On apprend, par le Journal de l'Estoile , que cet ouvrage courait Paris, où il se vendait sous main aux confidents de la Ligue ; et que quelques personnes firent de vains efforts pour en empêcher la circulation . Mais ce que répètent tous les Dictionnaires, qu'Henri IV en fit remercier l'auteur et lui adressa des lettres de naturalisation, n'est pas vraisemblable . Dans les dernières années de sa vie, le P. Scribani fut affligé d'infirmités graves qu'il supporta avec résignation. Il mourut le 2Is juin 1.629, et fut inhumé dans l'église des jésuites d'Anvers, où l'on voyait son épitaphe sur une urne de bronze doré. On la trouvera dans la Bibi. soc. Jesu, dans la Bib. bel- gica de Foppens, dans les Mémoires de Paquot, etc. Comblé des plus magnifiques éloges par ses confrères et par quelquesuns de ses compatriotes, le P. Scribani serait cependant à peine connu si son nom ne se rattachait pas à l'histoire de l'établissement de son institut dans la Belgique . Outre quelques livres ascétiques, parmi lesquels on distingue des Méditations, traduites en français par Phil. Dinet, Paris, 1629 ; et l' Amour divin, traduit dans la même langue par le P. Oliva, jésuite de Cahors, et quelques ouvrages de controverse entièrement oubliés, on a de lui : 1s Amphitheatrum honoris, in quo Calvi- nistarunt in soc. Jesu criminationes jugulantur, libri Ires, Pakeopoli Aduaticorum , 1605 ; augmenté d'un quatrième livre , ibid., 1605 ; et d'un cinquième, Anvers, Plantin, 1607 Cet ouvrage parut sous le nom de Clarius Bonarscius. 2. Dom. Baudii gnoma commentario illustrata, Leyde , 1607 Dans ce commentaire, le P. Scribani s'attache surtout à relever les erreurs échappées à Baudius sous Je rapport religieux . 3° Antuerpia, Origines Antuerpiensiutn , Anvers , J. Moretus , 1610 La première partie est l'éloge des ii) Quelqu'un , dit l'Estoile , parla de cet ouvrage à M. de Loménie : son zèle fut loué et rien autre chose; remis à quand le roi aura plus de loisir, c'est-àdire n'en parlez plus. Voy. le Jour- nal de Henri . IV, t. 3, p. 280. (2l Nos princes n'avaient pas l'usage d'expédier des lettres de naturalisation à des étrangers qui n'en voulaient pas profiter et qui n'avaient rendu d'ailleurs aucun service à l'Etat. Le P. Seriboni se montra trop bon Espagnol pour n'avoir pas été un trèsmauvais Français. Enfin , si ces lettres existent , elles étaient un titre trop honorable pour qu'on ne se fût pas empressé de les pubiler, et c'est inutilement qu'on les a cherchées dans l'Imago primi seculi, dont les auteurs ont contribué à répandre le fait que nous révoquons en doute. habitants d'Anvers ; la seconde contient des recherches sur l'origine et l'accroissement successif de cette ville. 40 Politico- christianus, ibid., 1624 Cet ouvrage est dédié à Philippe IV, roi d'Espagne. On dit que ce prince aurait voulu que ce livre ne fût connu que de lui seul. L'auteur fit des changements dans la dédicace et dans l'avis au lecteur ; il existe des exemplaires avec la double dédicace. 50 Veridicus Belgicus seu civi- lium apud Belyasbellornm initia, progressus , finis optatus, in quam rein remedia a ferro et puce prce- scripta, etc. Item reformata apocalypsis Batavica, ibid., 1624 ; 1627, même format. On a le portrait du P. Scribani , gravé dans différentes hauteurs
  • Charles SEDERHOLM( 1789 - 1853) : poéte et philosophe suédoallemand, né en Finlande, en 1789, mort près de Moscou, en 1853. Après avoir passé une jeunesse assez obscure, il vint, en 1810, à Viborg, où , tout en occupant les fonctions de professeur de suédois au gymnase, il se hâta en même temps de compléter sa propre éducation. En 1814, il fut appelé à la charge de pasteur ambulant pour les communes protestantes de la Russie méridionale, avec la résidence de Kharkow. Depuis 1820 enfin, il avait pour résidence Moscou, d'où il devait surveiller et diriger toutes les communes protestantes de la grande Russie. Il était en même temps aumônier divisionnaire des soldats protestants de l'armée russe. Sa sphère d'activité comprenait un rayon de près de cinq cents lieues. Cet homme actif trouva encore le temps d'écrire des poésies et des ouvrages de philosophie religieuse. Il était le seul et unique représentant de la philosophie allemande au centre de la Russie. Plein d'enthousiasme pour les Allemands, qu'il appelle le peuple de Dieu dans l'histoire moderne, il faisait de fréquents voyages chez ses coreligionnaires protestants d'Allemagne et jusqu'en Alsace. Il a écrit en allemand 1° la Rédemption, espèce de Messiade, mais en iambes, Berlin , 1833 ; 2° Etudes dans le désert , mélanges de pro., e et poésie , ibid.. 1833; 3° Philosophie de l'histoire et de l'avenir, Leipsick , 1836 ; 4° les Faits accomplis dans leur valeur éternelle, ou Essais de concilier la philosophie et le christianisme, ibid
  • Charles SEIDEL( 1754 - 1822) : romancier allemand , né vers 1751, se fit d'abord connaître par la publication de romans et de nouvelles qui obtinrent beaucoup de vogue, furent réimprimés fréquemment, niais qui ne paraissent pas avoir été traduits en français. On cite comme les meilleurs la Comtesse Séraphine de Hoenacker ; la Comtesse Sidonie de Montalmuee ; Goldchen , ou la Jeune Bohémienne. Dans la suite Seidel se livra à des occupations plus sérieuses et fut nommé professeur à l'école des jeunes filles de la ville de Dessau, fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort, arrivée en 189
  • Charles SEYDELMANN( 1795 - 1843) : un des acteurs les plus distingués de l'Allemagne, naquit le 24 avril 1795, à Giatz, en Silésie. A dixhuit ans, partageant l'élan qui animait toute la jeunesse allemande , il s'enrôla et fit les campagnes de 1813 et 1814. Quand la paix fut rendue à l'Europe, il embrassa la carrière du théâtre, et il joua successivement à Breslau , à Graetz et à Olmutz ; mais ses débuts restèrent sans éclat. Ce ne fut qu'à Prague qu'on lui rendit justice, en 1824 ; sa réputation grandit rapidement. Après avoir donné des représentations à Cassel et à Darmstadt, il vint, en 1829, à Stuttgard et, en 1831, à Vienne, où il conquit toutes les sympathies du publie. Il ne fut pas moins heureux à Berlin, en 1837, et après avoir continué quelque temps de parcourir l'Allemagne , il revint s'établir dans cette ville, où il mourut le 17 mars 1843. Son jeu se distinguait par sa vérité, et l'effet qu'il produisait était irrésistible. La tragédie , le drame et la haute comédie lui offraient également l'oc- 1 casion de se faire admirer ; les rôles où il brillait le plus étaient ceux de Louis XI, de Cromwell, de Shylock, de l'avocat Wellenberger dans l'Avocat d'Iffland, de Richard Brandon dans l'Eugène Aram de Ilellstab, de l'abbé de l'Épée. La Urie de Seydelmann, écrite par Roetscher, a paru à Berlin, 1845, in
  • Charles SIEVEKING( 1787 - 1847) : homme d'Etat ham- Lo Recueil des pièces sur l'archevêché de Mohnen( ' , Paris, 1791, publié par l'abbé Bossard, contient tous les détails relatifs à l'érection do cette métropole. bourgeois, naquit à Hambourg le 1" novembre 1787 ; son père était à la tète d'une importante maison de commerce, qui eut plus tard à essuyer de grands revers par suite des guerres de la révolution et du système continental. Le jeune Sieveking fut élevé avec le plus grand soin ; il fit à Heidelberg de fortes études auxquelles se mêla l' pratique que donnent de longs voyages. En 1811, il entra dans la carrière administrative en se plaçant à Cassel comme secrétaire auprès de son oncle, le ministre français Reinhard ; ces fonctions peu assujettissantes ne l'empêchaient point de poursuivre ses études ; il prit en 1812 ses grades universitaires à Goettingue, et il écrivit un Mémoire sur l'histoire de Florence, qui ne fut publié que bien longtemps après, en 1844, dans le premier volume des Travaux de académie de Haut. Lorsque dans les premiers mois de 1813 l'Allemagne fut livrée à la plus vive agitation, Sieveking se hâta de revenir dans sa ville natale que les troupes françaises avaient momentanément évacuée; il fut nommé capitaine dans la garde nationale et chargé d'une mission auprès de Bernadotte. Hambourg ayant été occupé de nouveau par le corps de Davoust, Sieveking se réfugia dans le camp des alliés ; il fit partie du directoire anséatique , qui se proposait pour but de ses efforts le rétablissement de l'indépendance des trois villes libres. Il eut, en 1814, la satisfaction de voir ses voeux réalisés; en 1815, il conclut la convention par laquelle la ville de Hambourg s'engageait à prendre part à la coalition. Au mois de novembre 1819, il fut envoyé à StPétersbourg comme chargé d'affaires des villes anséatiques ; en 1821, il fut nommé syndic de Hambourg, et les relations extérieures de cette capitale du commerce allemand restèrent son domaine. Il la représenta longtemps à la diète de Francfort ; il fit dans son intérêt de longs voyages. En 1828, il alla à RioJaneiro conclure avec le gouvernement brésilien un traité établi sur les bases d'une entière réciprocité. Il passait ses rares instants de loisir à sa terre de Ham, où il était environné d'une société d'élite et où il se plut à former une association littéraire et scientifique que sa mort dispersa. L'extension de l'activité commerciale et maritime de Hambourg fut en grande partie son oeuvre, et, ne croyant pas avoir tout fait lorsqu'il s'occupait des intérêts matériels, il voulut aussi créer dans sa patrie une université, qu'il se proposait de rendre la rivale des plus célèbres établissements de ce genre dans la Germanie. Ce projet n'a pas eu de suites, et il est douteux que l'agitation d'un grand port de mer, le mouvement d'une ville de luxe remplie d'étrangers, offrent de bonnes conditions pour réunir une jeunesse nombreuse qui doit se consa• crer à l'étude. La mort vint, le 30 juin 1847, mettre un terme à la carrière si bien remplie de Sieveking
