
La Rose Rouge et le Tabou
Dans l'après-guerre, la jeunesse de Saint-Germain envahit les caves et les transforme en ce qui deviendra, quelques décennies plus tard, de très prosaïques discothèques. Mais c'est alors tout nouveau tout beau ! Un phare de la musique et de la danse est la Rose Rouge, installé peu après 1945 rue de Rennes.
Quant au Tabou, il est lancé par Juliette Gréco, Roger Vadim, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault dans la cave d'un bar de la rue Dauphine ouvert toute la nuit. On s'y habille en jeans, baskets, chemise à carreaux, à l'américaine, on y danse le be-bop, on y découvre le jazz, et l'on y reçoit le surnom de " rats de cave ".
Albert Camus, Jean Genet et les frères Vian y viennent presque tous les soirs, mais aussi, très vite Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Jean-Louis Barrault, Madeleine Renaud. On y oublie la guerre, on s'y amuse au son des microsillons tout neufs ou des cuivres de jazzmen américains, on y élit des " miss Vice " aux seins nus (une provocation à l'époque) ou des écrivains (le premier lauréat du " prix Tabou " est Raymond Queneau pour son livre On est toujours trop bon avec les femmes)… dans une joyeuse atmosphère de folie organisée !
Bien d'autres " caves " seront lancées dans la foulée pour distraire la jeunesse noctambule… et scandaliser les personnes âgées trop sages : la légende de Saint-Germain-des-Prés était née.
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