  • Charles SIGONIO( 1520 - 1584) : l'un des plus illustres savants du 16e siècle , était né vers 45,".0, à Modène, de parents peu favorisés de la fortune. Après avoir appris les éléments des langues anciennes, il fréquenta l'école de François Portus, et fit sous cet habile maître de rapides progrès dans la littérature grecque. A dixsept ans, il se rendit à Bologne, où, pour se conformer à la volonté de son père, il étudia la médecine et la philosophie. Incertain sur l'état qu'il embrasserait, et se sentant la même répugnance pour tous ceux qu'on lui proposait, il vint ensuite à Pavie, dans le but d'y perfectionner ses connaissances. Le cardinal Grimani , protecteur des lettres, se déclara celui de Sigonio; mais, sur les instances de ses compatriotes, ce dernier revint, en 1546, à Modène, occuper la chaire que le départ de Portus laissait vacante . Aux honoraires de cette place, qui furent élevés à trois cents livres, il joignit ceux qu'il reçut de la comtesse Lucrezia Rangone, pour se charger de l'éducation de son fils et de son neveu , et fut logé dans le palais de la comtesse. Les tracasseries que lui suscita Bandinelli, jaloux de tels avantages, le dégoûtèrent du séjour de Modène ; et il accepta l'offre qu'on lui fit, en 1552, de la chaire de belleslettres à Venise. Ce fut dans cette ville qu'il connut Panvinio , plus jeune que lui, mais non moins passionné pour l'étude de l'antiquité ; et il s'établit entre les deux rivaux une amitié que fortifièrent des services réciproques, et qui mérite d'être proposée en exemple aux savants . Les premiers ouvrages de Sigonio avaient étendu rapidement sa réputation dans toute l'Italie. Rome et Padoue se disputèrent l'honneur de le posséder ; il se décida pour l'académie de Padoue, et y vint occuper, en 1560, la chaire d'éloquence. Malheureusement, il y retrouva Fr. Robortel , avec lequel il avait eu déjà quelques disputes sur un point d'érudition . Cette querelle, apaisée par les soins du cardinal Seripando, ne tarda pas à se rallumer. Sigonio se contenta d'abord de repousser les traits de son adversaire avec une extrême modération; mais, indigné des calomnies et des manoeuvres de Robortel , il ne garda plus aucun ménagement ; et le sénat de Venise fut obligé , Sur les noms des Romains Robortello s'était occupé le premier de ce sujet; et il ne put pardonner it Sigonio de l'avoir surpassé pour arrêter le scandale, d'imposer silence aux deux antagonistes . Le souvenir de ces fàcheux débats et une insulte qu'essuya Sigonio le décidèrent à quitter Padoue, en 1563. Il se rendit à Bologne, où il obtint l'accueil le plus distingué. Les magistrats s'empressèrent de lui accorder une place à l'université et de lui faire expédier des lettres de bourgeoisie, conçues dans les termes les plus honorables ; et , son traitement, élevé d'année en année, fut enfin porté jusqu'à six cents écus d'or, sous la condition qu'il ne sortirait plus de Bologne. ll fut fidèle à cet engagement : appelé en Pologne, en i538, au nom du roi Etienne , il refusa. Dans un voyage qu'il fit à Rome cette même année, il reçut du pape Pie V et de toute sa cour les plus grands honneurs. Quoiqu'il fût moins éloquent en chaire que dans ses ouvrages, sa réputation attira dans cette ville un concours prodigieux d'élèves de toutes les parties de l'Italie. Nul n'avait encore porté si loin que Sigonio l'exactitude et la profondeur dans les recherches d'érudition. Nonseulement il éclaircit les antiquités romaines ; mais le premier il entreprit de débrouiller l'histoire du moyen âge, et créa la science de la diplomatique, en montrant les secours que l'on pouvait tirer de pièces regardées jusqu'alors comme inutiles pour répandre un jour nouveau sur les faits les plus obscurs. Son ardeur infatigable lui persuada de visiter les archives et les bibliothèques de l'Italie ; et aidé de ses amis, il vint à bout de cette tache si longue et si difficile. C'étaient d'inappréciables services rendus à la véritable érudition ; et malgré les erreurs assez nombreuses signalées plus tard dans ses ouvrages , il n'en conserve pas moins des droits éternels à la reconnaissance des savants de tous les .pays. En 1578, Sigonio fut invité par le pape Grégoire XIII de travailler à l'histoire ecclésiastique que Panvinio, son ami, n'avait pu qu'ébaucher ; et , au milieu d'occupations si nombreuses, il entreprit de répondre au désir du pontife. Quoique d'un caractère doux, il ne laissa pas d'avoir des disputes assez fréquentes. Dans celle que lui suscita Gruchius , sur les droits des comices, l'avantage resta tout entier au savant français . Mais la discussion qui lui fait le moins d'honneur est celle qu'il soutint, dans les dernières années de sa vie, contre An t. Riccoboni, son élève. Ayant découvert quelques fragments du traité de Cicéron De consolatione , il entreprit de réparer la perte de cet ouvrage, et le fit publier sous le nom de Cicéron. Riccoboni découvrit la fraude et s'empressa de la signaler ; niais Sigonio, loin d'avouer ce qui s'était passé, ne rougit pas d'employer toute la On n'a pas conservé le nom de l'insolent qui se permit de frapper Sigonio au visage. C'était une chose assez inutile. Il n'est désigné que par le nom de sa patrie , Rovigo , en latin Rhodium. Dans le Moréri de 1759, on a traduit : Quidam Rhodiginus, par un certain Rhodiginus. On ne relève ici cette méprise que pour empêcher qu'elle ne passe dans les nouveaux dictionnaires. puissance de son talent à repousser les raisons de Son adversaire. Forcé par ses infirmités de suspendre ses travaux, il vint chercher quelques délassements dans une campagne, à deux milles de Modèné, où il faisait bàtir une maison qui subsiste encore. 11y tomba malade et mourut le i 2 août 1584. Les restes de Sigonio , transportés solennellement à Modène , y furent inhumés dans l'église de SteMarie Pomposa. On convient gé- t« néralement que personne dans ce siècle n'a rendu lus de services à l'histoire et aux antiquités 'omaines. Peu de ses contemporains l'ont égalé me écrivain. Son style, d'une élégance re- arquable, se distingue encore par l'ordre, la clarté et la précision ; aussi soutintil , dans un iscours intitulé De latins lingues usu retinendo , 'opinion de ceux qui voulaient faire revivre en Italie l'usage de la langue latine. Il s'était si bien approprié les formes et la manière de Cicéron , que, malgré les réclamations de Riccoboni, son traité De consolatione a passé longtemps pour l'ouvrage de l'orateur romain ; et le judicieux Tiraboschi luimême n'a été convaincu de la supercherie de Sigonio que par des lettres découvertes à Modène, de 1784à 1787, qui ne lui laissèrent plus de doute à cet égard . Les nombreux écrits de Sigonio ont été recueillis par Argellati , milan, 1732-1737 , 6 vol. fol. Cette édition , précédée de la vie de l'auteur, par Muratori, est enrichie de notes et d'observations du P. Jos.Marie Stampa , religieux somasque , de Sassi, de Laur. Maffei et de plusieurs autres savants italiens. On se contentera d'indiquer les principaux. Outre une traduction latine de la Rhétorique d'Aristote, et une édition de TiteLive, accompagnée de scolies et de deux livres de Corrections, qui répandent un nouveau jour sur cet historien, si maltraité par l'ignorance des copistes, on citera : 1° Regunz, consulum, dictatorum ac censorunt romanorum fassi ; unes cum astis triumphorunz a Romula rege usque ad Tiberium Ccesarem ; - in fastos et actes triumphorum explicationes , Modène, 1550 Ire et trèsrare édition, inconnue à la plupart des bibliographes. Les Fastes furent réimprimés à Venise , par les Alde , en 1550 et 1555 ; mais l'ample et savant commentaire de Sigonio ne fut reproduit qu'en 1556 , Venise, Giov, Ziletti. Cet ouvrage est le premier où l'histoire romaine se trouve exposée avec l'ordre et la méthode convenables. L'édition la plus récente des Fastes est celle d'Oxford , 1802, i1- 12, qui se joint au TiteLive publié dans la même ville en 1800. 2° De nomi- il) Tiraboschi , dans la Bibl. madenese , imprimée en 1784, soutient encore que le traité de la Consolation est l'ouvrage de Cicéron ; ce ne fut que quelques années plus tard qu'il reconnut son erreur, en voyant des lettres inédites de Sigonio , dans lesquelles il 'avoue l'auteur de ce morceau.
  • Charles SIMONNEAU( 1645 - 1728) : dessinateur et graveur, né à Orléans le 31 aoùt 1645 , fut élève de Noël Coypel pour le dessin, et de Guillaume Château pour la gravure, mais dut surtout à son propre génie sa perfection dans ce dernier art. Il a gravé avec une égale supériorité dans tous les genres ; et l'on ne sait ce que l'on doit estimer le plus de ses portraits, des pièces historiques, et même de ses vignettes. Il grava pour son morceau de réception à l'Académie , le Portrait de Mansart, qui se trouve à la chalcographie du Louvre, et obtint par la suite le titre de dessinateur ordinaire du cabinet du roi et une pension. Sa manière est pleine d'agrément et I d'esprit. Il faisait beaucoup travailler la pointe sur les demiteintes et sur les plans reculés, et réservait le burin pour les parties les plus vigoureuses. Il était extrêmement laborieux ; et le nombre des pièces qu'on lui doit s'élève à plus de cent trente. Parmi ses estampes, dont on peut voir un plus ample détail dans le Manuel des amateurs de l'art, d'Huber et Rost, on distingue : 1° celle qui r représente Jésus- Christ et la Samaritaine, qu'il a gravée d'après le Carrache c'est une pièce admirable, tout exécutée au burin pur. 2. La Conquête de la Franche- Comté, d'après Lebrun. Cette pièce, de format grand en travers, passe avec la précédente, pour le chefd'oeuvre de Simonneau. Cet artiste mourut à Paris le 22 mars 1728. — Louis SIMONNEAU, frère puîné du précédent, né également à Orléans le 22 mai 1654, s'adonna comme lui à la gravure. Il p- . rait s'être proposé les Audran pour modèle, et il s'est acquis une réputation presque égale à celle (le Charles. Le nombre de ses ouvrages est moins considérable. On cite parmi les meilleurs : 1° l'Assomption de la Vierge, en deux pièces, d'après le plafond peint par Lebrun au séminaire de StSulpice ; 2° l'Aurore, d'après le plafond peint par le même artiste dans le château de Sceaux ; 3° Loth et ses filles ; Susanne au bain, et Jésus instruisant Marthe et Marie, d'après Coypel. En combinant la pointe avec le burin , il a su répandre une grande variété dans ses ouvrages. Son dessin était trèscorrect, et il rendait avec r une grande précision les extrémités de ses figures. 11 fut membre de l'Académie le 29 mai 1706, sur le portrait de M. de Charmoys, d'après Lebrun, également conservé à la chalcographie du Louvre, et mourut à Paris, le 16 janvier 1727. — Philippe SIMONNEAU, fils de Charles, natif d'Orléans, voulut, comme son père et son oncle, cultiver la gravure ; mais ses dispositions ne secondèrent point son désir, et il eut le bon esprit de renoncer à un art qui avait fait la gloire de sa famille. On ne connaît de lui que 1° deux grandes frises sur une même feuille, représentant, l'une l'Enlèvement des Sabines, l'autre la Paix entre les Romains et les Sabins, d'après Jules Romain. 2. Les trois déesses se disposant à subir le jugement de Pdris, d'après Perino del Vasa. 3. Vénus et Adonis, d'après l'Albane, avec cette inscription : 0 mon cher Adonis ! Ps.
  • Charles SOREL : sieur de Souvigny, littérateur français, était fils d'un procureur au parlement de Paris et se prétendait de la mème famille que la maitresse de Charles VII. Si l'on s'en rapporte à Guy Patin, l'un des plus intimes amis de Sorel, il faut placer sa naissance à l'année 1599; mais , comme luimême nous apprend qu'il devint auteur à l'âge de dixsept ans et que le premier ouvrage qu'on lui attribue est de 1613 , on doit la reculer de quelques années. Ch. Bernard , son oncle, favorisa son goût pour la lecture et se chargea de diriger son éducation. Il n'avait pas encore quitté les bancs de l'école quand il publia , sous un nom emprunté, plusieurs romans dont le succès surpassa son attente et décida sa vocation pour la littérature. Cependant, d'après les conseils de son oncle, il renonça bientôt à ce genre pour se livrer à l'étude des sciences et de l'histoire. En 1635, il remplaça Charles Bernard dans la charge . N'ayant pas de fortune, il ne voulut point se marier et se logea chez son beaufrère , substitut du procureur général. Guy Patin, qui fréquentait habituellement Sorel, donne des détails assez curieux sur cet écrivain, dans une lettre à Ch. Spon du 25 novembre 1653. Sans besoin comme sans ambition, Sorel cultiva toute sa vie les lettres avec une ardeur infatigable. Il ne rechercha jamais la protection des grands, et quoiqu'il ait publié un trèsgrand nombre de volumes, il n'en est aucun qui soit décoré du nom de quelque Mécène, dont l' aurait pu déterminer la vogue de l'ouvrage. Un homme de ce caractère ne pouvait avoir aucune part aux grâces que la cour distribuait aux gens de lettres. Privé par le retran- u 11 a fait ses premiers livres à dix—s,pt ans, et il en avait composé près de douze avant qu'il fût sur sa vingt—quatrième année. Entre ceuxlà , il y en avait même de morale et d'autrel sujets fort série..x. Des livres attrib. à l'auteur de la Biblioth. française, édit., p. 364. chement des rentes de l'aisance dont il avait joui jusqu'alors, il perdit plus tard sa charge d'historiographie. 11 se soumit à cette épreuve de la fortune et n'en continua pas moins d'écrire jusqu'à sa mort, arrivée le 8 mars 167. Il serait assez inutile d'allonger cet article de la liste productions de Sorel, qui sont presque toute, tombées dans l'oubli. Les curieux trouveront lu, titres de ses ouvrages, avec le jugement qu'en portait l'auteur, à la suite de sa Bibliothèque française. On se contentera de citer ici les pr : 1. les Amours de Piloris et de Cléonthe, Paris, 1613 sous le nom de Moulinet, sieur du Pare; 2° la fraie Histoire comique de Francion, ibid., 1622 Cette édition ne contient que sept livres; celle de 1633 en renferme douze. Ce roman , dont la lecture est encore agréable pour les amateurs de l'ancienne naïveté française, a été traduit ou imité dans presque toutes les langues de l'Europe. Les meilleures éditions sont celles de Leyde, 1685 ou 1721, 2 vol. fig. On en trouve l'analyse dans la Bibliothèque des romans, juillul 1781, p. 6-202 3. Le Berger extravagant, où, parmi les fantaisies amoureuses, on voit les impertinences des romans et de la poésie, Paris, 16'27, 3 vol. réimprimé sous le titre de l'Antiroman, ou l'Histoire du berger Lysis, ibid., 1635, '2 vol. Rouen, 16%6, % vol. C'est une imitation de Don Quichotte. Le héros de Sorel est devenu fou en lisant des pastorale,. comme celui de Cervantes en lisant des ouvrage, de chevalerie. Dans cet ouvrage, Sorel a eu particulièrement en vue de critiquer l'Astrée de d'Un& regardée alors comme le chefifceuN re du genre pastoral . ti" L'Histoire de la monar- chie française, où sont décrits les fait.; mémorables et les tenus de nos anciens rois, depuis Phara- nzond jusqu'en 8i0, Paris, 1636. 2 vol. 50 Des talismans, ou Figures faites sous certaines constellations, ibid., 1636 sous le nom de Delisle. C'est une réfutation de l'ouvrage de Gatiarel et de la maison des jeux, ibid., 164i. réimprimé en 1658, avec quelques changements ; 8. De l'Académie française, établie pour la correction et l'embellisse- ment du langage, et si elle est de quelque utilité 11) Sorel se crut obligé de désavouer cet ouvrage. On sait assez, ditil, qoe ce livre est du sieur du Parc, auteur de ce tempslà, qui y a mélé des contes fort licencieux et que d'autres encore y ont ira, aillé. Mais une protestation si tardive ne servit de rien; et probablement Sorel eût été bien fâché qu'on le prit au mot. La Monnaye a cru que c'était Sorel que Molière avait eu en vue dans la pretuière scène de 'Ecol fe jemmes, où il se moque d'un paysan ji avait pris le nom de Deliele ; mats ce trait est contre Thomas Corneille . , qui le fit paraitre sous le nom de Devattz, aux particuliers et au publie, ibid., 165% ; gb Description de la grande isle des portraitures ou de la rifle des portraits, 1659, C'est une critique assez piquante de la manie des portraits en vers et en prose, qui fut à la mode dans ce tempslà et qui se renouvela il y a environ soixante ans. 16. Relation , peut encore étre r?msulté pour jugements qu'on y trwve sur nos anciens que Sorel apprécie avec beaucoup d'impartialité. De la connaissance des bons livres , ou Examen de plusieurs auteurs, ibid., 1671 Il y a des réflexions utiles et une critique convenable; mais l'ouvrage est ennuyeux. Il a été réh» primA, Amsterdam, 1673 15° De la prudence, ibid. • 1673 , Le portrait de Sorel a été gras t'b par I.asne, format On trouvera dans les . 1kmoires .\ ireron, t. 31, une liste des ouvrages de Sorel, au nombre de trenteneuf niais elle n'est point eomplète et manque d'exactitude
  • Charles SPINDLER : fécond et renommé ro- mancier allemand, naquit à Breslau , niais fut élevé à Strasbourg, où son père était musicien. Obligé ensuite de quitter cette dernière ville, il habita su7cessivement Hanau , Stuttgard, Munich, enfin BadenBaden ; en même temps, il composa , publia et même traduisit des oeuvres étrangères, romans, pièces de théàtre, en si grande quantité, qu'en 1854 le chiffre s'en éle- vait, diton, à près de cent. On ne dit pas si le plus fécond des romanciers allemands s'enrichit avec ces publications comme prétendait le faire le plus fécond des romanciers français. Quoique des plus.populaires en Allemagne, Spindler n'a pas écrit une de ces œuvres qui révolutionnent un genre ; mais il a certainement droit à un succès d'estime. Il mourut le 12 juillet 1855. Quelquesunes de ses oeuvres méritent de surmonter l'oubli ou l'indifférence. Dans le nomIlre les suivantes : 1° Eugène de Cronfient, ou les ilasgrice k !: z . tti, I. amorti., Constance, 1824. C•est un cssai presque plii;osophique, niais plein de vigueur et d'originalité.`.?.‘" lu lleard, Zurich, 1826, 3 vol., roman historique tiré du temps de l'empereur Rodolphe ; 3° le Juif, Stuttgard, 1827. Cet ouvrage, qui retrace les mœurs du 15•siècle, a obtenu un long et légitime succès. 4° le Jésuite, Stuttgard, 1829, également fort recherché. Sp a publié l'Etranger littéraire ( Das belletrisch auslan4 qui se continue et a atteint trois cents volumes
  • Charles SPON( 1609) : médecin renommé, naquit le 25 décembre 1609, à Lyon, où son aïeul, natif d'Ulm, était venu s'établir pour faire le commerce et où son père suivit la même carrière. Quant à Charles Spon, il fut envoyé à Ulm , dès l'âge de onze ans, pour étudier. Il y eut de brillants succès et montra , sortant à peine de l'enfance, un talent particulier pour la poésie latine. Il lit , à Paris, son cours de philosophie sous Derodon et entra ensuite à l'école de médecine. En 1632, il Via à Montpellier, y suivit les leçons de Belleval et de Delort, et y reçut le bonnet de docteur. Alors il retourna dans sa patrie et y fut agrégé. en 1635, au collège de médecine. Se livrant à la pratique de son art, sans néanmoins abandonner la culture des lettres, il s'acquit bientôt une grande réputation. Sa science recevait un nouveau prix de son désintéressement ou plutôt de sa généreuse charité. Son fils nous apprend que, lorsqu'on venait l'appeler en même temps pour deux malades, l'un riche et l'autre pauvre, c'était ce dernier que Spon allait d'abord visiter , parce que le pauvre, disaitil, pouvait mourir faute d'un autre médecin, tandis que le riche pouvait le remplacer aisément. La renommée de Spon lui mérita, en 1645 , des lettres de médecin du roi par quartier. Elle lui valut aussi une correspondance suivie avec les plus savants de ses confrères, entre autres avec Guy Patin , avec Bernier et Reinesius. Employant toujours tout à la fois et la connaissance de la langue grecque , qu'il possédait parfaitement , et son talent pour la poésie latine, il mit en vers une myologie, les aphorismes et les pronostics d'Hip- pocrate; mais ce dernier ouvrage est le seul qui ait vo le jour il le publia en 1661, sous le titre de Sibylle medica, et le dédia à sou ami Guy Patin, ll se plaisait aussi à composer des épitaphes poétiques pour le tombeau des hommes célèbres que la mort enlevait : nous ne rappellerons que le distique, souvent cité, qu'il consacra à la més moire de Gassendi, son ami. On lui doit de plus un Appendice chimique à la pratique de Perreyre et la Pharmacopée de Lyon , dont ses collègues lui confièrent la rédaction. 11 se rendit , encore utile aux lettres en surveillant l'édition de plusieurs ouvrages importants, publiés à Lyon. termina sa carrière dans cette ville, le 21 févriers 1684. 11 mourut, dit sou fils, dans une lettre à l'abbé Nicaise , universellement regretté des t, honnêtes gens et pleuré par les pauvres, à qui « il ne refusa jamais ses soins ». Il était malade depuis plus de quatre mois II,ne s'alita cepens u dant, ajoute son fils, qu'au commencement de u janvier. Dieu lui a conservé l'esprit fort libre s jusqu'au dernier soupir
  • Charles STURM( 1803 - 1855) : célèbre mathématicien franrlis, naquit à Genève, le 6 vendémiaire an 12 septembre 1803), d'une famille protestante iginaire de Strasbourg. Il montra de bonne heure de grandes dispositions et obtint au collège de nombreux succès dans toutes les parties de ses études, sur la fin desquelles un goût de plus en plus prononcé l'entraîna vers les mathé?atiques. En 4818, il quitta le collège pour les coms plus savants de l'université, où il eut pour professeurs le colonel Dufour et Simon I'lluillier. Bien jeune encore, Sturm perdit son père et fut obligé, pour venir en aide a sa mère, de donner des leçons particulières, tout en continuant à suivre les cours de l'académie. En 1823, il entra comme précepteur dans la famille de Broglie, Où il resta environ quinze mois. C'est de cette époque que datent ses pretniers travaux , insérés dans les Annales de mathématiques publiées par Gergonne. — En 1825, Sturm vint à Paris avec son ami d'enfance, M. Daniel Colladon , aujourd'hui professeur à l'académie de Genève et physicien distingué. De 1825 à 1829, les deux amis vécurent ensemble, mettant en commun leurs travaux , leurs espérances, leurs joies et leurs peines. De leur association naquit un travail remarquable sur la compression des liquides, auquel l'Académie des sciences décerna un grand prix de mathématiques le 11 juin 1827. — Sturm ne tarda pas à se lier avec les savants les plus distingués de Paris, les Arago, les Ampère , les Fourier, etc. Ce dernier exerça sur lui une heureuse influence et l'initia à ses travaux de prédilection , la physique mathématique et la théorie des équations. — C'est en 1829 que Sturm trouva le célèbre théorème auquel il a attaché son nom. Depuis l'origine de l'algèbre, la résolution des équations, qu'on peut regarder comme le pr but de cette science, avait donné lieu à de remarquables travaux des plus grands géoniè tres, Viète, Descartes, Newton, Lagrange, Fourier ; mais on manquait encore , en 1829, d'une règle pratique pour connaître au juste combien il y a de racines d'une équation dans un intervalle donné. Lagrange avait proposé une méthode, rigoureuse sans doute, niais impraticable dès que le degré de l'équation s'élève un peu. Le théorème de Fourier est précieux par sa simplicité, niais il offre des incertitudes et ne donne qu'une limite supérieure du nombre des racines. Le théorème de Sturm, qui n'exige pas d'autres calculs que ceux qu'on doit exécuter pour reconnaître si l'équation proposée a des racines égales, était donc un remarquable progrès. Si on objectait que la règle de Sturm conduit encore à d'assez longs calculs, on répondrait que cela est inhérent à la nature de la question; ce toutes les méthodes exigent que l'on ait débarrassé l'équation de ses racines multiples, et ce calcul, qui est fait en pure perte lorsque l'équation n'a que des racines simples, est , dans la méthode de Sturm, utilisé immédiatement pour l'entière séparation des racines. — Au mérite de cette découverte fondamentale, Sturm joignait encore le mérite bien plus rare d'une grande modestie. « Je déclare, « disait•il dans le préambule de son mémoire sur « la théorie des équations. je déclare que j'ai eu ,, pleine connaissance des travaux inédits ; — Etant donnés trois points et un plan , trouver dans ce plan un point tel que la somme de ses distances aux trois points donnés soit un minimum ; — Démonstration de deux théorèmes sur la lemniscate ; — Recherches analytiques sur une classe de problèmes de géométrie dépendant de la théorie des maxima et des minima ; — Démonstration de deux théorèmes sur les transversales ; — Lieu des points desquels abaissant des perpendiculaires sur les côtés d'un triangle et joignant les pieds de ces perpendiculaires , on obtienne un triangle d'aire constante ; — Recherche de la surface courbe de chacun des points de laquelle menant des droites à trois points fixes , ces droites déterminent , sur un plan fixe, les sommets d'un triangle dont l'aire est con- stante ; — Courbure d'un fil flexible dont les points sont attirés ou repoussés par ries centres fixes ; — Distance entre les centres des cercles inscrit et circonscrit à un triangle ; — Quatre théorèmes sur hyperbole ; — Recherches sur les caustiques ; — sur les polygones réguliers ; — sur les polygones plans ou gauches ; — Mémoire sur les lignes du second ordre . Ce mémoire renferme de beaux théorèmes sur les coniques circonscrites à un même quadri- latère. — BULLETIN DE FÉRUSSAC : Extrait d'un mémoire sur l'intégration d'un système d'équations différentielles linéaires. Cet extrait, très-étendu , peut tenir lieu du mémoire luimême, qui paraît n'avoir jamais été imprimé. — JOURNAL DE M. LIOUVILLE : Mémoire sur les équations différentielles linéaires du second ordre . Trèsbeau travail où, pour la première fois, les propriétés des fonctions qui satisfont à une équation différentielle sont étudiées sur cette équation même. — Démonstration d'un théorème de ill. Cauchy ; — sur une classe d'équations à difiéren- tielles partielles ; Extrait d'un mémoire sur le développement des fonctions en séries , etc. ; — Mémoire sur l'optique ; — Démonstration d'un théo- rème d'algèbre de M. Sylvester . — COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES : Mémoire sur quelques propositions de mécanique rationnelle ; — sur la théorie de la vision ; — sur les équations générales de la mécanique . — MÉ- MOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS : sur la compression des liquides ; mémoire qui a remporté un grand prix en 1827 ; — Mémoire sur la résolution des équa- tions numériques ; contient le célèbre théorème. — NOUVELLES ANNALES DE MATHÉMATIQUES : sur le mouvement d'un corps solide autour d'un point fixe . — OUVRAGES POSTHUMES : Cours d'analyse de l'école polytechnique, 1" édi- tion , 1857-1859; 2e édition, 1863-1864, 2 vol. ; — Cours de mécanique de l'école polytech- nique, 1861, 2 vol. Ces deux ouvrages ont été publiés, d'après le voeu de l'auteur, par celui qui a composé cette notice. Sturm a laissé en outre quelques manuscrits qui sont en la possession de M. Liouville
  • Charles TALBOT( 1684 - 1737) : grand chancelier de la GrandeBretagne, de la même famille que le pré- cédent, était fils de Guillaume Talbot, évêque de Duilarn , et naquit en 1 68. Il entra de bonne heure dans la carrière du barreau, s'y fit dist et fut élu, en 1719, membre du parlement. par Tregony dans le Cornouaille. Il devint avocat général , en 1726 ; et la ville de Durliain le choisit pour la représenter à la Chambre des communes, probablement par suite des démarches des amis de son père, qui en était évêque à cette époque. Au mois de novembre 1733. George II lui remit le grand sceau, l'admit dans son conseil privé, l'établit lordgrandchancelier et le créa baron de la GrandeBretagne. Alors il résigna la place de chancelier du diocèse d'Oxford, que son père lui avait donnée lorsqu'il occupait ce siège et mourut généralement regretté, le 14 février 1737, avec la réputation de grand orateur, de magistrat intègre et plein de sagacité et d'homme de bien
  • Charles TETI( 1500 - 1595) : ingénieur, né au commencement du 16° siècle, à Nola, dans le royaume de Naples, étudia les mathématiques, dont il fit l'application à l'art de fortifier et de défendre les places. Il fut successivement appelé au service de l'empereur Maximilien II et de la république de Venise. Chargé de la continuation des travaux de Sanmicheli , il acheva les fortitications de plusieurs villes, entre autres celles I de Bergame, où il construisit le bastion dit de la Chapelle. Il développa ses principes d'architecture militaire dans un ouvrage qui parut à Rome en .1569. Cette première édition n'a que quatre livres, tandis que la suivante, exécutée vingt ans r plus tard à Venise, en contient huit avec des changements importants. Teti mourut à Padoue vers l'année 1595. On a de lui : Discorsi di for-. lifica,: ione, libri 4, Rome, 1569 ; réimprimé sous le titre suivant : Discorsi di fortifica; ioni , espugnazioni e difese della cilia e di altri luoglsi , • libri 8, Venise, 1589 tig. ; et ibid., 1617 tfoy. Chioccarelli, De scriptoribus Areapolitanis, etc. , p
  • Charles TARBÉ( 1756) : frère , par arrêt de la chambre des vacations du parlement. Tarbé n'avait eu aucune part à cet événement. Cependant quelques années après, il fut accusé, dans la société des jacobins de Paris, de l'avoir provoqué. Dubois de Crancé proposa même de le dénoncer à la convention et de prélever sur les biens de Tarbé une pension pour le fils de Bordier. Mais l'accusation était si mal fondée qu'elle n'eut aucune suite. Charles Tarbé s'était montré, dès le commencement de la révolution, tellement prononcé pour la cause du roi, que les électeurs du département, qui partageaient ses principes, le nommèrent député à l'assemblée législative. 11 justifia leur choix par ou courage opiniàtre et une invariable fidélité aux intérêts du trône. Nommé membre du comité colonial , il défendit avec autant de talent que de fermeté la cause des colons, combattit avec chaleur les doctrines des Brissot et des négrophiles, et toutes celles qui tendaient à ébranler la monarchie. On s'étonna souvent d'entendre un simple négociant discuter as ec autant de clarté que de profondeur les questions de la plus haute politique; mais il avait soigneusement entretenu son goùt pour l'étude, et il concevait avec une si rare facilité, que les matières les plus ardues lui devenaient en peu de temps familières. On le vit combattre successivement les jacobins, la gironde, la montagne, s'élever contre le licenciement de la garde du roi, repousser les dénonciations contre le comité autrichien et braver les vociférations de la tribune. Son intrépidité et les épigrammes dont il acérait quelquefois ses discours lui valurent les honneurs de la prison. Grange- Neuve ayant reçu un soufflet de la main d'un député royaliste, nommé Jouneau, et cette querelle ayant suscité de violents débats, l'assemblée se disposait à rendre un décret contre ce dernier, lorsque Tarbé, par un amer sar- casme, proposa de généraliser le projet et de graduer la peine suivant le nombre de soufflets qu'un ; cette phrase fut interrompue par un tumulte affreux, et fauteur de l'amende- ment fut envoyé pour huit jours à l'Abbaye. Depuis ce temps il ne cessa d'ètre en butte à la haine des jacobins ; mais il n'en perdit rien de SOU courage et combattit jusqu'au dernier moment pour la cause du trône. Un historien a rendu aux sentiments de Tarbé une justice éclatante lorsque, retraçant l'heure fatale où le prince, cédant aux instances de quelques conseillers ou perfides ou imprévoyants, se rendit dans le sein de l'assemblée, il dit : « Le monarque y trouva « du moins pour appuis de son innocence Tarbé, Vaublanc, etc. » Tarbé, arrêté à Bonen, resta, pendant tout le temps de la terreur, enfermé à l'abbaye de StOuen et ne dut son salut qu'à la chute de Robespierre. Il revint alors à Sens, au sein de sa famille, où il trouva son frère, qui comme lui avait échappé au fer des proscripteurs. JI avait laissé dans cette ville des souvenirs si honorables, que les électeurs royalistes du dépar- tement de l'Yonne s'empressèrent de lui donner un témoignage de leur estime, en le nommant dé- puté au conseil des cinqcents . Il reparut dans la carrière législative avec les mêmes talents, les mêmes principes et le mème courage. il signala d'abord à l'indignation publique Sontlionax, qu'il traita de bourreau des blancs et d'incendiaire de leurs propriétés. Dans la chaleur des débats, il n'épargna pas même un membre du comité colonial, nommé N'arec, qui s'était rendu recommandable auprès des proscrits de 1793 par le zèle qu'il avait déployé pour obtenir leur liberté. Tarbé lui reprocha de n'avoir montré ni le caractère d'un député, ni le courage de la vertu : mais, averti par les murmures de ses collégues, il s'empressa de réparer ce que ses expressions avaient de trop amer et n'en obtint pas moins le rapport du décret qui autorisait le directoire à envoyer de nouveau des commissaires à StDomingue. Son opposition constante au gouv ernement d'alors, ses liaisons avec la société de Clichy, sun penchant pour la maison de Bourbon le firent comprendre dans la liste de déportation ; mais il s'était fait, Par la franchise de son caractère, des amis qui plaidèreiit sa cause, et le directoire, cédant à leurs instances, se contenta de faire annuler sa nomina- tion. Là finit sa carrière politique. Retiré de noueau à Rouen, il se disposait à ne plus %ivre que pour ses amis et pour sa famille , lorsque cette die l'appela aux places de membre du conseil général du département, d'adjoint municipal et de membre de la chambre de commerce. Ses concitoyens se flattaient de jouir encore longtemps de ses lumières, lorsque les chambres d'assurances de Rouen et du navre le pressèrent d'accepter une mission honorable à Cadix. 11 céda à leurs instances, se rendit dans cette ville, où il succomba à une fièvre inflammatoire. Il était àgé de 48 ans et n'a% ait jamais été marié. Son frère atné ne lui survécut que deux ans. Charles Tarbé, quoique trèsinstruit dans les diverses branches du commerce, de la marine, des finances et du droit public, n'a laissé aucun ouvrage. Il avait aussi des connaissances étendues dans l'histoire , les antiquités et la numismatique
  • Charles TEDALDI-FORES( 1793) : l'un des poetes italiens les plus distingués de notre époque, était né à Crémone, le 8 octobre 1793, dans une famille dépourvue de biens. Il fut instruit et adopté par le savant et vertueux jésuite André Fores. Ce religieux était un de ceux qui, lors de la destruction de leur ordre, en Espagne et en Portugal, furent déportés et si inhumainement jetés sur les rivages de l'Italie. Arrivé à Crémone, Fores ne possédait au monde que sa soutane et son bréviaire. Lorsqu'il mourut, en 1817, il laissa au jeune Tedaldi, auquel il lit prendre son nom, une fortune honorable acquise par ses travaux et ses économies. Il joignait à un esprit fin, persuasif, à une parfaite connaissance des hommes et des affaires, l'étude des sciences qu'il avait longtemps professées; et il se plut à employer toutes ses facultés pour former le coeur et développer l'intelligence de l'enfant qu'il avait vu nattre dans sa maison car il avait recueilli le père et la mère de Tedaldi. Plein de reconnaissance pour son père adoptif, l'enfant répondit à ses bienfaits par ses progrès de toute nature. Cependant l'abbé Fores ne garda pas toujours son élève sous ses yeux; il l'envoya d'abord dans un collège de Bavière , où le jeune homme se livra peut-être trop aux impressions de l'imagination rêveuse des Allemands, dont il apprit la langue. Il passa ensuite à l'université de Bologne, où il fut reçu docteur en droit. En 1814, il alla étudier la jurisprudence à Milan. Ce fut durant ce séjour de deux ans qu'il fit dans cette capitale, que le jeune poète abandonna complètement l'étude des lois, afin de se livrer à son goût décidé pour les vers. Il débuta par Carrare, qui fit à peine pressentir ce qu'il pouvait faire plus tard; mais cette tragédie fut suivie de plusieurs poèmes, dans lesquels on le vit déployer en mème temps beaucoup de goût, de l'harmonie, une grande connaissance des anciens, et surtout une profonde sensibilité. Le premier de ces poèmes, tilla gratitudine, était l'expression de sa reconnaissance envers le digne religieux, son bienfaiteur, qui se faisait appeler son oncle. Ce ne fut cependant que quelques années plus tard qu'on vit progressivement Carlo Tedaldi s'élever dans les tragédies de Bondelmonte, de Beatriee Tend« et de Fieschi e Doria, de manière à promettre, pour un avenir qu'il n'a pas atteint, plus de talents et de succès encore. Puisant des inspirations dans l'histoire de sa patrie , qu'il avait étudiée en antiquaire et en poète, il se proposait nonseulement de faire revivre les scènes diverses de l'an->tique Italie, d'être un peintre fidèle des moeurs et des temps qui ne sont plus, mais de les faire comprendre en pénétrant l'esprit de ses lecteurs par des émotions, des sentiments profonds, qui, dans le coeur humain, sont toujours les mèmes. Il s'attacha également au système appelé romantique. TedaldiFores se dégagea nonseulement de la rigueur des unités, importée de France en Italie et exagérée par Alfiéri, mais il n'adopta, il ' ne copia aucun modèle étranger , quoiqu'on trouve dans sa manière des rapports frappants avec celle de Schiller. Dans Bondelmonte, il peignit l'antique et austère liberté de Florence au temps de ses premiers troubles civils; dans lita- frire Tenda, il mit sous nos yeux la cour soup-çonneuse et sombre du duc de Milan, PhilippeMarie Visconti , qui courbait sous le joug du pouvoir absolu les factions lombardes et les condottieri de l'Italie; dans les Fieschi e Doria, il représente l'aristocratie hautaine, intrigante et voluptueuse de Gènes, lorsque les vertus avaient disparu de cette république , mais lorsque la grandeur de caractère y brillait encore. Et, dans chacune de ces tragédies, TedaldiFores créa de touchants et remarquables caractères de femmes. Le succès de ces tragédies fut contesté; on devait s'y attendre, d'après la controverse littéraire à laquelle ils se rattachaient; ils suffirent cependant pour fixer sur lui les regards des bornoies qui honorent le plus l'Italie. Il s'était entre autres uni d'une tendre amitié à Manzoni, et ce fut pour revoir ce poète, ce romancier illustre, qu'il vint à Milan à la fin de décembre 1829. Il est mort dans cette ville le 29 de ce mois
  • Charles TENIVELLI( 1756 - 1797) : biographe piémontais, né à Turin, en i 756, suivit les cours de la faculté de belleslettres à l'université de cette ville, et ce furent les conseils et l'exemple de Denina qui lui inspirèrent du goût pour l'histoire. En sortant des études , Tenivelli obtint la chaire de rhétorique au collége de StGeorge, dans le Cat'avais. Là il eut parmi ses auditeurs Botta, auteur de l'histoire d'Italie. Appelé, peu après, avec les mêmes fonctions à Moncalieri , il profita du voisinage de la capitale pour rassembler des matériaux dans les bibliothèques, et publia quelques notices biographiques sur d'illustres Piémontais; ce n'était que le prélude d'un grand ouvrage qu'il méditait et qui devait servir de continuation aux collections de Muratori. Tenivelli ne se préparait pas seulement à ce travail par des recherches nombreuses faites dans les archives, mais aussi par des voyages dans les principales villes de J'Italie. De retour d'une course en Toscane, s'était plus que jamais livré à ses études, lorsque des mouvements insurrectionnels éclatèrent sur plusieurs points du Piémont. A Moncalieri surtout, on se porta aux excès les plus coupables, et l'on força les hommes les plus paisibles de prendre part à ces désordres. Un grand nombre de révoltés cernèrent la maison du professeur, et par leurs cris et leurs menaces, ils l'obligèrent à les suivre sur la place publique, pour y parler à la louange du peuple et contre la taxe des comestibles. Tenivelli , aussi simple qu'éloquent, improvisa sur ces thèmes, sans prévoir le danger qu'il y avait à fléchir sous le caprice de la multi- tude. 11 faut lire dans l'Histoire d'Italie le portrait que Botta trace de son compatriote et de son maitre pour croire à une telle simplicité de la part d'un homme aussi éclairé. Le roi de Sar- daigne en jugea autrement, et le malheureux historien , envoyé devant un conseil de guerre". fut condamné au supplice. Conduit sur la place de Moncalieri, il mourut, percé de balles, le 17 mai 1797. Son ouvrage est intitulé Biografia piemontese, Turin. 1784-1792, 5 vol. con- tenant quarante notices, ou quatre Décades
  • Charles THÉVENIN( 1764 - 1838) : peintre d'histoire et de portraits, naquit à Paris le 12 juillet 176/, et manifesta de bonne heure d'heureuses disposi- tions pour les arts ; on l'envoya à l'atelier de Vincent, et, en 1791, il partageait avec Louis Laffite le grand prix de Rome, sur le sujet de Régulus retournant à Carthage. Thévenin entrait dans la carrière des arts à une époque singulièrement fiévreuse, aussi débutatil, en 1793, au Louvre, avec sa toile de la Prise de la Bas- tille ; nous serions tenté d'ajouter que son p s'est borné à retracer chronologiquement les événements, qui étaient bien de nature du reste à impressionner sa jeune imagination d'artiste. En 1798 paraissait au salon l'excellent tableau d'Augereau au pont d'Arcole, commandé par la convention, qui en lit hommage au gé- néral. Sa veuve, madame la comtesse de SteMdegonde, le prêta à son tour, en 1830, au palais du Luxembourg, pour l'exposition organisée en faveur des Grecs. Cette oeuvre remarquable figure aujourd'hui dans nos galeries historiques de Versailles. Cette même année, Thévenin exposait 0Edipe et Antigone. En 1800 parut la Prise de Gai* par le général Bey. C'est en 1806 qu'il produisit son oeuvre capitale : le Passage du mont St- Bernard, envoyée à l'exposition des prix décennaux, en 1810 ; l'artiste avait dessiné d'après nature les différents points de vue qui forment la composition. Ajoutons que fort heureusement, ce tableau fait aujourd'hui partie des galeries de Versailles. Résumons maintenant les autres pro. ductions notables de Charles Thévenin en 1808, les Apprêts du passage du mont St- Bernard ; — en 1810, la Bataille d'Iéna ; l'Attaque et la prise de Ratisbonne ; — en 1824, la Sou- mission de Barcelone obtenue par le maréchal Mon- rey — en 1827, l'Audience donnée par Henri IV aux professeurs du collége royal après la reddition de Paris ; — en 1833 , la Reddition d'Ulm, terminée dès 1815 et qui figure aujourd'hui à Versailles. Pour compléter l'oeuvre de C. Thévenin , ajoutons qu'on voit de lui à l'église StEtienne du Mont le Mar- tyre de St- Etienne ; et en fait de portraits à Versailles, ceux du lieutenant général J.- E. de Prez de Crassier et de l'adjudant- major dans la légion germanique C.- P.- F. Augereau. Thévenin a tenu moins qu'il avait promis ; les temps où il a vécu, trèsfort agités, lui serviront peut-être d'excuse ; il a joui d'une valeur relative. Les honneurs pendant sa vie ne lui ont pas manqué chevalier de la Légion d'honneur, membre de l'Institut, en 1825, où il occupait le fauteuil laissé vacant par Girodet, il fut enfin nommé, en 1829, conservateur du cabinet des estampes de la biblio- thèque de Paris, en remplacement de M. Joly. Thévenin mourut à Paris le 21 février 1838. La postécité, qui commence pour cet artiste, semble lui assigner sa vraie place en parlant peu de lui et en se croyant quitte à son égard, en considération des honneurs dont il a joui de son vivant
  • Charles TUINMAN : grammairien hollandais, et pasteur de l'Église réformée de Middelbourg au commencement du 18e siècle, a publié : P le Flambeau de la langue hollandaise, Leyde. 1722 , 2 vol. ; et 20 son traité sur l'Origine et l'explication des proverbes hollandais , Middelbourg , 1720 On a encore de Tuinman un assez grand nombre de poésies hollandaises , dans le genre moral et religieux , mais qui , au jugement de M. de Vries, n'ont rien ajouté à sa réputation littéraire. Voir l'Histoire de la poésie hollandaise, t. 2, p. 74. M. Yvey, dans son Ilis- , foire de la langue hollandaise, a bien transitoirement mentionné Tuinman , p. MO. De la Rue , dans sa Zélande littéraire , nous apprend que Tuinman, d'après les notes et les cahiers de son maitre, Melchior Leydekker, avait complété la Respublica Hebrceorum de celuici , et laissé en manuscrit un troisième volume traitant de l'histoire des Juifs, depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours . Mais cette suite n'a pas vu le jour, quoi qu'en dise Jocher au petit article Tuinman de son dictionnaire
  • Charles TOWNLEY( 1737) : antiquaire anglais, né d'une famille opulente en 1737, fut envoyé en France de trèsbonne heure pour y recevoir sa première éducation. Il y fut quelque temps sous la direction du célèbre physicien Tubt'rville Needham. Ses études furent brillantes; son attention se tourna particulièrement vers la connaissance de l'état des beauxarts chez les anciens, et, après un assez long séjour à Rome, il put être considéré comme un des premiers connaisseurs de l'Europe. Il visita les parties les plus reculées de la grande Grèce et de la Sicile, où sou premier objet était Constamment de visiter les monuments des anciens. Ce fut surtout à la sculpture qu'if s'attacha , et sa fortune lui permettant de satisfaire son penchant, il acquit une multitude de morceaux , dans les Vetusta monumenta de la société des antiquaires. Cette réserve s'explique par la di1E-- cuité qu'il trouvait à s'exprimer en anglais après avoir vécu longtemps hors de son pays; aussi, lorsqu'il parlait, employaitil fréquemment des ï ...lots français et italiens pour se tirer d'embarras. on buste en marbre, exécuté par M. Nollekens , orne une des salles du musée britannique. — TOWNLEY , né à Londres en 1715, termina à l'université d'Oxford ses études commencées à l'école des marchands tailleurs , où il devint par la suite instituteur en chef. Quoique admis dans les ordres et chargé de plusieurs fonctions ecclésiastiques, il fut intimement lié avec le célèbre acteur Garrick , et nonseulement partagea son goût pour le théàtre , mais composa luimême quelques pièces , notamment High 1, 7fe- Below stairs , pièce qui a toujours joui d'un grand succès. Ses sermons , dont plusieurs ont été imprimés, ne furent pa, moins goûtés que ses comédies. Ami du peintre moraliste Hogarth, il a eu quelque part à son Analyse de la beauté>. Un grand nombre d'élèves, sortis de son école, se sont distingués dans les carrières de la théologie, de la jurisprudence et de la médecine. Il mourut le 15 juillet 1778
  • Charles TOWNSHEND( 1676 - 1738) : homme d'Etat anglais, était petitfils du vicomte Charles Townshend qui, né en 1676, et mort en 1738, joua un rôle important dans l'administration politique de l'Angleterre, sous le règne de George I" et sous celui de George II . Le personnage qui concerne notre article naquit en 1725; à vingtdeux ans il entra dans la chambre des communes, et il ne tarda pas à se faire remarquer. En 1753, il combattit le marriage bill dans un discours substantiel et éloquent qui établit sa réputation en matière de débat politique. Ses adversaires ne purent contester son talent, mais ils l'accusèrent d'être vain et ambitieux. En 1754, il y eut un changement de ministère, et Townshend devint un des lords de l'amirauté; en 1756, il obtint l'emploi lucratif de trésorier de la chambre ; on le regardait comme un homme d'importance, et on tenait à avoir son concours, mais l'administration dans laquelle il était entré vécut peu de temps; elle se retira en 1757; il est vrai que , quelques mois après, l'impossibilité de le remplacer con-'. venablement le ramena aux affaires, et Townshend reprit son poste. En 1761, il fut appelé au poste subsidiaire de la guerre ; plus tard, il reçut il) Townshend entra à la chaulre des lords lorsqu'il fut majeur ; son père étant mort quelques années avant. Il fut plusieurs fois ministre, et t diverses reprises il fut expulsé du cabinet par les intrigues de la cour et par le jeu des partis. Il laisf a la réputation d'un homme honnête et capable, mais parfois dépourvu de tact et hors d'état de prétendre aux succès de l'éloquence oratoire. le portefeuille de secrétaire du commerce et des colonies. En 1765, il soutint vivement la loi sur le timbre proposée par lord Grenville , et sous l'administration de lord Rockingham il fut payeur général de l'armée; l'année suivante, il combattit le projet qu'il avait défendu. On eut le droit de lui imputer parfois une versatilité qui lui nuisit et qui le fit surnommer la girouette. Cependant, lorsque le ministère Rockingham tomba et lorsque le premier Pitt, qui venait de recevoir le titre de lord Chatham, constitua le cabinet, Townshend y entra comme chancelier de l'Echiquier et directeur de la chambre des communes, poste non officiel, non rétribué, mais reconnu et des plus importants. Ce cabinet ne fut pas longtemps d'accord; lord Chatham se trouva trop malade pour conduire les affaires; les ministres se querellèrent entre eux ; Townshend déplaisait à ses collègues à cause de son amourpropre et de son désir de dominer. Lorsqu'il s'agit de taxer les Américains, Townshend contribua puissamment à faire voter ces dispositions funestes. Lord Chatham n'était plus que de nom à la tète du cabinet; l'urgence de constituer une administration vigoureuse fut reconnue; des négociations entre divers hommes politiques échouèrent, et le roi venait de s'adresser à Charles Townshend pour former l'administration lorsqu'au moment de parvenir au sommet de l'échelle politique, cet homme d'Etat fut enlevé presque subitement par une fièvre putride le 4 septembre 1767. Ses talents comme orateur, son habileté dans la tactique parlementaire étaient universellement reconnus ; la netteté de ses vues, le mérite de sa conduite purent prêter le flanc à la critique. Il avait épousé la fille du duc d'Argyle, veuve du duc de Buccleugh, et il choisit pour précepteur du jeune héritier de ce titre le célèbre Adam Smith, faisant ainsi preuve d'une appréciation éclairée du mérite d'un grand homme que méconnaissaient un grand nombre de ses compatriotes
  • Charles TRIGAN( 1694 - 1764) : historien , né le 20 août 1694, à Quètreville , diocèse de Coutances, embrassa l'état ecclésiastique, se lit recevoir docteur de Sorbonne et fut pourvu de la cure de Digo% file. Il partagea sa vie entre les devoirs de son état et l'étude des antiquités de Normandie. Ses paroissiens lui durent la reconstruction de leur église, qu'il lit bâtir à ses frais sur un plan ,--.,:ulier. Il mourut le 21 février 1764. On a de lui ; 1° Lettre à l'alibi Lebeuf $tiv quelques particularités de la vie de StVictrice. huitième evèque dt, Rouen, llémoireic de Trévoux, 17%7, mai , p. 1059-1076; 2° Fis de JI. Paté , curé de Cherbourg, décédé en odeur de sainteté (le 21 mars 1728;, Coutances, 1747, iii-8'. C'est moins une biographie de ce pieux ecclésiastique qu'une histoire du clergé de la basse Normandie et des établissements charitables fondés par ses soins dans k, 17F siècle. 3° Histoire ecclésiastique de la province de Normandie, avec des observations critiques et historiques, Caen, 1756-1761, 4 vol. Elle finit en 1204, à la réunion de cette province à la couronne par PhilippeAuguste. L'auteur en a laissé manuscrite la continuation jusqu'au lis siècle. Le style n'en est pas agréable ; niais on y trouve de l'érudition et une critique judicieuse
  • Charles TRIMNELL( 1663 - 1723) : prélat anglican, naquit à RiptonAbbots, comté d'Hungtindon , le 27 décembre 1663. Au mois de janvier 1688 il fut reçu maître ès arts dans un des colléges de l'université d'Oxford , et bientôt après prédicateur de la chapelle des Rolles. 11 accompagna en 1689 le comte et la comtesse de Sunderland dans le voyage qu'ils firent en Hollande, et resta auprès d'eux , à leur retour, en qualité de chapelain. Il était docteur en théologie et archidiacre de Norfolk, lors des controverses qui s'agitèrent dans la chambre basse de convocation , et auxquelles il prit une part active en publiant plusieurs pamphlets , aujourd'hui complètement oubliés. Ce fut vers cette époque que la reine Aisne le nomma sou chapelain ordinaire. S'étant présenté comme candidat à la place de recteur de l'université d'Oxford, il fut repoussé. quoique l'élection de sou seul compétiteur eût d'abord été déclarée nulle. Pour le dédommager , ses protecteurs le tirent élire en 1707 évèque de Norwich. A l'occasion de sa première visite pastorale , il publia un mandement adressé au clergé dans lequel il s'éleva avec énergie contre certaines pratiques et certaines opinions dominantes à cette époque et qu'il regardait comme contraires au véritable esprit et surtout à l'intérèt de l'Eglise anglicane. C'étaient l'indépendance de l'Eglise du gouvernement , le pouvoir (l'offrir des sacrifices et celui de remettre les péchés. Il considérait les prétentions manifestées à ce sujet par quelques - uns de ses collègues comme devant affaiblir les principes sur lesquels repose la réforme, et donner des armes puissantes aux catholiques. Son mandement ayant essuyé des critiques, il crut devoir y répondre. Il s'éleva aussi contre l'usage, adopté par quelques prédicateurs, d'ordonner au peuple certaines prières, avant de débiter des sermons. Trimnell se montra l'adversaire de Sackwerell ; mais un sermon qu'il prononça à son occasion dans la chambre haute fut mal accueilli par les lords, qui ne lui firent pas les remerclments d'usage en pa- reille circonstance. A l'avénement de George 1", Trimnell fut nommé secrétaire du cabinet de ce souverain , emploi qu'il conserva jusqu'à sa mort. Elu évêque de Winchester en 1721 , il mourut le 15 août 1723. Trimnell avait épousé en premières noces une fille de Guillaume Talbot, alors évêque d'Oxford et depuis évêque de Durham. Son oraison funèbre fut prononcée dans la cathédrale de Winchester, et le recteur de Drownisford, qui, selon l'usage, éleva jusqu'aux nues les vertus et les talents de celui dont il était chargé de faire le panégyrique, lui fit surtout un grand mérite d'avoir été partisan trèsprononcé de la glorieuse révolution de 1688. Cependant il ne dit pas qu'il y eût contribué autrement que par ses voeux
  • Charles TROYA( 1785 - 1858) : historien napolitain, naquit I le 7 juin 1785. Fils d'un médecin de la cour, il suivit en 1798 les Bourbons obligés par les événements de se retirer en Sicile, puis il étudia à Palerme les mathématiques sous le célèbre Piazzi. Revenu à Naples en 1802, il s'y fit avocat, et en 1815, quoique résidant à la cour avec son père, il se montra attaché aux principes libéraux qu'il professa avec ardeur dans le journal la Minerve. Banni en 1823, il visita diverses cités italiennes Florence, Bologne, Rome. C'est alors qu'il écrivit le Lévrier allégorique de Dante, dans lequel il s'attache à faire connaître l'époque où vécut l'auteur de la Divine comédie. Il ne revint à Naples que pour assister aux derniers moments de son père. Contraint de nouveau à s'exiler , il travailla à son Étude préliminaire de l'histoire du moyen âge , une des plus considérables qui aient éte publiées sur les races barbares , 1848 , lit de Troya un ministre et un député. Président du conseil pendant quelques semailles, il ne lui fut pas donné de sauver les libertés et l'indépendance italienne. Rentré dans la vie privée , par suite d'un retour trop prévu des événements, il se consacra exclusivement à ses sérieux travaux historiques. Troya est mort à Naples le 28 juillet 1858. Outre les écrits mentionnés on a de lui : Un Code diplomatique des Lombards
  • Charles TURCHI( 1724) : évêque de Parme, né dans cette ville , le 4 août l724, fit ses études chez les jésuites et prit, à dixsept ans, l'habit de St - François chez les capucins. C'est alors qu'il changea son nom de baptême pour celui d'Adéodat, sous lequel il fut longtemps connu. Après les sept années qui, suivant les règles de l'ordre, sont consacrées au noviciat et aux études, il fut reçu docteur en théologie et nommé aussitôt professeur de celte science. Elu deux fois gardien du couvent de Parme , il orna cette maison de tableaux et d'une bibliothèque qu'il bâtit en entier et qu'il remplit de bons livres. Devenu définiteur, puis provincial, il unissait le zèle et la vigilance avec la prudence et la douceur. Ces emplois ne l'empêchaient point de s'appliquer à l'étude, et les faux principes qu'il voyait prévaloir dans quelques écoles excitaient encore sa sollicitude. Il s'adonna surtout à la prédication : Pise, Rome, Gènes, Bologne, Modène , Parme, Plaisance , Lucques et d'autres grandes villes l'entendirent avec intérêt. Turchi prêcha entre autres devant la cour de Naples et celle de Parme , et dans cette dernière résidence , le duc Ferdinand le nomma son prédicateur. Le même prince lui donna une marque signalée de confiance, en le chargeant de l'éducation de ses enfants. Nommé à l'évêché de Parme en 1788, Turchi bâtit une partie de son séminaire, en augmenta les revenus, visita les parties les plus éloignées de son diocèse et se fit un devoir de prêcher souvent. La perte inattendue de l'infant don Ferdinand et celle de don Louis luimême le pénétrèrent de douleur ; il fut pris de la fièvre, et mourut le 25 août 1803. Son oraison funèbre fut prononcée par l'abbé Scutellari. Andra, littérateur de Turin , composa un court éloge du prélat c'est le même qui publia une apologie des homélies de l'évèque contre les critiques d'un anonyme ; mais on a consulté principalement pour cet article une notice rédigée par Antoine Cerati , ami de l'évêque, et imprimée à la tète des sermons du prélat. La collection des ouvrages de Turchi est assez considérable. On imprima de lui, de sou vivant, une traduction italienne des méditations de l'infante Isabelle de Bourbon, archiduchesse d'Autriche ; ses homélies, un discours sur le secret politique, prononcé à Lucques, devant les chefs de la république, et trois oraisons funèbres celle de l'infant don Philippe, celle d'Elisabeth Farnèse, sa mère, et celle de l'impératrice MarieThérèse. Turchi avait laissé ses manuscrits à un de ses confrères, le P. Fortuné de Modène, qui avait été son secrétaire, puis son confesseur. Ces manuscrits contenaient un assez grand nombre d'homélies, plus de cent sermons pour la cour, plusieurs panégyriques et un carême entier. Il parut à Parme , après la mort du prélat, une édition magnifique de ses OEuvres inédites; elle sortait des presses de Bodoni et formait 3 volumes fol. Il y en eut aussi une édition et les mêmes oeuvres inédites ont été imprimées à Venise, chez Remondini, et depuis dans d'autres villes d'Italie. Nous signalerons une édition faite à Modène, de 18i8 à 1821, et qui est en dix volumes La première des homélies de ce recueil devait être prêchée à Parme , le jour de la Pentecôte de 1796; mais l'arrivée des Français empêcha Turchi de prononcer ce discours. On a, en outre, un recueil de mandements , lettres pastorales et homélies épiscopales de Turchi, en quatre volumes. On Ivoit par ce recueil que le prélat était dans l'usage de prêcher aux grandes fêtes. Dans pluIsieurs de ses discours, il s'élève tantôt contre les maximes de l'incrédulité, tantôt contre l'esprit de troubles et de nouveautés. Il se prononce ;contre un parti qui cherchait à s'accréditer en iltalie, et il fit sa profession de foi à cet égard dans sa première homélie à son troupeau , en 1788. Cette homélie fut imprimée à Livourne, avec une préface et des notes assez malignes. On y supposait que Turchi avait été obligé de faire une rétractation pour être promu à l'épiscopat, et on lui prêtait des opinions qui n'étaient pas les siennes. L'évêque ne crut pas devoir garder le silence sur ces imputations, et on trouve à la suite de son homélie sur StBernard une réfutation de l'écrit précédent. Il y déclare qu'il n'a point eu de rétractation à faire et qu'il n'a jamais varié dans ses sentiments. C'est contre ce recueil d'homélies qu'est dirigé un ouvrage italien , en deux volumes sous le titre de Réflexions sur les homélies de Turchi, évéque de Parme, à Bielle et à Casai , sans date. L'auteur était le P. Victor de SteMarie, carme déchaussé du couvent de Parme, qui sortit de son monastère, fut- connu sous le nom de Sopranzi et publia plusieurs écrits sur les contestations de l'Eglise. Les réflexions contre Turchi sont pleines d'aigreur et de partialité. L'auteur se déclare pour l'Eglise de Hollande et pour l'Eglise constitutionnelle de France. En revanche, il fait le procès aux jésuites et à la cour de Rome et idnontre, dans ses jugements, aussi peu de cri-19ique que de modération et d'équité. C'est à cet écrit que répondit Andra de Turin
  • Charles UTENHOVE ou UYTTENHOVE( 1536 - 1600) : né à Gand, vers 1536, d'une famille distinguée par ses emplois, sacrifia tout à son goÛt pour les lettres et pour l'indépendance, et passa une partie de sa vie à Paris, dans d'honorables loisirs littéraires, fréquentant les Turnebe, les Lambin, les Dorat; il alla ensuite à Cologne, où il se niaria et où il mourut sans enfants, le 1°' août 1600. Il cultivait les muses latines et grecques. Ses productions poétiques ne sont guère que des vers de circonstance. On a de lui : 1° Epitolarum eenturia, Cologne, 1597 ; 9° Mythologia lEsopica, en vers élégiaques, Steinfort, 1607 3° Des pièces éparses dans différents ouvrages. On en a recueilli quelquesunes dans les Officier potarum Belgicorum, t. 5. — Son père Nicolas Utellhove, président du conseil provincial de Flandre , mort le 11 février 1527, était un des correspondants d'Erasme, qui lui a fait une épitaphe
  • Charles VALGULIO( 1400) : savant né à Brescia vers le milieu du 15' siècle, a droit au souvenir des amis des lettres pour avoir, un des premiers, traduit en latin avec fidélité quelques opuscules de Plutarque, travail d'autant plus difficile qu'il le fit sur le manuscrit, le texte grec n'ayant été imprimé pour la première fois qu'en 1509, dans l'édition des OEuvres morales ou plutôt mêlées du philosophe de Chéronée , publiée in oedibus Aldi. Les biographes ne nous ont fait connaître aucune circonstance de la vie de Valgulio , pas même la date de sa naissance ni celle de sa mort. Nous Massons donc tout de suite à l'indication de ses traductions, qui sont au nombre de quatre. La première est celle des Préceptes de mariage; la seconde, De la vertu morale. Elles ont paru ensemble, suivant Schoeli , à Brescia, chez Bern. Misinta , 1497 en latin seul. Le traité De la vertu morale a été réimprimé , Paris, Guill. Morel, 1555 sous ce titre : De vitute moum, etc. La troisième version de Valgulio, et la plus importante, est celle du Dialogue sur la musique, Brescia, Ange Britannicus, 1507, petit Elle est précédée d'une espèce de dissertation Dans sa dissertation , "Valgulio nous apprend qu'il avait presque aussi longue que l'ouvrage, et qui est adressée à un personnage nommé Titus Pyrrhinus. Pour l'analyse raisonnée de cette pièce , nous renvoyons aux curieuses Observations touchant l'histoire littéraire du Dialogue de Plutarque, etc., par Burette , insérées dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions . Nous dirons seulement que, dans sa dissertation, Valgulio s'est quelquefois appuyé de l'autorité du célèbre professeur de musique Franchino Gaffori ou Gafforio , son contemporain et son ami. Il lui donne de grands éloges ; et, à son tour, le professeur, dans un de ses traités , qualifie Valgulio d'homo doctissimo et experto in. lutte le discipline. La quatrième et dernière version de celuici est celle des Opinions des philosophes. Elle n'a pas été imprimée séparément , mais on la trouve réunie aux trois précédentes , à divers autres opuscules de Plutarque, au De die natali de Censorin et au Tableau de Cébès en latin, dans un volume publié en 1514, à Paris, chez J. Badius Ascensius ; volume que nous n'avons point vu, niais que cite Burette d'après Maittaire, et qui est encore mentionné par l'abbé Goujet, page 10 du tome I.er de son Mémoire sur le collège de France. Burette fait remarquer que Fabricius a totalement oublié Vaigulio dans le dénombrement des interprètes latins de Plutarque
  • Charles VALLANCEY : ingénieur et littérateur anglais, descendait d'une ancienne famille fra?-çaise, qui était venue se fixer en Angleterre sous le règne de Charles II. Mis à l'école d'Eton, il s'y lia avec le marquis Townshend d'une amitié qui devint le principe de son avancement. Lorsque ce seigneur fut nommé viceroi d'Irlande, il donna à Vallancey, dont il connaissait les talents, la place d'ingénieur en chef de ce royaume. Celuici en remplit avec habileté les fonctions et trouva encore le temps de cultiver la littérature et les arts. Ce qui est assez rare chez ses compatriotes, il parut bientôt enflammé d'une sorte d'enthousiasme pour l'Irlande, et. ce qui n'est pas plus commun, il fut aimé des Irlandais. Peu de temps après son arrivée, il publia un ouvrage intitulé l'Ingénieur militaire et ensuite un traité sur la taille des pierres , qui fut suivi d'un autre ouvrage sur l'art du tanneur. Il acquit en même temps une connaissance approfondie de la langue On trouve, dans les Nouvelles ecclésiastiques du 7 août 1790, une Notice sur le P. N'alla. L'auteur assure que Valla fut souvent néné par M. de Montazet, qui l'empécha de développer ses idées; cent fois, dit—on , il fut sur le point de renoncer à son entreprise. I irlandaise, dont il publia , en 1773 une grammaire sous le titre de Grammaire de la langue hibernoceltique. Ayant formé le projet d'épurer l'histoire d'Irlande, en la séparant des fables dont son origine et ses premiers temps sont enveloppés, il n'épargna ni peines ni dépenses pour parvenir à sou but malheureusement , avec beaucoup d'érudition, de sagacité et d'amour pour le bien, il n'avait pas un jugement assez sûr, un goût assez sévère pour remplir une pareille tâche. Cependant ses efforts eurent le bon effet de provoquer ceux de plusieurs savants qui ont porté la lumière sur cette matière obscure. En 177,1, il commença un recueil périodique intitulé Collectanea de rebus hibernicis , pour la rédaction duquel il s'associa, en 1781, M. O'Connor , M. Ledwich et d'autres gens de lettres. Ce recueil eut d'abord un succès étonnant pour un ouvrage de ce genre ; mais ce succès ne se soutint pas . Vallancey, homme d'un caractère généreux , mais trèsentêté des opinions qu'il avait adoptées. finit par se brouiller avec la plupart de ses collaborateurs. Ce savant se laissait entraîner par une extrême confiance dans un système d'étymologie qui a fait dire de lui qu'il était, en matière d'étymologie, ce que Lavater fut en physiognomonie. Croyant avoir trouvé dans la langue irlandaise beaucoup trop de mots hébreux ou carthaginois pour que ce fût l'effet du hasard , il en conclut qu'il devait y avoir eu des relations entre les Orientaux et les premiers habitants du royaume, et il explique cela du mieux qu'il peut. Suivant lui , la langue irlandaise est la plus abondante , la plus ancienne langue qui existe ; elle est liée à toutes les langues du monde; il s'était donné la peine de la rapprocher du carthaginois, de l'hébreu, de l'arabe, du chinois , du japonais, du grec, du latin, du calmouk , du tartare, etc. Il publia , en 1781, une seconde édition de sa grammaire irlandaise avec des additions, et en 1785, un traité sur les Irlandais aborigènes , à l'occasion duquel Burke lui écrivit une lettre trèsflatteuse, où il lui dit qu'en le lisant il croyait lire Warburton. on Ce recueil forme 6 volumes est le prospectus d'un dictionnaire de la langue des Ceuti ou anciens Persans. Il est mort à un i‘ge trèsavancé, dans les premières années de notre siècle
  • Charles VANNI( 1744) : aventurier politique, naquit vers 1744, d'une famille depuis longtemps établie dans le royaume de Naples. A peu près déourvu de fortune, il ne vit pour se pousser que a science de la procédure. Il devint avocat. fermant la porte à qui n'avait pour lui que la bonne cause, pl.& à l'ouvrir devant la perspective d'un beau salaire. Dépité, famélique, il laissa la justice pour la police. C'était l'époque où le gouvernement napolitain persécutait les francsmaçons. Vanni se fit l'agent provocateur de ceux qui étaient soupçonnés d'être affiliés à cette société. Tel fut notamment le guetapens de Capodimonte , qui plongea dans la désolation nombre de familles honorables , tandis que l'auteur de leurs maux venait, pour prix de ses trames perfides, siéger parmi les magistrats. Juge instructeur , il n'était en réalité qu'un inquisiteur et l'instrument d'Acton et de la reine Caroline. C'était ainsi que tous le regardaient, même dans cette cour corrompue. Mais c'était, aux yeux de celui qui naguère était un avocat sans cause , un sort enviable et doux. Outre les émargements , il encaissait un assez joli casuel des victimes qui, pour mitiger les sévérités de la sentence, se décidaient à payer. On fut indigné de l'étrange procédure qu'il se plut à conduire contre le malencontreux prince de Tarsia. Ce grand seigneur, grand officier de la couronne, avait été; préposé, par un caprice de Ferdinand 1V, à sa fabrique de soieries de SanLeucio. Il fut accusé de malversation par ceux qui enviaient sa position, et ce fut Vanni qui dut examiner la comptabilité de l'exdirecteur. Les formes acerbes et insolentes dont il lit parade alors n'annonçaient que trop de quelle équité serait le jugement. Le prince, qui n'avait eu guère d'autre tort que de se mèler de ce qu'il n'entendait pas, et de n'avoir eu ni vigilance, ni fermeté à temps, fut à peu près ruiné, car le jugement le déclara responsable de toutes les dilapidations.... heureux encore d'en être quitte pour des pertes pécuniaires et pour les rigueurs d'une séquestration préventive, rigueurs poussées si loin pourtant, que l'instructeur fut nommé e le bourreau plutôt que k, juge s du prince de Tarsia 1 Cet exploit et d'autres de mème genre, quoique moins retentissants, recommandèrent tellement Vanni au gouvernement d'alors, qu'il fut choisi pour présider (17951 la junte d'Etat, chargée d'enquérir et de sévir contre tous ceux qu'on soupçonnait de pencher d'intelligence ou de coeur vers la révolution ou vers la France. Grâce aux extravagances et aux énormités du gouvernement, le nombre en était grand et dans la classe moyenne et parmi les sommités sociales. Vanni et quelques autres se mirent à la besogne et, on peut le dire, quatrevingtdixneuf pour cent de la population de Naples étaient espions et espionnés. Le reste du royaume, di qua e di la de! Faro, suivait de près ou de loin, mais enfin suivait. Il fallut, pour mettre un terme à ces excès et à ces hontes, l'approche des Fran-çais. Championnet n'avait encore que franchi le Garigliano , que le gouvernement , à la veille d'étre expulse par l'émeute, tardive traduction de la haine générale, adressait a la junte d'Etat et des admonestations mêlées de blâme et des instructions nouvelles. Les deux collègues de Vanni déclinèrent la responsabilité de leurs actes e